mercredi 4 novembre 2009

La garbure de Julia.

Une recette maispasque.
La garbure est une recette du Sud-ouest dont l'origine se discute entre les basques et les landais. Il en existe de façons autant que de villages Pyrénéens. Soupe ou plat principal, haricots ou fèves, confit ou jambon en sont les variantes. Repas à théme si l'on est d'humeur rigolote à déguster un béret sur la tête, la falda, large tissus de toile rouge que l'on enroule plusieurs fois autour de la taille (secret de la force basque: les reins bien tenus et au chaud)et les espadrilles aux pieds comme à St Etienne de Baïgorry ou à Gabas.
On peut zapper la digression ci-dessous, surtout si l'on n'est pas majeure,et aller directement à la recette.
Pour 4 personnes :
  1. 4 cuisses de confit de canard
  2. un morceau de lard
  3. 1/4 de chou frisé
  4. 1 botte de carottes
  5. 4 navets
  6. une dizaine de petites pommes de terres
  7. 1 livre de haricots secs,Tarbais ou Soisson.
  8. une bottes d'oignons frais
  9. 2 gousses d'ail
  10. 1 bouquet garnis
  11. sel, poivre.
Laisser tremper les haricots secs une nuit. Prévoir 45 minutes de préparation
et 40 minutes de cuisson environ.
Le vin:Un Madiran ou un Tursan pour faire glisser tout ça. Réservez l'Iroulèguy pour l'axoa de veau au piment d'Espelette dont vous trouverez la recette ici: click
"L'alerte S.M.S silencieuse s'active sur le portable de Julia:
Mardi 4h, je viendrai…….
-"Chérie, tu posteras le chèque pour l'E.D.F en allant travailler? Questionne son mari
-oui mon amour!"répond-elle souriante!
C'est LUI ! Son imaginaire lui renvoi des images de ciel bleu, de petit nuage avec elle dessus.
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Mardi.-3h55 -France Inter :
"des nuages sur la majeure partie de l'hexagone, quelques belles éclaircies sur le Sud-Ouest" annonce la météo.
Tom est en avance. Inhabituel chez lui. L'enthousiasme, sans doute!
Elle arrive.
Elle monte dans la voiture, pressée, amoureuse, elle l'embrasse.
"On ne s'embrasse plus"pense-t-il en référence a son quotidien, perpétuellement en quête du goût de la lointaine première fois. Ou de la première tout court.
"- tourne la page", lui souffle sa petite voix.
" Le passé ne se reproduit pas à l'infini".
Il se repasse en boucle les mots gravées au fer rouge de cette mémoire qui fonctionne par sursaut:"quelques instants secrets";"belles passantes";" Pas su retenir"…..
" Ce qu'il faut de sanglot pour payer un frisson"
- immaturité et poésie de quatre sous. Tu raisonnes en boucle.
- écrit d'Aragon murmuré par Brassens, excuses du peu" tranche-t-il!
Et la petite voix se tait.
Renoncer à elle, s'est comme se couper la jambe, déjà qu'il boîte quand il ne la voie pas……
Tom cesse de penser: son cerveau est en fusion:Trente-cinq milliards de neurones sur les cent disponibles sont mobilisées par le désir. Cette activité chimique et électrique intime consomme énormément d'oxygène, transporté par le sang….. Qui est sollicité prioritairement par un autre organe.
Elle a pris le pouvoir. A l'instant où sa bouche s'est entrouverte sur Lui. Quelques minutes "volées" sur le quotidien pense-t-elle. Des minutes qui n'appartiennent qu'à moi distraites sur mon agenda de mère, épouse, travailleuse, etc.… Quelques gouttes de liberté dans un océan d'obligations.
Son savoir-faire décuplés par son amour de lui est rapidement récompensé: elle l'entend gémir puis crier. Le barrage cède. Le flot arrive, qu'elle reçoit par jets décroissants .Elle se contracte et, comme un coureur de relais reçoit le témoin de son partenaire, à son tour, se tord d'une jouissance discrète. Asphyxiée elle cherche son air et, sans se retirer, elle boit leur plaisir, satisfaite et heureuse.
"-vous zêtes zarrivés!" dit la voix synthétique du G.P.S déclenché par inadvertance
-merci, j'ai vu! pense-t-elle en déglutissant.
Le cerveau de Tom re-fonctionne. Sa petite voix (chacun la sienne) la"ramène" à nouveau, ironique:
"- tout ça pour ça!
-écoute le poète," répond-il reconstituant opportunément les bribes de ses souvenirs:
"A celle que l'on voit apparaître
une seconde à sa fenètre
et qui, preste, s'évanouit...."
[....]on pleure les lévres absentes
De toutes ces belles passantes
que l'on n'a pas su retenir"
Aragon n'a pas écrit cela pour ces circonstances mais bon....
Des heures d'effort pour un éphémère coucher de soleil au sommet d'une montagne. Parfois, l'effort est une attente, passive. Il faut de la sérénité pour éclore une aussi belle rose et aujourd'hui….. C'est cueillette!"
-Carpe Diem en somme! (Cueille la rose)
-On est d'accord "conclus Tom, apaisé. ...........................................................................................................................................................
"Mardi 4h je viendrai! Je te confierai mon désir et tu seras satisfaite dans la complicité secrète et obscure de la nuit."
-Voulez-vous supprimer ce message? demande le portable
-Oui!
-"Chérie, tu as posté le chèque?
-oui, mon amour!
-pourquoi souris-tu?"(Ciel, petit nuage…..etc.)
-Message supprimé! Répond SonyEricson.
