lundi 31 janvier 2011

Angie & Tony



Angèle et Tony. 
Une répétition du "A" à la fin d'Angèle rendrait ce prénom banalement sexy.
Alix Delaporte ne tombe pas dans ce genre de facilités, ni dans sa mise en scène sans artifices faite de plans serrés sur des visages exprimant simplement les choses simples des tragédies quotidiennes et de petits bonheurs bons comme le pain chèrement gagné, ni dans ses dialogues sobres, telle la beauté naturelle de Clothilde Hesme/Angèle apte à terroriser un homme normal .
Pas loquace, le Tony/Gregory Gadebois. Chez lui ce sont les yeux qui causent et pas toujours tendrement. Les mots ne contiennent souvent qu'une ou deux syllabes et les phrases trois vocables maximum. Quand Angèle lui propose:"- Tu veux baiser?" Tony ne répond pas! Il la regarde sans tendresse mais aussi et surtout, sans mépris. Faut dire que pour Angèle le compteur tourne. Elle est un peu dans l'urgence: Il lui faut fissa, fissa, un toit, un boulot, un mariage, sinon c'est le retour en taule sans passer par la case départ et sans toucher 200 balles. A propos, le Monopoly est-il passé à l'euro dans sa dernière version? ça pourrait réévaluer Angèle qui n'est plus très cotée à la bourse de l'estime de soi. L’incipit du film (ça se dit ça, pour un film?), c'est la scène qui a failli nous faire quitter la salle si elle n'avait été filmée proprement: Angèle se donne pour un one shoot debout contre un mur à un sniper opportuniste en échange d'un jouet pour l'anniversaire de son fils, remet sa culotte et remonte son jeans pour se rendre au premier rendez-vous avec Tony. 
Tony, c'est pas le genre d'homme à profiter de la situation. Comme d'autres arrachent leur pain à la terre, il est un "laboureur de la mer" façon "Pêcheur D'Islande" de Pierre Loti. Pas le temps pour l’affectif! Pour cela il fait confiance aux petites annonces. Il connait "le prix de rien et la valeur de tout" et au premier regard il sait ce que vaut Angèle mieux qu'elle même ne le sait. Ces deux là apprennent lentement à se connaître sans se connaître bibliquement. Tony qui comprend l'âme en frôlant une peau  et Angèle qui prend un maquereau pour un requin font tendrement l’apprentissage de « l’autre ». Filmée avec sensibilité sans effet de langage et sans débauche racoleuse l’histoire se tisse avec  la trame du  sentiment opportuniste de l’amour qui parfois fonde ses bases sur le désespoir pour ériger d’authentiques gratte(septième)ciel. Tout cela va bien trop vite pour l’entourage et notamment la mère de Tony perdue entre la posture de la protection maternelle dérivant vers celle de l'intrusive belle mère vite remise à sa place par un laconique : « si elle part, je me casse » sifflant la fin des grandes manœuvres de belle doche. Il est l’heure pour Tony & Angèle: Khronos et  Kairos en harmonie, le bonheur c’est pour tout de suite et ce ne sont pas les humains bien intentionnés qui empêcheront l’intersection avec l’inaccessible étoile du bonheur à son apogée au fond à droite dans la galaxie de la plénitude. Que savent les autres du phénomène de l’appétence des exclus du chabadabada d’ici bas sur l’attirance dans l’au-delà du nous ? Pourtant rien d’intime n’a encore eu lieu entre eux lorsque Tony transporte Angèle sur sa moto devant une devanture emplie de robes de mariées: «-ça peut arranger tes affaires?»
Généreux et efficace comme demande en mariage, non? Assez romantique même à bien y regarder.
Toi, t'es accroché à ton fauteuil de l'Utopia, tu viens de crapahuter 10 bornes le matin dans la nature,déguisé et en compagnie de sportifs et tu sens une boule partir de l'estomac et débouler en un tsunami d'émotion dans la poitrine. Le barrage a tenu bon et je n'ai pas chialé. Même pas mal non plus lors de la scène entre l’enfant et la maman se parlant à travers la porte des toilettes de l’école. Collée à l’obstacle, Angèle cherche le contact de la chair de son angelot qui lui manque désespérément. Le môme implacable et lucide joue son Monopoly personnel auprès des beaux parents et refuse de voir cette maman qui a tué son papa et tiré la carte Prison.
J'te raconte pas la fin: c'est l'affiche du film!

"Un soupçon légitime"* pourrait induire "la confusion des sentiments"*d’un esprit manichéen à l'examen de ces "Vingt quatre heures de la vie d’une femme"* si Tony n’était pas aussi structuré par et dans  sa solitude exempte de la tautologie des ressentiments où d’autres se vautrent et s’auto flagellent à coup de concept judéo-crétin de la rédemption par la souffrance.

Pendant ce temps dans le circuit des grandes salle il y a le grand Clint et dans le match Eastwood VS Alix Delaporte, c’est le grand Clint qui met un genou à terre à cause de la mièvrerie et de la débauche de moyen et de casting de son "Au delà". 
* vous n'avez  rien contre Stéphane Zweig ?

