mardi 3 août 2010

Aux sources vénimeuses de la mémoire.



Mémoire d'un fuyard, schizophrène et plus si affinités.


Aux sources venimeuses de la mémoire.


"Émile Honoré Laforêt. Promoteur immobilier."annonce la devanture.
La plaque professionnelle est bien connue sur la place de Bordeaux et d'ailleurs.
Son père, Germain longtemps en friche et cultivé sur le tard par Zola et Balzac, l'avait affublé des prénoms de l'auteur de "La fortune des Rougon-Macquart" et de celui de "la Comédie humaine" comme si, les lisant, il s'était obéré auprès des deux auteurs.

Il a bien pris sa revanche l'Emile!
Sur la cruauté de ses lointains camarades de primaire moquant son prénom suranné et sur son hérédité paysanne avec l'ambition gardée de posséder la terre, de déboiser la forêt et de lotir.
Ce matin, pour empêcher sa tête d'enfler, il revient à l'origine de son métier: un modeste état des lieux avant la visite des candidats à l'arnaque.
La maison,petite, mal foutue, invendable, lui, la vendra.
"Facile" se dit Émile sans se douter de ce qui l'attend.
Dés l'entrée les murs lui comprime la poitrine. Décidément cette bicoque sent la  défaite et ravive des douleurs fantômes comme autant de pièces à conviction.
Absentes de la scène de crime, les photos d'un bonheur assassiné dessinent des abimes blancs sur les murs et des précipices du coté du poumon. Les sons ne se cognent plus contre les meubles comme des bruits aveugles et rebondissent sur les cloisons. La toise du petit dernier, qui grandira ailleurs avec un autre père, réveille en lui l'ancienne peine enfouie des enfants coupés en deux par des jugements de Salomon .
Les murs se rapprochent et le plafond descend. Titubant d'ivresse sous la douleur qui l'assaille, il se précipite vers les volets en apnée pompant de l'air pour vaincre sa panique et sa claustrophobie.
Rien à faire:les cadavres sortent des placards et, lui, refoule l'inondation un peu trop souvent.
Un barrage fissuré, est en train de lâcher prise sous les coups des trop nombreuses nuits peuplées de spectres:

Entre deux longs temps dans l'avant et l'à peu prés.
Sur le ruban de l'autoroute Juillet croise Aout et sur le pays d'entre deux mers dîne un groupe d'amis d'un jour et de fin du Moi dans la tête d'Émile.
Le vent d'Autan emporte la voix d'Émile réclamant la matière première et collabore à l'excitation des braises avant leur rendez-vous avec les darnes du poisson.
"- Le maquillage euh, la marinade du thon de haute mer, c'est bon! J'ai du tison amoureux qui s'impatiente!"
La Garonne monte encore derrière le chemin en contrebas du talus. Bambous saules et plumets dissimulent le flot et les verres inutiles de l'apéro vidés de leurs attraits capturent les lueurs des derniers brandons du brasero comme un supplément de soleil couchant.
Le ponton ne sera jamais terminé, trop couteux et il faudra mettre à l'eau à l'étale pour ne pas s'envaser.
L'énorme thon rouge, plus que jamais en voie de disparition, achevé, quelques uns s'attardent sur le "maigre" du mulet en charpie péché par Fred sans renverser son verre de Bourbon:
"-il en reste sous la joue bâbord" annonce-t-il. Prévu pour être servi à la française, les filets "levés" au couteau, il semble plutôt avoir été dépiauter à la grenade.
A quatre heures du matin, Mick et Mike sont partis chez Miranda. Ils reviendront avec quelques feuilles qu'ils découperont et sécheront à la poêle.
May négocie un dix grammes et Naomi crée du lien à l'écart dans le salon avec  Chris, Chef de prod pour se sortir de la mouise qui l'attend à la fin du tournage. Nat, l'assistante ronfle sur le sofa comme le Concorde des infos de tout à l'heure annonçant son premier décollage sans se douter des complots qui s'ourdissent au pied du canapé.
Priot tend son verre exsangue de rouge vers la bouteille de Gaillac qui lui cède quelques larmes en s'inclinant.
Il se saisit d'une bouteille indemne:
"-balles neuves"
Les filles gloussent.
Avec un temps de retard, Christophe le petit nouveau en voie d'intégration, libère un rire instinctif et grégaire pour satisfaire son besoin de chaleur humaine.

