vendredi 25 juillet 2008

le raid Aquitaine


 
                       
                                                                    


                              
































Le raid Aquitaine
Deux cent concurrents, sortent de sous la couette et s’étirent dans la salle de bain. La représentation régionale devient nationale par la présence d’une équipe féminine de ch’ti. A noter une grosse participation de l’A.S.L.R renforcé par les « dissidents » de Camarsac : Stéphane, le capitaine, Joël le "financeur", Etienne et mézigue, la pièce rapportée, rattrapé de justesse par les cheveux, miraculé de l’équipe initiale, intégralement blessés, sous l’égide de Delair et du café du centre à Salleboeuf.
 Merci à eux et à Patrice qui m’a cédé son dossard. Pendant que Patrick, Laurent, Bernard et consort s’échauffent, consciencieux mais distraits, le peloton des coureurs à pieds gagne, mais l’avait-il perdue? la ligne réelle de départ aux ruines de Cayac et, en d’autres temps, celle du chemin de Compostelle.                                     



Gradignan – Cestas : 8km, Course à pieds

Le chrono enflammé par les " PàM"(parle à ma main)" claque comme un coup de trique pour les "princes noirs T.D.R" .4.14 les séparent mais la messe n’est pas dite et l’histoire fera le tri entre ce qui est subi et ce qui est sous contrôle, car il reste deux jours à tirer. Liaison en bus pour les ex coureurs à pieds et V.T.T pour nous.                                      

Cestas – Marcheprime : 18km, V.T.T.        
Hésitation pour le départ des bécanes : il y a promesse de sacrifice humain sur l’autel des pierres formant un entonnoir incompatible avec la sécurité. Le déplacement de la ligne suggérée par un des T.D.R - Princes Noirs est aussitôt validé par Denis speaker sachant parler et aussi écouter. Du bon sens dans les deux sens, cependant Sainte Gamelle exige son tribut et se venge de celui qui l’a privé de son dû en le punissant dans une chute collective. Une roue pliée pour l’un et plié de rire pour l’autre qui apprécie la blague, replace sa chaîne déraillée, tourne les jambes, moulinant comme une hélice, la puissance parle, arrache et postillonne de la tourbe. L’avant fend l’herbe comme une étrave ouvre la mer, le pédalier devient tronçonneuse, défriche et élargi la piste encombrée d’attardés. Nous bénéficions du bonus track à la suite de ce giro - broyeurs qui se marre et se barre. Derrière c’est la guerre. Des dépassements tendus, des pédales qui s’accrochent, des coups d’épaule et des pneus qui se tutoient en faisant un bruit de râpe, des sorties de sentier sanctionnées par les griffures d’ajoncs dérangés, des ornières mal rangées, vues au dernier moment, de la flaquounette qui te plaque au sol. Au guidon, ça ne chôme pas. Les mains en appui sur les paumes par une rotation rapide, saisissent les manettes de dérailleurs, agrippent les cornes de vaches ou tendent les doigts vers les leviers de freins selon les situations : « clic-clac » dit Mr Shimano je pose un (pignon) je retiens deux (dents), « prends- ça » renchérit quadriceps, « reçut 5/5 » encaissent les jumeaux et le soléaire, « merci » dise les pognes en cramponnants les cornes de vache. Un coup de guidon, un coup de rein en danseuse plus tard, quatre doigts se dépose sur les leviers, au cas où, et manoeuvre de l’humain et de la machine en symbiose reproduite autant de fois que nécessaire pour ne pas se faire bouchonner. A ce jeu les dépassements coûtent en énergie pour sortir et revenir dans la trace qui va bien et la jonction s’opèrent avec Steph’ dit Binbin pour le bout droit le long de la voie ferrée déjà vue lors d’un mémorable Cestas - Le Pilat d’il y a quelques années organisé par les « Lézards Verts ». Enfin de l’espace pour s’exprimer. Stéph’ fait parler la poudre. Les côtes fêlées pour lui, les guiboles tremblantes comme un chihuahua cocaïnomane pour moi, ne pas oublier la retenue de tout à l’heure « j’en remet deux » et enquille derrière Binbin qui devrai être alité. Je prends le relais et la succession de cette petite entreprise qui ne connaîtra pas la crise avec en point de mire un " Sanofi Adventis" et, plus loin encore, deux "Lyonnaise des Eaux". On recolle. Ce n’est pas un, c’est une. Je lui lance sans lui être présenté: -" on y va ! " Nous ne serons pas trop de trois pour accrocher les "Lyonnais". Ils ont entre cinq ou six cent mètres d’avance qu’il faudra gratter un par un en pédalant comme des bûcherons. Chaque coup de pédale est comme un coup de cognée et l’écart tombera comme un chêne abattu. Reste cinq mètres. Je suis un peu juste. J’ai le vent sur les épaules et mon maillot à demi ouvert fait parachute. Personne n’a pris de relais, elle, d’inexpérience, Steph de son torse blessé. -"Viens !"Me lance-t-elle s’apercevant de ma défaillance. Comment refuser ? Contact. Septième ciel. Repos dans la roue des Lyonnais. Sublime, elle "saute" les deux d’un effort spontané et relance d’un coup de génie. Spécificité féminine capable de remonter au front quand nous n’avons plus de cartouches dans le fusil. L’artiste joue "le chant de la terre" avec le chemin et moi "j’ai oublié de vivre". G. Mahler pour eux, de la variétoche pour nous. Ils partent, je lache l'affaire: Un, puis cinq et dix mètres. Comme sur les manèges de mon enfance, le temps pour le cerveau de transmettre l’ordre de refermer la menotte, je sentais la queue de Mickey me glisser des doigts. Inexorablement ! En nage et  de rage, je vois le groupe s'éloigner, les mains tétanisées sur le guidon. Des fourmillements m’empêchent de saisir le bidon que je sais plein d’eau et remplit de réconfort. Deux kilos de solitude plus tard Binbin, qui avait lâché, me ramènent du monde. Un chuintement sur les rails tout proche nous pari un T.G.V. contre un supplément d’âme. Tenu ! Sa majesté passe. Le G.V en bémol, mais ça souffle quand même son petit 160. Son air attise mes braises encore fumantes et me murmure "one more time". Phil. Collins coule dans mes veines et me fouette les sangs. Grande plaque devant, je remonte de deux derrière et "gare au gorille" ce n’est plus du vélo, c’est de la balistique : regarder loin, surfer sur la lèvre des flaques, sauter les bacs à sables, chercher le sol meuble avec des astuces de trajectoires. Les caténaires jettent du feu, nos narines de la fumée."Quatre cavaliers de l’apocalypse" pour un" train d’enfer" de quatre kilomètres jusqu’à Marcheprime. Steph’ sucre les fraises des quatre membres, il se réconforte de la pharmacie improvisée de Fabrina et des dix places gagnées au général. Jacques et Stéphane S. des "P.N" ont explosé la pendule et les "P.N.T.D.R" ont déjà repris les "parle à ma main". Prestation remarquée de James et David.                                   

