jeudi 23 avril 2009

Suivre le lapin blanc quand passe "Le Breuil"


La rue des trois conils(*)
(*) Conil: lapin.
(*) "Le Breuil": nom de la péniche de transport de l'A 380.
Gomorrhe silencieuse la ville assoupie subit l'ondée de Novembre. Des tourbillons venteux sont des embruns pénétrants jusqu'aux os.
L'étrange inconnu relève le col de son Burberry's en tournant à l'angle de la Vieille Tour et arrondit les épaules sous la Porte Dijeaux. L'homme sans cou s'éloigne entre les pages d'un Léo Malet un blues de Jonas dans la tête
Atmosphère polar à 4 heures du matin. La ville déserte est un spectacle de la couleur de son humeur.
Le boulanger de la rue Brochon n'a plus rien à pétrir mais tout à décongeler. L'escroc embauchera dans deux heures. Un soupirail soupire sans autre alternative, un clodo profite de sa chaleur gratuite.
L'ertsatz de Nestor Burma pense au petit lapin blanc de tout à l'heure et à l'annonce que lui a faite Miranda:
Miranda demain se marie. Pour l'heure, elle gémit. Ses cheveux font des volutes entre ses épaules et coulent sur l'oreiller. La tête dans le traversin, accroupie les genoux sur les coussins dans une posture pornographique de grenouille stéatopyge offrant, au centre de la cible, une bague intime à son doigt sans ongle au pays de Sodome sans Gomorrhe.
C'est son cadeau d'adieu. Elle ranima de sa bouche sa raideur fléchissant à l'accueil de cette nouvelle doublement douloureuse et il lui fallu deux traits de coke pour retrouver l'indispensable rigidité. Il aperçut surpris un lapin blanc tatoués au creux de ses reins avant de basculer dans le plaisir inconnu et violent.
A St Christoly, un carnassier mécanique et géophage casse la croûte les dents plantées dans le goudron. Interrompu par la nuit, il éventrera demain la chaussée sous prétexte de travaux publics. Des éboueurs interrompus par la pause cassent la graine autour d'une quille de rouge.
L'inconnu soupire sur l'âme humaine en général et féminine si particulière. Il a peu de compassion pour ses compagnons de voyage, passagers du vaisseau terrestre qui abordera tout à l'heure aux rives du soleil.
Sans lui!
Son âme aigrie se rebelle, malgré la joie de ses fibres, et inclue dans sa détestation aussi les objets. Un restaurant fermé, des chaises qui patientent les quatre fers en l'air sur des tables complaisantes, lui épargne le spectacle des manducations inutiles.
Pas mieux pour les hommes:
Derrière les façades, les ventres repus d'anciens rebelles monocouille demi indigné, semi soumis du peuple émasculé, discipliné, horizontal et raisonnable reposent flatulents et ronflants dans des rêves ordinairesd'écran plat ou de 4X4. Des catins légitimes ronronnent prés d'eux alourdies et rassasiées de leur dévotions conjugales.
Il y a dans leur ciel des bonheurs réussit et des plaisirs qui passent et reviennent comme des oiseaux migrateurs tous les vendredi soir.
L'adultère, dont Miranda ne veut pas, comporte cependant plus de sincérité et de désirs véritables que la sexualité rituelle. La vérité, souvent, est nichée au coeur du mensonge.
Il s'abrite par hasard sous l'encorbellement qui avance dans la rue Louis de Jabrun. Sous le mascaron d'une porte cochère il aperçoit intrigué, le deuxième lapin blanc!
Une bicyclette agonise, innocente prisonnière d'un réverbère complice d'un antivol. Les lampadaires perfusent la lumière vitale dans les artères de la ville exsangues de chalands en attendant le jour. Malgré les efforts des halogènes, la clarté jaunâtre fait des ronds autour des poubelles éventrées où festoient les greffiers. Devant la cour Mably une armée d'un seigneur de la guerre enterrée debout affleure la surface, les jumelles Weston patinent sur les casques de soldats luisants comme des pavés.
Les vitrines renvoient une image de Gene kelly muet et triste sur le glacis entre le Régent et le Grand Théatre. Le miroir fendu des dalles quadrillées reflète les douze muses du frontispice dessiné par Gabriel. Le ciel referme ses paupières de nuages.
Cours Xavier Arnozan,
un immeuble se souvient du fantôme d'Haussman.
Derriére un mur, il y a un sommier qui gémit,
un ange qui soupire, un homme qui s'épanche,
un arbre qui se penche
sous le vent qui forcit.
La colonne des Girondins dans son dos, est un hommage aux députés du tiers état et non pas une stèle pour l'équipe des milliardaires en short. Il chemine entre les statues de Montaigne et Montesquieu. Elles ont la posture majestueuse, drapées dans des toges, la mine offusquée de par la fiente des rats volants sur leur perruque de pierre et l'odorat insulté entre miction des fêtards noctambules et  déjections canines sur leur piédestal . Elles patientent dignement entre le départ des forains de la foire aux plaisirs et l'ouverture de la brocante St Fort. Il franchit haletant et humide le portail imaginaire des colonnes rostrales.