Cherchant la relation utile Mathilde, en quête de murs où accrocher ses merdes d'art contemporain pire que les "Gluts" de Rauschenberg, s'est désintéressée assez vite d'Émile, inutile puisqu'elle à un toit sur la tête jusqu'à la fin de l'été, pour les promesses de Stan, le régisseur qui connait un voisin, qui connait un épicier, qui connait un gars qui possède une galerie.
Les joints tournent et les rires inégaux ou utiles fusent sur la coordination pas évidente main gauche/rhum arrangé et main droite/ganja. La moindre mimique a des vertus comiques sur les esprits qui veulent se plaire et vaincre l'ennui. C'est Priot le mieux entrainé à se mettre la tête à l'envers qui joue au mâle dominant.
Les deux Mike rapportent les feuilles séchées à la poêle, bien allumés.
"-elle fait de l'huile" glisse Mick trivial, à l'oreille de son complice en apercevant Mathilde en surchauffe, sur le point de conclure tandis que Priot, dépose le petit David sur le toit d'une bagnole.
Le môme aux yeux cernés échange sa solitude, ses quatre ans et son sommeil contre la compagnie amusée des adultes et l'indifférence de ses parents.
Trente deux dents et un mètre soixante seize plus tard, David comprendra la blessure sonore de la risée suivant la dernière phrase de l' ami Priot à la cantonade:
"-Quand t'es défoncé, c'est marrant un nain!"

Aiguisés de séquelles, les rires taillent le silence dans ce salon hostile coupant dans son âme où se réfugie la mémoire bannie. Passif et écartelé entre leur vie qui prend l'eau et elle qui se noie, cette nuit ou celle d'après, Émile a quitté May lassé de voir leur môme servir de singe savant lors de ces soirées qui dévoraient les journées.
Émile s'est laissé cueillir par la mystérieuse chimie de l'air emplissant la maison ou une image censurée dans le carré blanc d'un portrait décroché victime de ses micro sommeils où l'esprit assoiffé de souvenirs s'abreuve une dernière fois aux sources venimeuses de la mémoire.

Un objet tombe et résonne sur le plafond.
"-Un grenier" se dit Émile,"il y a un grenier!"
L'ultime épreuve du fourre-tout déchirants remplis des bibelots de l'enfance.
"Des souvenirs, tu parles"se dit Émile dégrisé, en poussant la trappe en haut de l'échelle de meunier.

Oublié dans la pénombre sous une poutre, un jambon sèche, pendu.

L'imitant, le corps de Thomas Benjamin Dunid en suspension sous une corde, tournoie lentement autour d'un tabouret renversé.

Et si je vous disait comment on en arrive là?
En passant par là:

Mamayou.

Qu'est-ce que je fous dans cette aquarelle?

Le fond est honnêtement bleu ciel pour un après midi de Juillet et moi je révise les noms des nuages.
Pas un souffle de vent. Des cumulo-nimbus suspendus, espacés, répartis dans le cadre formé entre le cèdre et le magnolias d'un tableau qui ne doit rien à la main d'un artiste s'il n'était "Céleste Divin-Aquarelliste". Plus haut, les cirrus s'effilochent sur les bleus qui rivalisent comme les souvenirs de Mamayou.

Hier soir, elle me serrait la main pour la première fois saisissant la poignée de ma fatigue pour ouvrir la porte de mon alibi:Je ramène la première et dernière femme de ma vie presque intacte à sa maman. Je dois laisser ici Maybe et repartir en solo accompagné d'une légère tristesse. 
"-restez pour la nuit!"propose-t-elle.
Il me reste une grosse heure de route et le cocon de la "safety car" risque de n'être pas très sûr. Nous interceptons des regards qui se disent OUI.
Encore plus belle et amoureuse que le premier jour de nos premières vacances May vient renouer avec Elliot, le chien et Clio, la voiture pour rentrer en ville plus tard.

Au matin, Mamayou m'embrasse et (m')enchaîne:
"Restez à déjeuner vous repartirez ensembles à Bordeaux.
Pendant le repas et bien au-delà, la chaude mémoire de Mamayou est comme une scintillante nova lointaine et éteinte. Pourtant brulante encore. Sa lueur illumine la compréhension désormais et elle adoucie quelques souvenirs blafards avec les couleurs pastels d'aujourd'hui.
May apporte suave et subtile, les retouches personnelles et les nuances à la  gouache de son ressenti de ces petits arrangements avec le passé.

