mardi 19 janvier 2010

Les Passantes

Conversation avec Sapho
J'ai du mal à la regarder dans les yeux!
Valérie, voisine et lesbienne, est sur le pas de ma porte et en culotte: un triangle rose pale se superpose à un autre triangle sombre. Une troublante pilosité franchit la frontière du liseré de dentelle.
"-t'as de l'ail?
- sans doute, entre!"
Nous sommes tous les deux célibataires alternatifs et nous nous croisons parfois dans le jardin, elle en bermuda et moi pas rasé.
Je suis en mode clodo depuis quatre jours. Je vis avec les volets mi-clos et je n'ai pas ouvert la bouche depuis le même temps.
Ma complice finit ses vacances dans sa famille, sans moi qui évite ma belle-mère, et celle de Valérie, je ne sais pas.
Habituellement, elle vient se connecter chez nous attendant d'avoir sa propre connection.
Habituellement, elle s'habille.
Habituellement, elle s'assoit.
Aujourd'hui, elle s'accoude au bureau, négligeant le siège, cambre son dos et tapote distraitement le clavier en offrant sa croupe inconsciemment.
"- thé? proposé-je laconique: j'ai un peu chaud aux oreilles de l' intrusion brutale de sa féminité dans ma solitude, mon élocution s'en ressent et j'économise les mots.
Elle oublie l'ordi et s'acagnarde dans le fauteuil sous la mezzanine en écartant les cuisses involontairement, jambes repliées sous les fesses en position du scribe de Thèbes.
- Volontiers! Fabrina est partie? je ne l'ai pas vu depuis lundi, répond-elle verrouillant son regard dans le mien.
- tu ne devais pas partir à la montagne? enchaine-t-ellecharitablement: je suis incapable de former une phrase. Je lui tend le paquet de Cérébos.
- de l'ail, pas du sel.
in petto, je l'imagine en gigot et moi en gousse d'ail.
- J'ai envie d'y être, pas d'y aller.
- ???
- Je diffère mon départ depuis mardi. Pas envie de me taper trois heures de bagnole.
Elle rit en basculant la tête en arrière innocemment. Je baisse involontairement les yeux. Elle me surprend en train de réfléchir fixement sur sa vitrine entrebâillée.
- faut se décider dit - elle sans malice.
- t'as raison, dis-je en m'éloignant dans le couloir
- j' infuse? demande-t-elle saisissant la théière.
- (moi aussi) vas-y, je vais chercher ton ail"
Elle se marre: la cuisine est dans l'autre direction!
Je me dirige vers les toilettes pour une vidange express sans rendez-vous. Marrant:
Tandis que je m'agite d'un poignet qui n'a pas perdu la main, je pense, entres autres, qu'elle explore ce coté masculin opportuniste affectif en usant de son célibat provisoire et moi, mon coté féminin autiste /lucide des impérieuses nécessités.
Cinq minutes chrono plus tard, sans un gémissement au moment de la délivrance, j'émerge et réapparaît dans la pièce où je la trouve une tasse à la main lisant "Zéro de conduite" sur mon blog.
De connivence et amusés, nous poursuivons notre conversation rassurés par le même soulagement.
Sans doute le besoin de troubler et d'émouvoir sans risquer une balle perdue lui suffit-il.
Ce besoin qu'elles ont parfois de plaire sans séduire.
.....................................................................................J'ai laissé fondre les jours et se consumer les nuits, sans les cendres et les regrets qui vont avec. Je suis bien.
Je n'arrive pas à partir de cette maison devenue muette et voilà cette voisine avec sa féminité qui me ramène dans le monde réel.
Elle termine sa lecture et me glisse:
- c'est étrange cette écriture hermétique...
- répulsive coupés-je
- si tu veux, comme si tu voulais parler sans être entendu. Ton humour lourdingue est comme un verrou.
- C'est récent.
- Tu l'as toujours fait.
- Sans le savoir. J'ai découvert, en visitant d'autres blog, nos pudeurs paradoxales. Indécentes et bizarres. Je commence par déclamer puis je murmure quand les invités sont partis. Alors je réécris par dessus, je rajoute les bouts qui manquent, j'élague et débroussaille, j'essarte et distribue des clés.
- C'est"[ta] lettre volée" d'Edgar Allan Poe, tout le monde l'a sous les yeux, personne ne la voit."
J'aime sa culture.
"- ta marque de fabrique, sauf que toi ta lettre, personne ne la cherche." j'aime sa perspicacité.
"- la marque de mon désintérêt.
- Ou de ta peur."
De la psychologie, maintenant. Faut que je reprenne la main cette gamine de 40 balais est en train de me percer. Soulagé pour quelques heures de ma testostérone, mes pensées s'épurent. Débarrassé des contingences d'entre-jambes, je me souviens que l'amitié reste possible, si le mec est moche.Tout les feux sont au vert. Le temps a fait son oeuvre.Et toujours et encore cette piquante ironie du hasard:
Après tout, Val. et son identité sexuelle, c'est un peu comme un pote fendue. Une sensibilité de femme avec une vision d'homme.
"- Je savoure, enchaînais-je pour couvrir et taire mon coté obscur, comme si elle pouvait entendre le verrat qui sommeille.
- quoi?
- cette liberté sans solitude, la télé silencieuse, les tubes de dentifrice que je n'ai pas à reboucher...
Elle tente de m'interrompre et s'effondre soudain en larmes dans mes bras. Je sens son corps chaud et palpitant d' oiseau blessé. Shit! La boulette (celle-là, fallait l'oser) .
Instantanément je vois ma stupidité et son désarroi. Sa séduction maladroite, grossière et pour tout dire, masculine, n'était rien d'autre qu'un S.O.S. Save Our Soul.
Elle aimerait bien en avoir des tubes de dentifrice à reboucher. D'une voix hachée par les pleurs et plus du tout coquette, elle hoquette:
- Céline..... est...... partie.
Et boum, les vacances ne tuent pas que des automobilistes!  
Les vacances! 
Période de vacance de l'esprit et de vacuité intellectuelle rapidement emplie d'hyperactivité cérébrale où l'on se découvre profondément soi en s'imaginant être quelqu'un d'autre (ouf).Les ex Peter Pan qui ne veulent pas grandir rechutent et repartent vers le voyage sans fin des illusions toutes neuves pour guérir leur désillusion. Le train des cocus de l'été entre en gare, là dans mon salon. Elle, il, s'est gouré de destination. Chez moi soufflent des vents contraires: elle trouvera ailleurs suffisamment de pleureuses avec leur mot de compassion plein de fausse tendresse.
Et cette odeur de bergamote: Tout contre moi la chaleur presque nue de son corps mouillé de larmes me donne le vertige. Au secours, sauver mon âme: Un salaud pour un salut. J'opte pour la thérapie du coup de pied au cul.
Qu'elle devienne! Femme debout plutot que pendue à un cou qui ne m'appartient pas tout à fait.
Et tracer sa route loin de moi.
Accroche ta ceinture, on annonce des turbulences:
"-J'te lis le journal, Val?rien de tel pour revenir sur terre."
"Elle se décroche, interloquée.
"Sans attendre sa réponse, j'envoi mon missile:
"- Une afghanne vend sa petite fille pour payer l'amputation de l'ainé parce qu'un enturbanné en mobylette est passé la semaine dernière dans son village de cailloux. Dans le doute, un croisé a fait "yes i can" sur le joystick de son F15 Strike Eagle pour nettoyer ce nid de terroristes. Il ne reste plus que du sang et de la poussière, des cadavres et des infirmes.... alors tes problèmes de bourgeoise bien nourrie......"
Normalement j'ai gagné un baffe ou un coup de pied dans le siège de mes pensées. Valérie est forte, experte en provocation et je ne suis peut-être pas de taille. .....Normalement j'ai gagné une baffe ou un coup de pied dans le siège de mes pensées.
Valérie est forte, experte en provocation et je ne suis peut-être pas de taille......
- 10 ans de perdu au bout de vacances pourries, la rentrée en solo. Je me retrouve sur le mercato à 40 balais. C'est Céline d'un coup de joystick, alors ton afghanne....
Elle me renvoie sans savoir à ma décennie passée, ma sortie des ténèbres de Juliette et le soleil de Muryel bien mal récompensé par une Fabrina qui passe et tombe à pic.
Je retrouve un peu d'empathie. Je cherche dans mon spicilège personnel la phrase toute faite, l'aphorisme qui tue, le bout de roman passe partout. Jene vois que Louis Ferdinand et son "Voyage au bout de la nuit". Il y a tout dans Céline.
J'envoie:
"-quelqu'un qui t'aides à traverser ta nuit....."
- ne me parles pas de Céline!"
Oups! elle connait. Et moi je me suis connu plus subtil: Céline avant d'être le pseudo d' Auguste Destouches c'est surtout son ex, et ça saigne encore.
- excuse-moi. Tu veux parler c'est ça?
- prête moi tes oreilles et dis pas de conneries.
- si t'en fait pas, j'en dis pas. On roule comme ça?
- oui! Je me suis faite manipulée, trompée alors tu pourrais être sympa" Elle a séché ses larmes et retrouvé de la combativité, alors la thérapie du coup de pied au cul a fonctionné. Par contre je n'ai pas envie de connaître l'historique: Toutes les histoires d'amour finissent en histoire de chaussettes sales.
"- Elle a changé, Céline reprend-elle.
- elle est partie avec une autre, c'est ça?
- UN autre!"
La trahison est double. Sa distance avec les hommes va devenir de la haine.
"- moche en plus, du bide, des gosses déjà tout fait. J'y comprend rien.
- remonte aux origines, comment était -elle quand elle t'as plu, comment tu étais, toi?
- en pleine galère, comme elle." deux misères ne font pas un bonheur.......durable! Mais je ne le dis pas.
"- elle a changé, mais toi aussi
- elle a arrêté le sport et repris la clope."
Tiens, comme la "mienne"
"- une rechute
- pour la clope, je m'en fous mais devenir hétéro..."
C'est vrai que c'est du sport, maispasque!
"- si elle est heureuse...
- et moi, j'ai rien vu venir
- que veux tu qu'elle fasse, t'envoyer un faire part? J'ai besoin d'un homme, d'enfants...
Elle re fume, elle change, des signes tout ça. Quand tu as des problèmes tes rencontres ont les mêmes problèmes que toi, c'est pour ça que vous vous plaisez. Puis y en a un qui change, l'autre qui ronronne, sans rien voir....
- c'est ma faute, c'est ça!
- non! Tu ne peux plus agir sur Céline. Par contre t'installer dans le doute et la culpabilité de l'autre, ça va pas t'aider pour tes propres travaux de reconstruction. Agir plutôt que subir.
- ça a l'air facile pour toi
- parce que je n'ai pas le nez dedans, sinon on est pareil
- "on" les hétéros tu veux dire?N
- Les histoires d'amour, le quotidien,les hommes, les femmes, lesbiennes, homos.... C'est dur de se dire que l'histoire qui te déchires est banale:Tu montes le "Tourmalet" à vélo, t'en chies comme c'est pas possible, pour toi c'est un exploit, d'autres "se le font" au petit déjeuner avant d'aller bosser.
- question d'entraînement
- c'est ça
- j'ai pas envie de m'entraîner à me faire larguer
- pas du tout! Tu vas redevenir une prédatrice, retrouver l'instinct,la sensibilité
- séduire, s'habiller, se maquiller, mentir.....
- Attentive,créative ,vigilante, le meilleur de toi, le talent de l'acquisition, de la conquête, de la conversation...
- je préférerais celui de la conservation
- c'est le plus dur. Mais tu feras tomber les cloisons en gardant les murs. Il te faut un personnage de transition
- je connais, d'ailleurs je commence à croire que je lui ai servi de transition à cette salope.
- on est toujours le salaud de quelqu'un dis- je un peu à cours.
- et toi ton petit bonheur d'hétéro, ça tourne?
- tranquille, elle m'a rendu fidèle.
- comme un chien? Elle est souvent dans les Landes, non?"
Un peu de perfidie comme ça ni vu, ni connu. ça glisse.
Elle a un drôle de regard.
"- Monogame si tu préfères"
Vraiment un regard étrange.
Fabrina n'est pas parfaite: elle n'ouvre jamais un bouquin, elle pense que "Zadig et Voltaire" est un magasin de fringues et Candide, une marque de lait, mais depuis le "Goût des autres" je me méfie du mien. Pourquoi serait-il plus légitime que le sien?
Elle suit le cour de la tomate et connaît le prix de l'essence, c'est beaucoup plus essentiel que de savoir que le tempo du "Boléro" est devenu celui de la pub pour un assureur et que "Juanita, banana"ressemble à la "Traviatta". Cela, je le garde pour moi et mime avec une main horizontale et l'autre perpendiculaire en dessous: Temps mort.
Elle a tout essayé, Val: la séduction,la flatterie, le dénigrement, la jalousie.
"- Et tes textes quand vas tu te décider à les mettre dans l'ordre, les rendre lisibles et les relier entre eux? relance-t-elle."
L'émulation. Je l'avais oublié ce truc. La variante de la jalousie: Elle écrit un peu, elle aussi. Elle me cherche. Elle veut jouer à celui "qui a la plus grosse".
J'esquive:
"- il y a des fautes qui traînent, des mauvais accords de participe, des accents mal placés. Il faut tout reprendre. Un jour une femme le fera. Ou pas....
- je peux m'en occuper si tu veux."
C'est vrai qu'elle est prof.
"- j'ai dit une fem...."
Trop tard, le lapsus est lâché. Sorti d'un subconscient de beauf sur fond d'irritation que j'oppose bêtement à sa troublante insistance.
Elle a le même regard que tout à l'heure.
Elle se fait muette, relevant une jambe comme on relace un soulier sans se baisser. A ceci prés qu'elle n'a pas de chaussures. Elle n'a plus de culotte non plus, puisqu'elle est en train de la retirer. Deux index glissent sur ses hanches emportant sur leur passage le tissu triangulaire. Son geste descend doucement emportant les deux remparts de sa pudeur et de ma résistance qui vient de prendre un coup de semonce. Puis ce flamand rose unijambiste et gracieux dépose son cerceau de dentelle, se redresse et comme l'échassier, déploie ses ailes, retire son marcel. il se mêle à tous ça un peu d'artificiel des monts et des merveilles qui ont un goût de myel... Et cette odeur de bergamote.... Hypnotisé par ses petits seins invulnérables à la pesanteur et ses hanches étroites, j'appelle ma morale et le chef des incorruptibles au secours, mais il n'y a pas de réseau.
Dans un contre feu dérisoire, honteux de la réduire à une taille de bonnet,je fais mentalement des comparaisons stupides de mensurations et de senteurs. Il est vrai que la nicotine par rapport à la bergamote.....
La double culpabilité est dans mon camp. De ma bévue et de ma passivité complice auxquelles j'additionne la mesquinerie. Dans un grand moment de solitude, je la laisse s'approcher sans peur mais pas sans reproche. Ce n'est pas moi, c'est Alex. Moi, je suis hermétique. Valérie et son arme fatale, Vestale dans mon vestibule, sait ouvrir une porte, pénétrer avec effronterie et sans effraction et cette porte n'est pas celle d'une chambre forte.
Glissant sa main sous mon peignoir, elle trouve la poignée et s'en saisit. Je suis en red alert un peu trop tardive. Il n'y a pas que l'alerte qui est raide. J'ai du tomber sur la partie masculine du couple Val/ Céline: Elle me plaque sur le canapé et me renverse. Se glisse entre mes jambes et les ouvre. S'empare de mes chevilles et retourne mon bassin. Je suis comme une tortue les quatre fers en l'air. L' intelligence de ses mains et leur ubiquité capture dans sa précieuse et exigeante cage le petit oiseau qui vient de sortir . Ses mains reprennent mes malléoles, impriment un mouvement de balance, pas celle qui trahit ou qui pèse, celle qui va et qui vient.
Il y a son éloquence et mon renoncement à nos corps qui se parlent. J'abandonne mon statut de mâle à cette femelle virile et offensée, entreprenante, vengeresse et vénéneuse.
Aux changements d'allures, de phases lentes redoutables d'efficacité en accélérations d'une douce brutalité de cette forme saphique qui ondule et mène la danse, j'ai franchi le point de non retour.
Perdu dans le triangle des Bermudes où ma posture féminine subit la perte du contrôle au profit de mon ravissant ravisseur, elle a raison de moi assez rapidement et ma virilité abandonnée aux pieds de Lesbos me permet de prendre le mien.
Dans un bruit de succion et de chairs qui s'entre choquent, j'ai du crier d'un plaisir, incontrôlable, violent, humiliant et dominateur.