Voilà déjà La Garonne et le troisième lapin blanc taggué sur le parapet de la pile onze du pont.
Tout à l'heure, Miranda aura la bague au doigt!
Et lui conserve à jamais autour de son membre la brûlure de la sienne. Dernier visa sur son passeport de voyageur lubrique.
Le piéton libertin songe aux instants de l'existence, parfois chanson dont on n' écrit pas les paroles, pas plus que la musique.
Ou comme tantôt, opéra
chef d'orchestre Miranda.
A elle la maîtrise du livret, et de la partition.
Nulle décision pour la naissance et si peu sur le cour de la vie, les maladies, les joies, les rencontres, les voyages pas toujours sages. Le hasard, ou un lapin blanc, s'est chargé de sa destiné et s'est joué de ses apparentes actions le leurrant sur leurs incidences factices. Parfois quelques réussites éphémères l'ont enflé d'importance.
Trop de chansonnettes, si peu d'opéra, des jours sans chansons, des nuits sans musique!
Le grand final, lui, se décide par la manière et le moment. Le royaume faste de certitudes contre un domaine étriqué de l'aléatoire.
Il n'a pas envie d' humer une autre parfum, de savourer une autre liqueur que la cyprine de Miranda. De connaître un autre plaisir vulgaire, commun et faire de ce premier, le dernier, l'unique absolu.
Il se penche. Le garde corps offense sa poitrine. Il regarde au loin l'estuaire vers Pauillac et plus loin vers l'embouchure. Un vent marin lui apporte l'embrun véritable, de sel et d'iode.
Les épaules secouées d'un frisson, il ne peut voir dans son dos Martin qui arrive.
Martin Dodousse va voir la mer!
Aujourd'hui, le capitaine du "Breuil" remonte à vide vers Pauillac pour charger le tronçon d'A 380, le déposera à Langon qui finira son périple par la route jusqu'à Toulouse. Il est en avance sur la marée.
Troisième d'une génération de mariniers, son grand-père menait les gabarres en Dordogne de Castillon à Libourne chargées de barriques de vin Clairet ou du "cassou," la pierre du Lot. Le métier, transmis par son père, avait bien failli disparaître quand les péniches remplacèrent les gabarres et les moteurs, les vieux gréements.
Il avait fallu l'Airbus et les aménagements du fleuve pour que la profession perdure.
Le touriste de Sodome est fasciné par le maelström en dessous comme par la spirale sans fin d'un hypnotiseur. Il subodore le léviathan qui l'attend. La bande son de Jonas a laissé la place à Paolo Conté: "Una gelatti al lemon".
Son chant des Sirènes!
La Garonne, le limon son flot glacée c'est probable, saveur citron c'est moins sûr : Il plonge pour vérifier!
Bras en croix, tête jetée en arrière, poitrine offerte: Le saut de l'ange.
Martin aborde l'arche aménagée entre les piles dix et douze du pont de Pierre. L' hélice mue par les 1100 ch du diesel tribord, contrarie les tourbillons. L'électronique compense le couple de renversement qui "tire" à bâbord. L'étrave apparaît à l'amont sous la pile du pont lorsque la poupe s'engage sous l'arche en aval.
Dans cette phase délicate pour un marin d'eaux douces, Martin concentre sa vision sur l'antenne, une pointe érigée à la proue comme un viseur.
Il voit un ange sans ailes et sans auréole, poitrine offerte, bras écartés, s'embrocher sur son fanal puis il perçoit un bruit immonde accompagnant le geyser rouge qui jaillit du torse déchiré et se termine en gargouillis.
"Encore un coup du lapin blanc" songe - t- il! Indifférent, cynique et contrarié, il observe que le frimeur, bien inspiré par les ondines, a plongé plutôt que sauté: Mieux vaut l' amant de la sirène qu'un sodomite empalé comme figure de proue!
Martin, retardé, ne verra pas la mer et le candidat à la noyade refusé par les néréides, agonise sur sa broche.
Tout à l'heure, Martin-le-taggeur ira effacer tous SES lapins blancs qui ne l'amuse plus.
Depuis un an qu'ils pousse des ivrognes dans le fleuve et l'au delà pour leur donner le goût de l'eau d'ici Martin s'apeure du tourbillon médiatique autour des noyés de Bordeaux.
"Tant pis pour ce prétentieux" pense-t-il en guise d'épitaphe, de toutes façons, on ne décide pas de sa mort à la place de Thanatos.
Il décroche son téléphone et compose le 12.
L'inspecteur principal Pinault ne sait pas encore qu'il passera sa matinée sur une gabarre.
P.S:- Les passages de la barge se font exclusivement de jour.
-La rue existe, le reste est une fiction. Ou un fin possible!

