vendredi 25 juillet 2008

L'orgueil ou les déboires de Victor Gueil

Victor est beau! Un léger prognathisme met en valeur la fossette de son menton façon Douglas père et la rudesse de ses traits évoque Anthony Quinn. Son nez, d'une rectitude parfaite, sépare un visage d'une symétrie idéale. Jusqu'à ce jour, où…… Dans la file d'attente du boulanger, le client devant lui sortit une arme de poing et demanda la caisse. Avec vulgarité! Raymond, boulanger et susceptible répondit d'une droite puissante, le braqueur se baissa et Victor encaissa. Il eut ce jour là un idée assez précise de ce que pouvait être la rencontre frontale avec un taureau de combat. Il remercia pour les deux pains, celui dans la gueule et l'autre, gratuit en guise d'excuses, ramassât ses incisives et s'éclipsât, un peu chagrin. Cependant, son nez ne formait plus saillie mais une cavité encombrant ses sinus, gênant sa respiration et déformant son élocution. De plus sa nouvelle bouche édentée projetait force postillons et éloignait ses interlocuteurs. Ses relations sociales en furent affectées mais il gagna auprès des enfants une notoriété infaillible de comique ce qu'il perdit en crédibilité auprès des adultes. Sensible et mélomane, il se hérissait aux bruit des moteurs mais frissonnait avec Beethoven, tremblait par Wagner, vibrait à Mozart et pleurait sur Brahms, Jusqu'à ce jour où……. Dans le salon du barbier, Victor observe, fasciné et légèrement inquiet, le rituel de l'affûtage. La lame du coupe-chou va et vient sur la courroie de cuir de l'homme de l'art, qui d'un geste démonstratif en vérifie le tranchant sur une feuille de papier tenue entre deux doigts, glisse sur le carrelage mouillé, s'agrippe à son client. La lame fermement tenue par …..Raymond tranchât net et précis l'oreille de Vic, qui, d'un réflexe plus prompt que sa douleur, posât le pied sur son pavillon au sol comme pour empêcher un précieux billet de partir au vent. Il ramassât son oreille sanguinolente dans la sciure et les mégots et partis sans payer! Ses yeux aux reflets parfois de gris et d'or disaient sa droiture et sa noblesse. Surtout le gauche. Parce que le droit était partit avec l'hameçon de Raymond, pêcheur au lancer maladroit, lors d'une partie de surf casting. Deux magnifiques bars se disputèrent cet appât exceptionnel dans les rouleaux de l'Atlantique et il obtint le gagnant en guise de consolation. . Sa sexualité, contrairement à ce que l'on supposerait, était riche, plus en fréquence qu'en qualité relationnelle. Il avait, à la disposition des convives féminines qui se passait l'adresse de cette cantine de nuit, un rôti pour huit personnes dans le jean. Grâce, et quelquefois à cause, de cet appendice de compétition, sa sonnette tintait tard le soir ou tôt le matin le pourvoyant en ménagères de moins de cinquante ans opportunistes aux maris assoupis devant TF1. Jusqu'au jour où…… Raymond, récent propriétaire d'un chien de défense vint lui présenter son animal. Croisement entre un pit-bull convaincant et une chihuahua pomponnée qui n'avait pas su refuser la saillie. La malencontreuse répartition des gênes additionnât les 80 kg du géniteur à la hargne de la mère sans doute contrariée de cet accouplement furtif. Ainsi dégénérée la bête se délecta de cette pièce de roi tandis que l'amnésique propriétaire cherchait le mot clé de dressage sensé "désamorcer" le fauve gastronome. Sans muselière ni laisse Victor vit son dernier atout disparaître et sa sonnette devenir muette. Généreux par nature, il donnait régulièrement son sang, quelques fois sa mœlle osseuse et s'était inscrit depuis peu sur une liste de donneur d'organe. Puis il s'adonnât entièrement à la course à pied en vue de courir le marathon de New York. Catégorie handisport! Jusqu'au jour où…. On le sollicita pour un rein destiné à …Raymond chauffeur de taxi et accidenté de la route. Pas rancunier, il accepta se disant que ce prélèvement là, pour le moins, était volontaire et oublia New york. Positif et empiriste il retint de cette corrida, qui lui coûta un œil, une oreille et la queue, de ne voir qu'à demi ses malheurs, de ressembler à Van Gogh et d'égaler Farinelli au chant en courant comme un dératé. La musique lui apporte toujours beaucoup de sensation mais il n'en pleure que d'un œil et, sans besoin de pièces détachées plutôt que par ingratitude Raymond, ne le visite plus. J'aimerai dire que son âme est demeurée belle, mais la double perte de sa beauté et de sa virilité le rendait parfois mesquin. Alors…… Il attendait le pire froid et la plus tenace pluie de novembre pour commander une pizza. Il provoquait la panne de l'ascenseur de son 18ème étage, informai les gamins de la future mobylette à vandaliser et attendait……Raymond ancien boulanger susceptible, barbier occasionnel, pêcheur maladroit, dresseur dilettante, taxi "organophile". Ruiné et livreur de pizza! Ainsi, lorsqu'il faisait un temps à ne pas mettre un livreur de pizza dehors, ces deux accidentés, l'un de la vie, l'autre de la route, croisaient leur destin tandis que les gamins désossaient la"meule à Raymond".

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