Auditeur impartial, passif mais pas sans passion me voilà intégré puisque simultanément la bidoche du barbecue gémissant ses dernières braises contre la haie vient d'offrir sans résistance à la lame du Laguiole, son ultime bouchée, l'âme de ma récente belle-mère, son hospitalité et la vie, sa suprême offrande.
Intégré je suis. Intègre, c'est une autre histoire.
Aimer désormais comme "Boudu sauvé des eaux" aime la bouée qu'on lui jette.
La reconnaissance du verbe aimer conjugué dans la panique.
Le besoin de résilience n'a pas la patience d'attendre le désir, avec la complicité des mots tactiques esclaves soumis à la stratégie de ce sentiment opportuniste et sans sexe parfois.
Le besoin d'amour désespéré, forcené et vital ferait aimer le vivant. Juste le vivant et sa chaleur.
Chance, hasard, aléas, compassion du destin: La faveur du présent est du genre humain et de sexe féminin. Ouf!
Deux mois passés dans l'intimité croissante et constante de Maybe et rien n'indique une quelconque lassitude depuis "l'arrangement" mais la crainte des sentiments factices m'envahit moi,la contrefaçon,l'illusionniste, l'usurpateur. Simple passeur et fragment du temps! 
A moins que...
Quand le maïs sera récolté, il faudra tailler la haie.
Ambitieux, le dandy bichon provoque Elliot dix fois plus grand et le vent se lève entrainant quelques fibres de sa carpette d'aiguille de pin dans nos assiettes.
L'aquarelle, déjà change de tons et les camaïeux de bleu rosissent.
Déjà, "fuir ce bonheur de peur qu'il ne se sauve"
Je me détache d'ElleS et prends la route du retour.
Le rond point, l'autoroute et déjà l'envie de lui parler pour ne rien lui dire, juste entendre sa voix.
Je revoie tout mes départs, mes dérobades, mes régressions et mes fuites en avant.
Et surtout mon inaptitude a téléporter le bonheur.
Celui d'avant, si proche et déjà trahit. Trop de rose et pas assez de bleu, il était nécessaire d'abandonner sept ans et sept vies trop étroites et pourtant sans nuages.

Repenti, j'ignore quel jour nous sommes, quel tableau je suis en train de repeindre et vers quelle nuit je me dirige.
On doit être en été! Achevées toutes les autres vies. Luxure, gourmandise, orgueil et paresse, envie et colère. La nuit et l'hiver bientôt seront de retour pour une nouvelle alliance de froidure.
Il me faut devenir enfin moi: j'ai retrouvé Maybe Perhaps, la première peut-être.

"-Quand tu aimes, il faut partir!"insiste lourdement Roman Talist, gardien de l'ordre établi ou de la paix, imitant la voix de Blaise Cendrars.
J'ignore encore et toujours si ce second Moi manipulateur ou bien intentionné travaille à ma sauvegarde ou à ma perte.
Mercenaire de l'ordre, le changement le dérange. Il transmet, dés qu'il le peut à qui l'écoute, sa trouille de la zone inconnue.
C'est la main de Tom B. Dunid et non la mienne qui glisse dans le mange disque moderne le CD de Léotard Philippe.
Tom B. Dunid, l'être qui comprend tout à J+1 est de retour.

Elle,Maybe, peut être celle "qui j'ose aimer...."*
".....qui m'a pris pour un dieu tombé
au moment qu'on n'est plus fidèle
qu'à la dernière rencontrée
une femme! n'importe laquelle
qui tienne encore la nuit couchée
et pour qui on sera sûr et blême
au matin, la pute de soi-même"
Il est grand temps de changer de peau, encore,et de rejoindre le monde des certitudes aléatoires. Délocaliser cette réalité onirique et cette encombrante schizophrénie!
Pourquoi pas une peau de promoteur immobilier?
Squatter l’intérieur d’un spécialiste de la spoliation, c’est fun, non ?
Un lapin blanc passe au loin. Il a en bandoulière,l'outil, le moyen, la méthode, la corde qui me pendra au cou de la dernière femme ou à la poutre dans le grenier.
Je m'acquitte du péage et quitte (maispasque)l'autoroute.
J'ai dit: "au revoir" à Mamayou.
J'ai menti: c'était "Adieu!"
Ce n'est pas moi!
C'est Tom B. Dunid, Alex Cessif, G. Laloose et le lapin blanc!

Damazan le 30 Juillet. "Les Passantes"
*Hervé Bazin, plus connu pour " Vipère au poing".

