dimanche 11 mars 2012

Submarino.


Submarino est un film de Thomas Vinterberg.


Confidentiel, le film ! 
Vu dans les petites salles d’art & d’essais et passé inaperçu, moins optimiste qu’ « Intouchable »

La scène d’ouverture :

« Nick allume une cigarette. Il a ...quoi? 10,12 ans? Il a aussi et surtout un bébé dans les bras.

Un nourrisson. Deux gamins livrés à eux même où le plus grand s’occupe des plus petits. Déterminisme causal et accord tacite. La mère rentre parfois pour distribuer des tournioles, finir les fonds de bouteilles et s'endormir dans sa pisse et son vomi.

Nick détenteur de l'autorité est à peine plus âgé que son cadet. Souvent, les deux frangins volent la nourriture dans les épiceries, fument les clopes et boivent le Vermouth de la"maman".
Pas grave: ça permet de déconsigner les bouteilles vides pour acheter du lait en poudre. Nick et son frère cherchent un prénom dans l'annuaire et baptisent le bébé : Martin !

La nuit de trop.

Alcool, cigarettes et sono à fond. Pour ne pas entendre les pleurs. Seuls, les « grands » fêtent l’absence de la "maman" et le "baptême" du frangin dans cette solitude aux airs de liberté.

Au matin, Martin, le bébé, est mort ! »

La mort subite du nourrisson, ça s'appelle.

Moi, j'opte plutôt pour la mort subtile du bébé qui reprend ses billes, pas client de cette vie qui démarre mal.


Bienvenu dans "Submarino" de Thomas Vinterberg déjà remarqué pour "Festen", un règlement de compte familial.


"Submarino"n'est pas un documentaire sur la vie des sous mariniers, c'est la vie qui touche le fond. Celle des enfants qui grandissent sans s'élever. Les mal embarqués qui ne feront jamais surface. Une enfance en apnée pour des vies qui s'essouffleront.Un soir d'optimisme et de frigo plein, les deux frangins signent un pacte d’un Z comme Zorro. Bien vu : le lendemain est l’instant de l’ultime déchirure et celui de leur dispersion par les services sociaux.

Du poil au menton et vingt ans plus tard, Nick pousse de la fonte et descend des bières. Il sort quelquefois de sa piaule à la demande de Sofie pour un petit câlin. Sofie est mère sans enfant. Ou presque: les services sociaux lui transmettent les dessins et les lettres gribouillées mais pas l'enfant qu'ils lui ont retiré. 
La nuit on voit Nick sortir de son foyer pour stationner devant une cabine téléphonique. Il tape sur le clavier un numéro tiré d'un bout de papier froissé. Il tire rarement le bon numéro! Il tape aussi du poing sur la machine sourde à ses appels au secours.

Quand tu as passé ton enfance de foyer en famille d'accueil, abandonné par une "mère" alcoolique avec un frère dans la nature et l'autre dans un petit cercueil blanc, t'as le droit d'en vouloir un peu à la vie. Nick se brise la main qu'il faudra amputer, mais pas de suite. Plus tard quand il sera en prison. Pour le moment, il va morfler un peu et se soignera à la gnôle de Sofie qui a beaucoup de culpabilité à distiller.
Pas grave: cette main l'innocentera d'un crime qu'il s'est attribué pour sauver la mise à Yvan.

Yvan, c'est le frère d'Ana qui  n'est plus qu’un tatouage d'une vie antérieure sur cette main nécrosée.
Ana s'est arrachée assez vite de la vie en compagnie de cet enfant hébergé dans un corps d'athlète qui s'éveille en sueur perdu au fond des nuits de fièvre, de cris et de larmes.

Elle avorte de Nick, de son mal-être et de l'embryon qu'elle porte.

Nick ramasse Yvan sur le trottoir. Après tout, n’est-il pas son ancrage dans cette éphémère et insaisissable normalité familiale et le perdant lui aussi d’un mauvais tirage à la loterie génétique ?

Car Ivan est obèse et physiquement difficile à caser auprès des copines. Plein d'affection, il a pourtant un souci avec les filles: il les étrangle quand elles crient.
Dans le genre "l'ami de mon amant est mon amant" Sofie est une exception qui  ne crie pas quand Yvan la touche. Discret et consentant, Nick se retire quand l'Obaise retire le O avec Sofie.
Pas d’bol : cette fois Sofie a dû crier puisque Ivan l'a étranglé. Alors, puisque Nick n'a d'autres cadeaux que sa liberté à offrir au souvenir d’Ana et pas beaucoup d’appétit pour son existence, il endosse le crime d'Yvan et se retrouve dans une cage encore plus petite que sa vie.

Pas grave: il y retrouve enfin dans la cour de promenade, son frère cadet. Perdu de vue, devenu père, célibataire, toxico, dealer maladroit. Au placard pour toute l'enfance de ce fils qu’il appela….Martin. Martin! Comme le petit frère mort le jour de son baptême.

« Nick:

- c'est toi frérot?

Il y a des barreaux de prison bien solide entre les deux frères et de l'amour intact et costaud.

- oui!

- il y a longtemps que tu es là?

- trois semaines.

- maman est morte!

- je m'en fous!

- tu as été un bon grand frère, tu as fait ce que tu as pu.

- qu'est-ce que tu dis?

- j'ai un fils: Martin.

- tu es un bon père?

- j'ai fais ce que j'ai pu.

- qu'est-ce que tu dis?

- je m'arrête là, Nick! »

Les portes claquent. La promenade est terminée. La parenthèse entre les frères aussi.

Les barreaux plus costauds que la fraternité, Nick ne pourra empêcher le suicide de son cadet.

Comme il était impossible d'étrangler Sofie d'une seule main, l'amputé sort de prison et retrouve la liberté, direction : l’enterrement de son frère.

Et Zorro dans tout ça? Le justicier juste à temps réunira la famille.

On retrouve Martin, néo orphelin à temps plein, qui a une solution pour retrouver papa: La lettre pliée en quatre dans sa poche léguée par son père: la dernière de l'alphabet.

Voilà pourquoi Nick fera la connaissance de Martin, son neveu pendu dans l'église au dessus du cercueil de son papa, un Z dans la poche.

Ce Zorro, quand même, c'est vraiment un sacré  justicier!


"- Cela ne se fait pas de raconter la fin d'un film!

- ce n'est pas la vraie fin!

C'est la mienne pour éviter un "Submarino II !"

Touché, coulé. L'image et le son aussi froid qu'une lame de rasoir viennent de te trancher l’optimisme.

Linéaire, sans rupture de rythme, le film démarre haut dans l'abscisse et ne retombe jamais avant le générique de fin et toi tu oublieras de râler parce que tu ne trouves pas de place pour garer ta bagnole, passque là mon gars, y a du malheur!


1 commentaire:

sable du temps a dit…

Zola, à comparer, c'est les bisounours !!!
et moi qui rouspète pour des broutilles de rien du tout, je vais peut-être réexaminer la situation ... passque, apparemment, le malheur ... est ailleurs !

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