dimanche 30 janvier 2011

B&R

photo de 2010 binoclard en blanc: ma face.
Dimanche. 6.15H.-1°
Merde: J'entends, non pas le train mais la cafetière qui siffle! J'm'suis loupé:la femme que j'aime et qui ne va pas tarder à me détester, déjà levée pour son premier Bike & Run, vient de me prendre de vitesse.
Bon! tandis que je simule le mec endormi pour gagner un caféôli, je me dis que je suis un sacré tordu: pourquoi vouloir toujours jouer les emmerdeurs et enrêner mon entourage au mors de ma passion.
Arrivée au stade et voyant Stan et Théo sapés comme des vopos avant la chute du mur pour leur première sortie sportive de l'année et de leur vie, je repense à la façon dont j'ai ferré ces deux poissons:
Nuit de Noël à la Villa Verde; échange de cadeaux:"- tu veux faire du sport Stan? -oui.-j'ai deux inscriptions pour le B&R de Lèognan.- B&R, c'est quoi?- un vélo pour deux; tu pédales, je cours, j't' dépasse je lâche le vélo et on alterne. Sympa! je le fais avec mon fils, tu le fais avec ma soeur? Chiche!
Et voilà comme on se retrouve un dimanche matin avec celui qui serai mon beau frère si j'étais marida avec sa soeur.
Stan est looké à mort: un grand manteau en astrakan couvre un jogging bouffant, des gants, une écharpe ainsi qu'un bonnet de laine sous un casque de skate complète le style post perestroïka. Théo, pareil sauf le manteau remplacé par un sweat qui fera ses 10 kilos après 500M de course alourdis de transpiration. Nous bien sûr on s'est déguisé en sportif, cuissards longs et coupe vent du marathon de La Rochelle 2004 pour moi et Goretex pour la FQJ'M.
Je me dis que j'ai bien fait de choisir le petit parcours de 10 bornes au lieu du 20 que je fais habituellement.
Le tour de chauffe de 1.3 Km effectué par Théo et moi nous assure un place honorable en milieu de peloton pour le vrai départ à deux avec les vélos.
A l'entame du deuxième tour la FQJ'M en prends un coup au moral pensant l'arrivée proche alors que nous n'en sommes qu'à demi-parcours. Elle s'accroche et je la ménage allongeant mes relais en course à pieds pour lui laisser le guidon dans les portions les plus roulantes. Comme la solidité d'une chaîne est basée sur celle de son maillon le plus faible, une équipe trouve sa valeur, sa raison d'être et son efficacité en étant solidaire pour ne pas se retrouver en solitaire (et célibataire à l'arrivée) et que le  duo ne se transforme pas en duel. Stan n'a pas été long à piger la stratégie. Théo et lui ont sorti la testostérone dans le dernier tour et nous mettent bien profond un tour de stade dans la vue. J'entends le speaker annoncer l'arrivée familiale tandis que je sort à peine et avec peine de la forêt et que mon binôme m'attends pour conclure.
Bonne prestation des deux équipes ralliant radieuses l'arrivée dans la joie et la bonne humeur.
Ouf!Pas de blessure ni de chair, ni d'égo et déjà un autre regard pour les flyers sur le pare-brise annonçant d'autres épreuves(?!) par des températures plus clèmentes.
Passsque moi à moins 1° je reste sous la couette!

samedi 29 janvier 2011

"Au delà" et après? 2/2


Synopsis : Au-delà est l'histoire de trois personnages hantés par la mort et les interrogations qu'elle soulève. George est un Américain d'origine modeste, affecté d'un "don" de voyance qui pèse sur lui comme une malédiction. Marie, journaliste française, est confrontée à une expérience de mort imminente, et en a été durablement bouleversée. Et quand Marcus, un jeune garçon de Londres, perd l'être qui lui était le plus cher et le plus indispensable, il se met désespérément en quête de réponses à ses interrogations. George, Marie et Marcus sont guidés par le même besoin de savoir, la même quête. Leurs destinées vont fi nir par se croiser pour tenter de répondre au mystère de l'Au-delà.
Source Allociné.
 