Lamothe – Biganos : 3 km, canoë.

Nous bénéficions encore de blondeur solaire pour le repas à Biganos où nous parvenons après une liaisons non chronométrée et sympathique agrémenté de la gouaille et de la bonne humeur de David tandis que nos coéquipiers complètent leurs connaissances de la Leyre et du canotage sportif non sans avoir subi une course à pied imprévue qui n’a pas favorisé Jacques blessé et chaussé pour le vélo.                   
Biganos – Audenge : 7km, kayack.                    

L’astre en charge de la lumière et du chauffage prend ses R.T.T et Celestin le céleste, planqué derrière ses nuages, se racle la gorge en proférant quelques menaces lorsque nous mettons à l’eau sur le dernier bout de l’Eyre. Entre les herbiers, le delta étire ses bras et dépose délicatement dans le bassin d’Arcachon « l’invincible armada » d’une centaine de kayaks à l’assaut du port d’Audenge. Là, le ciel met ses menaces à exécution. Le dôme céleste descend comme un couvercle. Nous nous faufilons entre les nuages et la mer en baissant la tête sous sa coupole. Il n’y a plus d’horizon. Le plancher océanique et La toiture divine s’unissent. Fin du monde dans dix secondes. Trois, deux, un, zéro. La surface reçoit les impacts d’un mitraillage Pacifique, le vent ride l’Atlantique qui prend un coup de vieux et se remaquille pour dissimuler l’outrage des temps et du temps. L’ondée est son rimmel régénérant, coulant, mouille nos lèvres par le sel de l’effort et le sel marin venu du clapot trempe nos épidermes. L’océan s’invite à bord, submerge et leste de plomb liquide les embarcations. Eclairs et coups de tonnerre nous promettent un destin de filament d’ampoule grillée mais nous apprendrons à l’arrivée que le bruit venait de la rupture d’une pagaie protestant auprès du syndicat des pelles martyrisées, lassée de rejeter dix mètres cube de mer à chaque poussée de Pascal. Ainsi, Karine cédera son aviron à cet "homme en colère", fils de Chronos et de Vulcain pressé et en feu. Et, beaucoup plus tard, car c’est le temps qui crée l’hyperbole, dans les écoles du pays de Buch la légende dira : « il était une fois un géant...... lorsqu’il pédalait, le T.G.V prenait l’aspi entre Cestas et Marcheprime, quand il ramait, c’est la marée qui s’inversait et jouant avec sa pelle et son seau, il nous a laissé la dune du Pilat». Le temps exagère mais si bellement.                                