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Quelques par et ailleurs Tom, lui aussi "nettoie" sa messagerie. Comme chaque fois qu'il "assassine" le témoin pourtant silencieux de cette digression clandestine, il a un pincement au cœur. Sans doute prémisse ou répétition de celui à venir, quand cette parenthèse enchantée se refermera.
Inévitable, donc prévisible.
Il a conservé en lui cet inconscient besoin de formaliser les surprises de la vie, les cadeaux du hasard, autant de présents mal reçus, bien qu' opportuns, devenus sources de tourment. "Le bonheur est une surprise, le malheur aussi".
Chercher à comprendre : A qui, ou à quoi, ai-je affaire ?
Le destin est si farceur!
A force de réflexions mal construites comme autant d'outils mal employés, émerge l'envie récurrente d'en terminer pour garder l'initiative, le contrôle.
En conflit entre le cœur, qui réclame son compte d'émotion et l'esprit, son compte de morale. Ou, lui laisser, à elle, l'initiative, la responsabilité de la rupture d' une manière puérile et lâche . "Lorsque les évènements vous échappent, feignez de les avoir organisés": cette phrase "accrochée" par l'oreille et érigée en règle de vie d' enfant perdu en quête d’un directeur de conscience revient chaque fois qu'il doit prendre ou subir une décision.
Peu glorieux, ni très "Rock n’ Roll et assez mal adapté à défaut de véritable éducation ou de simple intelligence. Pourquoi ce besoin de panache, de sortie honorable? Peur des évènements subis ? Lui qui, habituellement,décide les désunions. Peur de la vie et absence de confiance ! Le bonheur est inaccessible sans la sérénité! De cette dérive et de cette saturation du raisonnement lui vient une panique, un emportement masculin, enfantin!
Ne lui reste que la télépathie.
Teintée d’espoir.
Il envoi : "Same gamer play again!" sur les ondes mentales. Provocation suicidaire ou supplique: "On prend les mêmes et on recommence"
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Mystérieusement et simultanément, Julia perçoit de l'angoisse légèrement désespérée chez son "alter ego inversé" comme une distorsion de la longueur d'onde:
"Il raisonne trop se dit-elle, il se perd et nous allons nous perdre".
Chercher à comprendre c’est compliquer ce qui est simple. Recevoir la vie comme une aventure. Se distraire avec sérieux. Se donner sans appartenir.
Sur sa carte du tendre Il est une île qui s'éloigne.
Pourtant, elle ne verbalisera pas et n'enverra pas " game over" sur son écran. Parce que son romantisme, s'il est parfois perturbé, toujours rationnel, n'est jamais néfaste.
" Il trouvera ma route ou ne la trouvera pas".
Bien verrouillée, bien protégée, l'idée de Lui reste omniprésente dans son donjon privé. Parfois sous la forme d'une musique, d'autres fois il se précise comme une chanson et se dilue dans l'espace de la journée. Il est le ponant lorsqu'elle s'endort et le levant lorsqu'elle s'éveille.
Son bonheur elle le façonne d'horizons complémentaires, de renoncements nécessaires et de concessions discrètes. Un rempart solide de devoir protège son rêve, son plaisir et sa conscience. Elle sait mélanger,dans un dosage subtil, la valeur de la stabilité au frisson de l'aventure se laissant quelque fois emporter par la surprise de l'inconnu. L'avenir est une force, la nuance est un art, les émotions se maîtrisent. Elle recueille ainsi l'harmonie comme légitime prix de la puissance mentale du songe. -"voilà que je me prends le chou.
A propos de chou: "Tiens, se dit-elle, je vais leur faire une garbure"
Et elle entreprend, pragmatique, l'épluchage des carottes la tête dans les nuages, les mains dans les pelures.
"- qu’est-ce qu’on mange ? " Questionne son mari.
Julia sourit !
Elle aperçoit au loin, la "probabilité d'une île", la promesse d'une escale, la possibilité de l'étape.
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Plus loin, plus tard, peut-être, quelque part dans un ailleurs géographique ou temporel."
Ma façon:
On peut tricher (ça commence mâle) pour gagner du temps avec les haricots et rajouter en fin de cuisson une bocal de Soissons déjà cuisinés, mais chut.
Pendant la préparation des légumes, je fais blanchir le chou en le cuisant dans une eau vinaigrée ou en changeant trois fois l'eau de cuisson.
Recette personnelle, je dégraisse, je retire la peau et désosse les cuisses de confit que je fais revenir sans matière grasse avec les oignons. Je fais cuire à part les légumes en commençant par les haricots, s'ils sont encore durs, avec le bouquet garnis.
Ensuite je rajoute les autres légumes, l'ail et le confit puis le chou à la fin.
Je réserve le bouillon avec des arrières pensées de recyclage en soupe avec quelques légumes. Je laisse refroidir et place l'ensemble au frigo pour figer le gras restant à la surface et qu'il faudra retirer.
Ensuite, je re-mélange bouillon, confit et légumes et je laisse mijoter, disons.... un petit quart d'heure.
Voilà, vous avez une soupe et un plat principal. Une tourtière (en haut) ou un pastis Landais ci dessous ( c'est une pâtisserie, pas un alcool) pour finir.

