mardi 10 novembre 2009

Paul & Mick.1/3


J'ai trouvé, par hasard quelque part sur la toile, un texte de notre maître à tous, sauf un, que certaines d'entre vous connaissent.
Comme d'habitude, c'est vif et plein d'esprit.
Cependant, c'est assez tendancieux et le talent ne doit pas être au service du mèpris.
Et de toute façon, j'aime bien déboulonner les statues. Surtout celles qui sont trop grandes pour moi.
Face A:
"Il y a, dans l’acte de bloguer, et sur Internet en général…un encouragement vivace à l’anonymat. L’anonymat se pratique à l’aube, à l’heure ou la ville sort péniblement de sa torpeur, ou bien alors tard le soir, quand les enfants sont couchés, que les couples s’enfoncent profond dans les canapés, devant la télé. Le blogueur anonyme se débarrasse alors de son identité de la journée, il délaisse son manteau social sur le dos de la chaise. Il se sert un café ou un thé. Il s’installe sur son petit bureau cosi, coincé entre la plante artificielle et la lampe Ikea. Enfin installé, le voici prêt à entamer son petit plaisir solitaire dans de secrètes activités cérébrales. Patiemment, savamment, un sourire courtisan au coin des lèvres, il pratique des associations d’idées tortueuses, il fait sa petite fête à l’imagination. Il se délecte des délices de la pensée, libre dans une petite solitude feutrée, comme une récompense de fin de journée. Le blogueur anonyme est satisfait, il entretient son petit mystère et partage avec un public d’autres anonymes gagnés d’avance, son goût pour la dissidence bourgeoise et la subversion un peu frustrée. Il prend son temps, choisit ses termes, entreprend sa rédaction patiente, méditant ses adjectifs et son verbe, n’omettant jamais de consulter son petit dictionnaire des synonymes toujours posé à côté de lui. Le blogueur anonyme, il se recrute dans toutes les couches de la société, de l’homme de lettres au petit comptable, du boulanger à l’ingénieur en aéronautique. Internet lui offre cela, la possibilité d’entretenir l’anonymat non plus dans sa notion d’être perdu dans la masse, mais plutôt dans celle d’endosser une seconde peau telle une vocation jusqu’ici injustement méconnue. Et quels mystères en vérité ? On serait bien ennuyé de parvenir à les percer. Savoir que derrière celui qui se cache, derrière cette bête de sexe, ce petit génie satyrique, ce défenseur de la veuve sans l’orphelin, ce critique acerbe de la politique, ce jongleur des mots, ce poète inconnu, il n’y a pas bien grand-chose à cacher. Rien de condamnable, rien de ridicule, rien de singulier, rien même de bien honteux. On serait bien avancé de le voir là, remplir sa machine à laver, chercher ses clés de voitures, gronder les gosses qui mettent encore des miettes sur le canapé, pester contre le voisin qui passe la tondeuse le dimanche. A vrai dire, son secret ne vaut même pas le coup. Comme toutes ces questions qu’on se pose à propos de ce vieil ami d’adolescence qu’on à perdu, qu’on imagine parti vivre en Inde, et puis qu’on retrouve à Roubaix, et qui nous raconte le cancer de Roseline, la petite dernière qu’a raté son bac, Mireille et son accouchement difficile et puis Jean Paul qui est encore au chômage. Voilà tout ce qu'on peut trouver finalement derrière tout ça. Mais enfin, ils y tiennent quand même les blogueurs à leur anonymat, ça leur laisse des possibilités, exister dans les pensées des autres, dans les rêves des autres, dans leurs rêves à eux…" Fishturn (Blogueur anonyme)
La réplique
D'un shyzo à l' autre.
Face B:
Je courais.
Comme d'habitude, j'avais étiré la phase du bonheur sise entre celle de l'échauffement et celle de la récupération, par un run plein d'endorphines. J'en étais à la retombée de la récup quand j'entendis le tap tap des pas de l'anonyme dans mon dos. Je ne l'avais pas vu venir. Il me dépassa sans me regarder avec son allure toute neuve, chaud mais pas fatigué. Il m'ignora dédaigneusement alors qu'il me guettait, tapi pour me surprendre de sa foulée "sublime forcément sublime".
Il est seul à savoir ma fatigue et sa forme, il jouit de me laisser sur place. D'habitude je le laisse jouer seul sa compétition sans adversaire.
Aujourd'hui je lui emboite le pas et parviens à Sa Hauteur.
Quelle ne fut pas ma stupeur de le reconnaitre?
Il n'est pas anonyme c'est un pseudo vivant. Ex Bloggeur talenteux et compulsif, il est de notre monde. Il en est le pléonasme et le métalepse. L'antécédent et le conséquent aujourd'hui paradoxe toujours en quête d'excellence. Chez moi, il est encore et toujours, une légende pisciforme qui tourne sur une télé éteinte dans un bocal Conforama plein d'eau Ikéa sans But et encore sans mémoire.
Il nous donne une leçon de texte avec des phrases construites habilement de protase en apodose.
De la philosophie il cultive le sens plutôt que l'étymologie. A l'amour de la sagesse, il rajoute sa science du sophisme. "Caressez un cercle il devient vicieux" et sa philo perso devient redondante psychologie, théologie, obscurantisme dans le même glissement sémantique.
A force de métonymie, à coup de tropes et de prétérition, qu'il confond avec persuasion, il feint de dire tout en disant clairement la suspicion que lui inspire le bloggeur lui taillant un habit de délateur.
"Anonymat; Courtisant, Petit bureau; idées tord- tueuses; Petit dictionnaire; Subversion frustrée; plaisir solitaire."
Dans son monde élitiste d'amalgame et de mépris, "Les comptables sont petits et les ingénieurs ont les goûts de chiotte des boulangers".
Le débit de sa logorrhée mesurée à l'aune de l'herméneutique alimente sa rhétorique et écrase son lecteur de sa richesse et de sa forme le laissant sur place, coi et pantois dépassé par cette attaque qui ne dit pas sa sournoiserie.
Bloggeur avocat devient bloggeur procureur et moqueur. Il connait notre monde de l'intérieur.
Il est le tailleur de Fernand Raynaud qui impose et déforme l'apparence de son client pour le faire entrer à tout prix dans ce costume qu'il nous a mal taillé. Mais:"y a comme un défaut."
Il change d'habit comme on change de maître, pourtant son nouveau costume de procureur est encore trop grand pour lui. Alors, il enfle de la tête et des chevilles, s'emplit d'air et d'importance prenant des risques de baudruche à la rencontre d'une aiguille.
Et pshiiit : Le démon du dedans s'enfuit vers l'en dehors pour un autre démon. Le solide, qui ne l'était pas très, devient gazeux.
Dans l'azur se con dansant* devient liquide et nous arrose de sa pluie acide.
Blogger ou balancer, il faut choisir! Cette parisose te serviras de prolepse.
A toi de faire, Fish!
Du quatuor Paul et Mick, Hank Kholer nous a quitté.
Il reste, pour quelques temps encore, Alex Cessif son hyperbole et sa schizophrénie.
Serviteur!
*ne te vexe pas , Fish j'aime le calembour facile.
P.S: Je sens que je vais en prendre une, moi.