Domaine de Certes – Graveyron : 4km, marche. 

Sortis de l’eau, nous arpentons gravement Graveyron car des questions seront peut-être posées avant une petite c.à.p dosée à quatre kilos mais vérifié à trois.six, rapide donc, peut-être un peu trop pour Jipé qui écume aux commissures comme les rouleaux aux passes d’Arcachon, toutefois devant notre équipe à l’arrivée, à l’arrache. Celestin, le peintre qui ne devait pas être satisfait de la teinte du ciel nous en remet une deuxième couche poliment juste à la fin des épreuves et avant le montage des tentes pour nous épargner le lancer de frisbee des enfants de Don Quichotte (allez, je t’aide : l’ouverture de tente 2" Décathlon). L’organisation bégaye, cafouille mais réagit avec le plan B du gymnase salvateur.
Fin du premier jour de Course
Joël, attendant l’ouverture du gymnase, révise ses fractionnés en chassant la cagouille. Ray Glissant un escargot lambda pourtant rapide se fait choper. Le chasseur déposera discrètement son butin dans le coffre de la voiture, prés des boules de pétanque pour tester la solidité des coquilles avec la cohabitation des globes métalliques. Bonne nuit. ( Hé, Steph’, reste couché tout est fermé dans la cité du bigorneaux à 4 h du mat)

Ce matin c’est la mousson et Andernos ressemble à Bankock.      

Grand Piquey - Le Moulleau: Traversée du Bassin d'Arcachon.
     Grande dune du Pilat - Plage de la Salie. Biscarosse: 12 km
                 - L’émotion de Nora-

Après un petit déjeuner nautique avec les batelier d'Arcachon l'épreuve de la course à pieds 100% silice avec un départ original et biblique : Les premiers seront les derniers...... à partir du pied de la dune du Pilat. La clim’ est réglée sur 14°, l’abat jour nuageux tamise la lumière et retiens ses gouttes. Une course à pieds est toujours une épreuve de vérité, un combat personnel entre toi et toi. Pas de mécanique et si peu de technologie seulement les jambes, le mental, la vaillance. A ce jeu, si c’est au pied du mur qu’on voit le maçon, c’est au pied de la dune qu’on voit l’électricien et, je vois mon ami partir (bon vent à toi Bernardo). La solidarité joue à fond dans les équipes. Les soeurs Marie, bien dotée en jambes, impatientes pour l’une, longues pour la seconde (voir photo en P.J), assiste Nathalie et Audrey afin de ne pas dissocier l’ensemble MaMaNaAu. En haut, c’est grand, c’est beau, c’est bon, le vent vient d’Amérique.
Alors ce belvédère naturel nous fait la courte échelle pour les States, l’imagination voyage dans le temps et l’espace, nous offre le souvenir des marathoniens d’outre Atlantique Maryclair, Bernard et Eric sur Verrazano vibrant de leur foulée et nous, frissonnant par le récit qu’en fit la belle.
Pardon de cette digression, mais parfois il faut dire son admiration.
Nous rejoignons le rivage. Neptune crachote ses embruns et tapote la plage de ses doigts salés aux ongles d’écume, cherchant nos pieds quand nous flirtons avec le ressac à la recherche du solide. Gérard me rejoint et nous allons chercher les "princesses". Le vent est partout, nous encercle. Stéphane, les filles et moi tentons de créer une zone de quiétude autour de Nora qui endure. Je comprend à fréquenter, émue "cette marche de l’empereur" ce qu’est une équipe soudée et comment se construit une victoire. Le sourire et la facilité de Sophie (qui m’avait impressionné sur les pentes du Mandarain à Espelette) prenant la bourrasque, l’exemple, le style et la sobriété d’Agnès, l’endurance et le courage de Nora, cimenté par l’efficacité discrète de Sandrine, cherchant et rapportant les ravitaillements pour gagner des secondes, refusant gentiment notre assistance par loyauté avec les féminines qui les talonnent au classement. Elle ne me dit rien, me regarde et je réalise soudain que ma place est plutôt dans mon équipe devant avec Etienne aidé seulement de Joël. Déjà l’arrivée. Les yeux brûlés picotant de transpiration j’aperçois Simon sur un promontoire, mégaphone encourageant, Patrick, soutient indéfectible et la fin du sable qui se cambre pour une ultime montée, un dernier plaisir. L’émotion de Nora coule sur ses joues. Je m’éloigne pudiquement, mes yeux piquent aussi. Pas sûr que se soit la sueur.                                 