Ce texte, comme les autres, se lit et s'observe comme une toile de Dali: Tu peux le lire ou la regarder,autant de fois et chaque "lecture"te renseignes et t'entraines dans un nouveau sens. Il y a une image dans l'image, un texte dans le texte. "Le manuscrit trouvé à Saragosse"se lit à plusieurs niveaux selon la volonté de Jan Potocki son auteur. En peinture, JanVan Eyck pour "Les époux Arnolfini"(illustration ci-dessus) et Diégo Velazquez pour "Les Ménines"l'image se reproduit jusqu'à disparaitre dans l'infiniment petit, pourtant elle continue d'exister, c'est la limite de notre organe de la vue qui occulte notre perception. La vérité, l'existence, y est "mise en abîme". Valèrie existe - t- elle? Qui parle par sa bouche? Une femme ? Un homme?l'ennemi de l'intérieur? Le moi profond? Est-elle polymorphe? Androgyne?Philanthrope? Misanthrope? Est-ce: Elle A + Elle B= Elle X. 1+1=3. Deux entités créant une altérité tout aussi réelle. Une aberration mathématique. Ces événements sont-ils passés ou à venir? Dans quelle dimension du temps, dans quelle unité de lieu? Le concept de vérité/mensonge devient caduque. Ces deux ennemis ne s'opposent plus, ils se complètent. 1+1=3: De leur alliance nait une vérité. La tienne celle que tu apporteras dans cette auberge espagnole.


Je musarde et je m'attarde le temps de redescendre sur terre. Peu pressé de me séparer d'elle et de verser dans la version biologique de l'extase: Le robinet qui goutte et le verre baveur, souvenir des premières fois où les regards s'évitent. Valérie ne se retire pas. Le plus intime d'elle épouse ma flaccidité, patiente à ma détumescence, reconstitue ma raideur et mon envie.
Il est temps pour elle de subir le lycanthrope qu'elle a réveillé. Dehors la lune est pleine.
Prémonitoire!
Docilement, elle se retourne et se prosterne. J'ignore si c'est vers La Mecque mais elle va tomber sur un mec.
J'aperçois une forme, une carnation et une couleur d'abricot dans la pénombre. Sacrificiel!
Ce paon qui fait encore la roue m'offre sa précieuse ocelle où je progresse lentement.
Je murmure tant que je peux encore parler:
"- tu as mal?
- oui, continue!"
Satisfait, satisfaite de reprendre le pouvoir. Tu parles.
Je vois disparaître mon sceptre, lentement, millimètre par millimètre, engloutis par ces arcanes qui se dilatent.
Il faut que je grandisse!
Il faut surtout que je déménage!


Quand Luc Sur devient Jimmy Thoman et entame une relation épistolaire virtuelle avec une ou plusieurs inconnues. Il lui en coutera un dommage collatéral et fatal (La Dérobade).


J'ai bien eu cette impression funeste de sauter dans le vide attaché par les jambes à un élastique sensé me ramener à la surface des choses.
Un élastique c'est bien pour revenir à son point de départ. Encore faut-il mesurer l'élastique, qu'il soit plus court que la chute. J'ai pris l'impact en pleine poire. C'est ballot!
L'autre vie.





Bloggeuses, mes soeurs, bloggeurs, mes frères.....






Notre vie virtuelle, plus vrai que la vrai ?

Dans la véritable, celle du Sauternes et des macarons, on ne décide pas de grand chose à part de payer des factures et de pousser son caddie.
Ne parlons même pas de celle d'avant, celle des "coco Boer et des Carambar à un franc", celle des bacs à sable.
A quel moment arrive le libre arbitre?
Après le passage obligé de l'inné? le début du raisonnement, l'acquis? Non pas!
L'acquisition de la libre pensée?
Pas sûr:tu l'as choisi, toi ton éducation? Ta religion?
Et selon quels critères?
Sitôt après la succession des périodes d'encodage et de décodage commence le monde des choix.
Premier véritable choix de bloggeur, le pseudo, révélateur par son outrance dans l'euphémisme ou dans l'hyperbole, de ce qu'il doit dissimuler.
Entrent en scène Jean Kaude et Dédé Codeur personnages de la vie parallèle:
L'égo submergé refait surface pour prendre un bol d'air, vivifiant et régénérateur dans un sursaut d'enfant rebelle repoussant l'adulte normatif une dernière fois.
Et se libère:


"le long du fleuve qui remonte
par les rives de la rencontre
aux sources d'émerveillement"*




Armand Getout gourmand de vie, a oublié une bulle de néant en danger d'éclater sur une pointe d'immaturité.Une merveilleuse étoile a pénétrée en chantant cette alvéole pleine de vide. Les échanges virtuels sont devenus intimes et l'alvéole, alcôve des secrets. Arnaud Stalgie court encore après le goût de la première fois. Le second visage de Janus apparait. Est-il vraiment si sombre?
Al. Chimie transformera-t-il ce plomb en or?






Jean Villevoisin,en quête d'identité, traverse la rue pour aller dans la prairie d'en face voir si l'herbe y est plus verte . Attraversiamo! comme on dit à Rome.(traversons)


"on voit dans le jour qui se lève,
s'ouvrir tout un pays de rêves
Le tendre pays des amants"*


La rencontre virtuelle se produit comme un affluent improbable rejoint "le long fleuve tranquille" du cour de la vie juste avant l'aube de l'âge et l'estuaire du Grand Voyage. Quelques méandres, des différents sociaux ou des physiques incompatibles s'opposent bêtement au confluent et "ils" ne se jetteront pas ensemble dans le même océan vers l'autre continent.
Sommes-nous plus sincères au coeur de nos mensonges?






Le retour du ciel vers la terre. Fin de partie de l'ultime marelle. Retraverser la rue et revenir sur son trottoir où rien ne pousse.
Sans amertume.
Et grandir!
" et quand tout semble à la dérive,
le fleuve roule son eau vive
et l'on repart à l'infini
où l'on découvre au bord du tendre
Le jardin où l'on peut s'étendre
la terre promise de l'oubli"*
Merci Georges Moustaki!

Lettres à.......


