vendredi 23 octobre 2009

Itinéraire.

Une main invisible a déposé "Les Platters" sur une platine ancienne pour une femme diamant disparue. Il tangue et il titube, tenant dans ses bras un fantôme encore chaud.
L' appartement vide de meubles
dans sa nouvelle solitude et son ancienne obscurité revenue sent déjà la froidure prochaine. Il incline la tête. Ses pas glissent au tempo lent du dernier slow.
Dans la nuit, une étoile filante passe que des milliards d'yeux ne voient pas. Juste pour l'éclairer un petit peu lui, car les autres passagers de la petite boule bleue qui tourne autour de la grande brillante à 100 000 km/H sont devant la télé. Lui et l'étoile éternellement inaperçues.
Tout à l'heure, si tout va bien, il sera en Espagne.
Il y est déjà, à vrai dire:
La sierra de Guara, le désert des Bardenas et des copains.
Ambiance et paysage de Western où les VTT remplaceront les chevaux du coté de Nocito, San Urbez et Rodellar.
Il se souvient de l'arrivée à Bilbao, dans une autre vie, sur la route du "Guggenheim" par la "plazza corazon del Jésus"et son "Corcovado" réplique de celui de Rio.
Il se souvient de la falaise au dessus du canyon de Mescùn.
Au couchant il aperçoit un parhèlie*, le deuxième soleil qu'hier a cru voir Pline l'ancien sur le Bosphore. Combien y a-t-il de lui jusqu'au sol? cent, deux cent mètres? Il mime, les bras en croix dans un souvenir de piscine, le geste du "salto del angel" de l'homme de Rio. Les orteils dépassent de la roche comme jadis sur le plongeoir du grand bain pour ressentir cette délicieuse impression de rater une marche lorsqu'il donnait à son petit corps l'impulsion de l'envol.
Il relève le col de son blouson frissonnant de vent, de vertige et d'émotion.Tom B. Dunid est monté à l'envers: Il tente de reculer et fait un pas en avant en cherchant la fermeture éclair.
Trop tard!
Un souffle qui passe, surnaturel et mystérieux le précipite dans le précipice. L' accélération fantastique et le vent de la chute fait claquer sa peau. Il ouvre la bouche de surprise comme on ouvre un dérisoire parachute. En apnée et en apesanteur, la pomme vivante va dans quelques secondes valider les théories de Newton.
L'apesanteur, c'est comme le bonheur: faut savoir le faire durer. Le sol est déjà là qui vient à sa rencontre en avance pour le rendez-vous avec le monde de l'en dessous. L'avenir, c'est maintenant.
Il met les mains jointes en avant par réflexe , l'air s'engouffre dans le blouson le déshabille et emporte le vêtement. Qu'importe, il parait qu'en enfer c'est assez bien chauffé.
Main invisible - Platters- platine - femme - diamant - disparue- envol- souffle qui passe.
Il tangue et il titube, tenant dans ses bras un fantôme encore chaud.
A lundi!
Peut-être.
*illusion optique au féminin chez wikipédia au masculin ici

11 commentaires:

charivarii a dit…

la vie est un long itinéraire, pas toujours très rectiligne
parfois ça décoiffe, voire ça déshabille ! :-)
"Dans la nuit, une étoile filante passe que des milliards d'yeux ne voient pas. Juste pour l'éclairer un petit peu lui..."
sans doute avons-nous chacun notre petite étoile; mystère de la vie, de l'amour...
faire durer le bonheur ... pas facile ; sans doute faut-il de la sagesse... mais sagesse et bonheur ne paraîssent -ils pas antinomiques ?

merci Alex C. pour ce texte plein de questionnements judicieux
je trouve que, comme pour les étoiles, les gens ne regardent pas assez ce billet, pourtant fort beau

où sont les commentateurs, que diable ? :-))

dusportmaispasque a dit…

Devant la télé!

Carole a dit…

Non, non, pas devant la télé, mais partie en week end (en amoureux) j'aurais bien fait durer le bonheur, mais il faut gagner sa croute... Alors, me voici au bureau et je vole une minute pour un bonheur virtuel, de mots, de rêves, d'évasion, sur le blog d'Alex. Bonne semaine à toi !

dusportmaispasque a dit…

@ Carole:Merci et ravi de ta visite..... et de l'info:Il y avait au moins deux personnes seules au monde et heureuses sur notre planète.

Dana a dit…

On est là ! Mais un peu effrayés par la photo, ne pas se pencher en dehors surtout ! Même s'il y en a qui aiment collectionner des vertiges, qui ont l'ivresse des hauteurs. De goûter au bonheur d'être un oiseau au moins une fois.L'absence des lignes de fuite limite sûrement la sensation de vertige. La gravité, par contre, est source de frustrations. Alors que l'apesenteur procure le sentiment extraordinairement grisant de disposer de sa vie, d'en être parfaitement, pleinement, absolument le maître. Je parle du vol là. La vie est souvent morne, alors il ne faut pas râter les occasions de la pimenter en prenant quelques risques.
A ton étoile, Alex Cessif !

http://www.dailymotion.com/video/x149lo_noir-desir-a-ton-etoile-yann-tierse_music

dusportmaispasque a dit…

@ Dana: "é péricoloso sporghesi" comme on dit dans le Bordeaux-Vintimille.
Comment échapper à la pesanteur?*
En volant du temps à la réalité que l'ombre de l'oiseau mythique caresse de ses ailes.

Je ne connaissais pas cette association Bertrand Cantat/ Yann Tiersen.J'aime ce Noir Désir, le bien nommé. Merci pour cette étoile à qui j'en met quatre aux panthéon des beaux textes et 12/13 sur l'échelle de Beaufort des sentiments perdus.
*moi je met un :"A"

Chonchon a dit…

Meilleur en français qu'en italien, mon ami. C'est "è pericoloso sporgersi".
Le problème sur ton blog, c'est que je n'arrive pas à faire le distingo entre ta vraie vie et ta vie virtuelle (rêvée ?). Quel homme mystérieux...

dusportmaispasque a dit…

Rahhh Chonchon merci. J'ai hésité avec l'accent et le R de "Sporghersi"Mais il est si loin ce Bordeaux-Vintimmille!
Tu sais j'apprends l'anglais sur les flippers: "same player shot again" et l'italien dans les compartiments de train au rythme lancinant des boggies woggies.Tchou, tchou!
Le distingo avec la vrai vie? si je le savais moi-même....

Dana a dit…

Je confirme. " E pericoloso sporgersi" , quant au blog, c'est une "opera aperta", chacun comprend c'est qu'il veut, ce qu'il peut et parfois avec ses propres projections.Les textes, une fois publiés, ne nous appartiennent plus. Ce qui ne peut être qu'enrichissant surtout si cela favorise des métalepses à rétardement ( je fais mon intello, pour la rime).

dusportmaispasque a dit…

Métalepse? je prends! ça c'est du lourd!
Merci Dana.
PS: au passage je te pique l'accent en trop sur le E de retardement, j'ai souvent aussi un problème d'accent
:-*

Dana a dit…

C'est pas grave, j'ai aussi un problème d'accent. Mais la langue bien pendue !

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