lundi 16 novembre 2009

Importance de l'être: E= mc2 Mon ami!

De la relativité des évènements!

"- Pierrot est mort!"

La cloche se balance au clocher de l'église et le curé a parlé à la cantonade. Parole et musique synchro du professionnel de la confession en relation directe avec son fournisseur: L'hôpital.

Il a jeté la nouvelle en pâture à la salle de restaurant devenu scène de théâtre.

C'est un peu en avance. Soixante ans pour Pierrot et les douze coups de midi pour l'église.

Le plongeur, le pizzaïollo, les serveuses et le chef sont sortis des cuisines dans une hiérarchie inversée devant les clients stupéfaits et Jeannot a quitté son comptoir.

Un peu plus au nord et toujours au Sud-Ouest, le téléphone a sonné et donné la même nouvelle.

Thomas Benjamin Dunid a mis trois mois avant de se décider à décoller les posters de la chambre du fond désertée par l'ado précoce à voler de ses propres ailes.

Pierrot c'est, c'était, pour certain un record à six chiffres au flipper sans que son café n'ait eu le temps de refroidir.

Pour Tom c'est, c'était une pointure en littérature.

Ils se rencontraient "par hasard" chez le bouquiniste attirés par les ouvrages improbables entre de vieux Gérard de Villiers et des Genevoix oubliés. Ils entamaient, sur les marches de l'office du tourisme, des conversations impromptues entre « Son Altesse Sérénissime » et « Raboliot »dans la cohue du déballage des camelots du marché aux touristes.

Il a juste un peu oublié l'escabeau sur lequel il était monté quand il entendit la nouvelle, et la décolleuse de papier peint qu'il tient à la main. Attention à la marche, le ridicule ne tue pas, il mouille seulement.

Il fallut choisir entre l'envie d'être là bas et l'envie d'ici, d'assister au premier match du fillot qui réclame "son daron" pour l'accompagner au match.

Il a choisit, le terrain de foot, la senteur de la pluie et les odeurs de vestiaire.

"-L'amitié à moins besoin de réciprocité que l'amour et je n'ai pas d'amis! Enfin il ne savent pas que je les aime, mes amis imaginaires, surtout que je n'hésite pas à les ègratigner" pense Tom.

De l'amitié il n'a connu que celle qui vampirise, celle des ados en travaux, celle des entrepreneurs du chantier de la vie avec une identité à construire et la première pierre posée sur la mouvance du sable.

Autant dire un temple sans idole à bâtir sur les fondations de l'affect.

« Ce temple je le regarde de l'extérieur, je m'interdit d'y entrer avec mes névroses où les autres disciples ne me renverraient que le reflet de mes propres névroses. Durant des années je ne rencontrerai que des miroirs. Puis un jour lointain je saurai que je peux enfin franchir son seuil. »

Les souvenirs de Tom font du ricochet entre les deux rives de la mémoire et du présent.

Au présent, il doit trancher des disputes de "hors jeu", lui qui n'a jamais compris cette règle de base,entre un public aussi clairsemé que la pelouse et les parents aficionados.

Au passé, avec Pierrot, l'amitié était muette, tacite ou imaginaire, épisodique et réconfortante.Unilatérale peut-être.

Peut-être que là-bas les clients ont sorti les pizzas en cour de cuissons, éteint les feux du piano, réglé les additions qu'ils avaient eux même établit à l'aide du menu et laissé des pourboires.

Il voit son héritier courir sous la pluie, glisser dans la boue, sortir du terrain et se voit lui faire honte en le couvrant d'un poncho devant ses potes, sur le banc de touche. Il a toujours peur que ce grand corps dégingandé perde un os à la poursuite d'un ballon ou s'enrhume sous la pluie.

Pierrot, c'est, c'était l'un des rares dont la notoriété ne se chiffrait pas en gramme d'alcool mais en tonne de bouquin qu'il avait lu. Pas de quoi faire une icône pour Tom mais concevoir du respect pour la sagesse de cet homme qui avait, pour de mystérieuses raisons raisons sentimentales, quitté sa réussite de banquier prospère pour une vie plus petite de boulanger déraciné propriétaire d'un terrain et de deux ânes sur la route de M....

Le match est perdu sans tristesse, "l'ami " est partit avec sa sagesse.

Tom a son compte de statues, pourtant il a envie de poser une gerbe discrète aux pieds de celle-là.

Un peu plus au nord, un peu plus tard, il y en a un qui chausse ses rollers pour un moment de silence hors de la maisonnée indifférente et bruyante,s'enfuyant pour un dernier tête à tête.