Je t'écris puisque je ne sais pas te parler. 
Toi, si prés de moi pourtant que je sens si loin. Je te sens hermétique. Pourtant j'ai envie de te parler de cet amour qui dure malgré nos difficultés quotidienne et banales. J'ai peur de t'entendre rire quand je ne suis pas drôle et j'anticipe des problèmes qui ne viendront peut-être pas.
Il me faut te dire que je viens de refermer ce livre de Romain Gary, écrivain à pseudo tu vois le symbole: "Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable".
C'est vrai tu n'aimes pas lire. Le héros Jacques,la soixantaine fringante, rencontre une jeune femme, Laura.
Cette rencontre n'aurait pas du être puisqu'elle le confond avec un personnage célèbre, lui qui est anonyme. Hasard, variable inconnue. Pourtant l'amour s'annonce évident comme un invité tardif à une table presque desservie. Jacques s'enivre de cette senteur capiteuse de la jeune, si jeune Laura.Puis s'inquiète: l'amour arrive un peu tard dans cet esprit mature mais masculin, confus, pour qui le sentiment est lié à la performance horizontale. La psychologie masculine est parfois sommaire, réductrice sur le tard. Surtout sur le tard. Alors Jacques s'invente un clone avec une libido toute neuve, animale condensant tout ses fantasmes et sa schizophrénie qu'il met au service de Laura qui ne désire rien d'autre que lui. Elle l'aime! comme seule une femme peut aimer.Sans calcul,dans l'acceptation de son être et sans contrepartie.
Ce roman m'a laissé des traces. 


Du père inexistant, les livres furent les première pierres de mon propre édifice en ce temps où nous n'avions pas la télé
Ce qui est aujourd'hui un signe extérieur de richesse lucide, ou de snobisme, était dans le mi-temps des années soixante un signe extérieur de ringardise. Un peu comme avouer que nous aurions l'eau courante sur le palier.Alors je lisais!
De tout et n'importe quoi pour justifier l'apprentissage de la lecture scolaire: les étiquettes des denrées sur la table, des bédés aux toilettes, que d'aucuns n'y voient aucune allusion laxative, c'est fondateur la bédé. Cabu, Reiser, Goscinny, Crumb, Stan Lee et tant d'autres. Fondateur mais pas très sérieux dans la cour des grands. La bédé n'était pas encore l'art neuvième et Angoulême pas encore son festival de Cannes.
Assez naturellement vint le temps des Cocteau, Genevoix, Giono, Guitry, Bazin.
Bazin tiens justement!
Sans histoires de "la veille à la télé" où s'évoquaient en conversations merveilleuses le partage entres potes à la récré, j'étais un peu isolé lorsque s'échangeait comme des images, la trouille de "Belphégor"contre la saga des "Rois maudits" (j'avais pas encore lu Druon).
Alors, lorsqu'un matin "Folcoche" déboula dans la conversation, je brandis "Vipère au poing" mon Bazin tout frais lu de la veille. Mais là: Caramba! encore raté. La version visuelle de Pierre Cardinal ne correspondait pas à mon récit et, très vite, le cercle qui me ceignait se mit à saigner d'une hémorragie de copains s'éloignant en me traitant de fumiste. Déjà le pouvoir de l'image sur les mots. Et ce serait moi l'usurpateur?
Je me sentais pourtant en ce temps là une manufacture d'images nocturnes sous ma couverture avec ma lampe de poche. Un passager clandestin de mes nuits interdites de lecture à l'électricité volée à EDF avec la complicité de quelques piles et reconduit à la frontière de mes rêves invalidés par la petite lucarne.
Adolescent rétif, je prenais le contre pied des poètes officiels et des lectures obligatoires. Le hasard des prêts ou des cadeaux dirigeait ma construction.
Sans les fondations de l'amour, sans architecte donc et comme la tour de Babel, tous ces langages firent de moi une construction bancale et vacillante, un édifice isolé, une tour de Pise au bord de la chute.  

Pourtant j'aime Romain Gary/ Emile Ajar et ses excès.Sans rancune.


Moi, l'Alex Cessif je me suis mis à faire mon Jacques.
Je me suis épanché sur toi  Fantomette, parlant/écrivant à des  fantômes féminins  dans l'Ailleurs. 
Chère Fantomette,
j'ai vu "Le Concert".
Film d'un citoyen roumain: mais classé film français: la nationalité de l'argent prime sur la nationalité du talent au pays de l'art n° 7.
Le film, un peu naïf et plein de clichés sur la période post pérestroïka, se laisse voir avec un peu de patience car l'on attend la scène finale du concert et là on n'est pas décus: un orchestre de bras cassés et de losers qui trouvent l'euphonie dans leurs dissonances.
Je l'ai entendu avec toi,dans le fauteuil vide à mes cotés, tant il y avait d'émotion dans la recherche de l'harmonie, entre cette soliste adulée et ce maestro déchu porteur de l'espoir de tout son orchestre.Sur le fil du rasoir du fiasco elle donne soudain le tempo par des signes perceptibles d'eux seuls sous l'oeil de tous. Elle dirige par ses regards le chef d'orchestre en attente de son éclat. La lumière intérieure, obscure des deux complices invisible dans celle, aveuglante, des spots. Le chef d'orchestre c'est elle, tout en sensibilité, en suggestion, d'une sincérité évidente pour qui la comprend. Deux personnes en font une troisième de bonheur, d'éloquence silencieuse, de simultanéité sonore et de compréhension réciproque.
Je ne suis pas très connaisseur en matière de musique classique mais je suis sensible à ce qu'elle suggère.
Je suis entré dans la salle avec toi, ma soliste, et tu ne m'as pas quitté de la nuit et de ma matinée de bricolage.
D'ailleurs, je me suis tapé sur les doigts de ma distraction et de mes rêveries. Symbolique sanction de mon chef d'orchestre interdit.
Je suis sûr que je crois que je t'aime.
Baiser tendres.
P.S:Ne sois pas tenté de n'y aller que pour Tchaïkovski, dans le dernier quart d'heure: tu raterais le crescendo de l'émotion. Le bonheur se cache derrière un peu d'ennui."
Chère Fantomette,





Va voir "Micmacs à tire larigot" grâce à Jean Pierre Jeunet mais pas le " Rose et noir" à cause de Gérard Jugnot.
Avertissement: pour celles qui iront voir le film: il y a deux scènes identiques et pas indispensables où l'on assiste aux manducations de Boon un peu écœurantes avec la complicité publicitaire de la "Vache qui rit", le reste c'est cadeaux!
Attention: y a un gros mot à la fin de l'article!
Ne cherche pas de prétextes pour ne pas y aller déniant ce qui est populaire genre: "J'aime pas Dany Boon": ce n'est pas du Boon, c'est du bon, c'est du Jeunet et celui là te ferais aimer Delon.
Ou, plus snob: "Je n'aime pas Jeunet"
JPJ, c'est notre Terry Gilliam à nous, alors on y va les yeux fermés. Euh, en confiance parce qu'il faut ouvrir les mirettes pour profiter de la toile.
Quel réalisateur nous donne l'occasion de voir les physiques improbables de Michel Crémades,Dominique Pinon, Yolande Moreau? dommage que Daniel Emilford ait terminé son CDD pour cause de décés. Quand à moi, je n'avais pas revu Marielle depuis "Tous les matins du monde".
Bien sûr, chez Jeunet, il y a les scénarii dégoulinant de bons sentiments, la naïveté moralisatrice du petit monde besogneux des bras cassés qui écrase le grand mesquin du cynisme, l'acharnement manichéen de l'Amèlie ( Poulain) à vouloir faire le bonheur des autres, le romantisme désuet d'un "long dimanche de fiançailles".
Mais Jeunet c'est d'abord et avant tout de l'image, un monde intemporel couleur sépia, un bric à brac de tendresse et des personnages cosmopolites sapés comme les "Deshiens". Il y a une idée par seconde, une invention par plan et cela dégouline de créativité sur le spectateur inondé de surprises.
Sur, sous et dans une déchèterie fantasmagorique pousse comme autant de plantes rudérales l'humanisme de l'un, Marielle dans le rôle de "Placard", la commensalité de l'autre, Yolande Moreau "tambouille"d'une générosité royale, constituant l'équipe de personnalités hautes en couleur, opportune et complémentaire. Des trouvailles insensées pour mettre en scène le hasard dans le quotidien et des bricolages jubilatoires pour le prolonger. Dans nos quotidiens à nous, le hasard on le croise sans le voir, avec tous ces trains à prendre, ces frigos à remplir, ces rues à traverser, ces caddies à pousser et ces places de parking à trouver, alors on le laisse de coté ce hasard, comme une lettre ou un mail que l'on ouvrira trop tard.
Puis dans la foulée, réconcilié avec le cinoche, je suis passé dans la salle contiguë parce que j'aime bien Jugnot.
Gérard, c'est pareil: J'y vais les yeux fermés, euh en confiance parce....
Là, non!
Faut pas voir son "Rose et noir"comme il n'aurait pas du, lui qui ne compte que des réussites, le commettre. Je n'ai pas vu ce film sur l'intolérance et l'inquisition, je me suis endormi sur un numéro de folle surjoué d'un Jugnot de la haute couture Renaissance mal inspiré avec des blagues scatos et lourdingues.
Je suis sorti de la salle avant la fin du film pour profiter un peu du jour qui s'enfuit vers le ponant et de ton fantôme qui passe dans ma mémoire.
Moralité du jour: Le cinéma français c'est de la bande annonce racoleuse à profusion et parfois un film valable qui me renvoi à la parabole du "boute en train".
Pour celles qui l'ignorent, cette expression vient de la pratique des haras, rayon reproduction où pour préserver l'effort de l'étalon, on charge un bourrin quelconque des préliminaires sur la jument à saillir et c'est l'animal de race qui procède.
Transposé au cinéma,c'est l'inverse: le boute en train en ce moment c'est Jeunet qui t'allumes et Jugnot qui te baises!






Chère Fantomette,
Quand la maman me laissa l'enfant (meurtris)puis s'en fut vers la Turquie pour un peu de tourisme...et revint sept ans plus tard reprendre notre fils (ravis) comme l'on passe au garde-meuble. Sept ans durant lesquels ton soutien fut sans faille. Encore!
"Tom à bien résisté au sommeil.
Les fenêtres virtuelles entr'ouvertes sur les pages numériques se sont refermées comme autant de paupières.
Au bout de ses lectures, refermant le livre comme on remise une béquille, la porte du sommeil s'est ouverte béante, laissant entrer le vent de la mer avec son cortège de spectres à faces de cauchemars.
La mère s'est retirée dans une vague sans ressac laissant un alevin sur le sable asséché. Il fallut au plus tôt trouver une flaque provisoire, puis creuser à en faire un lac de sept ans. La mer est revenue reprenant possession de ce poisson d'un mètre quatre vingt, parfois un peu requin sur les bords, pour lui apprendre à nager les premières brasses de la vie. Le pécheur inutile reprit ses filets, les raccommodât et partit vers d'autres rivages et d'autres péchés. Ensuite,il y eut ce toit où, d'une glissade sans fin sur les tuiles de vicissitudes, il se rattrapa in extrémis assoiffés de vie à la dalle en pente à boire l'alcool du labeur. Alors, il se mit à tourner d'ivresse et de réussite dans le bon sens des malades dociles avalant chaque matin une pilule rose et chaque soir une pilule bleue, jusqu'à cette lubie le faisant tourner à contre sens, l'excluant du cercle et cette évasion sur le point de réussir quand le téléphone sonna.
Il sut instantanément qu'il n'y aurait "pas de printemps pour Marnie". *avant de devenir des images ce furent des romans: " Marnie "de Winston Graham et "The House Of Dr. Edwardes", de Francis Beeding


