mardi 21 septembre 2010

Submarino.

Submarino.
Thomas Vinterberg.
Nick allume une cigarette. Il a ...quoi? 10,12 ans? Il a aussi et surtout un bébé dans les bras. Un nourrisson, deux garçons, une mère qui rentre pour distribuer des tornioles et s'endormir dans sa pisse et son vomi. Nick détenteur de l'autorité est à peine plus âgé que son cadet. Souvent, les deux frangins volent la nourriture, fument les clopes et boivent le Vermouth de la"maman" Pas grave: ça permet de déconsigner les bouteilles vides pour acheter du lait en poudre. Nick et son frère cherche un prénom dans l'annuaire et baptisent le bébé.
La nuit de trop. Alcool, cigarettes et sono à fond. Ne pas entendre les pleurs. Seuls, fêter l'évènement. Au matin, Martin, le petit frère fraîchement baptisé à l'arrache, est mort.
La mort subite du nourrisson, ça s'appelle. Moi, j'opte plutôt pour la mort subtile du bébé qui reprend ses billes, pas client de cette vie qui démarre mal.
Bienvenu dans "Submarino" de Thomas Vinterberg déjà remarqué pour "Festen", un règlement de compte familial.
"Submarino"n'est pas un documentaire sur la vie des sous mariniers, c'est la vie qui touche le fond. Celle des enfants qui grandissent sans s'élever. Les mals embarqués qui ne feront jamais surface. Une enfance en apnée pour des vies qui s'essouffleront.
Poils au menton et vingt ans plus tard, Nick pousse de la fonte et descend des bières. Il sort de sa piaule à la demande de Sofie pour un petit câlin. Sofie est mère sans enfant. Les services sociaux lui transmettent les dessins et les lettres gribouillées mais pas l'enfant qu'ils lui ont retiré. Nick sort de son foyer pour stationner devant une cabine téléphonique. Il tape sur le clavier un numéro tiré d'un bout de papier froissé. Il tire rarement le bon numéro! Il tape aussi sur la machine sourde à ses appels au secours.
Quand tu as passé ton enfance de foyer en famille d'accueil, abandonné par une "mère" alcoolique avec un frère dans la nature et l'autre dans un petit cercueil blanc, t'as le droit d'en vouloir un peu à la vie et aux cabines téléphoniques. Nick se brise la main qu'il faudra amputer, mais pas de suite. Plus tard, quand il sera en prison. Pour le moment, il va souffrir un peu et se soigner à la gnôle. Pas grave: cette main l'innocentera d'un crime qu'il s'est attribué pour sauver la mise à Yvan. Yvan, c'est le frère d'Ana. Ana, c'est la femme de sa vie qui aurait pu être "normale". C'est aussi le nom tatoué sur cette  main meurtrie et marquée, bientôt coupable. Ana s'est coupée assez vite de la vie et de la compagnie de cet enfant cassé casé dans un corps d'athlète qui s'éveille en sueur les nuits de fièvre, de cris et de larmes. Elle avorte de Nick, de son mal-être et de l'embryon qu'elle porte. Nick ramasse Yvan sur le trottoir.Sans doute parceque quand il est avec lui, il est avec elle.
Yvan est obèse et légèrement neu-neu.
Difficile à caser. Pourtant plein d'affection, il a un soucis avec les filles: il les étrangle quand elles crient.
Sofie ne crie pas quand Yvan la touche. L'ami de son amant est son amant. Nick se retire quand l'Obaise retire le O avec Sofie.
Sofie a dû crier puisque Yvan l'a étranglée.
Nick n'a d'autres cadeaux que sa liberté à offrir à Ana. Il endosse le crime d' Yvan et se retrouve dans une cage encore plus petite que sa vie. Pas grave: il retrouve son frère cadet. Père, célibataire, toxico, dealer maladroit. Au placard pour toute l'enfance de Martin. Martin! Comme le petit frère mort le jour de son baptême. Le père et le fils ont chacun le Z de Zorro dans la poche. Le justicier just'àtemps les réunira. Promesse d' un soir d'optimisme et de frigo plein.
Nick:
"- c'est toi frérot?
Il y a des barreaux de prison bien solides entre les deux frères et de l'amour intact et costaud.
- oui!
- il y a longtemps que tu es là?
- trois semaines.
- maman est morte!
- je m'en fous!
- tu as été un bon grand frère, tu as fait ce que tu as pu.
- qu'est-ce que tu dis?
- j'ai un fils: Martin.
- où est Martin?
- Je ne sais pas, moi aussi j'ai fais ce que j'ai pu.
- qu'est-ce que tu dis?
- je m'arrête là, Nick!"
Les portes claquent. La promenade est terminé. La parenthèse entre les frères aussi.
Les barreaux sont costauds comme la fraternité, mais juste un peu plus: Nick ne pourra empêcher le suicide de son cadet!
Innocenté parce qu' il était impossible d'étrangler Sofie d'une seule main, l'amputé sort de prison.
Martin, néo orphelin à temps plein, a un plan B pour retrouver papa: Martin se souvient.
"- tant que tu porteras cette lettre sur toi, nous serons ensemble!"
La lettre Z comme Zorro qui réunira le père et le fils.

