mardi 28 décembre 2010

Douglas Kennedy et Comment le père Noël a rougi!

Avant la lucidité, le père noël était un type sympa:
Une activité fébrile précédait son arrivée avec des chuchotis, une ambiance de complot et une attention centrée sur sa Majesté Moi lorsque je découvrais mes cadeaux. 
Puis une chose étrange arriva. Un être bizarrement fendu, sans parole, rampant,  à qui l'on obéissait toutes affaires cessantes au premier cri: Une soeur! 
Ce mercenaire de père noël se mit alors à me demander d'être sage en échange de ses largesses. Il paraissait être au courant de toutes mes fautes en live. Ce rancunier grâce à ses réseaux d'espions me punissait aussi l’année d' après à la moindre déclaration rétroactive de ses sycophantes inconnus et prétendait connaître le bien et le mal mieux que Moi Même. Plus tard, ce fut le temps de la désobéissance, des rébellions inutiles et des révolutions vouées à l'échec devant la supériorité féminine. Dans une confusion de rires et de pleurs il me fallut comprendre la nécessité vitale pour le partage des cadeaux de dissimuler la faute d'un carreau cassé et cesser d'omettre la rareté des bons points dans le confort de mon subconscient. Vint le temps de la découverte, de la conscience, celui de la duplicité, de la négociation métalepse de la diplomatie et des alliances.
J'entends le psy qui sommeille en toi:
"- tu vas voir! Il va nous faire l'amalgame entre l'arrivée de la féminité et la découverte du mal, la responsabilité des filles d’Ève et la culpabilité de Pandore". 
Pas du trou: cette soeur devint trés vite une complice, bien plus avisée que moi*: nous n'étions pas trop de deux pour  faire verdir de rage Santa Claus et rougir de honte le néo papa Coca-Cola ( l'original barbu était vert, c'est pour Coca qu'il a rougi!) porte parole des parents univoques, confondant, parfois, élevage et éducation. 
Ensemble avec la sister, nous découvrîmes le prix du mérite et le coût du bonheur, la valeur d'un rien, le goût du plaisir et sa rareté, une date par année: Aragon le dit si bien:
"- ce qu'il faut de sanglots pour la moindre chanson
  - ce qu'il faut de malheurs pour le moindre frisson
  - ce qu'il faut de remords pour un air de guitare...."
Un monde... juste, un univers simple, une société binaire faite de carottes et de bâtons, un monde.... juste avant celui plein de murs, de codes et de verrous.
L'heure de l'intervention  du hasard sonna à la porte de nos oreilles comme un colporteur diabolique nous livrant à la frangine et moi le pack complet de  l'incompréhension de la justice, le kit prémiun de la complexité de la culpabilité et la variable inconnue prévalente à la disproportion des punitions. 
Dés treize ans tintèrent les matines du big bang, le gros bourdon et  le grand bug: Départ du père, divorce, éclatement familial, la maman en HP et autres dissonances....
.....juste parce que j'avais dit un jour de colère induite par les grossesses multiples dues aux oeuvres du lapin  en chef:
"-Je ne me marierai jamais et je n'aurai jamais d'enfants"* 
Mais je ferai mon Calimero une autre fois.......
Joyeux Noël!
*et pan! un coup sur l'égo.
*(en ce moment je lis:"Quitter le monde" Douglas Kennedy dont cette phrase est l'incipit et provoque le départ du père.)

vendredi 24 décembre 2010

Mes Moires*

extrait de "Raid Aquitaine"


à l'assaut du Pilat.
* implacable destin de sportif et souvenir.