Chère Fantomette,
Que se passe-t-il juste après? Juste après? je délire!
Mon esprit s'est évaporé lorsque j'ai raccroché et je pensais me finir l'enthousiasme avec quelques kilomètres à roller en fin d'après midi, mais le temps a changé d'avis sans un coup de téléphone divin pour me prévenir. Sans doute Dieu n'a t-il plus de forfait?
J'ai senti le sol trembler, les voitures disparaître dans le magma de l'en dessous.
J'ai consulté ma montre : Il n'était pas encore 2012.
Souvent, d'avoir touché ton auréole, « j'ai dû rêvé trop fort* ».
J'ai vu la pluie venir en regardant le ciel, crédule sans craindre de me mouiller puisque que grâce à toi et à ton amour, je suis invulnérable. J'ai vu, candide et naïf que cela ne me rendais pas imperméable. Alors neuneu est entré s'abriter dans le temple de la consommation des marchands de déjections futures et de mangeaille immédiate faire le plein de nourritures terrestres.
La pluie m'a fait changer d'avis sur ma dernière "décision": Hier, il faisait beau et je voulais acheter une moto pour me débarrasser de l'imitation de bécane, cette 125 prétentieuse qui se déprécie dans le garage, comme si j'étais riche. Aujourd'hui, avec la pluie, je pense qu'il n'est pas raisonnable de miser:
"-tapis!"
sur un engin aussi instable que moi incapable de tenir seul, debout, sans mon fils en guise de béquille et qui glisserais sur une bande blanche humide me rendant propriétaire d'un tas de ferraille et de plastique inutile.
Je suis une feuille morte qui vole au gré du vent dans l'air du temps sans pouvoir sur ma direction. Spécimen d'humanoïde, spectateur impuissant des délocalisations, consommateur de la misère de là-bas pour le confort d'ici, sujet à la grippe A, aquaboniste* devant sa fin prochaine pour cause de réchauffement climatique avec mes envies d'eau chaude matinale et de migration annuelle vers: "la mer, la mer qu'on voit danser, le long, le long, des golfes pas très clairs"*. Responsable-mais-pas-coupable car j'ai un alibi: Pendant la décadence, je cherchais le cache misère d'un pseudo emploi d'esclave véritable parmi la plèbe de Rome.
J'ai des envies, parfois de quitter ce monde d'invisibles pour celui du peuple mordoré qui pourrit à l'automne, échappe à l'hiver et renaît tout neuf au prime temps.
Vierge et absout de toutes les avanies passées et en commettre de nouvelles.
Bon, c'est pas tout ça, il faut se bouger, t'écrire c'est t'aimer, te sentir, te toucher.
Humecter un index, presque majeur, d'un peu de salive comme pour feuilleter un livre et tourner la page deux de notre rencontre.
Chercher le bouton rose caché entre tes lèvres comme un mot précieux au détour d'une phrase, poser ma bouche sur la tienne et découvrir tes mystères, explorer notre carte du tendre, oublier qui nous sommes et se révéler qui on est. Tu es un délice, un tendre cadeaux à croquer, un bonbon à sucer, un désordre apparent et une vérité indispensable.
Te caresser à l'infini, te posséder peut-être, me laisser envahir de folie raisonnable, heureux de te regarder avant et après et t'entendre pendant, gémir enfin, peut-être. Ton corps me suffit puisqu'il est l'antichambre de ton âme. Par toi, jaillir enfin de la caverne de Platon vers ta connaissance, me réchauffer à ton soleil, désenchainer d'ignorance, ébloui de lumière et boire à ta vérité. La seule acceptable!
Bon! nous commencerons par un café et confirmerons la persistance de nos affinités.
Parce qu'il hors de question que tu finisses entre deux voitures anonymes dans un parking souterrain, les jupes retroussées, les mains posées sur un capot de voiture inconnue, la culotte en perdition autour d'une cheville. ça y est! il fait re-beau: je vais m'acheter une moto.
Tu vois, je t'avais prévenu: je délire! énormes baiser." * 
Chère Fantomette, 
Il était une fois....
Tom B. Dunid roule sans beaucoup de conviction le long de la Garonne quand il aperçoit un attroupement de badauds. L'évènement a de quoi ralentir la féminine à l'enfant-débutant-au-vélo-sans-les-petites-roues, les rollers novices en équilibre instable et les promeneuses lascives "aux impudiques toilettes" dans leur marche lente et fureteuse à la recherche du prétexte qui stoppera leur périple:progressant au milieux des vélos et des poussettes l'attelage curieux d'un kayakiste avec son engin à la main posé sur un chariot bricolé avec deux roues montées sur un vieil essieux de récup. C'est Gégé qui fait le show rejoignant le fleuve, coutumier qu'il est à mettre à l'eau son canoë en plein centre ville. Gérard, c'est celui qui l'a initié au Kayak et in petto Tom B. Dunid quitte sa peau d'ennui et d'indécision pour celle d'Alex Cessif:
"-tu m'attends, je vais chercher le mien et je t'accompagne" sans savoir où et sans vraiment lui laisser le loisir de réfléchir.
Gérard a dit "-oui" devinant qu'il s'agissait d'une prière plutôt que d'une injonction, trop heureux de pagayer en compagnie.
Deux kilomètres et demi à faire à roller sur cette piste encombrée de promeneurs, plus deux de mieux sur l'avenue Thiers aux trottoirs tapissés de feuille mortes bien glissantes, déchausser, enfiler une combinaison de surf avec un chausse pieds et de la vaseline, décrocher l'embarcation, la poser et l'attacher sur le toit de la Punto*, ouvrir le garage, fermer le garage, ne pas oublier la pagaïe pas gaie de ne plus servir depuis l'été, trouver une place en face du Mégarama ou le cinéphile dans la file d'attente voit passer étonné un bateau débordant d'une voiture sur la chaussée en contrebas affleurant le trottoir du cinéma.
Gérard est là qui patiente sur la cale de mise à l'eau des pompiers depuis un quart d'heure.
Décrocher la bête, la poser sur l'eau beige de limon et scintillante des éclats de Phoebus dans les tourbillons du pont tout proche et les voilà partis pour l'ile d'Arcins. Beau temps, marée montante, vent frais nord, nord-ouest, un peu de clapot, soleil de Décembre: il leur reste deux heures avant la renverse* et le retour au ponton "Yves Parlier" à la nuit tombante. Gérard cherche les ballons de foot tombés à l'eau et Alex admire les carrelets, dont beaucoup ne résisteront pas aux chocs des troncs charriés par le fleuve et ses colères d'équinoxe.
Pourquoi ce bavardage?
Parce que je t'aime et que j'aime à te raconter ce qui pourrais t'amuser:
Une combinaison néoprène que tu enfiles au chausse-pied tu ne la retires pas pour un petit pipi qui couterais le temps perdu qui "ne se rattrape plus" comme dit Barbara, du temps précieux quand le soleil disparait et que le froid les saisit. Alors Alex a lâché le liquide discretos qui l'enveloppât instantanément d'une douce chaleur. Gérard, bâbord amure, ne vit pas le sourire béat de son soulagement discret et de son bonheur tout simple.
Douze kilomètres plus tard, apponter dans l'obscurité, doigts et pieds tétanisé par le vent glacial, soulever l'embarcation en titubant sous l'ivresse du froid et rentrer au bercail, ouvrir, fermer, détacher, soulever, accrocher le matos dans la séquence du temps auto-reverse*.
Puis, dans l'impossibilité de retirer la combinaison les doigt gourds, se réchauffer dans l'odeur d'urine, finir sa soirée immergé dans la baignoire et une prison de néoprène, en hésitant à solliciter les voisines après plusieurs essais infructueux pour sortir de cette putain de combine.
Bise, je peux: je sens bon.
Serge. * et pas de Rolex non plus * inversion de la marée. * inversion du temps 


Chère Fantomette, 
"- Pierrot est mort!"





De la relativité des évènements!
La cloche se balance au clocher de l'église et le curé a parlé à la cantonade. Parole et musique synchro du professionnel de la confession en relation directe avec son fournisseur: L'hôpital.
Il a jeté la nouvelle en pâture à la salle de restaurant devenu scène de théâtre: "Pierrot est mort!"
C'est un peu en avance. Soixante ans pour Pierrot et les douze coups de midi pour l'église.
Le plongeur, le pizzaïollo, les serveuses et le chef sont sortis des cuisines dans une hiérarchie inversée devant les clients stupéfaits et Jeannot a quitté son comptoir.
Un peu plus au nord et toujours au Sud-Ouest, le téléphone a sonné et donné la même nouvelle.
Thomas Benjamin Dunid a mis trois mois avant de se décider à décoller les posters de la chambre du fond désertée par l'ado précoce à voler de ses propres ailes.
Pierrot c'est, c'était, pour certain un record à six chiffres au flipper sans que son café n'ait eu le temps de refroidir.
Pour Tom c'est, c'était une pointure en littérature.
Ils se rencontraient "par hasard" chez le bouquiniste attirés par les ouvrages improbables entre de vieux Gérard de Villiers et des Genevoix oubliés. Ils entamaient, sur les marches de l'office du tourisme, des conversations impromptues entre « Son Altesse Sérénissime » et « Raboliot »dans la cohue du déballage des camelots du marché aux touristes.
Il a juste un peu oublié l'escabeau sur lequel il était monté quand il entendit la nouvelle, et la décolleuse de papier peint qu'il tient à la main. Attention à la marche, le ridicule ne tue pas, il mouille seulement.
Il fallut choisir entre l'envie d'être là bas et l'envie d'ici, d'assister au premier match dufillot qui réclame "son daron" pour l'accompagner au match.
Il a choisit, le terrain de foot, la senteur de la pluie et les odeurs de vestiaire.
"-L'amitié à moins besoin de réciprocité que l'amour et je n'ai pas d'amis! Enfin il ne savent pas que je les aime, mes amis imaginaires, surtout que je n'hésite pas à les ègratigner" pense Tom.
De l'amitié il n'a connu que celle qui vampirise, celle des ados en travaux, celle des entrepreneurs du chantier de la vie avec une identité à construire et la première pierre posée sur la mouvance du sable.
Autant dire un temple sans idole à bâtir sur les fondations de l'affect.
« Ce temple je le regarde de l'extérieur, je m'interdit d'y entrer avec mes névroses où les autres disciples ne me renverraient que le reflet de mes propres névroses. Durant des années je ne rencontrerai que des miroirs. Puis un jour lointain je saurai que je peux enfin franchir son seuil. »
Les souvenirs de Tom font du ricochet entre les deux rives de la mémoire et du présent.
Au présent, il doit trancher des disputes de "hors jeu", lui qui n'a jamais compris cette règle de base,entre un public aussi clairsemé que la pelouse et les parents aficionados.
Au passé, avec Pierrot, l'amitié était muette, tacite ou imaginaire, épisodique et réconfortante.Unilatérale peut-être.
Peut-être que là-bas les clients ont sorti les pizzas en cour de cuissons, éteint les feux du piano, réglé les additions qu'ils avaient eux même établit à l'aide du menu et laissé des pourboires.
Il voit son héritier courir sous la pluie, glisser dans la boue, sortir du terrain et se voit lui faire honte en le couvrant d'un poncho devant ses potes, sur le banc de touche. Il a toujours peur que ce grand corps dégingandé perde un os à la poursuite d'un ballon ou s'enrhume sous la pluie.
Pierrot, c'est, c'était l'un des rares dont la notoriété ne se chiffrait pas en gramme d'alcool mais en tonne de bouquin qu'il avait lu. Pas de quoi faire une icône pour Tom mais concevoir du respect pour la sagesse de cet homme qui avait, pour de mystérieuses raisons raisons sentimentales, quitté sa réussite de banquier prospère pour une vie plus petite de boulanger déraciné propriétaire d'un terrain et de deux ânes sur la route de M....
Le match est perdu sans tristesse, "l'ami " est partit avec sa sagesse.
Tom a son compte de statues, pourtant il a envie de poser une gerbe discrète aux pieds de celle-là.
Un peu plus au nord, un peu plus tard, il y en a un qui chausse ses rollers pour un moment de silence hors de la maisonnée indifférente et bruyante,s'enfuyant pour un dernier tête à tête.
Le trottoir de l'avenue Thiers est couvert des feuilles mortes de "Prévert et Cosma" comme un paillasson à l'entrée du monde de "l'en dessous".
Tom B. Dunid s'arrête entre les deux rives sur le pont de pierre. Au mitan du monde virtuel où coule son sang, rive gauche et rive droite, celui du monde réel où réside l'enveloppe de chair. Au milieu, entre le maelström de l'en bas où s'agite la Garonne et le ciel entre chien et loup, déchiré de cirrus du monde de l'en haut.
Il y a, à l'intersection de ces deux médianes, l'alcôve du temps suspendu où il aime à rêver.
Peut-être que le monde absurde respectera une minute de silence tandis que Pierrot hésite entre ces deux versions de la vérité et que durant ce répit....
Quelque part en Absurdie:
Peut-être que cette mère afghanne aura vendu un bon prix sa petite fille de 8 ans pour payer l'amputation de son fils de quatre ans.
Peut-être que l'on trouvera à nouveau du Lindt 99% à Karouf.
Peut-être que la matrone ne trouvera pas un tesson de verre et de la main d'oeuvre pour immobiliser une enfant à exciser qui conservera son clitoris un jour de mieux.
Peut-être que l'on se qualifiera pour la coupe du monde et que le fiston cessera de prendre 2/0 sur des terrains de foot anonymes.
Peut-être que le joystick du F15 Strike Eagle s' enrayera à l'instant de lâcher le fer et le feu de la croisade contre le Mal de là-bas, pour la coke et le pétrole du Bien d'ici .
Peut-être que l'on cessera les rediffusions de "La petite maison dans la prairie" sur M 6.
Peut-être que le jerrycan d'essence paternel sera vide ou le briquet en panne au moment d'enflammer son bébé fille pour ne pas payer une dot ruineuse dans 15 ans.
Peut-être que la taxe d'habitation et les prix cesseront de flamber.
Peut-être que pendant ces quelques secondes les enfants cesseront de mourir de faim et les femmes battues de la violences des hommes.
Peut-être que Christophe ou Christine ouvriront leur galerie d'art.
Peut-être que Josiane Boudin cessera de réveiller sa fillette à 6h pour passer 3 heures dans les transports entre la mamie, nounou improvisée et son mi-temps/trois quart de SMIC qui l'occupera jusqu'à 21 heures.
Peut-être que La Madonne et Angelina cesseront de visiter les orphelinats du tiers monde comme on feuillette un catalogue sous les objectif des photographes.
Mais rien n'est sûr!
"La sagesse de Sénèque n'empêcha pas la folie de Nèron".
En tout cas le record de Pierrot sur le flipper du Bar de la place n'est pas prés de tomber: Le taulier a débranché la machine!
Chère Fantomette, D'aucuns meurent, d'autres s'unissent:





