mardi 14 juin 2011

La pêche au maigre.....


........C'est aussi du sport non?:
"La « Rose des vents » est la première à se poser comme une fleur le long du ponton. Une grappe* de minutes après l'arrivée de Francis Longuepée, le « Valanzo » embouque* le chenal, suivi par la moustache d'écume du « Stephen ». À tour de rôle, une dizaine de petites embarcations, des moins de 10 mètres, vont ainsi toucher la rive.
Il est près de 20 h 30, et le port de Mortagne-sur-Gironde s'anime gentiment. Retour de marée. Quelques-uns des camping-caristes agglutinés le long du quai sortent de leurs vaisseaux de la route. Ils viennent aux origines de ce mouvement soudain. Salués par le claquement métallique d'un câble le long d'un mât.
Qu'il reçoive les meilleures critiques dans les revues du tourisme ambulant, ou qu'il regarde vers sa pêcherie traditionnelle de maigre, l'estuaire reste le filon de l'économie locale.
Toujours moins de pêcheurs
Fin des années 80, lorsque Sébastien Lys, dernier d'une lignée de quatre générations de pêcheurs, est entré dans le métier, 14 professionnels s'activaient au port. Ils ne sont plus que deux survivants, le patron de la « Rose des vents » et lui, qui pilote aux destinées du « Stephen ». Selon le tempo des saisons et les variations d'espèces qui le marquent, d'autres collègues estuariens viennent cependant renforcer la cohorte en atterrissant à Mortagne. Ils suivent le poisson, parce que « le poisson commande ».
Le tassement de la démographie professionnelle s'impose ici comme une évidence. Les scientifiques trouveraient sûrement matière à corriger leurs affirmations sur l'augmentation de la pression de pêche ! On n'ose pas le décompte mais, ce soir-là, sûr qu'il y a plus de polyester dans les camping-cars alignés que sur la flottille accostée.
En dépit de ces avatars, la technique de pêche au maigre reste immuable dans son originalité. Parce qu'il y a de la chasse dans cette pêche-là. « L'oreille sur le fond du bateau, on les écoute grogner. On les traque et on les repère ainsi. Le but, c'est de jeter le filet dans le paquet ! », explique Sébastien. Les mâles sont en-dessous, qui appelent les femelles. La partie se joue entre Port-Maubert et la pointe de Suzac, près de la côte, ou en tirant un peu plus vers le lit du fleuve. Des fonds de 10 à 30 mètres. Et un filet dérivant de 150 mètres de long.
Débarquement en famille
« Fichu temps ! » Aujourd'hui, le vent est monté de l'ouest. Soutenu. Il a chahuté « Stephen ». Sébastien n'a mis le filet à l'eau qu'une fois. Sa pêche n'est pas ridicule pour autant. Comme toujours, il a mélangé dans un seau la semence des mâles aux œufs des femelles, avant de rejeter à l'eau cette promesse de reproduction de l'espèce*.
Il a conservé à bord une vingtaine de belles pièces. Elles jouent des ouïes et des écailles pour se serrer à deux ou trois dans les gros bacs en plastique verts et gris, les couleurs qui signalent la criée de la Cotinière. C'est une autre particularité de cette pêche : le port oléronnais dispose de deux bases avancées, à Meschers et à Mortagne. Une quinzaine de professionnels alimentent son carreau en maigre, une fois que le camion a ramassé la pêche. Un trajet tous les deux jours, voire quotidien, lors des pics de production.
« Nous avons eu une journée en mai à 3,5 t », se réjouit le directeur adjoint de la criée, Nicolas Dubois. Des poissons aux dimensions étonnantes qui laissent sans voix un couple de vacanciers allemands qui observent le débarquement*. De quelques livres jusqu'à une vingtaine de kilos pour cette marée, si l'on considère les plus beaux spécimens, ramenés sur le « Valanzo » de Pascal Moreau. C'est une bonne saison.
La fin de journée se joue dans les retrouvailles amicales et familiales. Une armée de bras qui fixe la curiosité dans le creux de la falaise assoupie. Même les gosses sont acceptés aux réjouissances ; l'année scolaire tire à sa fin. Si le petit Enzo n'a pas encore les muscle des ses aînés pour tirer les bacs jusqu'au sommet de la passerelle, il rappelle à Sébastien de tenir la promesse de lui faire découvrir sa tonne de chasse, au mois d'août. L'image pourrait se teinter de sépia, comme une photographie de chambre noire. Le pêcheur et sa plus belle prise, à bout de bras. Le cliché est pourtant résolument moderne. On y devine le souci d'une pêche durable, et d'un circuit de proximité.
Le rapport qualité-prix
Pour sauver la poule aux œufs d'or, quatre pêcheurs de Mortagne et Port-Maubert ont constitué une coopérative d'utilisation de matériel. Elle s'est équipée d'une chambre froide où le poisson est stocké, dans l'attente du ramassage cotinard. Les marins font ainsi l'économie du trajet jusqu'à la halle à marée.
L'année dernière, cette criée a vu défiler quelque 280 tonnes de maigre sous son cadran. 40 tonnes pour le seul mois de mai dernier. Du maigre capturé au filet dérivant en début de saison, en amont du fleuve. Il sera pêché au chalut, plus tard dans la saison, quand le migrateur descendra dans l'estuaire.
« C'est sûrement une conséquence de la chaleur mais, cette année, le poisson est arrivé dès avril, un mois plus tôt que d'habitude », note Sébastien Lys. Si ça veut sourire, il sera encore devant Mortagne ou Meschers à la fin du mois.
 « En fait, on ne peut le prédire, ajoute-t-il. Par contre, dites bien que, question rapport qualité-prix, il n'y a pas meilleur. Il suffit que le prix soit raisonnable et le maigre se vend bien. L'arête est grosse, le poisson se cuisine facilement. »"
Source: Sud-Ouest du 14/06/2011.
Un texte aussi bien écrit, c'est plus que du journalisme, non?

