lundi 31 janvier 2011

Angie & Tony



Angèle et Tony. 
Une répétition du "A" à la fin d'Angèle rendrait ce prénom banalement sexy.
Alix Delaporte ne tombe pas dans ce genre de facilités, ni dans sa mise en scène sans artifices faite de plans serrés sur des visages exprimant simplement les choses simples des tragédies quotidiennes et de petits bonheurs bons comme le pain chèrement gagné, ni dans ses dialogues sobres, telle la beauté naturelle de Clothilde Hesme/Angèle apte à terroriser un homme normal .
Pas loquace, le Tony/Gregory Gadebois. Chez lui ce sont les yeux qui causent et pas toujours tendrement. Les mots ne contiennent souvent qu'une ou deux syllabes et les phrases trois vocables maximum. Quand Angèle lui propose:"- Tu veux baiser?" Tony ne répond pas! Il la regarde sans tendresse mais aussi et surtout, sans mépris. Faut dire que pour Angèle le compteur tourne. Elle est un peu dans l'urgence: Il lui faut fissa, fissa, un toit, un boulot, un mariage, sinon c'est le retour en taule sans passer par la case départ et sans toucher 200 balles. A propos, le Monopoly est-il passé à l'euro dans sa dernière version? ça pourrait réévaluer Angèle qui n'est plus très cotée à la bourse de l'estime de soi. L’incipit du film (ça se dit ça, pour un film?), c'est la scène qui a failli nous faire quitter la salle si elle n'avait été filmée proprement: Angèle se donne pour un one shoot debout contre un mur à un sniper opportuniste en échange d'un jouet pour l'anniversaire de son fils, remet sa culotte et remonte son jeans pour se rendre au premier rendez-vous avec Tony. 
Tony, c'est pas le genre d'homme à profiter de la situation. Comme d'autres arrachent leur pain à la terre, il est un "laboureur de la mer" façon "Pêcheur D'Islande" de Pierre Loti. Pas le temps pour l’affectif! Pour cela il fait confiance aux petites annonces. Il connait "le prix de rien et la valeur de tout" et au premier regard il sait ce que vaut Angèle mieux qu'elle même ne le sait. Ces deux là apprennent lentement à se connaître sans se connaître bibliquement. Tony qui comprend l'âme en frôlant une peau  et Angèle qui prend un maquereau pour un requin font tendrement l’apprentissage de « l’autre ». Filmée avec sensibilité sans effet de langage et sans débauche racoleuse l’histoire se tisse avec  la trame du  sentiment opportuniste de l’amour qui parfois fonde ses bases sur le désespoir pour ériger d’authentiques gratte(septième)ciel. Tout cela va bien trop vite pour l’entourage et notamment la mère de Tony perdue entre la posture de la protection maternelle dérivant vers celle de l'intrusive belle mère vite remise à sa place par un laconique : « si elle part, je me casse » sifflant la fin des grandes manœuvres de belle doche. Il est l’heure pour Tony & Angèle: Khronos et  Kairos en harmonie, le bonheur c’est pour tout de suite et ce ne sont pas les humains bien intentionnés qui empêcheront l’intersection avec l’inaccessible étoile du bonheur à son apogée au fond à droite dans la galaxie de la plénitude. Que savent les autres du phénomène de l’appétence des exclus du chabadabada d’ici bas sur l’attirance dans l’au-delà du nous ? Pourtant rien d’intime n’a encore eu lieu entre eux lorsque Tony transporte Angèle sur sa moto devant une devanture emplie de robes de mariées: «-ça peut arranger tes affaires?»
Généreux et efficace comme demande en mariage, non? Assez romantique même à bien y regarder.
Toi, t'es accroché à ton fauteuil de l'Utopia, tu viens de crapahuter 10 bornes le matin dans la nature,déguisé et en compagnie de sportifs et tu sens une boule partir de l'estomac et débouler en un tsunami d'émotion dans la poitrine. Le barrage a tenu bon et je n'ai pas chialé. Même pas mal non plus lors de la scène entre l’enfant et la maman se parlant à travers la porte des toilettes de l’école. Collée à l’obstacle, Angèle cherche le contact de la chair de son angelot qui lui manque désespérément. Le môme implacable et lucide joue son Monopoly personnel auprès des beaux parents et refuse de voir cette maman qui a tué son papa et tiré la carte Prison.
J'te raconte pas la fin: c'est l'affiche du film!

"Un soupçon légitime"* pourrait induire "la confusion des sentiments"*d’un esprit manichéen à l'examen de ces "Vingt quatre heures de la vie d’une femme"* si Tony n’était pas aussi structuré par et dans  sa solitude exempte de la tautologie des ressentiments où d’autres se vautrent et s’auto flagellent à coup de concept judéo-crétin de la rédemption par la souffrance.

Pendant ce temps dans le circuit des grandes salle il y a le grand Clint et dans le match Eastwood VS Alix Delaporte, c’est le grand Clint qui met un genou à terre à cause de la mièvrerie et de la débauche de moyen et de casting de son "Au delà". 
* vous n'avez  rien contre Stéphane Zweig ?

7 commentaires:

Colo a dit…

Rares et précieux ceux qui comprennent l'âme par un simple frôlement de peau...
Bonne journée amigo.

sable du temps a dit…

...à la manière d'un Stéfan Zweig...

Chonchon a dit…

Waouh... quel brio ! Joli billet. Et ce pauvre Clint qui met genou à terre... Je n'ai vu aucun des deux films pour l'instant. Rrrr... ça m'énerve de ne pas avoir plusieurs cerveaux pour voir plusieurs films en même temps !

Ortie a dit…

Tu me donnes envie ...

Et j'aime comme tu me donnes envie. J'aime bien tes mots.

dusportmaispasque a dit…

C du bon ciné simple et émouvant.Il y a aussi "Un balcon sur la mer" autre film de femme, Nicole Garcia cette fois, mais j'attends pour en parler que SdT l'ai vu.Je ne veux pas altérer son rêve.
Merci de ton passage.

dusportmaispasque a dit…

à Chonchon: si j'en crois ton blog ciné t'en vois pas mal! je vais le rajouter dans les liens d'ailleurs, tiens!

sable du temps a dit…

mon rêve est pour demain...j'ai hâte!

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