Les épousailles "du Prince Noir et de la Dame Blanche"

Le mariage d'un ami: l'occasion de mettre une cravate, de changer de slip et de t'écrire quelques lignes:


Montussan.
Les conversations bruissent, les amis se reconnaissent et papotent sur le perron de la mairie.
Soudain une déesse fragile et menue surgit. Les paroles deviennent murmures puis silence. La foule s’ouvre comme la mer Rouge devant Moïse. Je ne l’ai jamais vu si belle. De sobriété gracieuse, de discrétion éclatante, de bon goût. Nous applaudissons spontanément cette apparition pour la montée des marches Montussannes. Un torrent intime bouillonne dans son être dont seuls jailliront quelques embruns au barrage des paupières de cette femme en béton désarmée. L’as parmi les as, vêtus par un coûteux et célèbre couturier italien, souriant, apparemment détendus pour sa consécration. Sans doute l’expérience de l’excellence, l’habitude des sommets et la modestie des puissants. Ils disparaissent dans l’ombre et l’hôtel de ville où ils ont réservés une chambre, celle des consentements. Ils vont se dire haut et fort devant autant detémoins que d’amis ce qu’ils se sont murmuré. C’est le jour J, l’heure H, la minute aime. Elle va dire OUI à la question pour un champion. Le rassemblement des supporters les plus pieux se dirige à l’azimut vers l’édifice catholique.
Quand soudain, Au seuil de l’église l’eau bénite frémit et se met à bouillir dans le bénitier. La voûte abbatiale tremble. Un souffle puissant et surnaturel soulève la robe ecclésiastique et glace les dévots : Celui Qui Sait Tout voit que je suis parpaillot comme Véro, athée, agnostique comme personne mais quand la tête est passée….. J’entre comme Henri IV dans Notre Dame : si « Paris vaut bien une messe » ces deux là valent bien que je me damne et de finir comme Ravaillac, écartelé entre l’amour de l’amitié et ma fidélité au protestantisme. Nous échangeons un regard complice: Véro calme Luther, moi Calvin et tout rentre dans l’ordre de la sérénité.
J'aperçoit Laurence qui a la charge de la partie chantée. Un bref tremblement de trac aussitôt maitrisé agite imperceptiblement ses bras dénudés et sa voix noire, fine et puissante en direct de New Orléans, et de sa gorge, monte sans faillir sous la voussure millénaire. Un frisson fait vibrer l’air et l’assistance.
La Princesse Charmante et le Prince Charmé persistent dans leur consentement, logique point d’orgue d’une grande série d’heureux évènements de la dernière décade. Là, le "canon de Pachelbel" nous tire à bout portant des frémissements émus, lorsque Karine, prof de musique dans le civil, métissage de beauté et d’art, se penche sur l’ harpe dans un geste d’Erato(*) à la rencontre du ré grave. Par sa posture et sa chevelure, son visage et sa mine, son interprétation resplendissante de jeunesse et de talent convie la Grèce antique à l’union des belles âmes. Quelques bondieuseries et Gospel plus tard les mariés de l’édile et les époux de dieux sortent sous les pagaïes, les arcs, les roues, symboles de notre amitié et de nos passions. Désormais, chaque jour le goût de la vie sera plus savoureux et le coût de la vie moins onéreux chaque année fiscale. Nous espérons rester dans vos mémoires. Vous resterez dans nos cœurs et nous, déjà, réclamons du rab d’AXXXXXXXry. Alors……..Vite un garçon !
(1)le prince noir, c'est le charmant garçon avec la cravate, en plus sympa et moins belliqueux que l'original et la dame blanche c'est celle de Fausto Copi dont il disait qu'elle était sa drogue parlant de sa maitresse devenu son épouse)
(*) une de 12 muses: celle de la musique
Château de Camarsac.
Voilà un CDD qui se termine et un CDI qui s’entame entre ce sympathique garnement polyvalent comme un couteau suisse capable de concevoir un raid clé en main ou sangler un baudrier, déjauger un cata (maran) sans cata (strophe), monter sur le podium ou creuser une piscine, tenir un micro ou lâcher ses poursuivants, construire une palombière ou de solides amitiés et cette alchimiste jolie transformant le sable du Pilat en or de Maguide durant le "raid Aquitaine" et les gènes de Pat en jolies petites princesses pour une durable union.
Celle au regard qui parle et dit:-« reste pas là, bouge!» ou :
-« fais moi un garçon! ».
Il faut la comprendre, elle ne répètera pas, accepte le mariage et nous permet, nous convie au spectacle réjouissant de la passion raisonnée de l’un avec le raisonnement passionnant de l’une. Tout deux également belle et beaux ont cependant une déformation : ils ont chacun deux cœurs. Celui de l’élégance et du courage et l’autre tout entier pour s’aimer.
"-Pat s’était endormi, rompu de fatigue et de bonheur en botte de terrassier, un GPS au poignet, une pioche à la main il voit Sandrine curieusement et inhabituellement vêtue. Autour de lui des plafonds, de la moulure, des lustres haut dans son ciel, des tapisseries et des tableaux dans son horizon, de la marqueterie et des tapis sous ses pieds, l’agitation, la clameur d’une noce dans sa tête. Penchée au dessus de lui : ELLE ! - qu’est ce que tu fait dans mon rêve ? - tu ne rêves pas !" dit-t-elle en l’embrassant
Le didji envoie du gros son, présage de gros bonheur.
Que la fête commence.
Que la vie continue !
Chère Fantomette,
Dans ma peau de Luc Sur,j'ai rencontré mon vampire psycho-affectif:
"- Je peux?" demande Luc Sur
Elle lève les yeux. Il s'assied sans attendre sa réponse.
Un guéridon de marbre isolé sur une terrasse glacée réservée aux parias de la clope. Un carnet ouvert sur une page blanche vide de mots. Face à Elle une chaise bistrot vide de fesses. La plume d'or attend la fin du silence d'argent, Décembre est là balbutiant et le taulier peu empressé de servir la commande de la solitaire indifférente au froid. Alin Connue, car c'est Elle, le regarde comme une déjection de clebs. "Avec les gonzesses, faut pas laisser sécher"pense Luc."Une faille, je m'immisce, j'insère. Une fissure, je colmate. Une fêlure, je recolle. Une fente, j'envahis. Un manque, je comble. Un orifice, je bouche. Une blessure, je soigne. Je glisse dans cette buche entre ouverte un coin poussé par ma cognée insidieuse au début, motivée sur la fin jusqu'à l'ouvrir en deux. Mais pour l'heure, La page blanche, c'est mon truc, ce territoire du dire". Il franchit la frontière de la bulle d' Alin C. saisissant le bloc-note et s'emparant du "Mont-Blanc" à la plume dorée dans la main surprise. C. regarde amusée cette proie inespérée avec sa bonne tête de gagnant et de prédateur de bonniches. Une histoire se termine et déjà recommence. Un jour viendra où le sang cessera de couler tous les mois entre ses cuisses. Plus personne ne dira les mensonges qu'elle a envie de croire, personne ne se retournera sur sa silhouette. La soumission au temps remise à plus tard, elle se rebelle encore à jouer le jeu d'écouter les fadaises et les dissonances des préliminaires en fa-dièse qui font saigner ses oreilles et rire son cœur. "Ce jour paiera peut-être la dette de toutes mes nuits" songe -t-Elle. Luc se met à noircir les feuilles d'une écriture souple et nerveuse sans rature, sans retouche comme un peintre dépoussière un toile déjà peinte. Les phrases étaient là qu'elle ne trouvaient pas sous la surface du monde de l'en dessous. Une main sans alliance attend immobile bien à plat, doigts légèrement écartés, longs et secs, ongles courts, frémissante d'une légère fièvre et caressant imperceptiblement le marbre tandis que la dextre griffe le velin. "il va me niquer ma plume" pense A.C. "un Mont Blanc, c'est perso" Une page comblée se retourne docile, puis une autre , encore une autre, enfin Luc enclenche le capuchon sur la bague précieuse du stylo couteux qui répond sèchement d'un "clic" très snob et dirige le carnet sous les yeux de C. Elle le regarde comme tout à l'heure. Luc/Tom se souvient des parties de poker quand la main d'en face retourne la dernière carte dans un pinceau de lumière et de fumée."Si c'est sa quatrième reine, je suis mort avec mon brelan de roi" Diversion: Le loufiat apporte enfin le café noir qu'il dépose devant Elle. Elle s'empare du carnet. Elle lit. Elle s'étonne: C'est son histoire avec d'autres mots, sa rupture, les dommages, la vision du camp d'en face des hommes voleurs de temps. Un autre paradigme. Elle revoit cette ville rose du sud de la France, les placards remplis à chaque visite et les "ferme -là" de remerciements. Le canal s'écoule pas très loin de la gare. Une dernière péniche pour un ultime train. Elle, entre deux écluses sans excuse où navigue le dernier marinier sortis du sas grâce à Elle. L'exhibition risquée, le bal des dupes. Le cavalier lui a marché sur les pieds une fois de trop. Meurtrie de déception. De dépit. D'échecs. Et bientôt le cimetière des éléphants. Le goût perdu du sang revient dans sa bouche. "Comment a-t-il pu....?"murmure-t-Elle délicieuse et sombre. "Gagné!" se dit Luc, puis à voix haute comme la "réponse de l'ombre": - "Les histoires d'amour finissent mal en général" fredonne-t-il en guise d'explication. Elle aime sa voix, ses mains, son écriture. Elle aime trop, trop tôt, trop de choses de lui. Il est temps de se nourrir du danger d'aimer. Lui, assourdit par la victoire n'entend pas la mystérieuse alerte de l'angoisse. "Bar-Hôtel-Restaurant"dit le lambrequin sous la marquise. Il voit le "H". Elle voit le "R" Elle se lève. Il suit dans l'escalier, d'une ambulation* docile tiré par une laisse imaginaire, anesthésié du coté de l'intelligence . Le pendentif entre ses jambes retrouve un peu d'autorité et lui indique le nord magnétique de son cul dans l'escalier. Rassurant mais un peu gênant dans les tournants comme le "Neiman" verrouillé gène le volant d'une voiture. Il pense à Sarkozy pour "pas gâcher". La porte refermée commence la confidence, la suave décadence où danse dans les bouches le ballet de l'organe de la parole et contrôle prudent de l'absence d'halitose au son de "la musique langue des émotions" (Kant. Manu) Tendre glissade sur le "Lac des cygnes" et Valse de Strauss, le pas hésitant, il descend à la cave et remonte à l'extase partager la liqueur récoltée. Elle joue Mozart: un trop court extrait de "La flute enchantée"un peu par goût et de sa manière d'être polie. Connexion lente, téléchargement, bas débit au début et déjà la cavalcade accélère sur le tempo de la "Chevauchée des Walkyries". Le ciel de lit bascule, le sol Dunlopilo frémit sous le galop de la fantasia, le fracas de la salve et la mélopée des youyous. Il n'eut pas le temps d'entonner la Marseillaise au déstockage de l'A.D.N. Mourir c'est nourrir: Elle plonge deux canines dans sa veine jugulaire et absorbe avec délectation la vie abandonnant ce corps agités de soubresauts sacrificiels, consentant à la mort sûre, heureux de se répandre par sa morsure. L'enveloppe provisoire, exsangue de Tom ressemble maintenant à la peau d'un reptile abandonnée après la mue avec deux trous rouge dans le cou et un étrange sourire aux lèvres chaulées, apaisé d'avoir été utile . Son existence est d'Elle, la substance. 21 grammes d'âme s'en vont en quête d'autres charnelles.