L’ultime étape concluant les 160 km et le second jour de cette première édition du Raid Aquitaine est un Bike and Run (le B&R est une épreuve avec un vélo pour deux: Il s'agit de rattraper en courant et dépasser son coéquipier cycliste et d'opérer la transition : si je t'attrape j't' pique ton vélo).
La Salie – port Maguide : 12km, B&R. 
Démarrage souple en course à pied pour moi et Stéphane dit « Binbin » pour un kilomètre en compagnie de la première syllabe des Mamanaau (Maryclair;Marie-Pierre;Nathalie;Aurélie).
Puis Binbin, en bon chef de meute, donne le tempo allégro. Pour lui éviter de fredonner «Capitaine abandonné»,
 songeant à l’équipe, je lui file le train et quitte Maryclair chagrin entendant son amical au revoir, comme on part en vacances laissant seule celle qui a des devoirs à terminer. Nos  équipiers "bécanisés", Jo et Etienne, sont en épi en bordure de piste attendant pour la première transition. La stratégie convenue est de démarrer dés que nous sommes à vue, lâcher le bike en pleine course à charge pour nous d’empoigner le bon guidon au milieux de 400 et quelques morts de faim, de sauter en marche pour un coïtus continuum et copuler avec l'espace/temps. Encore trois cent mètres et j’ai des désirs de bicyclette mais comme l’art de plaire précède l’art d’aimer, il faut lui courir après avant que de l’enfourcher. Ensuite, puisque rien n’est jamais acquis et surtout pas le cœur (?!) d’une compagne ou l’amitié d’un équipier, il faut concéder, conquérir et posséder à nouveau durant douze kilomètres de sessions courtes et rapides alternant pédalage et "cour-age". Nous bagarrons avec Ellen/Françoise et Philippe M./Philippe N., mon coach/ chaperon rouge de dimanche passé qui a retrouvé ses jambes d’ex-triathlète mais perdu son petit pot de beurre. Heureusement pour mon Q car nous somme encore au contact à l’entame de la forêt, son sable et ses grimpettes. Encore sept kilomètres exclusivement sylvestres qui résonnent comme sept années de vie commune mais pas banale où le désir change de braquet entre deux transitions avec nos partenaires respectifs. Vu l’état de nos coéquipiers nous convenons  de conserver notre choix initial sur l’ultime kilomètre, pentu, sableux, exigeant, énergivore et chronophage. Changer serait se renier. Steph’ et moi restons cyclistes pour conserver notre pécule de secondes, Etienne et Jo assurent à pieds et à bon rythme. Dans cette équipage chacun retrouve dans ses reins un reliquat d’ardeur et, tiens, tiens....... l’équipe « Lyonnaise des Eaux». C’est le signe réjouissant que nous avons repris les 7’17’’ perdu dans l’étape de Cestas. Fin de la mauvaise réputation faite au chiffre sept par la Tora qui écrit en hébreu : « sept ans de vaches grasses, sept ans de vaches maigres ». L’élément féminin de cette équipe mixte a le cuissard bien rempli et je ne suis pas prés de lui lâcher le train.
Avec un supplément d’ambition et assez bien en jambes nous perdons les « Eaux des Lyonnaises» à regret  pour garder le contact avec le quartet de« Prince Noir II». Là, c’est une autre musique et  malgré le souvenir des conseils de Laurent le magnifique, j’ai un peu de mal aux remontées récurrentes sur la selle de cette sculpture à deux roues dont le piédestal se fixe dans le sillon du sable. Comme dit Ellen : « c’est pareil pour tout le monde » et moins alerte que tous ces tendrons pleins de jus, je lâche prise et perds le contact avec son équipe. Sans doute attristé, Mr Ricard a pleuré une larme de pastis dans les gobelets du dernier ravitaillement (c’est la seule fois où je trouverais du "jaune" dans le milieu aqueux des verres des sportifs).

La grimpette finale.
L’arrivée définitive est à portée de mollets et nous finirons quinzième de l’étape et dix neuvième au général, les jambes en feu, des giclées de dopamine dans chaque fibres, de la ferveur plein les veines, une explosion d’adrénaline dans les neurones, la poitrine palpitante de bonheur.

Vivants.