Clint et moi on s'adore!
Enfin surtout moi, lui seul sait que je n'existe pas.
"Sur la route de Madison " m'a fait définitivement oublier "Dirty Harry" et sa légitime défense prétexte à toutes les violences du mec toujours du bon coté. A sa décharge,  même les gonzesses de l'époque confondaient la virilité avec la brutalité.
L’état de grâce cessible de l'acteur au réalisateur dure depuis "Pale Rider" jusqu’à "Million dollar baby"et "Invictus".
Avec "Au delà" il se fait tard! Trop tard! Minuit exactement et le carrosse redevient citrouille.
Longue histoire à deux balles que ces trois destins narrés laborieusement qui se joignent pour une  fin bâclée.
Marie/Cécile de France fait une expérience de mort imminente à l’occasion d’un Tsunami (Réalisation remarquable) Elle aperçoit des silhouettes à contre jour dans une lumière blanche, puis revient à la vie assez secouée par sa vision.
Bon ! Qui n’a fait l’expérience du long couloir avec la clarté au bout lui jette la première pierre!
Le plus banal des George C. sortant d’une boutique Nespresso voit Dieu en direct juste après la réception d’un piano sur la gueule. On s'en sort à bon compte en cédant au barbu la collection de capsules et on a droit à une vie toute neuve. Un second tour de manège contre un italien bien serré c’est un assez bon deal.
On est d’accord sur la pureté absolue et candide du paradis et, comme le chef de la photo de la pub n’est pas un manche, les protagonistes sont bien éclairés et reconnaissables.
Chez Clint, non. Il faut un médium pour décrypter l’image : il y a bien le code couleur de la blancheur immaculée (comment veux-tu, comment veux-tu… ?) mais les personnages sont flous,  avec le spot dans le dos.
C’est le job de George/Matt Damon médium XXL, qui, grâce à ce don, livre au malheureux en difficulté de faire son deuil, flagrant déni de réalité, l’identité et le message du cher défunt.
George fuit ce don. Pour lui c'est une malédiction qui lui interdit toute vie personnelle lui conférant un statut de phénomène de foire et une source de profit pour son frère.
Marcus aimerait l’avoir ce don : il vient de perdre son frère jumeaux! Un modèle avec sa débrouillardise, sa faconde et cette casquette,  seul moyen de différencier les jumeaux pour une mère alcolo/toxico/absente. On a vu ça en pire dans le "Submarino"  de Thomas Vinterberg (lien ci-dessous).
Le frère décédé, Marcus récupère la bâche devenu symbole de la présence surnaturelle de son aîné de quelques minutes et, de famille d’accueil en mal de bonnes actions en errances désespérées, il cherche le contact avec ce frère, père et repère. Courant derrière LA casquette il échappe à un attentat dans le métro de Londres.
On trouve légitime et identitaire son besoin de rencontrer post mortem une dernière fois ce frangin trop tôt partit et ange gardien bienveillant ne serait-ce que pour lui demander le prochain tirage du loto ou le remède à son mal être.
Le catalyseur de cette mystérieuse alchimie de la quête sera un salon du livre où se produira l’intersection des trois destins.
Prés de moi,dans la pénombre du ciné, la femme que j’aime s’ennuie. Elle bouge, baille et ses yeux me demandent d’abréger le supplice en quittant la petite salle. La réponse d'une caresse n'entamera son indulgence. Il est vrai que le récit est lénifiant, interminable et la fin semble bâclée malgré une mise en scène subtile de Clint Eastwood filmant George lorsqu'il lui évite de serrer ces mains qui provoquent ses visions ainsi que l’intérêt malsain et morbide de toutes celles et ceux qui ont du mal à tourner la page puis, invariablement, son isolement social.
La lucidité de Marcus malgré l’immaturité du déni, validée par son jeune âge, confronté à la pléthore de charlatans du monde de l’au-delà est aussi subtilement réalisé.
Le désarroi de Marie devant l’incompréhension et les trahisons des vivants est filmé et rendu avec émotion.
Le message simpliste et évident est délivré par George en mode médium à Marcus juste avant d’aller faire Chababada avec Marie au formule I du coin ("ton frère te dis de laisser cette casquette...., ce n'est pas toi....., vis ta vie" etc….)  peut s’étendre, au-delà de la mort, à nos ruptures, cette mort sans défunt où l’autre-toi bien vivant dans son au delà bien à lui/elle se reconstruit sans toi. 


Cette plaie béante de l'absence ouverte par le glaive de la blessure narcissique  devient la minuscule cicatrice d'un coup de canif sous la caresse du baume des saisons
Car le chemin du deuil n’est pas la voie de l'oubli.
C’est juste le sable du temps!*



* (Où l'on s'enlise parfois avec beaucoup de bonne volonté.)


Vous aimerez sans doute:" Millénium", "le bruit des glaçons";"l'illusionniste""la tête en friche" "Submarino" "Mic-mac à tire-larigot"ou "le concert"


P.S: Si vous le trouvez encore lisez d'urgence "Les Thanathonautes" de Bernard Werber: un excellent récit sur la mort imminente donnant pas mal de vraisemblance à cette théorie fantasque. Attention: ça risque de vous faire aimer Werber! C'est mal vu en ce moment, beaucoup l'ont remplacé par Marc Levy ou pire, Musso.
sinon j'ai ça aussi:
Proclus, philosophe grec du V° s. :

"Cléonyme d'Athènes,... navré de douleur à la mort d'un de ses amis, perdit coeur, s'évanouit. Ayant été cru mort, il fut, le troisième jour, exposé selon la coutume. Or, comme sa mère l'embrassait..., elle perçut un léger souffle. Cléonyme reprend peu à peu ses sens, se réveille et raconte tout ce qu'il avait vu et entendu après qu'il avait été hors du corps. Il lui avait paru que son âme, au moment de la mort, s'était dégagée, comme de certains liens, du corps gisant à côté d'elle, s'était élevée vers les hauteurs et, ainsi élevée au-dessus du sol, avait vu sur la terre des lieux infiniment variés quant à l'aspect et aux couleurs, et des courants fluviaux invisibles aux humains. Elle était parvenue enfin à un certain espace consacré à Hestia [Vesta des Romains : divinité gardienne du foyer], que fréquentaient des Puissances démoniques sous la forme de femmes d'une beauté indescriptible..." (Proclus, Commentaire sur La République de Platon, XVI° dissertation, 114, trad. A.-J. Festugière, Vrin, Vrin, 1970, t. III, p. 58-59).

samedi 22 janvier 2011

Misère intellectuelle.





Comment réagir quand on est un comédien de talent – du moins à ce que l’on croit – et que l’on obtient, pour tout rôle, celui-là qui ne vous accorde qu’une seule réplique : «Madame est servie» ? Le cachet a beau être en or, cela aigrit son homme. Alors, seul dans sa loge attendant le moment d’entrer en scène – l’avantage de n’avoir que trois mots à dire est que l’on dispose de beaucoup de temps libre – cet acteur frustré entreprend de «refaire le monde» devant un public virtuel. Enfin… plutôt de tout faire sauter, rectifie-t-il… Il est vrai qu’avant de prendre la parole, il branche et programme soigneusement ce que l’on devine être une bombe…

Cet homme va ainsi déblatérer sur ses camarades alors en scène puis, glissant des portraits à charge vers des considérations plus générales, dénoncer avec hargne ce qui le dérange dans l’organisation étatique, la démocratie, les agissements des multinationales, le système éducatif, l’emprise des institutions religieuses sur les comportements et la gestion des affaires publiques…

Tout passe à la moulinette de sa vindicte, au gré d’images vigoureuses voire vulgaires, mais ces propos prennent une inénarrable saveur car déclamés… en alexandrins !