Le trottoir de l'avenue Thiers est couvert des feuilles mortes de "Prévert et Cosma" comme un paillasson à l'entrée du monde de "l'en dessous".

Tom B. Dunid s'arrête entre les deux rives sur le pont de pierre. Au mitan du monde virtuel où coule son sang, rive gauche et rive droite, celui du monde réel où réside l'enveloppe de chair. Au milieu, entre le maelström de l'en bas où s'agite la Garonne et le ciel entre chien et loup, déchiré de cirrus du monde de l'en haut.

Il y a, à l'intersection de ces deux médianes, l'alcôve du temps suspendu où il aime à rêver.

Peut-être que le monde absurde respectera une minute de silence tandis que Pierrot hésite entre ces deux versions de la vérité et que durant ce répit....

Quelque part en Absurdie:

Peut-être que cette mère afghanne aura vendu un bon prix sa petite fille de 8 ans pour payer l'amputation de son fils de quatre ans.

Peut-être que l'on trouvera à nouveau du Lindt 99% à Karouf.

Peut-être que la matrone ne trouvera pas un tesson de verre et de la main d'oeuvre pour immobiliser une enfant à exciser qui conservera son clitoris un jour de mieux.

Peut-être que l'on se qualifiera pour la coupe du monde et que le fiston cessera de prendre 2/0 sur des terrains de foot anonymes.

Peut-être que le joystick du F15 Strike Eagle s' enrayera à l'instant de lâcher le fer et le feu de la croisade contre le Mal de là-bas, pour la coke et le pétrole du Bien d'ici .

Peut-être que l'on cessera les rediffusions de "La petite maison dans la prairie" sur M 6.

Peut-être que le jerrycan d'essence paternel sera vide ou le briquet en panne au moment d'enflammer son bébé fille pour ne pas payer une dot ruineuse dans 15 ans.

Peut-être que la taxe d'habitation et les prix cesseront de flamber.

Peut-être que pendant ces quelques secondes les enfants cesseront de mourir de faim et les femmes battues de la violences des hommes.

Peut-être que Christophe ou Christine ouvriront leur galerie d'art.

Peut-être que Josiane Boudin cessera de réveiller sa fillette à 6h pour passer 3 heures dans les transports entre la mamie, nounou improvisée et son mi-temps/trois quart de SMIC qui l'occupera jusqu'à 21 heures.

Peut-être que La Madonne et Angelina cesseront de visiter les orphelinats du tiers monde comme on feuillette un catalogue sous les objectif des photographes.

Mais rien n'est sûr!

"La sagesse de Sénèque n'empêcha pas la folie de Nèron".

En tout cas le record de Pierrot sur le flipper du Bar de la place n'est pas prés de tomber: Le taulier a débranché la machine!

3 commentaires:

charivarii a dit…

comment veux-tu qu'on commente après avoir lu ce texte
je suis toute retournée
et , chose rare , j'ai la larme à l'oeil
j'aime au début , le "c'est...c'était" qui parle de ton ami
j'aime le chassé croisé souvenir et présent
et puis, de l'anecdotique à l'actualité
la construction
bon, faut que je récupère
j'attends un peu et j'y retourne (le lire ! )
bonne soirée

Dana a dit…

@ Tom : je crois, au contraire, que la différence entre l'amour et l'amitié est justement le fait qu'elle est toujours réciproque.

Aujourd'hui, comme par hasard ? j'ai reçu un livre, Sexing the Cherry by Jeanette Winterson.
En l'ouvrant, après le dédicace j'ai lu ces mots que j'essaie de traduire au mieux et que je dédie à Pierrot :

" La tribu indienne Hopi a un langage aussi sophistiqué que le nôtre, mais qui ne peut exprimer ni le passé, ni le présent, ni l'avenir. Qu'est-ce que cela nous dit sur le temps ?"

dusportmaispasque a dit…

@Chari: Merci de cette compréhension, longtemps j'ai cru être illisible....
@ Dana: Certes mais l'amitié est moins exigeante.... de chair.
Les indiens Hopi, rien à voir avec ADOPI de chez nous?C'est très mauvais!
Mais est -ce un signe de sagesse d'ignorer le temps?
Une noble désinvolture, sans doute un détachement du réel aussi peut-être.
Je cause pas le Hopi, mais je jetterai un oeil sur ce book si je le trouve en frenchie parce que je ne lis pas non plus Shakespeare dans le texte.
Merci pour Pierrot-le-sage.

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