dimanche 9 janvier 2011

"Quitter le monde" Doug Kennedy




Dernier jour & fin du Moi.
La Maison sera vendue !
Ici, le ressac a parfois de l’enthousiasme et la nature ses colères. Il faut devancer ses débordements.

Le vent, le fleuve et le logis avant de se quitter ont un dernier soupir comme l’Autan qui remonte la Garonne et caresse la bâtisse. Hors saison, il exhale son haleine vers la villa pour le dernier jour de l’année. On dit qu'il rend fou. D'une improbable âme slave son influence condamne les verres qui finissent à la russe dans la cheminée et les tapis enroulés, on pousse les tables et la sono. 
L’âtre a quelques sursauts, des retours de flammes d’alcool, de braises et de tisons ou « d’ancien volcan que l’on croyait trop vieux »sans doute.
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Isolé dans un bulle, Sergueï, étourdi par ce bonheur tout neuf, pareillement fasciné par les mots si bien agencés, s’endort entre les pages de « Quitter le monde » de Douglas Kennedy.

« Je ne me marierai jamais et je n’aurai jamais d’enfants »
Le lendemain, le père s’absente. Définitivement ! 
Ces mots prononcés, sans autre fins que de clôturer une des multiples disputes « d’adultes », à l’âge de treize ans par l’héroïne, Jane Howard, témoin de la mésentente permanente de ses parents sont utilisés par le père fuyard usant de  ces mots comme prétexte de sa fuite et par la mère médaille d’argent sur le podium de l’immaturité parentale se dérobant à sa propre responsabilité jusqu’aux portes de la folie, son ultime évasion. A charge pour l’enfant de treize ans de porter ce fardeau, de réussir ses études et sa vie.
"L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn". La culpabilité réelle ou fallacieuse continue de peser sur les enfants du divorce. Il ne reste dans certaines mémoires qu'une seule phrase pour accompagner une vie.
Les cauchemars sont les rêves des perdants et les ténèbres oppressent la poitrine de Sergueï confronté à ses propres souvenirs. Au pays du sommeil, quand bien même partageant à deux les nuits trop vastes, certaines sont un « no man’s land »où affleurent les tombes, d'où jaillissent les croix. L'on s’y égare à découvert sans volonté et sans défenses! Rien n’y est vivant, seuls  s’y aventurent  les spectres. 
Décharnée, la main de sa maman sort de terre. A son doigt sans chair perdure la bague du mariage dissout il y a quarante ans. De ce divorce vint sa folie. Elle est morte lentement ce jour là.
Elle eut des joies factices, des bonheurs fugitifs, rien de durable, des  appâts rances pour sauver les apparences et s’éviter les électrochocs des rebellions inutiles et l’assommoir des  pilules magiques.
Jane Howard perdra David, son premier amour et sa fortune puis son compagnon, son enfant et la raison et sa raison de vivre. Comme David elle tentera mais sans réussite l’autre évasion, celle du suicide.
Sergueï lâche prise et s’éveille*, anéanti par  cette histoire parallèle à d’autres histoires. Résolu pour l’année qui s’avance, à écouter la "voix de l’oubli" et égrener le "sable du temps", sans "quitter le monde" où l’une bascule, certaines se blottissent quand d’autres se débattent.
Ne dit-on pas : Tourner la page,  refermer le livre, pour dire : passer à autre chose.  Recompter l’addition des renoncements nécessaires pour oublier et déposer la somme lacrymale afin de solder le compte de la culpabilité.
……La Garonne monte encore un peu derrière le chemin en contrebas du talus. Nuit, bambous, saules et plumets dissimulent le flot, calme jusqu'au prochain équinoxe.
Les années ont calmées les colères de Jane Howard. La nature a moins de discipline et aura d’autre courroux. Le batardeau impuissant, la maison s’abreuvera de son onde.
L’ire comme un soupçon reviendra parfois puisque elle existe telle une marée dans la mémoire d’une enfant de treize ans.
"Au clair de la lune 
Mon ami Douglas
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot....."

A Lestiac le 31/12/2010.L'habitacle de Faust. Alex C.
*ça m'arrange passsque j' vais pas te raconter la fin: ça c'fait pas!

6 commentaires:

Myel a dit…

Prête-moi ta plume, pour écrire mes soubresauts qui doivent ressembler à ceux des derniers thons rouge !

k. a dit…

oh là là !!! je sais pas quoi dire... ça fout le bourdon mais c'est bien beau ! t'as vue Another Year de Mike Leigh ??? d'une tristesse aussi !!!! et beaucoup d'empathie pour les éclopées de la vie, comme ici... mais après tout, vaut mieux ça que ce bonheur insupportable qu'on veut nous vendre ! ciao ciao... porte toi bien !

dusportmaispasque a dit…

@ K: et aussi "Submarino"; "Beautiful";"Mother and child"; "Copacabana";"Encore un baiser"...des trucs qui te remonte bien le moral. Vivement la sortie de "Green Hornet" pour changer.

@ Myel: attention avec les histoires de Thons: c'est un coup à se mettre les écolos sur le dos.

@ Sable du temps: Je me dois de retirer à regret ton com car il reprends le nom d'un lieu que j'ai utilisé un peu précipitamment et sans autorisation.Désolé.

dusportmaispasque a dit…

Le commentaire censuré:
Supprimer le commentaire de : dusportmaispasque

Sable du temps avait dit...
...entre deux mers, entre deux vies, entre deux mondes... On a tous quelque part une [bip, bip, bip] à quitter. Ce texte, empli de nostalgie est très beau. on laisse un monde pour en prendre un autre avec nos fêlures et nos cassures. Longue vie à Sergueï à égrener le temps !

sable du temps a dit…

... qu'importe la couleur! notre palette est large.
Amitiés Alex...

k. a dit…

ah ! ouf !... cette mélancolie est lyrique ! et nous voilà liés à quelques amarres : celui du désir fou d'ouvrir vraiment un nouveau chemin ! ensemble ? entre nous, chacun sur son chemin, solitaires ... mais c'est bien ce même courant qui nous entraîne fraternellement. Si nous pouvions seulement nous en apercevoir ;-) merci de nous y aider à ta manière.

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