Texte, interprétation et mise en scène : Romain Bouteille
«Pendant une petite heure, Romain Bouteille va égratigner ses contemporains, ponctuant ses phrases assassines d’un petit rire sarcastique. Digne descendant de Molière, M. Bouteille s’exprime en alexandrins. Des mots choisis, servis sur un plateau.»
La Nouvelle République


«Misère intellectuelle est un petit chef-d’œuvre, fait de coups de gueule, de réflexions sur le théâtre, la société. Si le constat n’est pas optimiste, c’est loin d’être triste et c’est fort intelligent. Du grand Bouteille.»
Marie-Cécile Nivière, Pariscope


Splendeur de Rome....

ou plutôt de Romain (Bouteille).
Bon c'est un peu ........Excessif! Le théâtre du pont tournant doit ressembler au "café de la gare" des années 80, Romain Bouteille récite avec splendeur un texte splendide ou presque sur un bout de moquette éclairé (Romain, pas la moquette)par trois spots du scotch sur les fils électriques et roul'ma poule. Il y a cette voix caractéristique bien moins éraillée que dans mon souvenir au service des alexandrins. Il y a aussi des astuces de mise en scène pour économiser le souffleur, (car il n'y a pas de cavité sous la scène pour en loger un et les souffleurs existe-t-ils encore depuis l'apparition de l'oreillette?), comme ce fascicule (comment veux-tu, comment veux-tu?...) sensé contenir le mode d'emploi de sa bombinette qu'il consulte à chaque trou de mémoire et qui lui amène un gag assez réussit: sur une absence simulée d'un nom qui lui échappe, il traverse la scène pour consulter son aide-mémoire puis il revient face à nous et lance: "Jésus-Christ!", comme si on pouvait oublier un client pareil. Sur la salle qui s’esclaffe il lance hors alexandrins:" je ne pensais pas qu'il était aussi connu!".
Voila! le truc dure un peu plus d'une heure et il est intéressant en ce qu'il permet de mettre des mots sur l’insuccès de ce mauvais acteur, seul à croire en son talent, son aigreur qui s'étend à l'ensemble de la société et sa dérive anarchiste l'amenant à faire sauter le monde puisqu'il est incapable de le rendre meilleur.

mercredi 19 janvier 2011

Encore une! Rupture(s)



Jacques porte beau sa soixantaine. Sur un malentendu il tombe in love d'une femme plus jeune, Laura.
Dans la tribu des poils aux pattes le mythe de la virilité est souvent confondue avec la compétition et l'amour avec la performance. Laura, elle, est juste amoureuse.....248 pages pour dire que la peur de la perte du désir sexuel mène direct à la perte du....avec un pointe de schizophrénie et tout le talent de Romain Gary.



Veuillez payer contre ce chèque.......

....Vingt euros"et je signe.
Tous les ans à la même période, je m'interroge sur l'opportunité de prolonger mon adhésion au club et, derrière cette petite signature,je m'interroge aussi sur mon adhérence à la vitre glissante et verticale du temps.

Encore cette année se déguiser, mettre des collants fluo et faire des ronds dans la nature pour revenir à son point de départ comme un hamster dans sa roue?

On le sait désormais, depuis que nous avons vu Serge July vendre "Libération" et entendu délirer Jacques Séguéla, toute révolution est inutile,
c'est à dire indispensable, tant l'humanité à besoin de redécouvrir par elle même à chaque génération ce que la génération précédente lui a appris. 
Dans ce monde circulaire, ma vie est faite de ces trajectoires en ellipses qui m'éloignent et me rapprochent de mon nombril. Je suis une bicyclette qui chutera quand l'Autre moi cessera de pédaler obéissant enfin docile à la loi des bicyclettes qui tombent.

(Accroché et suspendu au fil du pendule qui va de l'absurde à l'absolu, enrêné entre lucidité et démence, lutte et renoncement, victoire et reddition, sursaut et acceptation, regain et moisson, j'ai remarqué qu'il me vient aussi invariablement une nouvelle émergence cognitive, peut-être salutaire, peut-être fatale, et c'est dans cette douteuse certitude que je franchis souvent le point de non retour.)

Aujourd'hui, le catalyseur c'est Bernard qui, après une année sabbatique, m'invite à crapahuter sur la terre gorgée d'eau des vignes autour de St Emilion.
Je frémis de froid ou de danger lorsque ma colocataire sur le perron me chambre gentiment et très peu vêtue (à poils, en VO):

"-On annonce des pluies verglaçantes et tu prends la moto?"
Elle me donne....froid. Il ne faut pas chercher dans ce visuel une quelconque congruence avec la météo, ce serait compliqué.
"- euh... oui!", je répond étonné par l'évidence et l'incertitude, "tu sais, ça se mérite le retour de Bernard à la course, ça manquerais de gueule de débouler engourdi de chaleur comme un homme en conserve dans une caisse à boulon.
- La frime, toujours la frime!"
Elle n'a pas tord: j'ai souvent aggravé les difficultés du chemin pour le panache de l'arrivée, un peu comme le gars un peu con qui se tape sur les doigts "parce que c'est bon quand ça s'arrête".
"-Tu vas encore courir, tu veux pas vieillir, c'est ça?courir encore après toi-même et ton ancienne apparence "
Je ne mord pas à cet appât pas rances qui voudrait me garder sous la couette sans répulsion pour les trois kilos de l'hibernation et plus tard devant cette télé qui débite des conneries en continu.
- un DERNIER café?"
Elle a appuyé sur "dernier" et je souris du dedans tant j'aime la psychologie de bistro des pressés de mourir qui carburent à la clope ou au "Red Bull" quand moi je marche à l'enthousiasme......
J'entend la voix sourde du magma de l'en dessous qui n'est* pas de raison:
"-Va vivre avec ton nouveau jouet ta vie de morceau de beurre dans une poêle chaude, dévore l'héritage génétique et garde-moi un peu d'intégrité, j'attendrai!"

