dimanche 14 mars 2010

Expérience N° 5

Tactile!
Tom B. Dunid est repus. Parmi les sens réjouis par l'offre de Rachmaninov, Michelangelo, Jean Baptiste Grenouille et Lucullus* , seul le toucher est le parent pauvre.
"- et les doigts sur le clavier, c'est pas du bonheur ça peut-être? intervient Alex
- mouais, admettons! j'ai connu mieux comme caresse.
- genre?
- te souviens -tu de l'Afrique?
- vestiges moribonds, ta mémoire sursaute et bégaie et te voilà fin prêt à subir la dictature du souvenir.....
- plutôt la vigie au sommet des pensées:si l'avenir est un doute, le souvenir bel et bien une vérité*.
- et la mémoire une garce! Encombrante, patinée par le temps, maquillée d'imprécisions serviles pour assoupir la conscience. La litanie des mécomptes à rebours vers l'origine des maux.
- ta bouche Al ! Nous sommes un segment du temps entre deux impasses, je sais! Je te parle de mouvance fugace, pas d'agitation stérile: Nu sous la djellaba, 45°, la falaise, le désert en face et le vent, Alex, le vent. Son souffle chaud comme une caresse et la douceur obéissante du tissus intelligent comme des mains de femme divines et ubique*.
- t'as raison: l'organe du toucher c'est la peau!
- mieux: la plus vaste zone érogène!
- c'est pour ça que tu te rases le caillou, pour augmenter la surface?
- t'es vraiment monté à l'envers mon pauvre Alex."
Attaqué de toute part, il est le tactile, par le monde virtuel. Il existe une invention merveilleuse de technologie et diaboliquement pitoyable le hug shirt. Pour se caresser à distance, palliatif à la frustration de l'absence des habitués de la relation à distance.
Dans un autre genre et tout aussi pervers: la machine à pain.
"-La machine à pain? pourquoi?
- parce que tu crois revenir à la tradition en trahissant ton boulanger et tu te prives du bonheur tactile de pètrir l'eau et la farine, de malaxer la matière vivante à plein doigts, de mettre d'accord les molécules antagonistes pour créer l'union d'un mélange homogène, calmer la pulvérulence aérienne de la "Francine 55" avec la simplicité de l'eau* et réunir ses deux amies qui s'ignorent grâce à l'alliance des mains qui s'unissent....sans le pétrin(?!).
- mais le temps, Tom, le temps!
- il y a tant de minutes inutiles cédées sans résistance aux voleurs de temps."
La vie qui résiste c'est la vie qui mute et l'imagination génétique s'exprime à travers la mutation de la nageoire vers l'aile, de la patte à la main et la main à la pâte.... Sexe Prime, parce que c'est sensuel le pétrissage.
Je suis un village gaulois et son sursaut de résistance inutile sans armes juste deux merveilleux outils: des pognes.
Tant pis, Le supermarché attendra. Ce matin, stage poterie sur le plan de travail. De la farine 55 de chez Francine de l'eau, du sel, pour s'entretenir les métacarpes dans la richesse du temps de faire. Dans une autre vie, cette nuit je foulerai à pieds nus le raisin dans le pressoir puisque c'est la peau l'organe du toucher.
* An nesciebas Lucullum hodie cenaturum esse apud Lucullum? ne sais-tu pas que ce soir Lucullus dîne chez Lucullus?
* si j'avais du talent je dirais comme elle:
"Dans un train authentique seule une veilleuse insomniaque veillait à garder en tête la véracité et l'exactitude."
* je sais : pas français, latin.
*1 cuillère à soupe d'huile d'olive pour la pâte à pizza et t'oublies pas la levure de bière pour le pain, hein!

5 commentaires:

Myel a dit…

Cette putain de machine à pain, qui fait un boucan d'enfer, qu'on ne doit pas toucher et l'obligation suivante de dire que "hum oui, super bon ton pain" ! Alors que mettre la main à la pâte ça c'est jouissif. Mais tu l'as mieux écrit...comme dab !

dusportmaispasque a dit…

Qui a le temps de pétrir son pain et surtout le bon four bien étanche pour le cuire?
Je n'ai pas de machine à pain ni de hug shirt et je ne voudrai pas passer pour un intégriste du retour aux sources, mais on peut trouver le temps prélevé sur le temps gaspillé soi disant consacré à la fausse détente en se faisant vite fait une pâte à pizza, juste pour le bonheur de pétrir, c'est pas long et c'est comme toucher l'argile du sculpteur ou la glèbe du cultivateur, c'est une manière de rendre au sens du toucher ce qu'on lui dérobe par convention sociale.On se touche si peu.

colo a dit…

Oh, ¡cómo me ha gustado tu texto! Toucher me rappelle le film d'Amélie où plusieurs personnages énuméraient ce qu'ils aimaient et détestaient toucher.Quel délice de plonger la main dans un sac de lentilles sèches, non?
On trouve toujours le temps de toucher ce qu'on aime, d'accord avec toi.

dusportmaispasque a dit…

N'était-ce pas le film de Jeunet?
C'est vrai que le toucher passe pour l'essentiel par la main, ce merveilleux outil du travailleur manuel, à mon avis le plus noble qui va du chirurgien à l'artiste en passant par le jardinier, il s'étend à l'ensemble de l'épiderme à la fois capteur et diffuseur de caresses.J'ai foulé une fois le raisin et il m'arrive de nourrir mon parquet "les pieds tout nus" (comme disait mon fils du haut de ses quatre ans) en répandant la cire sur le bois.Une façon d'être sur les planches d'une mise en scène ménagère.

Mrs K a dit…

De toute façon j'ai déjà eu du mal à caser le cro-onde je ne vais pas en plus défigurer ma cuisine avec une machine à pain hein ?
Et puis comme dit Claude Nougaro...

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