La Salie – port Maguide : 12km, B§R.
                  -l’art de plaire précède l’art d’aimer- 

L’ultime étape est un Bike and Run(le B§R est une èpreuve avec un vélo pour deux:Il s'agit de rattraper et dépasser son coéquipier cycliste et de faire l'échange) par équipe. Démarrage souple pour un kilomètre en compagnie de la première syllabe des Mamanaau, puis Binbin donne le tempo et pour lui éviter de fredonner «Capitaine abandonné», songeant à l’équipe je file, chagrin en entendant l’amical au revoir, comme on part en vacances laissant celle qui a des devoirs à terminer. Les équipiers"bécanisés" sont en épi en bordure de piste, encore trois cent mètres et j’ai des désirs de bicyclette mais comme l’art de plaire précède l’art d’aimer, il faut lui courir après avant de l’enfourcher. Ensuite, puisque rien n’est jamais acquis surtout pas le coeur d’une compagne ou l’amitié d’un équipier, concéder, conquérir et posséder à nouveau. Sept kilomètres de sessions courtes et rapides alternant pédalage et "courage". Nous bagarrons avec Ellen, Françoise, Philippe et Philippe, mon chaperon rouge de dimanche passé qui a retrouvé ses jambes d’ex triathlète. Nous somme encore au contact à l’entame de la forêt, son sable et ses grimpettes. Sept kilomètres résonnent comme sept années où le désir change de braquet. Néanmoins conserver son choix initial. Changer serait se renier. Steph’ et moi restons cyclistes Etienne et Jo assurent à bon rythme. Tout le monde retrouve son ardeur et, tiens, tiens....... l’équipe Sanofi. C’est le signe réjouissant que nous avons repris les 7.17 perdu dans l’étape de Cestas. Fin de la mauvaise réputation faite au chiffre sept par la Tora qui écrit en hébreu : « sept ans de vaches grasses, sept ans de vaches maigres ». Malgré le souvenir des conseils de Laurent le magnifique, j’ai un peu de mal aux remontées récurrentes sur la selle de cette sculpture à deux roues dont le piédestal se fixe dans le sillon, mais comme dit Ellen : « c’est pareil pour tous le monde » et je perd le contact avec son équipe. Sans doute attristé, Mr Ricard a pleuré une larme de pastis dans les gobelets du dernier ravitaillement. L’arrivée définitive est à portée de mollets et nous finissons quinzième de l’étape et dix neuvième au général, les jambes en feu, la ferveur dans les veines, une explosion d’adrénaline dans les neurones, la poitrine palpitante de bonheur. Vibrant et vivant. Pat, bien sur est déjà là pour accueillir les dernières équipes et sa promise sur nos talons. L’Aquitaine, son espace, ses lacs, ses esteys, et ses étangs, son bassin unique et ses plages, ainsi que la plus grande forêt d’Europe n’ont peut-être pas été parcouru par d’aussi rapides touristes. Du bel et du bon dans ce paradis hédoniste et épicurien et nous garderont cette sensation inoubliable d’exister à l’intérieur de la carte postale. J’oubliai, sans doute parce que je n’aime pas ce mot, la moralité du second jour. Je prête à Simon, organisateur passionné, perfectible mais réactif, les mots de Jean, spécialiste de la fable et du monde animalier, qui pourrait nous dire :                                
« Et si de vous plaire je n’emporte le prix,                                   j’aurai eu l’honneur de l’avoir entrepris » C’est pas moi, c’est : Jean de Lafontaine
P.S : sur le chemin du retour en contrebas du Pilat, Fabrina me dit : « ce matin, le cordon des coureurs sur la crête de la dune, c’était magique! » Comme Ray Glissant, l’escargot évadé et survivant rampant sur le tableaux de bord. Merci, Joël !

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