vendredi 17 juin 2011

Tuer le père.

Décodeur: D'aprés le psy, pour grandir il faut passer sur le  cadavre du géniteur.Plus efficace que la ciguë fatale à Socrate, dans le monde 2.0 c'est le sms assassin.
La mort de Socrate. David (le peintre)
Assez consternantes les philippiques du petit Dave! Leurs lectures s’apparentent à un voyage dans
 l’infiniment petit avec pour pensum la liste de ses laborieux  catilinaires.

Surtout ne pas répondre!* Son explication écrite est un cri de douleur à la dimension de sa logorrhée qui  à l’évidence le soulage en espérant qu’elle le guérisse un jour.

Chaque évocations d’un repas, d’une sortie commune qu’il a incité se terminent, après quelque jours de maturation, comme un fruit qui pourrit,  par des mises à jour rétroactives sans innovations et  déprimantes.

En y  répondant, l’incompréhension qui nous sépare et pourtant n’arrive pas à nous éloigner, (première énigme) risquerai de déséquilibrer sa curieuse, nécessaire et obsessionnelle jouissance Freudienne à tuer le père.
Sans réponse les mouches changeront d’âne et j’espère qu’il cessera de lui-même cet acharnement morbide sur le vieil homme sans agressivité que je suis devenu. Car je le sens, je le sais, il me croit son adversaire et me pense encore vif.
De plus  et surtout son intelligence m’est totalement inaccessible. La méfiance s’installe en lui au simple son de ma voix. Les mots franchissent le pavillon de cette oreille défaillante. Ils  se perdent dans un labyrinthe où l’attendent le minotaure affamé, impitoyable, insatiable, insane et irraisonnable qui les déchiquette. Ensuite une fois repus, exubérant, volubile, assaillie de sa faconde, mon ouïe est étonnée autant qu’assourdie par ce verbiage impossible à contenir. Cet enfant/témoin qui ne souhaite pas porter mon patronyme, placé aux premières loges de ma vie se croit l’invité d’un spectacle qu’il regarde, critique silencieux, analyse laborieusement puis m’en livre le réquisitoire murement réfléchit jusqu’au pourrissement.
Il est un capteur négatif de souffrance qu’il s’auto-inflige afin de se construire à l’inverse de moi, emplit de bons sentiments envers les autres qu’il observe tout autant dans un but d’étalonner sa propre existence. Il y a en lui ce besoin inassouvi de rendre des services qu’on ne sollicite pas et j’ai droit fréquemment  au récit de ses observations et conseils d’éducation sur l’adolescence de son frère qui n’est pas un long fleuve tranquille. Chaque remous qu’il constate et révèle est l’occasion de s’accrocher à cette bouée qui empêche sa propre noyade. Cette quête identitaire, aux prolégomènes lassant pour moi qui suis également en travaux, s’oriente wron way. Le chemin de la colère pour ne pas dire de la haine n’est pas le plus court, je m’y suis souvent fourvoyé. Cet exemple négatif qu’il n’arrive pas à inverser me coupe l’accès à sa compréhension. Sans aucune crédibilité, notre dialogue sans personne est improductif et je le constate contre-productif. Ma dérobade silencieuse semble être la seule issue et la solution mutique et bancale de ce dilemme.
A celui qui se nourrit de la confrontation détaché de mes obligations alimentaires  je pratique le sevrage de l’évitement.

Sans réponse, il se calmera et il faudra m’abstenir de toute fréquentation qui l’enflammerait aussi. Douloureux mais facile car quand ce n’est pas le hasard c’est souvent lui le demandeur (nous sommes là à cœur de la première énigme). Reste le risque, car force m’est de constater que s’en est un, de la mauvaise rencontre des aléas du trajet. Celle d’hier a déclenché ce flot en forme de débrieffing de notre sortie vélo qui semblait s’être bien passée avec pot commun et cadeau à la clé. Ce barrage social apparemment solide cachait des fissures sournoises.
Je fais et ferai encore à cette occasion l’état des lieux de notre « relation ».
Je me souviens que chacune de mes explications extorquées est toujours frappée de suspicion. Elle est toujours enrichie de sa propre analyse invariablement opposée à la mienne. Il est pourtant plus simple et plus évident de s’appuyer sur le constat et notre seul point de convergence : nos discutions sont des disputes. L’entêtement de l’un ou de l’autre en est l’origine. Ainsi un peu de prospective me laisse prévoir son interprétation de mon mutisme par des phrases déjà prête «  politique de l’autruche, fuite des responsabilités etc…etc… » Car s’il y a pathologie, il y aura frustration.  C’est ainsi : son étrange organisation cognitive fonctionne sans antidote et le poison chemine dans ses raisonnements  déviants comme la trajectoire d’un caillou chute obéissant aux lois de la pesanteur et la récolte de sa pensée à la loi biologique de la corruption.
J’ai du omettre dans son éducation sans mère les premiers commandements :
 Tu ne tueras point !
 Tu ne jugeras point !
 Ton père tu respecteras, petit con* !
Je suis désolé de ma bonne santé pourtant  un jour, c’est juste une question de temps je ne serai plus là. La vie est une impasse dont la longueur est la seconde  énigme.
Alors il intégrera définitivement ma légitimité de père.
Il sera temps d’écrire l’épitaphe :
ci-git: No one into the quiet zone.
Et connaitra la paix !

*Je sais, c’est une prétérition 
* chuis pas sûr de la version originale, vois le truc avec Moïse !


7 commentaires:

Myel a dit…

Je ne compatis pas, ce serait condescendant, mais je retrouve là un résumé de l'appel nuitamment reçu de mon neveu par alliance : "Tatie, je fais un dossier pour changer de nom...mon père est vieux, seul et trop con ! Je peux prendre le tien ? " Prends mon grand, prends !!! Ton père sera ton père à tout jamais.

Chonchon a dit…

Quel beau texte encore une fois, plein de douleur et d'amour. Ne t'accuse pas, ne te culpabilise pas... les psy disent que quoi qu'on fasse, on fait toujours mal ! On essaie de faire de notre mieux, et puis voilà. Un jour, sans doute, il s'apaisera, trouvera ce qui lui convient et reviendra. Ou pas. C'est la vie. Je sais que tu sais la prendre comme elle vient. Nous n'avons rien d'autre de mieux à faire que ça : prendre comme ça vient et essayer d'être gentil. Tiens pour la peine, exceptionnellement, je te fais un gros bisou !

k.sonade a dit…

mince... ça a l'air drôlement difficile et douloureux. Que dire ? ce que tu fais... laisser dire... et puis.. dans ses mots, il parle sans doute au père imaginé, celui dont il n'arrive pas à se débarrasser pour faire sa vie d'homme. C'est surtout un problème entre lui et lui.non ?.. il faut bien avancer... je t'embrasse.

sable du temps a dit…

peut-être qu'il aime son père et qu'il ne sait pas l'exprimer ... et peut-être que le père aime son fils et n'arrive pas à lui dire non plus ... peut-être.

Colo a dit…

Un jour, un jour viendra où, à force de patience aimante, il rentrera dans la ronde; peut-être pas une folle farandole, mais un besoin de se rapprocher de toi...sans doute et sûrement.
Affectueusement.

Célestine a dit…

Un jour, un petit con lui enverra dans la gueule tout ce qu'il t'a vomi, et ce jour là, il comprendra. Le vie n'est qu'un cycle, c'est là la troisième énigme.

dusportmaispasque a dit…

Ravi de te voir par ici!
Merci.

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