vendredi 25 juillet 2008

trail du Marensin

Le trail du Marensin

à Jean-Claude -"dis papy, t'as vu ma carte de France, on dirai un monsieur!" Pauline, qui court vers ses huit ans sans lâcher son doudou, dessinant sa géographie fait de l'anthropomorphisme sans le savoir. Pas bête!......: La Gascogne vue du ciel parait être un visage de titan assoupis qui entrouvre sa bouche à l'estuaire, se régale de l'océan et va chercher son menton du coté de La Corogne. Les Landes simulent des joues hérissées d'une barbe de pins, l'océan, un punk en colère à la crête d'écume. Quand la dune fait la courte échelle par temps clair, on voit l'horizon se relever et le relief ondule comme une mer pétrifiée. Là-bas l'écume est de neige et la chevelure blanchie des Pyrénées annonce sa calvitie de l'été. Ici, Emmanuelle (les extérieurs du film y furent tournés) a ébloui de ses charmes les bateliers du courant d'Huchet, Mauriac a imaginé Thérèse Desqueyroux, Braïce de Naïce est venu surfer d'Hossegor à St Girons et, mon ami Robert emmène le peloton du coté de Mt de Marsan. Que la force soit avec toi, Bob le teigneux! Leurs majestés les Princes noirs se présentent au départ du trail deuxième édition; première partie de 16 km à courir nuitamment. Spécial dédicace à notre couple présidentiel: Louise et Jean-Claude et leur sympathique famille. Le soleil en allant se coucher, s'allonge timidement sur la mer qui rosit, le vent souffle un peu de sable pour cacher leur étreinte, les yeux piquent tandis que 135 somnambules fuient les bandas vers le refuge sombre de la forêt et son folklore mystérieux. Le hibou alerte la faune de l'intrusion. Aussitôt, l'activité animale s'interrompt devant cette étonnante procession. Le mulot, relâché par son prédateur surpris, s'enfuit miraculé en direction de Lourdes. Le xénon des frontales perce la nuit naissante, étire la silhouette de ces cyclopes modernes, déforme les taillis, allonge la sente, exagère les "dépressions évasées". Tout est disproportion, surnaturel, obscurité, rêve. La nature s'anime, taquine, féerique, lorsqu'un de Gironde, qui a mal estimé la distance mais bien apprécié Tursan et accueil Landais, rencontre l'écorce rugueuse d'un pin et titube sous le bombardement de pignes lâché en riposte par le végétal susceptible. Ainsi virevoltant, l'éclairage invite toute la pinède, devenue cavalière involontaire d'une valse fantastique qui fait rire les écureuils. La brise mêle les senteurs de genêt, de résine, de moisissure aux odeurs de l'effort des vivants et promène l'exceptionnelle fragrance par delà les troncs. Les fantômes de gemmeurs, derrière la futaie, crées par les ombres, nés des esprits, vêtus d'imaginaire font des heures sup. engloutis par la dune. Sur le dos de la colline en dévers la chenille humaine se tend par les performances inégales de tout ces improbables dahus. Le sol moussu avale le pas et absorbe l'énergie, la brume mange la lumière et le bruit. D'étranges échassiers hantent le marais les nuits de coureurs perdus: –"Ce sont les spectres de bergers, disent les anciens, qui une fois l'an, viennent réorienter les brebis égarées". Ou alors les bénévoles de l'organisation, peut-être pâtres ou résiniers, qui sans échasses, ni hapchot, ni pitey(*), ne saignent plus les arbres mais encourage les trailers. Soudain une mélopée païenne et barbare retentit, des feux follets se tortillent le long de la trace qui se relève une dernière fois et signale la fin de l'incursion. La lune en retard apparaît, le rapace reprend sa chasse, le sanglier grogne, magnifique. Madame la laie se tourne, s'offre et soupire: -"on est déjà samedi!

.................................................................................................................................. Place de la bourse. Bordeaux. Mars s'éveille pour son dernier jour, Maryclair (bisous) et Bernard (tape dans le dos) sont dans le sas coureurs du semi éponyme en mission pour l'A.s.l.r. à la foulée des deux rives. ..................................................................................................... Place du monastère. Lhassa. Mars réchauffe les matraques. Pran T. Jamb' â tonkoû moine, manifestant, tibétain et motivé révise ses fractionnés en tong devant Thû Vâ Môorflé en godillots cloutés, chef de meute, C.R.S, chinois et énervé. ..................................................................................................... Place de l'église. Vielle St Girons. Mars éclaire une dernière fois le bar du centre. Christian Marensin, le taulier, sort les chaises "Coca Cola" qui vont bien avec la bâtisse à colombage et briques rouge, dresse les tables "Heineken" mais pas les parasols "Miko": -"L'ouben qe bin de Dax qe ba plaoue avoum tres hores". - "le vent vient de Dax, dans trois heures il pleut!" dit-il car, s'il pense gascon il s'exprime en français. Colombage et Coca, authentique et commerce! Départ: la pression est sur les épaules des princes noirs après leur performance de la veille, un paramètre qu'il va falloir gérer en sus du terrain et de la météo. Sont représentés en nombre et qualité les " grosses écuries" du bassins avec les "Millepates" et les "tortues Boïennes"; également des concurrents d'ailleurs: Deux-Sèvres, d'Espagne. La toponymie est charmante autant que la topographie est redoutable. Friande d'énergie, avide d'audace, insatiable d'expérience, De Cabiroulet à la Jaougue passant par Mot, Bache de l'Aygue, et Mount. Ici, ce sont 10 km de casse patte, de dévers gourmant de cheville, de grimpettes dévoreuses de cuissot et de raidillons mangeurs d'hichtio-jambiers. On pense à la référence du prestigieux aîné, le"Grand Bassac", ou le désormais célèbre "Lou Gabelou" de Cenon, sans les cordes et sans la glèbe. Ou bien celui du 19 Avril: le festif et convivial "trail du Prince Noir". Puis c'est la plage d'Arnaoutchot où un léger vent de travers-arrière, coopératif, balaye l'écume des vagues et dépose à nos pieds sa mousse écru. Là pendant trois kms de "Foulée des Baïnes" l'enjambée se fait modeste, fine de trajectoire et judicieuse d'accélération pour éviter les élans de l'océan, camélèon farceur jetant sa langue de mer recrache deux fers à repasser en guise de chausses. Ensuite c'est la Lette Blanche à l'assaut de la dune une dernière fois vers Junca, Pichelèbe le long du courant d' Huchet, des Cyprés Chauves au Pas du loup. Les corps souffrent, les organismes ravitaillent, l'acide lactique assaille les muscles, les cerveaux des uns adaptent leur stratégie quand d'autres doutent et "disjonctent". La tonicité, le talent et la ferveur des meilleurs sont tels qu'il vont rentrer en moins de trois heures avant les premières gouttes, quand d'aucuns termineront à l'orgueil et à la volonté, humidement, et d'autres vont payer cash de leur renoncement, les carences de l'entraînement ou les excès de leur enthousiasme. .............................................................................................

épilogue

Mars brûle ses ultimes rayons sur Lhassa, Bordeaux et St Girons Ainsi, dimanche soir sur la terre Avril lui tord le coup; Robert à pris tout les relais; Maryclair est à l'arrivée, Bernard à la bourre ; Pran est un peu cabossé et Christian Marensin rempile ses chaises, enroule la rubalise, classe les dossards et, Adischatz!

(*) La hache et l'échelle

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