Elle n'a pas tord! Passer les 98 chevaux de la moto sur les départementales grasses avec le contact d'une carte de crédit entre le pneu et le macadam c'est un peu les jeux de la mort et du hasard.

"Elles" n'ont jamais tord! le "j'attendrai"me tournera longtemps dans la cervelle.

Et Dagobert s'en va remettre sa culotte et sa tête à l'endroit. La course à pieds 
encore une ...année. La der des der?
* ou n'ai pas, c'est souvent une question d'avoir ou d'être.

lundi 17 janvier 2011

Illusion: degré zéro.

Le pitch: Au cours d'une rando en montagne hors saison le sujet s'endort à la belle étoile épuisé. Le corps empoisonné par les toxines de l'effort, l'esprit en activation maximale, il rêve que notre univers est virtuel, régi selon les règles d'un webmaster issu lui même d'une intelligence supérieure, lui-même....etc,etc....Un univers de poupées russes. Réalité du rêve, illusion de la réalité, va savoir!
Source photo:pile et face
Redescendu de 1000 mètres, je reviens du monde minéral pour me confectionner un lit de cryptogames, prés de la cascade "du Pas de l'Ours".

Hachés par la course, la montagne et la faim, j'étale le duvet sur ma couche de fougères.

Tous les neurotransmetteurs fabriqués par l'effort, le plaisir et l'angoisse vont créer, sans substance exogène, des connexions improbables entre des neurones qui ne se connaissaient pas.

Le sommeil arrive et le concierge du rationnel rentre dans sa loge.

Sous une couche de brume de mystérieux cocons montent la garde à mon insu.

"- la nuit tu rêves?

- non, je voyage!"

De préférence au delà de cet univers!

La troisième lune D'hyperborée code Terra II, 9.5 Mo, reflète sur la serre de Germain Gauche  une lumière grise et bleu.
Germain contrôle l'humidification et la température de son élevage de cocon, puis enferme sa précieuse culture.
Le temps sur Hyperborée c'est 7 milliards d'années terrestres en un click de souris et Germain Gauche doit à la chance ou à la Variable Inconnue d'être encore vivant sur la planète jumelle de la terre.
A cette différence prés que la vie a prit un autre chemin, sur hyperborée: Ce sont les cafards qui dominent la chaîne alimentaire. Des cafards de 2.50 mètres et friands de chair humaine.
La Matrice a téléchargé un logiciel de reproduction sur Terra II option  gestation des protéines dans les cocons.
Rasséréné, Germain retourne à son ordi.
Sur la cheminée il y a une poupée russe sous une tête de cerf. Aux murs, tu ne trouveras pas du Dali ou de l'Andy Wharrol mais un canevas représentant une scène de chasse dans des tons marronnasse et verdâtres. Dans l'entrée, pas de Jeff Koon non plus, ni de Calder mais un chien de faïence en guise de porte parapluie et des animaux empaillés. Pas de traces d'Ousmane Saw.
Germain Gauche est peut-être une pointure en informatique mais il a des goûts de chiottes.
L'univers où est implanté le système solaire est juste un atome de la 10ème poupée russe à l'intérieur de la "Matriochkas". Le système astral hébergeur d'hyperborée est lui même un simple atome dans une autre "Babouchka" quelque part dans la Matrice.
Germain, qui vient de régler son affaire à l'avatar "Cameron James » décidément transgressif au delà du supportable, se remet à la tache secondaire celle de l'évasion qui le maintien en vie dans ce monde de cafards: La recherche d'un anti-virus pour éradiquer, enfin, le cheval de Troie code: 
« lapin blanc ».

Je n'avais pas d'avis sur la ré introduction de l'ours dans les Pyrénées.
Des bruits étranges s'immiscent dans ma bulle.
Tout autour, des mouvements feutrés referment sur moi un cercle d'inquiétude.
Désormais j'en ai un: C'est non!
"La nuit est le manteau des pauvres » dit Claude Roy aux enfants de CM2. Sans doute doivent-ils se cailler les indigents car même avec l’ajout de mon duvet elle ne m'offre qu'une faible protection contre le froid et la brume. Son fond humide et gelé mordille mes orteils et j'entre dans l'étau glacé qui étend sa morsure à l'ensemble de mon corps recroquevillé. Alors, je me replie puisque mes jambes trop courtes m'interdisent symboliquement de toucher le fond. Je fais le lotus horizontal ou l'embryon, que je n'ai cessé d'être, mon menton cherche mes rotules, les trouve et se cale entre mes genoux, ma tête entre dans mes épaules, mes mains se retrouvent paume contre paume, pas si paumées finalement. Je ne prie pas. Oh, que non! Je glisse entre mes cuisses mes mains unies vers le centre de ce qu’intimement je suis.
J'ai chaud!
Je redeviens!
Je n'ai plus peur: je ne suis pas encore né.
Alors, je peux dormir.
Autour de moi les cocons semblent plus nombreux!