21 commentaires:

olga a dit…

Comme d'habitude, je suis scotchée....
Chapeau bas l'artiste !
Par contre, il faut s'armer d'un dictionnaire pour suivre !

Carole a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
cathiminie a dit…

Qu'il est bon de ne pas être trop lu. Le devoir d'excellence devient enfermant et ségrégatif! Mais la 2ème partie du texte me semble tout de même bien acérée également...Pourquoi ne pas laisser hurler les loups sur leur territoire...tant qu'ils hurlent chez eux pas de problème!Et continuons à écrire pour le plaisir des mots, de la langue et pour transformer certains maux en mots! Mais ce que j'en dis, n'engage que moi après tout!Pour conclure voilà tout de même 2 textes bien écrits!Bravo à leurs auteurs!;-)

Carole a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
dusportmaispasque a dit…

@ Olga: Les mots sont des cailloux sur lesquels il ne faut pas buter mais passer par dessus, s'en affranchir et d' une vision globale cela reste et me semble compréhensible.
@Carole: Il ne faut pas se méprendre et profiter du recul que les critiques quand ils sont talentueux nous donnent sur nous même.Je conserve à celui-ci mon respect et mon admiration, chatouilleuse pour l'occasion.
@ Cathiminie: La dialectique a ceci d'avantageux, ou pas, que l'on peut dire tout et son contraire.Il nous faut rester vigilant et clairvoyant, et en cela la critique aide.
@ Carole: Son style est flamboyant et j'en suis fan.Dommage qu'il ait fermè l'accès à ses textes somptueux. Ne doutons pas que "s'Il" passe par là, il saura riposter avec talent et je tremble.
Merci de porter autant d'intérêt à cette mini polémique.