12 commentaires:

olga a dit…

Et si tu préparais une grande tablée, que nous venions toutes à ce festin !

dusportmaispasque a dit…

Je vous trouve bien familière.Bélier ascendant scorpion? Fonceur et suicidaire?

Dana a dit…

Buffering 100%.
Safe mode.
What do you want the computer to do ?

P.S.- Je suis rassurée, tu n'as pas oublié le sel et le poivre, à la fin même pour couronner le tout!
P.S2- Celui qui rompt, n'est jamais celui qui rompt...

Arachnée a dit…

Je crois que je vais devoir relire car je n'ai pas tout saisi!
Un verre de Tursan ou d'Irrouléguy s'impose!

Bougrenette a dit…

Étonnant, il y a beaucoup et je dois reconnaître que ça ouvre l'appétit, et la curiosité s'en suit.

Anonyme a dit…

De quoi prendre des idées de repas pour ce soir !
Toute le cuisine que j'aime, pastis du nord des landes svp ( celui brioché ) celui du sud de la chalosse est à mon humble gout un tantinet lourdingue ....
Sophie du33

charivarii a dit…

quelle compréhension ...
j'aime tes personnages et j'admire ton analyse de Julia
tu as sans doute beaucoup "étudiées" les femmes, mais je crois surtout que tu les aimes beaucoup :-))

magnifique billet qui met en appétit
et comme dit Olga, quand est-ce que tu nous invites ? (pardon de cette familiarité)

dusportmaispasque a dit…

Dana: Ready fifty/fifty
Open, take care of yourself
Computer for meeting
et: my tailor is rich!
P.S: oui, j'oubliais:émiettez puis mouillez le confit, sel poivre et couvrir.
P.S 2: Je plie mais ne rompt pas!
Pascal: Un ballon de rouge au café des Arts cela te rappellera tes études à Montaigne.
Bougrenette: Euh, on parle de garbure hein?
Sophie 33:Celui de Chalosse avec une pointe d'Armagnac il est de suite plus léger.
Charivari:
- étudier les femmes? quelle drôle d'idée!il me faudrait plusieurs vies pour en comprendre une seule. J'en ai détesté pas mal pour n'en aimer qu'une. Mais je vais rattraper mon retard.
- invitation? logistique compliquée et il vaut mieux conserver son mystère, non?

Carole a dit…

2 recettes pour le prix d'une whaouuu ! tu nous gâtes :-) et avec ça, l'art de camoufler les récits licencieux (protection des mineurs) . Qui a dit que c'était indigeste le confit ? en tout cas aimer deux hommes en même temps c'est pas des plus léger non plus.....
PS : la réponse à tes coms viendra plus tard, sans doute le sujet du prochain billet.... peut-être... si j'y arrive...

Pascal a dit…

J'étais à Montesquieu!
Mais j'ai (et encore) beaucoup fréquenté le café des arts!

Chonchon a dit…

Je suis assez d'accord avec Olga...

dusportmaispasque a dit…

@ Chonchon: J'envoie un SMS général?

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