9 commentaires:

emanu124 a dit…

Ben t'es revenu finalement..
Ton texte, on dirait une version masculine d'Alice au Pays des Merveilles :D

dusportmaispasque a dit…

ou Matrix plutot

C'est pas facile ! a dit…

J'aime bien ce texte...

C'est pas facile ! a dit…

non, non, non, ce n'est pas trop tard pour le foulard !!! Il nous manque encore une cinquantaine de photos et nous aurons atteint les 300 !

Chonchon a dit…

Exactement... en lisant le texte, j'ai pensé à Alice et à Matrix ! Des fois, je suis obligée de relire les phrases... c'est vachement dense ce que tu écris. T'as vraiment un sacré talent. J'ai hâte que tu fasses un site spécial pour ta prose (et des vers ? vu ton style... j'aimerais bien que tu nous fasses des poèmes, pas des cucu, hein, des poèmes de la même veine).

dusportmaispasque a dit…

Merci Chonchon,
je suis allé sur http://www.inlibroveritas.net/moncompte/moncompte.php
où j'ai pris plein de fessées(les "auteurs" t'étrillent pour un accent oublié) et seuls mes textes érotiques bien graveleux ont quelques lecteurs.Alors j'en reviens un peu dépité.
Quand aux poèmes chez moi c'est le souffle qui me manque et les envolées lyriques retombe vite.
en tout cas tes commentaires sont très constructifs.
Merci!

revedenuit a dit…

Bonjour!
Un gros merci de ton passage sur mon blog:)
J'aime beaucoup te lire, j'adore ton humour:)

bisesss

Revedenuit a dit…

Coucou!
Pour repondre a ton commentaire;
quand je dis: pour me 'caler' encore plus, ca veut dire m'enfoncer encore plus:)
Ne te gene pas si jamais il y a d'autre mot que tu ne comprend pas, ca va me faire plaisir de traduire, si je peux dire ca comme ca:)

bisessss

"(*,*)" a dit…

Cool !

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