Aparté, fausse piste et digression.
Petit retour dans l'underground, le sens souterrain des mots.
La lumière? Guide vers la connaissance ou phare de naufrageur? Lulu la luciole est un insecte affectueux et plein de ressources. Tandis que la maisonnée ronronne des enfants endormis et que le chat attend la sortie de la souris de dessous l'armoire, les devoirs terminés laissent la place pour des rêves tout neufs. Réminiscence du temps où elle aimait, elle émet une lumière froide pour ses amours secrètes de lampyres ( c'est son nom de code chez les scientis: toi t'apprends un truc et moi j'évite une redite) Une fluorescence, un photon dans l'espace comme une bouteille à la mer ou un message sur meetic.fr Le message reçu par le mâle agit comme une phéromone visuel qui rapplique vite fait pour un calin furtif. On peut être admiratif, ou envieux c'est selon, de l'efficacité du principe tout en se disant que la bestiole n'est pas regardante sur le choix de son partenaire. Si cela n'a rien d'étonnant pour le mâle qui voit là une opportunité de destocker de la petite graine, on peut se réjouir, ou pas c'est selon, que nos "femelles" à nous soit plus sélectives. Le prince charmant "déboullant"sur sa mobylette au prime rendez-vous en spartiates/chaussettes blanches remontées jusqu'aux genoux risque le retour dans ses foyers avec dans sa poche un "- euh, je préfère que l'on reste amis". En affinant d'un peu de curiosité, nous apprenons que le message lumineux peut être modulé par la tentatrice afin qu'il corresponde à celui d'un mâle d'une race alimentaire. L'amoureuse devient prédatrice selon l'origine de sa faim. L'insecte récepteur, qui n'en est pas moins homme, se précipite transi d'amour sans se douter qu'il est le plat du jour. Madame luciole a le pouvoir de dire oui, comme chez nous, afin de combler la faim de l'une par la fin de l'autre. Pragmatique la nature! Romantique aussi: Parfois son éclat de lumière est un simple clin d'oeil à une inaccessible étoile. Mais là, Lulu garde son espoir bien au chaud dans le secret de son petit coeur de luciole.


Chère Fantomette,


La rencontre du troisième type
Elle s'était dit: " plus jamais!"
Pourtant elle a replongé dans le grand bain. Apaiser une ultime fois son corps dans le fluide qui caresse sa peau où elle progresse à plat ventre comme elle se tord la nuit dans ses draps.
Quand s'est elle laissée déborder?
Les messages anodins du début lui semblent perdus dans le temps et le subconscient d'un double labyrinthe avec ce Minotaure qui l'attend et elle, Ariane sans fil qui découvre un chemin inespéré pour se faire dévorer.
Le désir est d'abord passé par les mots, devenus des idées, des douceurs partagées, une envie délicate et enfin un foyer dans son cœur, un brulot dans son âtre, une chaleur intime, rare et précieuse.
La sécurité fallacieuse de l'éloignement libérât lentement ses propos qui prirent rapidement l'allure d'un préliminaire irréversible.
Elle a franchi le point de non retour, réservé son billet de train et sa chambre d'hôtel dans une impulsion déjà délicieuse. Une ultime marelle de la terre vers le ciel. Le troisième type. Une goutte dans l'océan d'une vie de femme! Elle se sèche lentement et, dans le miroir à trois faces, se regarde sans indulgence: Le désir au centre du triptyque de sa vie, à gauche la curiosité, à droite l'aventure.
Elle est nue, elle est prête.
"- Ce serait bien que tu t'enveloppes, ma fille" se dit elle "comme on emballe un cadeau".
Cela se fait quand on prend le T.G.V !
Elle a décidée de son pseudo pour réserver son hôtel en enlaçant son cou d'une écharpe de soie. Elle sera Isadora Duncan pour se pendre au cou de l'inconnu qui l'attend de l'autre coté de la rue. Une traversée de l'étrange, un petit pas de 600 Kms mais un pas de géante vers le courage d'être soi.
Elle remonte la fermeture éclair de son Djean's comme l'on referme un coffre fort.
Lui.
Il est en avance dans le sous sol de la gare, de quelques minutes de politesse fébrile.
Un petit quai à traverser: "Faut y aller mon grand!"
Soudain elle est là en face de lui et il a su instantanément la suite de sa vie.
Il y eut d'abord le baiser maladroit de deux enfants qui s'effleurent marchant cote à cote, silencieux et timides puis il a posé une main sur son épaule dans une audace folle.
Elle a sourit.
Des pommettes saillantes se révèlent lorsqu'elle s'illumine , une glabelle franche sépare ses yeux brillants et humides et sa bouche fine d'une fraicheur malicieuse irradient de curiosité juvénile.
Lui, il voit enfin une femme pour la première fois. "Il était temps!" pense-t-il en désignant un bar la gorge sèche. Et re-main sur épaule en lui cédant le passage. Le tissus de la gabardine lui dispense un acompte sur sa chaleur promise.
Chaque seconde additionne du bonheur.
Les mots ne peuvent plus les satisfaire, les regards remplissent le silence. L'ombre de la nuit jette sur leurs épaules ravies son châle complice, signe de la fin du long supplice.
Alors, il a emprisonné ses mains consentantes et soumises nouant leurs doigts dans une tresse intime et chaleureuse.
Ils prononcent simultanément une phrase poli et les mots identiques se percutent provoquant un rire léger. Une banalité tendre, un peu de niaiserie, une maladresse pour une tendresse, pour dire la joie de ne plus s'attendre. Quelques balbutiements et un étourdissement comme une évidence tacite.
Il faut un refuge pour ces deux transfuges.
Quelque chose de simple: Un toit, un lit, quatre murs bien insonorisés. Le nid qu'elle a choisi est trop éloigné de leur impatience.
Il y a une zone industrielle avec ses hôtels anonymes où l'on entre en glissant un Sésame de plastique dans une fente horizontale. Qu'importe! L'urgence impose sa loi implacable.
Auront-ils le temps d'atteindre la chambre?
Oui, ce ne sont plus des enfants. Pourtant l'ascenseur est d'une lenteur fastidieuse.
L'air est plein de leur désir et envahi la pièce tandis qu'ils franchissent le seuil. Ils gardent l' armure de leurs vêtements encore quelques instants en apesanteur dans la découverte des saveurs et des odeurs d'épiderme troublantes et merveilleusement compatibles.
Ils jouent sur le même tempo l'effeuillage d'un orchestre qui monte crescendo, tantôt duel, tantôt duo, parfois soliste pour un air de flute enchantée, tandis qu'un jeune chat lape délicatement son lait dans un palindrome amoureux où leurs corps se lisent dans les deux sens.
La nécessité impérieuse de sortir du virtuel et de pénétrer la réalité est déjà là. Il glisse fiévreux dans la fente verticale son Sésame de chair d'une délicieuse tentative vouée à l'échec s'il n'y avait sa main secourable.
Et là, apaisés, rassurés ils peuvent enfin parler, dire et murmurer. Ils se regardent, immobiles, patients et comblés.
Il respire. Elle attend pour respirer à son tour en équilibre tout les deux au bord de l'abîme sans bouger pour ne pas chavirer et ne pas verser trop tôt la liqueur de l'apaisement.
Dans quelques instants, l'un des deux suppliera:
"- s'il te plait, bouge".
[Tempus fugit] "J'ai marché lentement sur les dalles de la gare comme un enfant jouant au ralenti à la marelle du ciel vers la terre. Je n'étais pas triste. Je me suis détaché lentement de toi, accompagné par ton parfum de femme encore sur ma peau pour rentrer dans la torpeur des jours qui viendront s'empiler dans ma vie d'après toi. Ils auront longtemps la saveur de ton souvenir."
Chère Fantomette,
La passante de 2009
Il a quitté le quai de la gare sans se retourner. Elle aussi sans doute. D'un pas pressé de s'éloigner il rejoint la rue Eugène Delacroix à l'angle de la rue Fieffé. La petite voiture noire est bien là, comme un refuge mais sans la passagère de tout à l'heure.
"-Tiens, on m'a piqué le volant" constate-t-il.
Il lui faudra quelques secondes pour réaliser qu'il a ouvert inutilement la porte passager(e).
Les gestes lents, il tourne la clé pour retrouver la compagnie ronronnante du moteur tandis que le sien double de volume dans cette cage thoracique si bien nommée.
Il s'agite, il résiste, il tambourine encore un peu comme ça pour un zeste de noblesse puis, de systole en diastole,cesse de battre la chamade et dépose sa reddition aux pieds de sa triste fonction utilitaire.
La prison avec ses barreaux de cotes est bien verrouillée chez les gens raisonnables.
Le cœur ne s'envolera pas pour se tromper de cage confirmant, comme s'il le fallait encore, ce que l'état adulte comporte de renoncement. La donne n'est pas nouvelle pourtant, il faut encore et sans cesse combattre ce romantisme puéril entre l'enfance volée et l'adolescence confuse pour que le cœur d'enfant entre, vaille que vaille, dans la cour des grands avec chevillé au corps le sentiment d'abandon, le sacrifice contre nature de s'amputer soi-même de son organe le plus essentiel.
Dévasté de douleur de la cave au grenier, il récite à voie haute l'enchaînement des taches qu'il reste à accomplir, plein de rêves trop grands et de larmes interdites. Les chaos de la route et du réalisme le meurtrissent à chaque secondes jalonnant l'abîme avec cette trouille de funambule qui ne le quitte pas sur le fil du rasoir de son "itinéraire d'enfant gâteux".
Les gares modernes ressemblent à des tunnels tandis que la vieille gare de province a conservé l'immense structure métallique du temps où il fallait du volume pour dissiper les fumées des motrices à charbon des " Bêtes humaines" de Zola. L'immensité est désormais à la dimension des joies savoureuses de l'arrivée et à la douleur contenue du départ.
Elle, c'est la rencontre de cette année 2009, qui s'éloigne doucement comme un soleil de Décembre fond lentement dans l'atlantique. Elle a, dans l'ovale délicat de son visage sans altération, le sourire discret de l'apaisement d'avoir traversé sans dommages la zone d'inquiétude des dernières heures après celle de la quiétude bienheureuse des retrouvailles et s'en va vers son seul désir: retrouver la sérénité de 2010 que voilà déjà toute pimpante.
Chère Fantomette
Comment vas tu? Il m'a semblé ces derniers temps que mes mails ne rebondissaient pas bien chez toi à part sur un soupçon d'irritation muette. Une impression sans doute basée sur de la crainte et la politique du non dit tacite entre nous: Tu imagines (tu crains) que je cherche, (que je trouve) quelqu'une et moi j'ignore si je te reverrai un jour et nous "restons à la surface des choses en parlant de tout et de rien" comme les gens qui meublent parce qu'ils s'interdisent leur projection dans le futur et non pas parce qu'il n'ont rien à se dire. Il n'y a pas d'autres option pour nous, il nous faut exister sans projet et, en positivant j'y trouve un romantisme charmant et un charivari d'incertitude où chante en sourdine l'optimisme sur les notes du printemps au parfum de primavera et « Qué Serà Serà.
Je sais qu'il me faut autant de désir pour conserver cette place merveilleuse dans ton cœur que j'en ai à t'accueillir dans le mien et l'envie flambe en permanence quelques part dans mes veines et les autres organes à ton service.
Mes oreilles entres autres sont disponibles à nos conversations indispensables, tu sonnes et j'appelle. J'ai fais de mon existence un espace disponible que tu es libre d'occuper selon tes désirs et non pas de mes besoins. Nous y voilà:"l'altération" "la contre-image" dont parle Roland Barthe. J'ai du mal avec le concept du plaisir que tu me donne sans penser au tien, ta façon de passer après-s'il-en-reste. J'ai du mal avec le concept d'un être, d'un corps,d'un esprit aussi brillant au "service" du mien.
J'aime à me soucier de ton bien-être et ne pas être une source de tristesse pour toi.
Je ne veux pas être un soucis d'organisation et te transmettre mes état d'âme. Alors je reste un âtre aux braises encore chaudes prés à recevoir la bûche (fort bien fendue) pour la bonne flambée.
Tu as parlé d'inadéquation et j'ai laissé dire.
Nous savions avant de nous rencontrer ces choses là.
Pourtant, je voulais cette rencontre.
Il eut fallut pour en sortir indemne, se toucher sans s'aimer et s'aimer sans s'attacher. Il eut fallut être indifférent l'un à l'autre. Je ne sais pas le faire.
Et je suis désormais aussi à l'aise que je puisse l'être dans notre intimité rare et secrète.
Je sais la douceur de ta bouche et la chaleur de ton ventre sans honte car j'ai aimé ton esprit avant de connaitre et d'aimer ton aspect et ta mine Le prix à payer est la séparation où je ne dois pas dire ma tristesse, la rendre passagère, l'installer à ma droite, veiller à sa ceinture et sa sécurité, la conduire sans danger à bon port, sans se tromper de vie, toi qui prends tout les risques et moi qui n'est rien à perdre, tout à te donner.
Une histoire de petite chèvre de Mr Seguin que le loup dévore et n'en sort pas gagnant
J'aime les histoires qui finissent bien.
J'aime que la notre n'ai pas de fin.
Je t'aime, c'est bête P.S: Comment vas tu? Je te concède que c'est le genre de question que tu poses Alin Connue d'une bouche en forme de bouteille à la mer: "- et toi?"
Et là tu imagines le dialogue virtuel qui te parlerait de puits tarit et d'oued qui s'assèche et tu pourrais enchainer sur ta prostate et, si Elle te racontes le mal de l'Ange qui ne soupire plus sous les coups de boutoir du prince charmant aux chaussettes qui trainent, tu raconterais l'arrangement conclus unilatéralement il y sept ans avec tes idéaux qui tardaient à venir et la vie qui s'écoule impatiente. Il faut maintenant payer la trahison des renoncements nécessaires et des promesses non tenues à l'enfant que tu fus par l'adulte que tu es devenus de bric et de broc et de choix par défaut en riant, beau joueur, à l'humour de cette vie incompétente et autiste qui t'avais promis en 48 heures chronos celle conviée au banquet de ta vie et te la donne en 48 ans. Alors, n'écris pas au service après vente pour gueuler: il te répondrait qu'elle aurait pu ne jamais te parvenir et que 48+7=55, monsieur le comte est bien bon, trace ta route et ne freine pas au panneau: trop tard!