Ma face,Laurent (qui tente sa chance), David, Sophie, Ellen; Bernardo; Pat.
L’Aquitaine, son espace, ses lacs, ses esteys, et ses étangs, son bassin unique et ses plages, ainsi que la plus grande forêt d’Europe n’ont peut-être pas été parcouru par d’aussi rapides touristes. Du bel et du bon dans ce paradis hédoniste et épicurien et nous garderons cette sensation inoubliable d’exister à l’intérieur de la carte postale. 
Ah, j’oubliais, sans doute parce que je n’aime pas ce mot, la moralité du second jour:
Je prête à Simon, organisateur passionné, perfectible mais réactif, les mots de Jean, spécialiste de la fable et du monde animalier, qui pourrait nous dire :
« Et si de vous plaire je n’emporte le prix,
 J’aurai eu l’honneur de l’avoir entrepris » 
C’est pas moi, c’est : Jean de Lafontaine.

vendredi 10 décembre 2010

Anaphore.


Il n'a jamais vu son père.
Il ne lui a jamais parlé non plus, of course.
Il a vu sa maman "longtemps se lever de bonne heure".
Il l'a  souvent vu rentrer tard le soir.
Il a vu passer son enfance prés d'une vieille grand mère "de bric et de broc" .
Il a vu sa maman quand le grand Cric la croque.
Il a vu plein d'aujourd'hui Dimanche et se faner les roses blanches.
Il n'est pas vraiment devenu trader.
Il est en finale à qui veut gagner des millions
Il trouve le numéro de son père.
Il demande l 'appel à un ami.
Il appelle son père.
Il dit:" j'ai la bonne réponse"
Il  ajoute:" je n'ai pas besoin de toi!"
Il conclut: "c'est mon dernier mot!"
Il a gagné en direct one million dollar.

Inspiré d'une vidéo vu sur Dailymotion version rigolote. Deux histoires vraies: Le Père, Le fils et le Million et
Celle du fils sans le père ni le million.

lundi 6 décembre 2010

Mise en abime.

Exercice sympatoche, la mise en abime, venu ......
D’un commentaire inspiré par et de quelques mots déposé sur un blog ami, d’un mail annonçant la maladie d’une amie, virtuelle ce qui n’exclut pas un fort taux de sincérité, d’une nouvelle abonnée amenant du talent dans le sexe de la vie ou du sexe dans la vie du talent ( bienvenue Gicerella) seule la mise en abime peut combler mon envie de dire à toutes à la fois. Avec ses ponts sémantiques reliant les genres, la mise en abime permet les incipits multiples, autant  d’appâts si l’on prend garde à ne pas se précipiter dans les prolégomènes d’une abyssale préface. Chacune, chacun, se fera sa religion et sa philosophie, chaque texte agissant scolastiquement pour compléter la compréhension de son voisin.
Voici ce que sont devenus ces quelques mots :
On y va ? Follow me ! sigame!(on peut passer par dessus l’arc en ciel de « je reste assis […] goujat ».Pas indispensable).