Caillou a dit…

Je suis très embarrassé. F. a écrit ce texte il y a très longtemps et l'a effacé depuis. Je l'avais conservé et il m'a paru pertinent de l'ajouter au dossier. Je ne m'associe pas à ce procédé qui l'utilise, hors contexte, pour le pourfendre (même avec humour et esprit) devant des témoins acquis à ta cause. Je pense l'intention bienveillante et devine l'amitié que tu lui portes mais je crois l'effet pernicieux. Les réactions de tes lecteurs en sont le signe.

Carole a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Damon Fishturn a dit…

Je ne voudrais pas agrafer ici un silence. La signature du texte était l'unique cible du mépris, s'il en fut un.

Carole a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Carole a dit…

j'ai jeté tous mes coms : désolée : ça m'a énervée. Je joue dans la cours des petits, sans complexe. alors je laisse paul et Mick entre eux. Parce que moi tout ce que j'ai c'est ma sincérité (ridicule)

dusportmaispasque a dit…

@Caillou: Ne sois pas embarrassé. Effacée ou pas la vérité continue d'exister. Le contexte nous environne plus que jamais, il est subjacents de tous les pseudos et les anonymats.Les blogs qui ne parlent pas d'ongles cassés, ne parlent que de cela. F a eu suffisamment de recul sur lui-même pour faire cette critique qu'il s'adresse à lui même: La dérision et le sens sont contenus dans SA signature.Mais il fallait une anthithése pour donner du poids à Sa thèse.Il me semble avoir suffisamment pondéré les "commentaires acquis à ma cause"pour conserver de l'objectivité.D'ailleurs, une commentatrice place les deux textes au même niveau, même si l'excellence de celui de F a le mérite de la primeur et de l'engagement.
P.S: Les commentaires supprimés l'ont été à l'initiative de leurs auteurs.

dusportmaispasque a dit…

@Carole: Bouillante et impétueuse Carole, sans sincérité, pas de discussion valable, les arguments s'échangent et se partagent.Dommage de ne pas les assumer.
Comme je suis dans la cours des petits je dis:"Donnés, repris, volés"
Sans rancune

dusportmaispasque a dit…

@ tous: Shame on me, ne regardez pas ce H en trop de "antithèse"
Je le dis et le redis: on devrait se relire.

Anonyme a dit…

salut
je viens de prendre une leçon de rhétorique, je t'en remercie humblement. Rhétorique qui personnellement ne me sert à rien d'autre qu'à faire ce que je fais déjà, à savoir bouquiner en essayant au maximum de comprendre ce que je lis, et en essayant de ne pas me faire trop avoir par la forme. Petite pratique utile de temps en temps, et surtout divertissante, parfois en lisant les journaux, et moins souvent encore en regardant ma télé, je me dis que tout le monde devrait un jour prendre des cours de rhétorique afin de mieux comprendre ce que nous disent les "grands" de ce monde.
N'y connaissant rien en littérature, il m'a effectivement fallu un dictionnaire pour tout comprendre...à la deuxième lecture seulement, car effectivement, une lecture globale permet carrément de capter le tout sans trop d'effort.
Bref, je voulais juste te demander : pourquoi "dépassât" et non dépassa, pourquoi "ignorât" et non ignora, pourquoi "parviens" et non parvient, pourquoi "te vexes pas" et non "te vexe pas" ?
A force de lire des gens qui écrivent plus que bien, en en arrive à se demander s'il est un sens caché à ce que l'on voit au premier abord comme juste de simples fautes.
C'est marrant d'ailleurs, de constater comme la superbe met l'humble lecteur, celui qui joue dans la cour des petits comme vous le dites dans les commentaires, de se sentir (l'espace d'un instant seulement)comme mis en défaut sur des broutilles pour lesquelles il n'aurait pourtant aucun doute s'il s'agissait de textes écrits par des enfants de primaire.
Cette petite remarque relève encore en moi le niveau de vigilance quant à ce qu'on peut lire ou entendre, le papier doré ne fait pas de l'objet emballé une pépite d'or. Merci pour cette petite alarme.

Je cherche à arrondir mes fins de mois, constatant régulièrement que mes lectures bloguesques sont bourrées de fautes, je me demande comment proposer mes services de correcteur aux blogueurs, sans ue cette proposition ne soit prise comme une critique "toute petite".

