vendredi 4 juin 2010

Passage à l'oral d'été.

Canapé la bocca. Dali.(que l'on peut voir au musée éponyme à Montmartre.)
Ana me parle de quotidien, d'enfants à torcher, de courses à faire pour le repas de son mari, ce soir et tandis que je prends la direction de l'autoroute, elle s'interrompt:
"-arrête-toi là, je vais te sucer!"
Moi, tu me connais: la vie privée j'en parle pas. Ou alors avec des phrases à triple niveaux de lecture. Minimum!
Là c'est brutal, je te le concède, mais elle est comme ça Ana: Elle te dit que ses enfants,  son mari, sa maison  sont formidables et la phrase d'après c'est: " si tu t'engages sur l'autoroute, on trouveras pas un chemin pour baiser."Dix ans que je ne l'ai pas vu, Ana. Elle a aussitôt retrouvé ses réflexes.
Oui, elle m'accompagne chez un client en banlieue.
Oui, elle m'attend dans la voiture.
Et sur le chemin du retour, on déjeune dans une petite auberge où elle me pose des questions genre: "Benjamin a commencé la fumette? il redouble?" bref des trucs qui me démontent le moral. Alors je lui parle d'elle pour qu'elle ne parle pas de moi.
Et puis cette idée du "prélèvement"sur le trajet du retour pour être bien sûre de son pouvoir.
J'ai de la répartie habituellement. Du genre suicidaire:"-c'est combien?" ou"- t'avales?" qui appelle la baffe et me permet de sauver les meubles. Là, depuis trois mois néo-célibataire, je dors sur la béquille et malgré la reprise des travaux manuels qui  manquent de chaleur humaine, j'ai du stock!
Après tout, au prix d'un peu de perte de l'estime de soi, il me faut accorder à ma libido le training qu'elle réclame.
Si j'étais une fille je dormirai avec le doigt dedans pour ne pas que "ça" cicatrise, mais je ne suis qu'un homme,
alors un orifice humide même avec des dents à l'embouchure, je prends.
J'ai les jambes qui flageolent à l'entrée du chemin. Je me gare à l'arrache sur une piste réservée à l'accès des pompiers aux prochains feux de forêt de l'été. Le feu est localisé entre mes jambes et le pompier est une pompeuse.
Je recule le siège au maximum et enlève une seule jambe de mon pantalon et de mon slip: on est dans l'urgence. Ana m'embrasse. Elle m'envahit la bouche et je la laisse s'échauffer les labiales tandis que ses mains sont déjà au boulot.Comme la majorité des mecs, je préfère le baiser d'avant que le baiser d'après. La tendresse, l'autre nom de l'amour d'après, du baiser qui suit à un gout bizarre.
Elle alterne l'action mains/ bouche puis les deux coordonnées. Je pense au siège cuir de l'Audi (on a pris sa bagnole). Bêtement, car non seulement elle avale mais elle me garde en bouche comme un taste-vin savoure en comptant les caudalies* tandis que j'appelle ma mère. Contrairement au gouteur de pinard, qui recrache pour ne pas s'enivrer, elle m'absorbe après m'avoir gardé le temps qu'il faut sur sa langue et là, c'est le deuxième effet Kiss Cool. Je gémis doucement pendant son travail de succion et l'entend déglutir comme un nageur boit la tasse. J'ai peur de la noyer: c'est vrai qu'il y avait du stock! Trois spasmes violents et je coule encore.Toute résistance est inutile et je sombre. Minute essentielle où il faut accepter de perdre le contrôle. Je me sens une petite chose face à cette femme généreuse et déterminée. Elle a un troublant sourire coquin presque infantile quand je me glisse entre ses cuisses pour lui payer la dette de mon plaisir.
* caudalies: durée, en secondes, de persistance d'un vin en bouche.