"Du temps j’ai fait le tour. 
J’ai goutté des citrons acides et des oranges amères, pourtant je n’ai que des saveurs de miel, des odeurs de jasmins et des notes bleues dans la mémoire. 
 "- Enzo, ne touche pas au chien tu ne le connais pas!"
Elle est gaulée  la daronne du nain !
Je devrais me tenir à carreau. C’est pas cool pour celle qui m’attend à l’hôtel : j’étais un  Ramadés  emmuré de solitude, quand Aïda m’a  rejoint au tombeau sur l’aria des trompettes (Aïda ; Trompettes ; Verdi, ça va tout le monde est là ?).
" - Enzo, Elliot. Elliot, Enzo. Voilà,  les présentations  sont faites! "
Le poker menteur de la séduction peut  démarrer entre celle qui se fait remarquer et celui qu’un peu de training de la libido ne dérange pas.
 Deux cartes :
"- C'est quoi ce numéro ? dit-elle avisant le carré de papier numéroté sur la table.
-          Mon dossard pour demain."
Je reste assis. Elle a bien le temps de voir que je suis un leurre aux yeux plus grands que les cannes. Il fait chaud, la petite mousse de chez Heineken est fraiche et Novembre ressemble à Mai: tee-shirt pour moi, jupe courte pour elle qui justifie les joies de l’épilation. Elle s’assoit en vis à vis, croisant haut les jambes. Je regarde ailleurs ignorant le code vêtement : « cherche papa pas trop moche pour Enzo et traverser le reste de ma nuit ». Le regard dilaté comme celui d'une féline cherche la lumière, dans ses yeux plus impudiques que  sa jupe j’entrevois du suave, du joyeux et du disponible. 
L'autre Lui prenait par surprise le pouvoir dans ses pensées et il perdait parfois la clé de son champs clos de désir et de besoin. Par la servitude de l'un et l’assuétude de l'autre, ou de toutes ces peurs, il réduisait souvent ses relations avec les femmes à une affaire de tenon et de mortaise. Il connaissait pourtant l'impasse du temps et de son arithmétique impitoyable faite de centimètre et d'annèes. 

C’est elle qui  relance de dix :
-         "- C’est quoi un dossard ?    
-          Une formalité. Ça permet de participer à la course entre Lourdes et Tarbes.
-          21 kilomètres ? A pieds ?
-          Non à roller.
-          Pourquoi ?
-          Parce que je peux encore un peu.
-          Putain, mais t’as quel âge?
-          56 et le souvenir des amis d’ailleurs qui n’en peuvent plus.
-          Alors vous n’êtes pas d’ici ? (retour au vouvoiement. C’est mort !)
-          Non, juste de passage et je me fais vieux.
Je vois : Brelan de dames*! L’iris dans ses yeux se rétracte comme une chatte qui en a assez vu.
Me voilà recalé au casting : A elle il faut de l’indigène et pour moi elle a 10 ans de moins et vingt centimètres de mieux. Je me couche, chuis monté trop  fin avec ma paire de valets*.
-  De toute façon, demain il pleut !"conclut-elle en se levant soudain indifférente, saisissant le bras d’Enzo comme une laisse.
Dommage!  se dit le vieux renard, elle était assez verte et bonne pour le goujat. 
* trois reines: mère;femme; femelle.*la valetaille: désir; besoin.
Du temps j’ai fait le tour.
Contraint et pressé d’échéances, voilé d’obscurité dans ses impasses, j’aimerais cependant revivre les bonheurs d'abondantes lumières ou de pâles veilleuses, rendre grâce encore et mieux à celles qui ont calmé mes colères et m’ont donné des enfants, moi qui ne savait qu'échanger d’un troc dérisoire seulement le plaisir de l’effet mère dans ma vie de marteau-piqueur, solder mes comptes avec le temps qui se charge de choisir à ma place quand je décide de pas grandir et de garder à l'écoinçon* d'un rêve l'illusion de tous les possibles en m’excluant de tous les probables, régler son ardoise à celui qui déforme les corps, dérobe les phanères* et distribue des maladies au petit bonheur la malchance.
Mais je ne suis pas de la race des sabliers et de la matière des femmes de verre. Je ne sais garder au chaud dans mes flancs les grains qui glissent entre mes doigts quand je referme mes petites mains. Des mains inaptes à défaire les noeuds gordiens.
* le coin * les dents, les cheveux, les ongles.


