jeudi 31 décembre 2009

La passante de 2009.

bande son:Isabelle Mayereau ( la photo de You Tube fout la trouille mais le texte est si beau: que demande le peuple?)
Il a quitté le quai de la gare sans se retourner. Elle aussi sans doute.
D'un pas pressé de s'éloigner il rejoint la rue Eugène Delacroix à l'angle de la rue Fieffé. La petite voiture noire est bien là, comme un refuge mais sans la passagère de tout à l'heure.
"-Tiens, on m'a piqué le volant" constate-t-il.
Il lui faudra quelques secondes pour réaliser qu'il a ouvert inutilement la porte passager(e).
Les gestes lents, il tourne la clé pour retrouver la compagnie ronronante du moteur tandis que le sien double de volume dans cette cage thoracique si bien nommée.
Il s'agite, il résiste, il tambourine encore un peu comme ça pour un zeste de noblesse puis, de systole en diastole,cesse de battre la chamade et dépose sa reddition aux pieds de sa triste fonction utilitaire.
La prison avec ses barreaux de cotes est bien verrouillée chez les gens raisonnables.
Le coeur ne s'envolera pas pour se tromper de vie confirmant, comme s'il le fallait encore, ce que l'état adulte comporte de renoncement.
La donne n'est pas nouvelle pourtant, il faut encore et sans cesse combattre ce romantisme puéril entre l'enfance volée et l'adolescence confuse pour que le coeur d'enfant entre, vaille que vaille, dans la cour des grands* avec chevillé au corps le sentiment d'abandon, le sacrifice contre nature de s'amputer soi-même de son organe le plus essentiel.
Dévasté de douleur de la cave au grenier*, il récite à voie haute l'enchaînement des taches qu'il reste à accomplir, plein de rêves trop grands et de larmes interdites. Les chaos de la route et du réalisme le meurtrissent à chaque secondes jalonnant l'abîme avec cette trouille de funambule qui ne le quitte pas sur le fil du rasoir de son "itinéraire d'enfant gâteux"*.
Les gares modernes ressemblent à des tunnels tandis que la vieille gare de province a conservé l'immense structure métallique du temps où il fallait du volume pour dissiper les fumées des motrices à charbon des " Bêtes humaines" de Zola. L'immensité est désormais à la dimension des joies savoureuses de l'arrivée et à la douleur contenue du départ.
Elle, c'est cette année 2009, qui s'éloigne doucement comme un soleil de Décembre fond lentement dans l'atlantique. Elle a, dans l'ovale délicat de son visage sans altération, le sourire discret de l'apaisement d'avoir traversé sans dommages la zone d'inquiétude des dernières heures après celle de la quiétude bienheureuse des retrouvailles et s'en va vers son seul désir*: retrouver la sérénité de 2010 que voilà déjà toute pimpante.
* quelques emprunts de ci de là....

11 commentaires:

Myel a dit…

Ces quelques mots rendent bien joliment hommage à cette année qui s'en est allée... La suivante est là, prête à nous émouvoir, à nous éloigner un peu plus de nos enfances.
Alors bonne année Alex.

charivarii a dit…

très beau texte
tout en sensibilité
du grand Alex pour terminer 2009
espérons que 2010 sera aussi un grand cru

merci pour Isabelle Mayereau que j'écoutais énormément lorsque j'avais 18 ans;c'est un excellent choix pour accompagner ce texte

je t'envoie tous mes meilleurs voeux pour l'année qui commence

Cathiminie a dit…

cette chanson qui revient ici et chez une amie me font mesurer les années qui se sont écoulées depuis la 1ère fois où je l'ai entendu...et aimé...comme quoi aimer tiens à quelques mots si souvent écrits, chantés, et vécus au fil du temps qui passe...l'amour de la vie!Te lire est un plaisir!
Bonne année à toi!

cathiminie a dit…

euh pardon encore une erreur d'aiguillage mais pas grave!

Bougrenette a dit…

Bonne année, et merci, pour ces mots qui la clôture si bien.

colo a dit…

"Je veux dédier ce poème...à toutes ces belles passantes...que l'on n'a pas su retenir" P. Fort
Délicat et fort votre texte; merci et belle année à vous.

dusportmaispasque a dit…

@ Myel: Sans rancune pour cette année qui allonge l'addition nous éloignant de nos enfances, et sans défenses, se livrer à l'émotion de LA Belle Rencontre. 2009, d'Une essentielle, m'a comblé au delà de toutes espérances.
Sortir des champs de batailles,les chants d'amour à la bouche, c'est ce que je te souhaite chaleureusement.
@Charivarii: Isabelle Mayereau à 18 ans (c'était hier)il y a pire.2009 m'a fait rencontrer ton blog en cela je lui pardonne de m'infliger le poids de l'an de plus et un quart d'heure de mieux pour venir à bout d'un Marathon. Après celui du Médoc (un grand cru)cette année, j'arrête pour ne pas faire celui de trop(mais je dis ça tout les ans à cette époque).
Ignorant ce qui te serais cher je te souhaite de l'obtenir et de le conserver sans cesser d'être de chair.
@ Cathiminie: Aimer passe souvent par l'écrit et le lu, le chanté et l'entendu, le donné et le reçu. Merci et j'espère ne pas être une erreur d'aiguillage en tout cas ma réponse et mes voeux te concernent bel et bien.
@ Bougrenette:Merci avec le regret de ne pouvoir venir jusqu'à toi pour te rendre la politesse car ton lien est inactif, sans doute parce que tu le veux bien comme on dit chez l'Oréal. Que ta volonté, celle -là et les autres, soit faite.
@Colo: Antoine Pol, Brassens,Aragon, Garcia Lorca, Eluart, Donostia que de bonnes raisons de passer chez toi et de se tutoyer, privilège de mon grand âge dont j'use j'espère sans te froisser.
Année remplie de beaux textes, te souhaite, belle ile en mer.

colo a dit…

Pol, Paul...un fort beau texte...Aïe, ¡Dios mío!, j'ai tout mélangé. C'est Antoine Pol bien sûr! Je vous dirai tu donc, malgré mon grand âge.

Evanescence a dit…

Très beau texte!
Isabelle Mayereau j'avais oublié! je l'écoutais en boucle avec Catherine Ribeiro, Fontaine/Higelin/Belkacem et Mama Béa.. on va dire que c'était hier!
En avant pour une année ex- cessive..

dusportmaispasque a dit…

et où tu te feras moins rare
ici ou au "café des arts"
où les vannes naissants par hasard
(j'attends toujours ton 06..)

Evanescence a dit…

Pas à Bordeaux en ce moment...
bonne journée

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