Germain Gauche(G.G) devait à la Variable Inconnue, celle de l'univers du dessus, sa survie: Les autres cocons contenants ses frères embryons faisaient les délices des cafards, une sorte de cerise sur le gâteau dans leur régime alimentaire.
La Matrice avait programmé pour lui l'alternative d'un destin "divin" palliatif à sa finalité nutritive: Germain sera prélevé du cheptel et en échange de la surveillance des cocons pourra jouer au Webmaster de l'univers hébergeur de Terra I, autorisation 007, permis de créer et d'anéantir! De Genèse en Armageddon.
G.G, sans états d'âmes, fournissait l'apport en protéines issu de sa propre race aux cafards. Le circuit neuronal romantique des biologiques verrait là l'improbable ironie de la matrice où il n'y avait qu'indifférence. Le concept du bien et du mal n'existe pas sans celui de la conscience puisqu’il en est le fondement.
La "maladresse" évoquée par son patronyme était en réalité un algorythme voulu par la Matrice.
Les premiers millénaires en temps terrestre avait été laborieux. Les humains, imbus de l'illusion de leur propre réalité, nommaient "Infini" ce qu'ils ne pouvaient mesurer et "Hasard" ce qu'ils ne pouvaient contrôler.
Durant une petite heure de son absence de gardien de cocons, le téléchargement des logiciels de traitement de texte fut corrompu par les organiques de Terra I qui se disputaient sur les différents standards à adopter: Logographique, syllabique, cunéiforme, hiéroglyphique, orthographique etc.
Pour y remédier, il créa l'avatar Pierre de Roset et l'écriture passât rapidement du calame au clavier et du papyrus aux pixels
Les programmes "Autocad" à peine updatés voilà que les organiques le remerciaient à coup de mastabas, pyramides, temples, dolmens, mégalithes et autres cathédrales. Autant de tentatives pour tenter de le rejoindre en prolongeant dans la pierre leur existence de chair. Il supprima donc cet outil écœuré par leur condescendance et leur ignorance. Les archéologues à suivre s’interrogeraient longtemps sur les mystères des pyramides.
L'autoprogrammation mentale des humanoïdes en mode grégaire développât des organisations sociales des plus brillantes qui pourtant se succédèrent selon un cycle immuable: Barbarie-Civilisation-Décadence.
Les édifices-témoins perdurèrent troublants les biologiques suivants qui se perdirent en théories sur les moyens employés par leurs ancêtres pour leur édification.
L'obscurantisme des théocrates ralentissant le chargement du logiciel évolutif, Gégé dut anéantir ces inerties en créant les avatars: Copernic; Galilée; Darwin. Autant d'interfaces de décodage pour la révolution astronomique et l'évolution des espèces.
Créant les avatars: peste; choléra; lèpres et grippes diverses, Gégé modula la fréquentation de l'espace disponible sur le disque dur. Puis les avatars: Hitler Adolf; Mao Tsé Dong; Staline; Ford Henri; Renault Louis; Citroën André plus efficients, complétèrent son programme de régulation.
Gégé avait ainsi en totale indépendance crée l'univers à sa propre image verbalisant en numérique les déviances de son subconscient.
Cela lui prit six jours. On dit qu'il se reposa le septième.
Gégé avait le projet pour les prochaines minutes, d'unir la galaxie Andromède (1.4Mo) au système solaire (156 Ko), mais il devait pour cela éliminer le virus code "lapin blanc" des humanoïdes menaçant d'en faire un quasar en lieu et place d'une supra galaxie.
Leur intelligence artificielle, avait développé en son absence et sans ennemi connu une contre mesure défensive inutile: le virus "lapin blanc". 
Il advint de cette création ce qu'il était advenu du Golem, de la créature de Frankenstein et de la découverte d'Oppenheimer:
Un virus aléatoire, sous différentes versions dont ils perdirent le contrôle et qui menaçait leur survivance.

La version"Biologique", téléchargée dans l'A.D.N détruisait les cellules des organiques. La caste scientifique, section médecine lui attribuait des vocables différents selon leurs affinités: métastase, Alzheimer, V.I.H, et autant de cancers générant ses pseudo- spécialistes.
L'apoptose «cheval de Troie" s'activait ou pas selon les aléas de la régulation nécessaire.

La version "Astrophysique" les nommait quasars, trou noir, antimatière, naines blanches.
Les ignorances respectives se grisaient de synonymes où se noyait leur incompréhension et leur laborieux progrès.

La version "Déiste" en liaison avec la caste des skyzophrènes multipliait les théories. Les premières en place revendiquaient le statut de religion avec la fallacieuse légitimité de l'ancienneté. Les retardataires, sans martyre et sans historique, celui de secte avec en commun l'autorisation 007 bis: captation de propriétés.

La version "Capital" des humanoïdes détourna les progrès de la science au deuxième millénaire du temps terrestre et organisa la prédation de la caste des goinfres pour accélérer ce processus de Pandore.

Germain Gauche s'amusait beaucoup de cette capacité des humains à s'autodétruire, ignorant dans la griserie que lui procurait la puissance, qu'au dessus des avatars, le Grand Manipulateur de marionnettes tirait les fils.L’autre G.G, le Gestionnaire des Gestes, ailleurs quelque part dans la matrice, s'amusait lui aussi du process induit par Germain, au bord extrême du maelstrom de sa propre auto-destruction.

Les deux  G.G se divertissaient parallèlement de l'inventivité de leurs créatures respectives au service de  l’illusion et s'étonnaient de leur aptitude à travestir leur apparence de marionnettes et d’avatars.