Elle lisait*.
La tête calée dans son aisselle il profitait de ses seins lourds et de la pesanteur qui lui faisait l'offrande d'une aréole à ses lèvres. Parfois le bouton rose roulait et s’affirmait entre ses dents.Une envie subite de parfum le captura. Des fleurs de cette senteur attireraient plus d’hommes chez les fleuristes et en direction de « l’origine du monde » il s’inclinât docile et se lova comme un fœtus entre ses jambes. L’une était droite, l’autre, repliée à 90°faisait un triangle charmeur dont le genou formait le sommet. Dans la tiédeur d’un petit 37.2 le matin, à l’écoinçon de l’hypoténuse se nichait un triangle de soie poivre et sel plus subtil, énoué de la pilosité drue dépeinte par l’ami Gustave, qui masquait le sommet galbé d’une fissure. Le pistil dissimulé dans la pulpe de l’alchémille fendue  était inaccessible. A joue contre cuisse et bouche contre lèvres, il respirait fredonnant « ovaire the rainbow » paisible et heureux, repentit et admiratif devant le camaïeu allant du rose vif au rouge sombre. Le pistil fit son boulot de pistil et devint  fruit*. La chair devint juteuse quand il insérât ses lèvres dans le pli charnu puis les dents élargirent le sillon, mordirent son ourlet, la pointe de la langue rendit son verdict acide et les papilles à contribution  se régalèrent à pleine bouche comme un chaton à sa toilette.
Elle reposa doucement son livre.
* « Calle réal » de M.J.B Wood qui ne la laissa pas de bois.
*chuis pas sûr que l’alchemilla Fissa, rosacée des Pyrénées ne donnât jamais des fruits, mais bon !