* là j'ai failli zapper: des grappes de minutes? comme si le temps se trouvait dans les vignes! Quand bien même cela serait, on le vendangerait, le temps! Tandis qu'en réalité, quand il est tiré il faut le boire. Non! On sent l'écrivain frustré sous le clavier du journaliste.
* saisi au moment ou j'allais claquer la porte, ce "embouque" m'a charmé et "la moustache d'écume"m'a envoyé l'image de ces navires qui embrasse sur la bouche l'estuaire à l'embouchure du Verdon. Embouque du verbe embouquer,  se dit des bateaux empruntant le chenal vers le port.
*Les laboureurs de l'estuaire ont la sagesse paysanne d'un tableau de Millet. Ils pensent à la pêche d’après et vivent au rythme de la nature de semailles en regain. C'est l'équivalent du bisou de l'amant après l'amour pour revenir en deuxième semaine dans le lit de sa maîtresse car  les bateaux usines épuiseront vite la mer et leur quota de pêche et les goujats dormiront sur la béquille.
*allemand; débarquement, subtile référence à d'autre adeptes du tourisme?

4 commentaires:

chonchon a dit…

Tu fais dans la critique littéraire, ou plutôt journalistique, maintenant ? Pourquoi pas ? Avec le talent que tu as, tu devrais même y penser très sérieusement !

dusportmaispasque a dit…

Quand un article est bien torché dans la PQR j'aime à le signaler.
J'ai essayé de déposer un com chez toi sur le film d'Amaric "Tournée" mais pas moyen.Tu ne m'as pas blacklisté?
Plus probablement, j'ai du faire une fausse manip ou il s'agit d'un lapsus clavis, car je n'était pas d'accord avec toi sur ce film que j'ai bien aimé, et j'ai du omettre de cliquer sur "envoyer".

Colo a dit…

Grappiller quelques secondes, j'entends ça à la radio quand on cause de courses.. motos par exemple. L'a pas tout faux le monsieur!

Bel article en effet, intéressant pour moi qui ne connais pas "Le Maigre" et ses bruits étranges...

dusportmaispasque a dit…

C'est vrai! J'avais oublié cette expression renvoyant aux grappes. Cela prouve que les francophones connaissent mieux notre langue que nous, les indigènes du cru.

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