13 commentaires:

sable du temps a dit…

itinéraire d'un enfant...cassé.
il aurait suffi de presque rien...

dusportmaispasque a dit…

"peut-être dix années de moins pour que je dise "je t'aime"
May be Perhaps, j'aime les gens qui suivent.
Merci "Sable du...."
A propos:Tire-lire ou robinet?
Basta!Qu'importe l'entrejambe.....

sable du temps a dit…

gente féminine!!!

dusportmaispasque a dit…

Je me doutais voyant la couleur de ton blog que cette délicate sensibilité ne pouvait être que fendue.
Une femme c'est comme un homme en bien mieux.
Dans ce cas désolé pour la narration en italique un peu cru.
Il faut lire:" Cherchant la relation utile, Mathilde, en quête de murs ...."
plutôt que la déplorable V.O: "Cherchant les bonnes bites à sucer Mathilde, en quête...."
Je ferai gaffe la proxima vez

colo a dit…

Routes étroites sans nuages ou le contraire? Manichéisme obligatoire...?

sable du temps a dit…

ne change rien pour moi!!!

dusportmaispasque a dit…

@ Colo: pas obligatoire mais un esprit binaire évite la confusion. C'est la raison de la fuite du personnage de l'autre vie partagée sept ans avec celle qui avait des projets quand moi, euh... lui n'a que des rêves. (cf"l'arrangement")en détruisant le duo Yin/Yang Alex provoque un déséquilibre une mise en danger ou plutôt une mise en abime de réincarnation en résilience sans fin.
Tout cela est une fiction. Un yaourt avec 99% de morceaux de vérité.
@Sable du temps: Il y a beaucoup de provocation dans ces écarts de langage. Des tropismes sélectifs pour éloigner les imbéciles et non pas un racolage.
Pourtant j'ai,la faiblesse de penser que cela donne du caractère au texte.Souvent le caractère comme son autre sens en typographie peut être perçu comme une tache d'encre au milieu d'une calligraphie ou une signature témoin de la personnalité en quête d'identitéS.
En tout cas je tiens compte de l' avis que tu n'as pas donné.Quoique....
J'espère te revoir par ici.

Mrs K a dit…

Si je te dis que j'ai un faible pour le lapin blanc ça t'étonne ?
Au fait... tu devais pas m'envoyer quelque chose ?
Bon, enfin plus c'est long plus c'est bon mais quand même ....
Difficile à vendre les souvenirs hein ?

stéphanie a dit…

Si je peux contribuer à donner un sentiment de puissance...ou tout autre voeu. Mon esprit sacrificiel et artificiel ne s'en portera que moins bien.

dusportmaispasque a dit…

@Mz K:
"Plus c'est long plus c'est bon!" chuis pas sûr.Faudrait pas s'endormir pendant l'action.Quand au souvenirs j'ai trouvé une acheteuse qui me prend le lot complet, mais je ne sais pas vendre: je donne, par à-coup, mais je donne.
Steph'un peu antinomique "Sacrificiel et artificiel" non?
Le sacrifice qui semble ici consentit par l'esprit est forcément authentique.

stéphanie a dit…

wo..je disais ça comme ça.La vérité se trouve sans doute , com d'hab, dans ce parad' Ox. enfin pour moi.
Ou alors, le sentiment de me dévouer pour une cause factice, de ne pas voir le sens de cet abandon.
Et puis, surtout, ça rimait...

dusportmaispasque a dit…

@Steph': paradoxymore.
Pour un mauvais jeu de mot "je ferai n'importe quoi"
Alors,ta rime riche entre les deux ciel de sacrifice et d'artifice je dis: total respect, Steph'....et si tu veux te prendre le choux c'est là:
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre28132.html

ou là, avec les images:
http://dusportmaispasque.blogspot.com/2009/09/ambivalence-oximore-et-un-peu.html

mais par là tu es déjà passé sous le pseudo de"Mabel" non?

stéphanie a dit…

non. Mabel, c'était point moua. Je suis nouvelle, ici. Promis, croix de bois croix d'or si je mens , "hope", je m'endors.
Et puis, Je me suis baladée, j'ai pris mon chou, je me suis offert quelques petits plaisirs. Ah, le dahu... ça, j'ai aimé.

Mais dis moi, qu'est ce que c'est cette manie des internautes doués et créatifs de voir des jf en fleur partout? que de con descendance!
Je suis Steph ici Et je n'ai jamais rêvé d'être globe trotteuse.
Moi, mon truc, ce serait plutôt la chasse au dahu, vois tu.
Et,bon là, paraitrait que blanche neige a pris de l'avance.

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