Détrempé et sans soleil, pas d’arc-en-ciel sur le quai de la gare. Les potes déguisés en sportif sont déjà prêts pour la confrontation. Le transfert des participants se fait par train entre Tarbes et Lourdes. M’arrachant douloureusement  aux douceurs de la couette pour une partie de frime aux frimas humides de Novembre, je suis en civil, mon barda sur l’épaule au milieu des hommes sandwich porteurs bénévoles de pub. Nous aurons une heure arrivés à Lourdes et deux kilomètres à pieds pour rallier la gare arrivée et le départ de l'épreuve au funiculaire du pic du Jer. Il sera bien temps de se changer et de profiter de la pluie.
Dans le sas coureurs, quelques visages connus  attendent le départ: J.J de Roll’landes et son équipe de Labenne (40) nous avions fait ensemble un podium au record de l’heure sur le circuit de Mérignac, Les mecs d’Irùn rencontrés aux Vingt quatre heures du mans, Françoise du SAM qui m’invita aux quatre heures de Conforexpo. Des souvenirs qui remontent à trois ans. Les handis partiront à 9.50, les rollers à 55 et les runner à 10h. Les pédestres sont déjà partis depuis une demi-heure et à 10 kilomètres en amont.
Pour faire une bonne montre c’est comme dans la vie faut des alliances. Pas de la joncaille, la montre c’est le chrono et l’alliance c’est pas la corde au cou. Comme à vélo, il faut trouver le bon groupe avec un ouvreur qui coupe le vent  et des relayeurs qui se remplacent. Contrairement à cette discipline où l’ouvreur se crame, saute et prend son tour de repos à l’arrière, le roller permet le contact : Le coupeur de vent donne le rythme et la trajectoire, les suiveurs poussent avec la main sur le Q de celui qui le précède. Une chaîne de maillons homogène peut tenir une vitesse de 40km/h de moyenne ou plus suivant le terrain et la puissance du meneur. Il faut rester bien à l’abri dans l’alignement du cul de devant avec une grande confiance en ses réflexes pour les écarts dus aux surprises de la route. Si l’on fait abstraction de la vue, qui n’est pas celle d’un chalet à la montagne et si l’on ne craint pas de finir en suppositoire, c’est la façon efficiente de transformer son énergie en camaraderie et la connivence en efficacité. La pluie change la donne et mes trois mois sans roulage aussi. Je me la sens pas du tout au milieu de tous ces morts de faim chasseurs de temps dans la descente après la mairie en piqué affolant les badins comme des Stukas sur Guernica. Alors je cède l’idée d’un chrono honorable à mon instinct de conservation puisque que, sans son complément kairos, le temps est bancal et je me tape en solo les montées dés la sortie de la ville, la grande ligne droite en faux plat montant et vent contraire vers Adé, longue, éprouvante, comme la fidélité. L’ennemi est identifié, ici la vie est plus lisible. Des difficultés, de la pluie, des nids de poule, du goudron qui gratte. Quel ennemi? la nature qui fait son boulot./ Elle n’aime pas les immobiles. Le principe d’entropie est la règle universelle, il pleut pour tout le monde. Des cuissards  bleu loin devant, ça vaut le coup de me déchirer : Je rattrape le groupe de filles des « Zénith » de Bilbao, prend un peu de repos puis relance la cadence. Elles s’accrochent derrière et se crament en deux bornes. Je me relève pour les attendre et finir ensemble. Trop lentes, épuisées je me retrouve de nouveau en solo, les cuisses en feu, le palpitant en folie, je me relève à l’entrée de Louey. Reste dix bornes.
Plus rapide, plus fraiche, plus unie, une famille me dépasse …
La mémoire bannie comme tous les exilés rentre au bercail et c'est maintenant. Pourtant il y a longtemps que j’avais tourné la page.
….Le père costaud, entraine la maman à l’aspi mais le lapinou est en train de lâcher l’affaire. Trouvant de l’aide et de l’utilité, je m’insère dans la cadène  pour raccrocher le maillon faible. Nous faisons un bout de chemin ensemble. Treize, puis quatorze bornes mais dans cette configuration c’est le chef de meute qui choisit la trajectoire et le mâle dominant n’évite pas les flaques d’eau….
 Il me souvint que je partais parfois à l'école accompagné d'un amour de parent dans chaque main. Nous jouions à saute flaques les jours de pluie, tandis que je riais, ils m'enlevaient en tirant sur mes bras. J'ai trois ans. Je vole au dessus des lacs, elle et lui sont mes ailes. Un jour d’impasse et d’échéance, il fallut choisir :
-Tu préfères ton papa ou ta maman ? Ben, ça m’arrange pas, il me fallait un père et un re-père. J’peux pas arrêter le mouvement des planètes avec mes petits bras, mais arrêter de grandir, ça je peux ! L’enfance volée est  un bon prétexte pour faire l’adulte médiocre.
...A chaque foulée les roues gorgées d'eau perdent leur inertie, reprenant le contact avec la planète, elles sont en pauses et il faut relancer en bouffant de l’énergie comme pour  un saut en longueur sans élan. Nous n'avançons plus assez vite à mon goût et j'opte pour la désunion. Solo encore, je cherche de la compagnie vers l’avant. L'homme croit s’alléger, il ne fait que charger son fardeau. Au kilomètre 16 je ramasse un des roll’Landes qui a explosé, parti trop fort. On se relaie jusqu’à l’entrée de Tarbes lorsqu'il me fait un grand écart sur une bande blanche bien gluante. En évitant de prendre un double aller simple pour le goudron, je me rencarde sur son état et nous finirons ensemble comme deux bras cassés avec une pendule vieillie d’une heure, piteux mais solidaires. Sous la halle Mercadieu j’ai les gambettes glacées qui tremblent comme le chihuahua cocaïnomane de Desproges.
La fatigue ? Non ! la trouille : Demain, y a piquouze et un mec en blanc me dira les mots des pauvres gens : "surtout ne prends pas froid, fous ta cagoul’ et mets ta stase. Merci docteur, combien je vous dois ?" Franchement, quelques euros pour un horoscope qui tient la route, elle est pas belle la vie ?


Du temps j’ai fait le tour.... 
...et me voilà courant derrière moi, déjà et encore à sauter dans les flaques à pieds joints, me rouler dans la folie des herbes et le piquant des orties des jardins mal fréquentés."
"Mèmoires d'un fuyard, schizophrène et plus si affinités" à Tarbes le 21/11/2010

samedi 4 décembre 2010

Ça me dérange!


Je n'ai pas la télé kinoudikiféfroiheniver alors je lis des choses que ne montre  pas la télé.