Chère Fantomette,


Je reçoit ce jour l'appel de cotisation qui m'engagera encore pour un an de sursis dans ce club où je compte autant d'amis que d'adhérents.








Veuillez payer contre ce chèque....Vingt euros"et je signe.


Tous les ans à la même période, je m'interroge sur l'opportunité de prolonger mon adhésion au club et, derrière cette petite signature,sur mon adhérence à la vitre glissante et verticale du temps .
Encore cette année se déguiser, mettre des collants fuo et faire des ronds dans la nature pour revenir à son point de départ comme un hamster dans sa roue.On le sait désormais, depuis que nous avons vu Serge July vendre "Libération" et entendu délirer Jacques Séguéla, toute révolution est inutile,
c'est à dire indispensable, tant l'humanité à besoin de redécouvrir par elle même à chaque génération ce que la génération précédente lui a appris. Jusqu'à oublier le nécessaire mouvement perpétuel et merveilleux de la transmission qu'ils ne sont, oublieux, stériles et sentencieux devenus, plus capable de transmettre.
Dans ce monde circulaire, ma vie est faite de ces trajectoires en ellipses qui m'éloignent et me rapprochent de mon nombril. Je suis une bicyclette qui chutera quand l'Autre Moi cessera de pédaler obéissant enfin docile à la loi des bicyclettes qui tombent.
Accroché et suspendu au fil du pendule qui va de l'absurde à l'absolu, enrêné entre lucidité et démence, lutte et renoncement, victoire et reddition, sursaut et acceptation, regain et moisson, j'ai remarqué qu'il me vient aussi invariablement une nouvelle émergence cognitive peut-être salutaire, peut-être fatale et c'est dans cette douteuse certitude que je franchis souvent le point de non retour.
Aujourd'hui, le cocher catalyseur c'est Bernard qui, le mors au dents, m'invite à crapahuter sur la terre gorgée d'eau des vignes autour de St Emilion.
Je frémis de froid ou de danger lorsque ma colocataire très peu vêtue apparait sur le perron et me chambre gentiment:
"-On annonce des pluies verglaçantes et tu prends la moto?"
Elle me donne....froid. Il ne faut pas chercher dans ce visuel une quelconque congruence avec la météo, ce serait compliqué.
"- euh... oui!", je répond étonné par l'évidence et l'incertitude, "tu sais, ça se mérite le retour de Bernard à la course, ça manquerais de gueule de débouler engourdi de chaleur comme un homme en conserve dans une caisse à boulon.
- La frime, toujours la frime!"
Elle n'a pas tord: j'ai souvent aggravé les difficultés du chemin pour le panache de l'arrivée, un peu comme le gars un peu con qui se tape sur les doigts "parce que c'est bon quand ça s'arrête".
"-Tu vas encore courir, tu veux pas vieillir, c'est ça?courir encore après toi-même et ton ancienne apparence "
Je ne mord pas à cet appât pas rance qui voudrait me garder sous la couette sans répulsion pour les trois kilos de l'hibernation et plus tard devant cette télé qui débite des conneries en continu.
- un DERNIER café?"
Elle a appuyé sur "dernier" et je souris du dedans tant j'aime la psychologie de bistro des pressés de mourir qui carbure à la clope ou au "Red Bull" quand moi je marche à l'enthousiasme......
J'entend la voix sourde du magma de l'en dessous qui n'est* pas de raison:
"-Va vivre avec ton nouveau jouet ta vie de morceau de beurre dans une poêle chaude, dévore l'héritage génétique et garde-moi un peu d'intégrité, j'attendrai!"
Et Dagobert s'en va remettre sa culotte et sa tête à l'endroit.

* ou n'ai pas, c'est souvent une question d'avoir ou d'être.









Chère Fantomette,















Bordeaux le 17ème de Janvier 2010.










Objet: la visite







Il y a cette connotation négative de la moto sur le bruit et la vitesse dont sont responsables leurs conducteurs, imputable surtout à celles trafiquées par leurs pseudos pilotes dont le volume du cerveau est inversement proportionnel aux centimètres cubes de leur engin, prolongement de leur impuissance comme l'arme des chasseurs ou les 4x4 des bobos.


"Ma mienne" est d'origine: elle ne fait pas plus de bruit qu'une voiture, elle roule à 50 en ville, 90 sur route et 130 quand elle est obligée de prendre l'autoroute.