Le froid me dévore et le vacarme de la cascade me réveille.La séquence encodage de mon voyage astral a saturé mon mental et j'ai la sensation que mon crâne est un samovar en ébullition.Le soleil n'est pas encore là. Il me faut un café! Il me faut une douche!
"-t'en voulais de la précarité? Ben…. t'en as!"
Je suis entre un pâturage et une cascade, les cairns sont la seule signalétique et n'indiquent que le refuge à une heure de marche. Pas un cayolar à l'horizon. Je pense à mon  ado flamboyant qui me renvoi à ma propre adolescence et les compromis, à mes trahisons. Je retrouve encore aujourd'hui cette rigide immaturité qui dénie les renoncements nécessaires pour un absolu désuet autant que romantique. Les transgressions, régressives. Les rebellions, vaines. Le scénario initial corrompu (la trahison) par la peur de la réussite si proche de l'échec. C’est la mauvaise gestion de mon altérité qui sème les germes de l'échec dans l'élaboration de chaque stratégie. Exemple :
Symboliquement j'ai préparé mon sac à minima pour le plus léger possible au mépris du confort et sans lucidité face au climat, (stratégie) avec mes chaussures fétiches (romantisme), un duvet ultra light et une poignée de dattes (la Variable pas si Inconnue que ça)  qui empêcheront le projet de rando en autonomie totale d'aboutir (peur de réussir).
Qui tire les ficelles de cette maladresse organisée?
Mon autre Moi, dans l'obscurité de mon âme, prépare mon plantage avec Mon consentement aveugle:
Une étrange dichotomie verbalise le projet et les actes le compromette.
Pourquoi?
-Le statut de victime fédère les compassions et le rend confortable. Mauvais deal: L’équivalent énergie est au moins égal à celui nécessaire à la réussite.
-La confusion de l'esprit qui amalgame entêtement et volonté, idée et obsession, courage d'entreprendre et inconscience du risque inutile.
Mais la sagesse de Sénèque n'empêcha pas la folie de Néron. Alors, j'observe mon clone écrire le même scénar de vie sous mon regard impuissant, inutile et inquiet avec dans le programme, le virus autodestructeur comme le Seppuku inscrit dans le destin du Samouraï.
Je me rendors en révisant mon lexique personnel:
"Adolescence: Période d'invincibilité et d'immunité qui rend jaloux les adultes et fait la fortune des dermatos.
Enfant: Clone ayant la mission de réussir ce que les anciens ont raté."
La brume matinale a tout recouvert. Je ne vois plus les cocons. Ont-ils seulement existé?

Germain vient de finaliser son anti-virus et se prépare à le Downloader.
L'incidence immédiate sera que le "lapin blanc" cessera de sévir et l'effet domino sera la collision d'Andromède avec le système solaire. Un bénéfice immédiat pour l'humanité et, dans un second temps, quelques millions d'années en temps terrestre, juste la fin du monde.
Le Gestionnaire des Gestes, le Gégé du dessus, reprochait à Gégé du dessous son interventionnisme.
La règle absolue de la Matrice était la neutralité et la non-ingérence.  Il lui fallut donc intervenir.
Transgresser la règle pour empêcher la transgression de la règle.
Il activa donc la "Variable Inconnue": La Maladresse Organisée de Germain Gauche.
Le téléphone sonna chez Germain.
Il décrocha de la dextre et de la semestre distraite écrasa machinalement un bébé cafard qui "faisait" déjà ses dix centimètres.
Oups!!!!
La porte d'entrée céda sous la poussée de Maman Cafard vigilante maternelle et vengeresse. Une odeur fétide, pestilentielle et acre accompagnée d'un souffle rauque envahit la pièce. D'une mandibule agile et tranchante elle décalotta l'opercule du crâne de Germain.
Celui-ci n'échappât pas à son destin de nourrisseur de cafards. Il donna même de sa personne.
Bien sûr, usant de la fonction parole, encore active lorsque le prédateur entama sa dinette de cervelle, il argumenta et tenta de faire prévaloir la tolérance de ses maîtres en contrepartie de son rôle d'éleveur de cocons. La cafarde a l'instinct maternel et de l'appétit.
La bête exécutât le programme et savoura sa vengeance qui, sur Hyperborée Terra II, est un plat qui se consomme à vif.
L'élocution de notre G.G devint lente, syllabique, alphabétique. Sa voix ralentit, des aiguës aux graves comme celle du cerveau de Carl dans le film de Kubrick lors de sa déconnexion, tandis que le cafard faisait des mouillettes avec ses neurones.
La recette du Germain/coque en quelque sorte.
A l'extérieur un taggeur graffe son mur:
DIEU EST MORT- Nietzsche
La vengeance est un plat qui se mange froid - Jésus-Christ.

Je me réveille en sursaut: il y a une bestiole dans mon duvet!
Un cafard ou apparenté.
Innocent sûrement mais:
" - Si ce n'est toi c'est donc ton frère!"Lafontaine-je.
Sans plus réfléchir,  je l'écrase d'un réflexe de survie ou de dégout va savoir.
Décidément les coprophages ont mauvaise haleine!
The end!"

mercredi 12 janvier 2011

De la relativité des évènements!

Luca Giordano, La mort de Sénèque, vers 1684 huile sur toile 155 cm x 188 cm © [Louvre.edu] - Photo Erich Lessing.

Un deuil renvoie à d'autres tristesses y compris celles des ruptures, ces autres douleurs de deuils sans défunts, et la peine donne de la vertu aux disparus, aux passantes, qui sont les passeurs vers la vie d’après. Résilience ou paradis, enfer ou limbes pour celles et ceux réfractaires à tourner la page, refermer le livreLes sujets se suivent mais ne se ressemblent pas. C'est la vie qui est indécente: un ami parti discrètement, un sage assurément, mon ami Pierrot.