"Tonnay-Charente (17) : expulsé de la maison de retraite, il se suicide

Profitant d'un séjour à l'hôpital, la direction avait changé la serrure du studio de cet homme de 85 ans. S'en suivront trois semaines d'errances tragiques parmi des foyers pour SDF.[.....]
Trois semaines d'une errance d’autant plus malheureuse que, prétextant une mesure conservatoire, jamais le personnel de la maison de retraite ne lui rendra ses vêtements ni ses effets personnels. Ironie d'un sort décidément bien triste, c'est le jour même de sa mort qu'un commando de travailleurs sociaux avaient prévu de les récupérer, de gré ou de force.[.....]

Alerté et ému par le sort de ce grand-père allant et venant simplement vêtu d’une chemise et d’un pantalon de jogging, le centre d'action sociale  de la ville finira tout de même par lui trouver un petit studio.[.....] 

S'il reconnait désormais n’avoir "pas fait que des choses tout à fait logiques», le directeur de la maison de retraite plaide malgré tout la négligence plus que la maltraitance. Joint hier par téléphone, Alain Brunet assure ne pas avoir jeté Roger D. à la rue."
Au bon accueil.livraison? expulsion!









Ce directeur qui se prépare une bonne retraite en exploitant de  "l'or gris" pointera peut-être à pôle emploi ou sera hébergé par une maison d'arrêt (une plainte a été déposée) mais gardera sa calculette et son talent sémantique: Chose; Logique; Négligence, pour qualifier la mort d'un homme pour lui, simple dommage collatéral  ou incident de carrière d'un gestionnaire distrait. A sa sortie de taule, s'il y va, gageons que quelques chasseurs de tête récupéreront sa compètence: Les cheveux blancs sont la nouvelle ruée vers"l'or gris", un filon pour des filous à la bonne mine de col blanc.

jeudi 2 décembre 2010

Exercice d'écriture.


Ecrire une nécro, si possible caustique, en 14 lignes, 300 mots environ avec  trois locutions imposées: copulation; flagellation; population

J'en ai commis deux: la plume légère ici , le plomb ci-dessous:

"Nécrologie du Crime. (Sophie's Choice*)

Malgré des siècles de flagellation la copulation continuait et la population prospérait.
La démocratie s'affubla d'une petite moustache et s’alliât avec un képi de 14/18. 
Dans l’immonde, il faut du légitime. Ça permet de trouver  de la main d’œuvre. Vint l’heure des lois et celle des exécutants. Dans le couloir il y eut  des bruits de godillots. Puis celui des matraques. Ils sont entrés sans frapper. Enfin, si : les pères qui s’interposaient. C’était légal. Ils avaient des ordres écrits sur le papier à en-tête de la république. Un quart d’heure pour rassembler quelques affaires, choisir  et vite, les plus légères. Une petite fille réussit à emporter une poupée. L’instinct maternel, déjà!
La gare. Le tri s’effectuait à coups de crosse. Les femmes et les enfants d’abord, les vieillards ensuite puis les hommes. L'officier était là.  Il s’avançât vers la maman : « - je peux sauver un de vos enfants, pas les deux ». Une seconde pour comprendre, une seconde pour choisir, une seconde pour se dire adieu. Regarder l’horreur dans les yeux et l'à venir devant eux pour ne pas  oublier six millions de témoins muets.
Ils ont fermé les wagons en écrasant les doigts qui dépassaient. De l'ordre. Des trains qui arrivent à l'heure. 
Dans ce monde, pour garder son statut de pantoufle, il fallait  d’abord voler les Repetto,  puis ensuite éliminer les "va-nu pieds".
C’était légal. C’était la loi. C’était  l’état.
C’était l’enterrement de l’humanité."

* mais il y a-t-il de la sagesse dans le choix? (Sophie: sagesse, ça va tout le monde est là? c'est bon, merci Dédé Codeur!)

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