Je l'aime parce qu'elle sacrifie le confort à l'essentiel: un moteur et deux roues suffisent à transporter un égoïste et me rappelle ma précarité d'être fragile, la nécessité d'être prévoyant, congruent et prudent dans mon néo-célibat.
Pas de vitres électriques, pas de chauffage, pas de ferraille entre la nature et le corps, un cocon de métal n'est utile que dans la compagnie d'une douce passagère et là je perds mon temps à regarder la route plutôt qu'à observer ton ovale magnifique contenant de tes yeux malicieux, ta bouche rieuse, ta gorge profonde (et accueillante) ton intelligence qui transpire de toutes les sudoripares.
Et puis il y a ce tribu payé au démon de la vitesse de quelques millimètres de rotation de la poignée des gaz quand l'autoroute est déserte qui me propulse comme un missile de 130 à 230 avec l'illusion d'un pouvoir de réduction sur l'espace et le temps avec la dérisoire adhérence d'une savonnette dans une baignoire. De cette courte délinquance, dans ce monde qui fait d'un rebelle celui qui roule à 55 au lieu de 50 ou allume une clope dans un rade, je me souviens du service militaire pas très loin d'ici. Une rébellion d'un autre temps faite de désertions répétées à chaque permission dans la difficulté du retour à la caserne vers ma planque de secrétaire, moi et mon orthographe, où ma "valeur physique" comme disent les militaires, m'interdisait les sauts en parachute. Mon irresponsabilité quantifiée par l'armée qui mesure tout, me classa P4.
J'en sorti,après quelques mois de taule, réformé et ravi que mon inaptitude à tuer soit officialisée par des pros.
Rentré dans le rang de la réalité avec sagesse, acceptant la nécessité du code de la route, partageant avec d'autres plus tranquilles la translation ordinaire. Composant avec la pluie, le vent et l'adhérence, occupé à lutter contre le filet d'air qui profite d'un espace mal protégé pour s'insinuer et s'inviter à bord, je poursuis ma route avec quelques rares rechutes en faisant gaffe aux émotions qui font comme le filet d'air.
J'ai froid, donc je suis. C'est ce monde des symboles et de l'ambivalence que j'aime, tu l'auras compris.
Arrivé à Agen, j'ai senti le manque de toi plus virulent que d'habitude et dans un réflexe d'enfant gâté ou perdu, je t'ai appelé. Ta voix aimée m'a comblé.
"Aparté
(l'idée d'être sans connexion c'est à dire sans toi.
J'ai compris d'où venait le manque: cette faculté d'aller et venir dans ta virtualité est un lien dont je réalise la nécessité. Tu es mon interface numérique avec la réalité et c'est par l'empathie que je trouve le raisonnement productif qui complète ma parfois stérile réflexion comme celui qui retrouve le bon (le droit?) chemin en partant de la destination. Progresser à rebours, n'est pas reculer. C'est plus long, mais cela reste vaille que vaille une progression après m'être beaucoup fourvoyé dans mes choix par défaut autant que par mes concessions et autres renoncements et mes trahisons aux promesses faite à l'enfant qui fut moi.
fin de l'aparté."
Avec la frangine et Arnaud Stalgie, nous avons franchis la frontière morbide de la nuit en parlant des "Doors" de Jim Morrison, Kurt Cobain, Nino Ferrer.
Puis, tiré du tiroir d'une ancienne bonnetière faite bibliothèque, je me suis fini avec un Daudet, Alphonse, et la relecture de quelques "Lettres de mon moulin" ainsi que, pour solder le compte des heures restantes, une nouvelle de " H.P Lovecraft" qui me servira d'introduction à mon "Mémoires de schizophrène".
"L'œil était dans la tombe" et me regardait. Je ne suis parvenu au terme de mon insomnie qu' au matin venu, dans un lit vide "livide et silencieux" comme le Caïn de "La légende des siècles" du père Hugo condamné à vie par culpabilité de premier né et divorcé dispersant les pièces familiales et disparates d'un puzzle inconcevable.
Vers midi, j'ai pris une heure de route sur le temps et l'envie qu'il me reste pour aller à Montcuq voir le géniteur détenteur des morceaux et responsable des morsures, à la poursuite d'une caduque quête identitaire histoire de comparer nos fardeaux.
Dés l'accueil, j'ai su mon désir de ne pas troubler sa quiétude de dépositaire amnésique.
Je n'ai pas voulu faire revivre, sous prétexte de mon seul bien-être, à ce vieil homme un passé qu'il veut sans doute oublier.
J'ai laissé les questions au vestiaire des rancœurs pour ne pas que ce tout à l'égo ne devienne un tout à l'égout et me suis régalé de cette soupe de bien, venue de dessus le poêle à bois "Godin", de ces patates qui ont pris le temps de cuire lentement et de cette barbaque d'origine inconnue tant elle est méconnaissable "de braise et de caramel" qu'il dit : moi j'appelle ça de la cramure d'oignons.
Alors, au lieu de regarder derrière, j'ai observé mon futur de dans vingt ans à travers ce visage édenté toujours vivace malgré ses 70 années de labeur d'ouvrier entamées dés huit ans* comme garçon de ferme, dormant quelques heures par nuit dans un lit cage d'un grenier sans chauffage,
Dans les misères antérieures du siècle d'avant, il y avait des tragédies banales et rurales où le fruit des amours ancillaires devenait à son tour domestique à bon compte. Le bâtard grandissait sans pain blanc mais avec un quignon et un oignon pour salaire.




A bout de démarche comme un saumon remonte le courant, j'ai suivi le fil de mairie en hôtels de villes de ces eaux saumâtres pour conclure que je suis issu de cette hérédité là.





Sa vie se terminant aujourd'hui, encore vert, en aventures de cavaliers et, sans doute l'ai-je déjà rejoint, peut-être, chevauchant une moto et, plus surement, dans la calvitie.
Contrairement à la maison de poupée de "chez ma sœur", il y a ici des licols et des selles enchevêtrés, des couteaux à la lame longue comme l'avant bras, des outils sur la table et au sol, des sacs de céréales ou de flocons de maïs, des cuirs lustré dans l'odeur du suif, des vareuses suspendues à des clous en guise de patères.
Beaucoup de place pour les chevaux et un peu pour des images d'enfants, des dessins d'arbres sans racines, des maisons sans fenêtres et des créatures dentues*punaisés sommairement aux murs qui disent sa souffrance et son remord.
L'été, il me souvient d'un canasson à la porte d'entrée et qui parfois pénètre dans la pièce vers le sac de pain dur, des poules et du coq, de l'œuf que l'on va chercher au cul de la poule, des tomates qui saignent sur la planche à découper.
J'oublie encore ma colère du temps ou il m'obligeait à partir à l'école avec les sous vêtements de mes nuits d'énurésie à charge pour moi de me faire des potes et des études en sentant la pisse.
J'oublie aussi et dans la foulée, mes souvenirs d'enfant impuissant à protéger maman du haut de mes six ans terrorisés des violences de cet homme effrayant de jalousie injuste, forcément injuste.
Je crois que j'ai repris de la soupe.
Nous avons fait rouler des bottes de foin dans le hangar à coté des chevaux.
Deux sont mort cette année, reste une haridelle, avec un pédigrée de pur sang quand même, et deux anglo arabe bon pied bon œil.
Nous sommes rentré boire une sorte de champoreau de Daudet tiré de la débelloire de Giono qui nous attendait sur la fonte du poêle.
Et j'ai repris de la soupe.
Et mes griefs.
bise et je t'aime!


No one.
*70=8: tu peux le faire.






Chère Fantomette,
Aujourd'hui je laisse la plume et la parole à Anna Lyse.
Après l'amour, l'amour d'après: l'amitié?






Au sujet de la Saint Valentin:
- 1) Saint patron des amoureux avec la complicité de St Eloi, saint patron des bijoutiers.
- 2) 14 Février 1929. Al Capone massacre le gang de Bugsy Moran à Chicago. Quel déconneur ce Al!
Après quelques euros, ton psy te parlera du « temps physiologique » qui a travers l'image de ton corps que tu détestes avec acharnement, te causes tant de tourment. Il te faut accepter de rire, pleurer et jouir à voix haute en symbiose avec "le temps intelligent". C'est l'usage de notre politesse sociale de mettre du vernis sur nos émotions et nos besoins. On en arrive à perde ou couper le fil de la réalité. A l'origine du mal être il y a cette vérité que tu feins d'ignorer. Ou bien te trompes-tu avec obstination? Tu as jeté tant de bouteilles à la mer dont je n'étais qu'un destinataire aléatoire.Puisque le messager était convenable et potentiellement aimable autant que par défaut, tu as fait contre mauvaise fortune bon coeur, te leurrant avec sincérité et te jetant dans le précipice de notre rencontre. Cependant ton subconscient n'est pas dupe. Il déteste soudain ce corps qui restreint l'ambition de tes envies. Te voilà, aujourd'hui, et pour de mystérieuses raisons qui échappent à ma compréhension, dans l'identique démarche et la semblable posture où je t'avais trouvé et tu fais de ton insatisfaction une psychose.
J'ignore le stade étalonné de 1à 4 de cette affection: Coquetterie, simulation, somatisation,pathologie?
Pourtant, je constate à peine surpris la persistance paradoxale de tes appels au secours tout en déclamant ton incapacité à te dénuder devant celui que tu espères encore. Je trouve pour ma part charmant nos organismes génétiquement modifiés par le temps. Cette ride qui raconte nos rires, ce bourrelet mignon qui parle de tournedos Rossini et ravive nos bacchanales. Il semble que celui qui t'accepte telle que tu es ne suffit plus à ton exigence surtout s'il est l'écho géomètrique de ton apparence. Tu prends de la distance avec ce miroir que tu n'oses briser parce qu'il suggère un renoncement. De l'autre coté du miroir il y a Cocteau pour les uns et « Alice aux pays des merveilles »pour d'autres. L'accès supposé et probablement interdit au prochain inconnu et futur Hermès te terrorise et tu te replis sur toi avec les dommages collatéraux que provoque la perte de l'estime de soi. Le syndrome du « never happy » qui guette le bourgeois bien nourris. Je te livre mon ressenti qui te semblera excessif, déconnecté que nous sommes devenus. Ce qui te semble hyperbole m'est euphémisme et c' est aussi le signal du terme de notre tendre connivence. Je garde le « rayon vert » dans mon souvenir, ta belle écriture, ton sourire, ton visage harmonieux et ton esprit lumineux et qu'importe de qui vient la dérobade. Sans doute est-ce moi avec mon courage de fuyard devant celle qui rentre dans mon coeur par effraction et cherche la sortie par la porte de l'amitié.
Mes molécules se sont éloignées les unes des autres. Je ne suis plus rocaille, je suis une forme de dispersion de la matière vers encore une autre mutation.
Une autre fuite: La dérobade!
J'aimerai dire au désert que tu deviens que je serai son sable mais il n'y a pas de place pour l'erg dans le reg.
Sans appétence pour l'ami tiéde, je ne suis capable que d'amour. Question de sur-vie, la vie d' au dessus.
The end!
"Les passantes. " Al C. Bordeaux, le 14 février 2010.

7 commentaires:

cathiminie a dit…

Encore!!
Plaisir de la lecture, mais ce fut si court...j'aime les histoires qui résonnent contre ou avec l'Histoire,ces époques révolues, mais qui se répètent à leur manière et nous font inventer la suite, que l'on soit lecteur, écrivain ou simplement vivant!!

dusportmaispasque a dit…

"D'autres" me trouvent trop long: j'ai toujours un problème de taille :-)
Merci, si c'est court c'est que c'est bon.

colo a dit…

Rien d'intelligent à dire sinon que j'ai eu beaucoup de plaisir à te lire. Beau voyage dans le temps.
Et sûrement pas trop long, oh, non!

dusportmaispasque a dit…

Colo, longue dame de bon goût, oserais-je dire tout en restant concis.

charivarii a dit…

intéressant ta vision de la moto, ou ton vécu devrais-je dire
je suis très émue par la deuxième partie du texte
cette visite au "géniteur"
"Dés l'accueil, j'ai su mon désir de ne pas troubler sa quiétude de dépositaire amnésique.Je n'ai pas voulu faire revivre, sous prétexte de mon seul bien-être, à ce vieil homme un passé qu'il veut sans doute oublier."
voilà qui me semble d'une grande humanité, d'une certaine sagesse

tout se lit avec fluidité, avec plaisir

dusportmaispasque a dit…

Marci Madame (ou mademoiselle?)
Are you free? Are you alone?
Non! j'déconne: chuis monogame.

Mrs K a dit…

"Long" ce n'est pas forcément un défaut surtout quand c'est joliment écrit.
on se demande toujours où tu nous emmènes.. bien sûr... à Clairac chez la boulangère !
Bonne semaine

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