dimanche 20 mars 2011

Si .....(version enrichie)


Andrew Wyeth. Christina's world

J’aimerais qu’il demande un café noir sans sucre plutôt qu’un alcool et il ne fumerait pas. 
Cet homme ne serait sur mon canapé qu'en raison de ma déréliction, pourtant  j’essaierais d’apercevoir dans l’épaisseur de sa braguette la taille approximative de son sexe. 
Je me serais assurée d’un minimum de richesse intellectuelle au fil de notre relation épistolaire et je rirais poliment de ses bons mots, déjà et un peu, amoureuse afin de me délester des fragments de la vertu et de ses pesanteurs
Je regarderais la lenteur de ses doigts, l’hygiène de ses mains, la longueur de ses ongles. 
Je n’aimerais pas qu’il me fouille. Je n’admettrais ses initiatives digitales qu’en soutien de sa langue. Il faudrait qu’il s’abstienne des gestes  techniques de pseudo-spécialiste. Qu’il soit seulement l’interface docile de mes pensées avec juste un peu de maladresse. Dans l’inconnu de ses manières et de sa durée,  je tenterais discrètement  de jouir une ou deux fois peut-être avant qu’il ne me rejoigne. 
Je garderais le plus longtemps possible son sperme entre mes cuisses et son odeur dans mes draps mais je n’aimerais pas qu’il s’attarde. 
Il partirait dans mon sommeil après avoir déposé un baiser au creux de mes reins, un dernier dans la nuque en me recouvrant de la caresse de l’édredon sans m’éveiller. 
Il faudrait qu’il oublie un tee-shirt. 
Nous nous reverrions le long de quelques mois au rythme de ses pulsions mais plutôt ailleurs, dans des endroits plus neutres que ma demeure.
Puis je le regarderais prendre des habitudes et se détacher de moi lentement. Je me réfugierais dans la sagesse des femmes orientales : "Je t’obéis, mais c’est de moi que te viens ce pouvoir". 
Dans la petite  musique du renoncement je m’acagnarderais  dans l’abandon, mon fidèle fauteuil et je conserverais son tee-shirt.
Puis j’écrirais comme on s’expose au soleil brulant.
J’ai longtemps cru que le luxe était dans les voyages et les villas en bord de mer. Je sais désormais qu’il en est un seulement : être aimée.
Innocente et nue, j’écrirais  comme on se brûle.



"Justine, infortune de l’amant." Vanessa Dick. Baurech le 20/03/2011


wind from the sea.

"l'amour: une définition.

C'est un désir minéral avec des bouts de cristal dedans, un élan en pierre avec des éclats d'éternité sous le calcaire, qui suinte mais qui [ne] coule jamais de source. C'est beau et rêche comme un Basquiat."
C'est bô, c'est là!

7 commentaires:

sable du temps a dit…

sensuelle, cultivée, belle écriture, un brin fétichiste mais juste ce qu'il faut...cette petite dame me plaît bien, ma foi!
Très beau texte. j'aime bien :"écrire comme on se brûle". Belle illustration aussi, étrange, mystérieuse. J'ai découvert ce pauvre (?) Wyeth, il était déjà mort (c'est pas moi, je le jure!). Son tableau du chien sur le lit est mon préféré...

dusportmaispasque a dit…

Je transmet tes félicitations à l'écrivaine Vanes-Sadique l'auteure jumelle de ton divin marquis et de sa "Justine, les infortunes de la vertu"

sable du temps a dit…

merci, bien aimable!
gémellité d'écrits vains ou...euh non rien!...les enfants écoutent ('sont pas à l'école ceux-là, à c'te heure?!)...

dusportmaispasque a dit…

Nan!Y a personne.

Miss K. a dit…

oui oui , j'avais déjà lu... avant que tu ne me l'apporte à domicile. :) au fait, ça veut dire quoi s'acagnarder ?

dusportmaispasque a dit…

se caler dans un fauteuil. Par extension s’accommoder, paresser, s'abandonner..... lâcher prise

Colo a dit…

Oh, je n'avais pas vu cette version enrichie avant de mettre ce soir une définition de l'amour chez moi.
Le style est différent, mais le fond-fond, c'est pareil je crois.
Très bô, oui monsieur.

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