"- Pierrot est mort!"
La cloche se balance au beffroi* de l'église et le curé d'un coin des Landes a hurlé à la cantonade:
 "-Pierrot est mort!" 
Et vlan! La cloche s'en tamponne le bourdon: "Ding-dong" et refrain. Parole et musique synchro du professionnel de la confession en relation directe avec son fournisseur: L'hôpital.Il a jeté la nouvelle en pâture aux clients devenus public et à la salle de restaurant devenue scène de théâtre.
C'est un peu en avance: Soixante ans pour Pierrot et moins une pour les douze coups de midi.Le plongeur, le pizzaïollo, les serveuses et le chef sont sortis des cuisines dans une hiérarchie inversée devant les convives stupéfaits et Jeannot a quitté son comptoir délaissant la clientèle.
Un peu plus au nord et toujours au Sud-Ouest dans la ville de B., le téléphone a sonné et donné la même nouvelle.
Thomas Benjamin Dunid a mis trois mois avant de se décider à décoller les posters de la chambre du fond désertée par l'ado précoce à voler de ses propres ailes.
Pierrot c'est, c'était, pour certain un record à six chiffres au flipper du Bar de la Place sans que son café n'ait eu le temps de refroidir.
Pour Tom B. Dunid c'est, c'était une pointure en littérature. Ils se rencontraient "par hasard" chez le bouquiniste attirés par les ouvrages improbables entre de vieux Gérard de Villiers et des Maurice Genevoix oubliés. Ils entamaient, sur les marches de l'office du tourisme, des conversations impromptues de « Son Altesse Sérénissime » à  «Raboliot »dans la cohue du déballage des camelots du marché estival.
Il a juste un peu oublié, Tom, juché sur l'escabeau quand il entendit la nouvelle, la décolleuse de papier peint remplie d'eau chaude qu'il tient à la main. Attention à la marche! Le ridicule ne tue pas, il mouille seulement.Un fois sec, il fallût choisir entre l'envie d'être là-bas et l'envie d'ici: Assister au premier match du fillot qui réclame "son daron" pour l'accompagner au tournoi.Des deux imprévus il a choisit le devoir parental, le terrain de foot, la senteur de la pluie et les odeurs de vestiaire car "L'amitié à moins besoin de réciprocité que l'amour paternel et je n'ai pas d'amis! Enfin, ils ne savent pas que je les aime, mes amis imaginaires, surtout que je n'hésite pas à les égratigner" pense Tom.De l'amitié il n'a que le  souvenir des asymétriques, de celles qui vampirisent. Celles des ados en travaux. Celles des entrepreneurs du chantier de la vie et d'un commerce inéquitable avec une identité à construire et la première pierre posée sur la mouvance du sable. Autant dire un temple sans idole à bâtir sur les fondations de l'affect.« Ce temple du "qui se ressemble s'assemble"je le regarde de l'extérieur. Je m'interdit d'y entrer avec mes névroses où les autres disciples ne me renverraient que le reflet de mes propres carences. Durant des années je ne rencontrerais que des miroirs. Puis un jour lointain je saurais que je peux enfin franchir son seuil. » pense Tom. Profession de foi de l'époque, à méditer encore aujourd'hui.
Les souvenirs de Tom font du ricochet entre les deux rives de la mémoire et du présent:
Au présent,sur le bord du terrain de foot, il doit trancher des disputes de "hors jeu", lui qui n'a jamais compris cette règle de base,entre un public aussi clairsemé que la pelouse et les parents afficionados.
Au passé, à l'étal du bouquiniste avec Pierrot, l'amitié était muette, tacite ou imaginaire, épisodique et réconfortante. Unilatérale peut-être. 
Sans doute que là-bas les clients ont sortis les pizzas en fin de cuissons, éteints les feux des fours et du piano, réglés les additions qu'ils avaient eux même établit à l'aide du menu et laissés des pourboires.Il voit son héritier courir sous la pluie, glisser dans la boue, sortir du terrain et se voit lui faire honte en le couvrant d'un poncho devant ses potes, sur le banc de touche. Il a toujours peur que ce grand corps dégingandé de presque homme  perde un os à la poursuite d'un ballon ou s'enrhume sous la pluie.
Pierrot, c'est, c'était l'un des rares dont la notoriété ne se pesait pas en gramme d'alcool mais en tonne de bouquin qu'il avait lu. Pas de quoi faire une icône pour Tom juste concevoir du respect pour la sagesse de cet homme qui avait, pour de mystérieuses raisons raisons sentimentales, quitté sa réussite de banquier Lyonnais prospère pour une vie plus petite de boulanger déraciné propriétaire d'un terrain et de deux ânes sur la route de M......
Le match est perdu sans tristesse, "l'ami " est parti avec sa sagesse.
Tom a son compte de statues. Pourtant, il a envie de poser une gerbe discrète aux pieds de celle-là.
Un peu plus au nord, un peu plus tard, il y en a un qui chausse ses rollers pour un moment de silence hors de la maisonnée indifférente et bruyante, seul moyen de s'enfuir pour un dernier tête à tête.
Le trottoir de l'avenue Thiers est couvert des feuilles mortes de "Prévert et Cosma" comme un paillasson à l'entrée du monde de "l'en dessous".
Tom B. Dunid s'arrête entre les deux rives sur le Pont de Pierre. Au mitan du monde virtuel où coule son sang rive gauche et, rive droite, celui du monde réel où réside l'enveloppe de chair. Au milieu, entre le maelström de l'en bas où s'agite la Garonne et le ciel entre chien et loup, déchiré de cirrus du monde de l'en haut.
Il y a, à l'intersection de ces deux médianes, l'alcôve du temps suspendu où il aime à rêver et où peut-être  le monde absurde respectera une minute de silence. 


Quelque part en Absurdie à la frontière de la relativité des évènements des grosses peines et petits inconforts peut-être que l'on trouvera à nouveau du Lindt 99% à Karouf.

En tout cas le record de Pierrot sur le flipper du Bar de la Place à L... n'est pas prés de tomber: Le taulier a débranché la machine!


*Je sais : pas de beffroi dans les Landes mais si t'as une idée pour m'éviter l'assonance entre cloche et clocher, je prends!

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