mercredi 30 juillet 2008

quand papa devint papy


WEEK- END à MARSEILLE

Gare St Jean. 5 h 58 Tom part voir Gabriel, son petit fils venu de Stephy, avant qu’il ne rentre en C.P.
La nuit mourante crée dans le compartiment une ambiance intime déniée par les voyageurs aux regards qui s’évitent. La passagère d'en face s'isole, écoute Mozart sur un diskman Sony et ce panel de population qui va partager cinq heures d’existence banale s'ignore en consommant de la musique en conserve. Le "mariage de Figaro" s’il n’est pas à la Scala est aussi sacrilège que prendre du Bordeaux en perfusion. Finissant la lecture de la dernière (espérons) livraison de Pascale Clark, (circulez, y a rien à lire) Tom, coinçé et contraint dans ce passage obligé où l’activisme est en veille, pour ne pas perdre une miette d’instant s’agite l’organe de la pensée et éclaire ce tunnel de temps mort par l’observation du spectacle de la vie.
Voyage dans le tout et le n'importe quoi.
Le jour se lève les paysages défilent et révèlent l’histoire. L’inclinaison des toits témoigne du climat et les enseignes commerciales de l’importance des villes. Un Leroy Malin et un Auprès toutes les 500 000 âmes, la famille Mulliez a ses exigences comme Paclerc et Bricomarrant.
Les uns somnolent, d'autres gambergent:
Voiture onze, place trente quatre, Adrien Lecouvreur muté d’Oil en Oc (pardon: venu par le nord de la Loire vers le sud) se demande comment il facturera les toitures de moindre surface. Facile: la lauze sera plus chère que l’ardoise. Siège vingt deux, Thomas Benjamin Duni, néo grand-père tendance écolo décrypte le chemin qui, de ville à ville quand il est de fer, témoigne sans fioritures du désarroi urbain : Casernes désaffectées, lotissements compactés, friche industrielle et autres blessures faites à la terre par l’activité humaine, s'alternent.
L’accélération vertigineuse et irréversible du progrès qui chauffe la planète à bout de nerfs.
Bien sûr, réchauffement climatique et périodes glaciaires se sont succédé et la vie a survécu sous différente forme mais pas à l’échelle des générations et il aimerait que Gab. développe et profite du règne des humains entre celui des dinosaures et avant celui d’après. Égoïste, certes mais il faudrait additionner tous ces égoïsmes individuels des décideurs, eux aussi parents, pour préserver l’héritage des minots analyse -t -il.
Les passagers Toulousains investissent le compartiment. Des jeunes et une grosse dame avec "la vie financière " sous le bras et les bijoux qui vont avec.
"-A par la nourriture et l’argent comment s’occuper quand le puit se tarit et la fente cicatrise pense G.Lalouze cocu récidiviste et aigri.
- Si j’était blindé, je construirai un mas en Provence et j’y logerai ma femme, «mes frères zes mes sœurs oho je ferai le bonheur » de toute ma descendance songe Jean Villevoisin, envieux et fauché.
- Tu meurs d’amour si tu vis d’amour mais si tu vis d’argent, tu meurs de quoi? Un linceul n’a pas de poche dit le poète relevant le niveau de cet échange télépathique.
- Mais tu as une jolie boîte" conclus Tom B. du nid…. dans ce débat virtuel en s'assoupissant.
Voyage dans le temps et l'au-delà.
Demi sommeil hanté de douleurs fantômes. Le temps comme un élastique se contracte brutalement.
C'était un Vendredi vingt ans plus tôt.
Il se remémore la cassure, la séparation, son cataclysme affectif. La joie de se retrouver, père et fille, suivie de cette détresse presque immédiate de se quitter toute les semaines.
Il revoit son bébé, cette maman d'aujourd'hui, un an au compteur, morve au nez, vêtements neuf du dimanche précédent, sales et déchirés qui l'attends.
Il n'imaginais pas en ce temps l’autre chagrin.
Celui d’Angéla, sa maman, femme enfant quittée parce que responsable de l’exclusion de David, l’aîné d’une première vie et ado en besoin d’attention.
Sans doute mal conseillée de détresse, metteuse en scène involontaire (?) et coupable de cette hebdomadaire tragédie. Dimanche soir, il ramènera encore sa poupée costumée par Jacadi, coiffée Chapka et chaussée by Chaparral, lucide de sa propre mise en scène à vocation rééquilibrante.
Puis, il la quittera, courbé, alourdi d'une tonne de culpabilité de cette non assistance à bébé en danger obligatoire et légale.
La saison des amours est devenue la saison des déchirures et, de souffrir trop, il ne voit pas d'autres peines que la sienne: celle qu'ils transmettent à l'enfant subissant des colères qui ne lui sont pas destinées. Le bébé n'a ni les yeux ni le cœur dans sa poche.
Puis, les trajectoires divergèrent :
Angéla continuera de donner une dimension tragique à son malheur et y trouvera une grandeur néfaste de Colomba. Chaque action encouragera les réactions, l'escalade, la démesure, les dégâts et l’on oubli l’origine du mal, comme les vendettas corse de Mérimé, alimentées par le principe puéril du: "C'est pas moi qui ai commencé". Némésis, déesse de rancune, se nourrie et grandie de chaque réaction défensive provoquant des dommages collatéraux irréversibles.