Voilà pourquoi on retrouvera Martin pendu dans l'église au dessus du cercueil blanc de son papa.
Ce Zorro, quand même, c'est vraiment un justicier!

"- Cela ne se fait pas de raconter la fin d'un film!
- ce n'est pas la vrai fin.
- alors?
- alors, c'est la mienne car je ne survivrai pas à un "Submarino II !"

B2-C2.Touché, coulé!
Abscisse et ordonnée, l'image et le son aussi lucides qu'une lame de rasoir viennent de  trancher ton manichéisme en deux. Cherche pas où est le bien, où est  le mal, ce sont juste des vies de merde qui existent quelque part dans le monde d'en bas. Cherche pas l'enfer, cherche pas le paradis, les parallèles jamais ne se rejoignent. Elles se cotoient. Parfois assez proche l'une de l'autre!
Linéaire, sans rupture de rythme, le film démarre haut dans l'abscisse et ne retombe jamais avant le générique de fin et toi tu oublieras de râler parce que tu ne trouves pas de place pour garer ta bagnole, passque là mon gars, ma gamine, y a du malheur!

6 commentaires:

cathiminie a dit…

eh ben celui là de film je n'irai pas le voir parce que des histoires comme celle là jen'ai pas besoin deles voir au cinéma.je les entends quasi au quotidien dansmon job, sauf que ceux dont je m'occupe sont arrivés à être entendu au moins une fois et que l'on tente de leur faire découvrir une vie autre! malheureusement ça ne fonctionne pas toujours...

dusportmaispasque a dit…

Pas possible, la vraie vie pire qu'au cinéma, c'est pas dieu possible!
Salut Cat.

Myel a dit…

Y en a qui naissent et qui qui pataugent jusqu'au bout dans la fange... et puis y a les autres ! Mais nous ? On est où ?

dusportmaispasque a dit…

@Bordeaux; Bacalan; bassin à flot.
toi vers Montpellier je crois qu'"on dirait le sud" on aurait pas tord!
Pour le reste fô se réveiller, voir avec les yeux nos réalités du coup pas si moches et oublier l'autre organe de la vue, le coeur, se faire un exo-squelette à défaut d'armure, se blinder contre le fracas du monde.
Merci Myel!

Mrs K a dit…

Des vies comme ça je sais qu'il y en a et vraiment j'ai pas envie d'aller les voir au cinéma. Trop noir, vraiment trop noir. Ceci dit je lis quand même Indridason avec une jubilation suspecte mais la lecture c'est quand même différent, tu peux arrêter sans déranger les gens comme au cinéma ou tu peux sauter des pages, ou brider ton imagination. Avec les images c'est pas possible. Finalement c'est peut-être pour ça que je ne suis pas très cinéphile.
PS : Au fait tu as gagné au quiz sur mon blog : té tro fort !

dusportmaispasque a dit…

i know, but j'aime l'Utopia et sa programmation alors j'y vais en confiance sans trop regarder les pitch du film dans la gazette, alors le film je l'ai pris non pas comme un documentaire mais comme exercice de style qui n'apprends rien de bien beau sur la vie mais beaucoup sur l'art septième par sa mise en scène rigoureuse et efficace.Photo et son à la hauteur, omniprésents et efficients.
Pour le quizz c'est le lien sur "les ramendeuses" qui m'a aiguillé. Pourtant "Molinao" était un indice suffisant. J'étais à San-Sé cette été pour un festival de jazz sous une pluie battante.
Le front de mer était bien tel que sur ta photo en plus gris encore.

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