13 commentaires:

sable du temps a dit…

ma question n'a rien à voir avec votre post. pourquoi dîtes-vous que Aranjuez est ...andalouse?

dusportmaispasque a dit…

La réponse est dans le texte Aranjuez: est une ville et non pas un musicien.
Le concerto d'Aranjuez de Joaquin Rodrigo.
La confusion vient du fait que l'on pense au compositeur et non pas à La ville Andalouse au sud de Madrid.
Enfin de mémoire: il y a longtemps que je n'y suis passé, alors où finit la Castille et où commence l'Andalousie? Je ne suis plus très sûr finalement.Tu as semé le doute, rassure-moi!

colo a dit…

Comme j'arrive à l'instant, je te rassure donc...c'est bien au sud de Madrid.
Je te laisse ma nouvelle adresse...

sable du temps a dit…

je connais très bien le concerto de Rodrigo et j'ai visité le ville de Aranjuez... et elle fait partie de la province de Madrid... donc...!

dusportmaispasque a dit…

bon d'accord: j'aurai du vérifier.Merci à "Sable du..." car le profil a été vu 1276 fois sans susciter de correction. C'est chose faite désormais et bravo aux filles qui ont commenté "à coté" ce sujet délicat, parce que parler du concerto pour guitare quand le sujet est la flute à bec......
Mais ne dit-on pas: " sucer n'est pas tromper"?

sable du temps a dit…

ah... adage intéressant!!!
allez, sans rancune?...bonne soirée...

Myel a dit…

Malgré la pseudo bestialité de l'instant, l'expression "prélèvement" quasi chirurgicale, qui assure le pouvoir de la dame par son côté hygiéniste confirmerait presque ce que tu veux : parler d'elle et pas de toi...presque !

dusportmaispasque a dit…

@ Sable du....: Pas de rancune: un grand merci pour cette correction.
J'ai retrouvé la source de mon erreur (nous parlons d'Aranjuez et d' Andalousie)il s'agit d'une "précision" trouvée dans " chronique de la haine ordinaire" de Desproges (Pierre) qui situe cette ville en Andalousie. Erreur que j'ai reprise en confiance avec cet auteur.
Quand à l'adage....
@ Myel: "Chirurgical", "hygiéniste" toi tu bosses dans le "médical".
J'aime l'interactivité qui fait évoluer un texte, cependant là, je n'y touche pas.
Parce qu'il y a chez Ana une forme d'amour dans son interprétation personnelle, féminine (donc libre) de la notion de plaisir à vouloir "prélever"l'énergie obéissant ainsi à un lointain atavisme du cerveau reptilien.Comme l'expression d'une coutume tribale qui dévore le coeur de son ennemi pour s'en approprier le courage.Vestige daté de dix ans antérieur, l'amour serait ici un combat intime avec le pouvoir comme enjeu ou une manière de se ré-approprier sa liberté un peu aliénée par le quotidien. Un retour basique ou primaire à l'essentiel de l'humain hors la gangue sociale et obligée.On garde "prélèvement" donc!
échange gagnant/gagnant: à l'une les vestiges de l'amour, à l'un le vertige du plaisir.

Chonchon a dit…

Un texte étonnant, un peu hard pour mon goût pudibond... mais néanmoins fort bien évoqué, et avec malice !

k.role a dit…

ça ne manque pas de piquant ! drôlement généreuse la fille :-)
http://www.youtube.com/watch?v=vbWYAqEDDZ8

dusportmaispasque a dit…

@:Chonchon: tu remarqueras
qu'il n'y a pas un gros mot. Parfois le contraste entre une conversation anodine et la verdeur qui l'interrompt brutalement est d'un érotisme saisissant. Comme de prendre une décharge électrique.
@ K'role: toujours un plaisir de te lire. Souvent,le sentiment amoureux sert de caution à quelques...débordements. Chez les femmes car les mecs n'ont besoin d'alibi sentimental. Merci pour le lien, j'adore Brassens..... et la générosité de son "Don Juan".

Myel a dit…

Je ne bosse pas dans le médical. Mais j'ai un corps dissocié, saucissonné par le corps médical ! Je bosse plus près des âmes et des ressentis...et je tente pour et avec les autres de composer à notre avantage hors du quotidien. Je suis en plein apprentissage, le basique de l'humain me fait actuellement défaut mais je n'ai nulle part où poser ce désarroi.

dusportmaispasque a dit…

Belles phrases, merci Myel!

Messages les plus consultés

Archives de blog