Alors, Tom, cancre à l'école de la vie avec zéro en géographie pour cette carte du tendre erronée et zéro en conjugaison pour ce passé décomposé, s’inscrivit aux cours pour adultes, découvrit l' efficacité du non - être et du non - agir et s’éloigna en compagnie de Lao tseu, rencontré dans le lit et l’affection de Marie F. sa prof d’anglais un peu philosophe aussi.
Tourner la page, fermer le livre et les écoutilles. Etre étanche pour ne pas sombrer. Il vécu cette double décennie de résilience à cultiver, sur ce terreau sombre comme de la tourbe, d’autres roses de la vie à la rencontre de "belles passantes", à ne pas se laisser emporter par la douceur de la nostalgie qui revient toujours plus forte comme une vague attaque la falaise et risque devenir, par effet domino, le tsunami dévastateur de la mélancolie. Ambivalence des sentiments, quand il cessa d'aimer, il cessa de détester.
Puis, enfin le regain: Vivre pour aimer et aimer vivre. Avec Juliette Sauveur à la reconstruction et David de retour d'une année passée avec sa mère dans la Drôme, pour les finitions.
-"jeu équestre, en six lettres? Lui demande son vis à vis féminin en train de croiser les mots.
-étalon? Tac au taque-t-il encore endormi
-je pensais à "manège"
-je pensais à la jument!"
Elle sourit.
Faudrait pas laisser sécher pense-t-il, mais désormais monogame grâce à Juliette qui a pris le contrôle, conduit depuis déjà cinq ans sans dérapages et qui, si elle ne sera pas la femme de sa vie sera celle de sa mort". Un tunnel, pas assez long pour une tentative de gynécologue avec la cruciverbiste, et la Méditerranée explose de soleil et de mer au visage par contraste." Je suis déjà venu le siècle passé, se souvient-il, en 69 marcher pieds nus du cours Belsunce au parc Borelly.
A Bourges pendant ce temps Juliette naissait et je n'étais pas père". La vie a de ces raccourcis... ................................................................................... Gare St Charles 11 h 42 Marseille, l’africaine.
Ici, " Alice au pays des merveilles" se dit: " Fatima chez Tati " et on se parfume à la rascasse du coté du vieux port se souvient-il.
Ca y est ! En face de lui, notre Dame de La Garde, entre les deux, la ville, bientôt son bébé. Et le bébé d‘après. Celui de vingt deux, celui de cent vingt jours et Stéphane, géniteur. Il anticipe et pleure. Ce sera fait. Un Mac Do a envahit de son odeur de friture l’esplanade éponyme. Tant pis pour la rascasse.
Il prend la pose en haut des escaliers, la ville à ses pieds, magnifique! On n'a pas deux fois l’occasion de faire une première impression!
Dommage ! Ils arrivent derrière lui du parking plus fastoche mais moins majestueux.
Façades taguées, bariolées comme un visage trop maquillé, pas pire que les déjections canines parisiennes, linges aux fenêtres comme à Naples, Tunis ou Barcelone, ce sud là transpire la vie, sent la liberté juste avant l’anarchie et respire l'humanité préambule exotique du Maghreb, sur la route du nid familial. ....................................................................... Samedi, roller avec "la fillote" sur le vieux port:
-"Papa, vè la sardine lance Stephy!
- peuchère, 2 euro le kilo ! Combien je t'en mets, pitchoune? Saisit l'opportuniste sardinière, c’est ton père? Il est jeune! Il est marié? Mitraille-t-elle, comme s’il était absent.
- célibataire pour la semaine rétorque Tom pas rebuté par sa taille égale à sa carrure. Il paie et s’enfuit pourtant de cette femme carrée, de sa moustache et de ses verres de lunettes en tessons de bouteille, sa fille dans une main et les sardines dans l’autre. [.....]
Natation et jogging aux calanques de Méjean, avec Mathéo, tonique bambin de quatre ans (et demis, c’est important pour vite grandir et intervenir avec ses supers pouvoirs dans ce monde injuste des adultes). Faudra revenir pour la chasse à la cagole. Dimanche, le Rhône, généreux, leur passe La Camargue avec l’aide des Barcarins aux Salin de Giraud. Là c'est Daytona beach sur Rhône: on roule sur la plage jusqu'au bout du sable et du jour.4x4 et motos, cabriolets et quads; Barbecue et liberté, naturisme et bronzette... ...............................................................................
Déjà le départ.
Ça piquote dans la région des sinus.
"- Tu me donnera une photo de ta face pour mon fond d’écran? Demande Stephy émue
- prends en une de Georges Clooney, c’est moi avec des cheveux!
- What else! "Conclue-t-elle en référence à monsieur sex-machine (à café.)
Elle aura toujours le dernier (bon) mot!
Tom l'ignore à ce moment, mais il ne la reverra jamais!

3 commentaires:

charivarii a dit…

là ! ça chatouille dans la région du coeur...
très beau texte
ça nous tient de bout en bout

roselys a dit…

Quand Rose devient lisse et que son cœur de femme fond d'envie ........

dusportmaispasque a dit…

@ Charivarii: Un peu lacrymal donc!
je retiens le positif:passionnant.
@Roselys: merci, mais je trouve ce texte, à la relecture, un peu imparfait. Il y a des jeux de mots un peu lourd et des tournures maladroites, des phrases trop longues et de l'étalage pseudo-culturel.
Merci de ton indulgence, mais je travaille à corriger ou cultiver ces défauts car je ne suis pas sûr de la nécessité d'entretenir l'un ou de tuer l'autre.
Version courte: j'avance pas!
Merci de passer de temps en temps

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