Si tu avais une idée, je serais preneuse.

Sinon, le commentaire à ton article répondant à celui d'un fish, c'est : je préfère le texte d'en dessous, le seul secret que détiennent les hommes, c'est l'amour. Parfois ils le savent, parfois, ils ne le savent pas, parfois ils le cachent, parfois ils ne le cachent pas, mais sur tous les blogs que l'on peut lire, c'est le seul secret qui se cache, sous forme de manque ou bien d'excès, mais c'est bien le seul.

Bonne journée à vous, j'aime beaucoup votre façon d'écrire.

signé Bip, pour l'anonymat

Caillou a dit…

Je regrette que des commentaires aient disparu. Ils montrent le piège dans lequel leurs auteurs ont été entraînés. Je vais préciser mon point de vue. Je pense que Damon Fishturn était un laboratoire d'être, une tentative de raconter, de l'intérieur, l'expérience, d'en dessiner les contours d'en repousser les limites. Une vraie prise de risque, un travail d'artiste, pas une posture, il ne tenait pas un discours, de l'extérieur, s'exprimant sur un phénomène. Il était un témoin et une sentinelle. C'est en ce sens que la confrontation à cet extrait, sorti de son contexte, pose problème. Il ne défendait pas une thèse, ne portait pas un jugement, il faisait oeuvre, un fragment qui ne prend son sens qu'éclairé par le reste... Bon, je vais faire un tour... ;-)

dusportmaispasque a dit…

@ L'anonyme: Merci pour tout.Je te réponds sur les fautes d'orthographes.Je sature au bout d'un moment, le clavier ne me canalise pas et à force de relecture, je n'y vois plus rien. J'adore que l'on me corrige(?!) et j'en tiens compte.Approche, je vais te dire discrètement à l'oreille en forme d'explication (et surtout pas d'excuse): "Je suis bac - 3".
Comptant sur ta discrétion et... une prochaine visite.
P.S: pourquoi "relève" au lieu de "révèle"et pourquoi ce: "sans ue cette proposition" subliminal ce manque de Q, non?
@ Caillou: Merci d'être repassé par ici.Je continu de dire et de redire la qualité de Ses Textes. J'affirme que le langage, peux faire dire dans le cadre de la polémique, tout autre chose. D'où le danger des médias tenues par les usurpateurs. Il y avait ce glissement sémantique anonymat/délation dirigeant le lecteur de Fish dans cette direction malsaine qui m'a un peu échauffé.
Pour mémoire: Prétérition: Moyen paradoxal, feindre de ne pas vouloir dire tout en affirmant avec force.
Pour conclure, une indication du niveau d'élégance et de noblesse du Maître: il a ré-ouvert l'accès à son blog.
L'on peut désormais s'y retrouver en cliquant sur le lien "Damon Fishturne".
Lisez, jouissez de votre lecture et éviter les compliments et les commentaires lénifiants: Il n'aime pas les flagorneurs, la preuve!

Anonyme a dit…

je me demandais réellement si tu avais caché un sens dans ton utilisation du subjonctif, c'était pas pour corriger....
je fais secrétaire d'une poète en ce moment, des poèmes vraiment vraiment bourrés de fautes, souvent j'hésite à les corriger, simplement parce qu'à garder la faute et à la regarder poétiquement, le sens change, et je me suis mise à chercher partout un autre sens à des orthographes qui me surprennent.
relève et non révèle parce que ça fait longtemps qu'il est révélé.
pas de Q parce que c'est en douceur que j'effleure cette touche, trop doucement parfois, jusqu'à la faire taire parfois...
merci de ta réponse

dusportmaispasque a dit…

Bien envoyé.
Reçu 5/5.

Caillou a dit…

Ah, j'avais oublié " un texte de notre maître à tous" . Pas le mien, ni lui, ni un autre, je n'ai de pas de maître, des amis oui, réels, virtuels et imaginaires. :-)

dusportmaispasque a dit…

@ Caillou: J'ai rectifié et j'espère être dans ton groupe* des imaginaires.Je t'imagine sans rancune mais pas sans mémoire.
* pardon pour la connotation grégaire, que tu vas me discuter sans doute, mais je suis à court de mots.

Caillou a dit…

:-) Ah, voilà, parfait, tout est bien qui finit bien. ;-))

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