mardi 11 décembre 2012

DSK ou les amours ancillaires du maître d'immonde


L'histoire de ce mec, c'est énorme. Perdre épouse, carrière, réputation, argent et dé-bourser (encore!?) un gros billet pour sauver quoi quand on a tout perdu?
AFP:"Un accord financier confidentiel a été annoncé lundi à New York entre Dominique Strauss-Kahn et la femme de chambre guinéenne qui l'accusait d'agression sexuelle à New York, épilogue d'une saga judiciaire qui avait mis fin aux ambitions présidentielles de l'ancien patron du FMI."

- Pourquoi?
- Pour récupérer cette lettre:

" Nafy,
Je t'écris puisque je ne sais pas te parler. 
Toi, si prés de moi, si loin et si hermétique. Pourtant j'ai envie de te parler de cet amour qui dure "malgré" nos dix neuf mois de vie commune, mais pas banale, et l'exposition du décalage social de nos amours ancillaires. J'ai peur de t'entendre rire quand je ne suis pas drôle et j'anticipe des problèmes qui ne viendront peut-être pas.
Il me faut te dire que je viens de refermer ce livre de Romain Gary, écrivain à pseudo tu vois le symbole: "Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable".
C'est vrai tu n'aimes pas lire. Le héros Jacques, la soixantaine fringante, rencontre une jeune femme de méninge, Nafissatou (les prénoms ont été changés) pas intello mais un peu comptable.
Cette rencontre n'aurait pas du être puisqu'elle le confond avec un personnage célèbre, lui qui est anonyme. Hasard, variable inconnue! Pourtant l'amour s'annonce évident comme un invité tardif à une table presque desservie. Jacques s'enivre de cette senteur capiteuse de la jeune et si exotique Nafissatou (les prénoms ont été........). Puis s'inquiète: l'amour arrive un peu tard dans cet esprit mature mais masculin et confus. Pour lui le sentiment est indexé sur la performance horizontale. La psychologie masculine est parfois sommaire, réductrice sur le tard. Surtout sur le tard. Alors Jacques s'invente un clone avec une libido toute neuve, animale condensant tout ses fantasmes et sa schizophrénie qu'il met au service de Nafissatou (les prénoms......)qui ne désire rien d'autre que lui. Elle l'aime! Comme seule une femme peut aimer, sans calcul, dans l'acceptation de son être et sans contrepartie.
Gary m'a trompé sans le vouloir. Ce roman m'a laissé plus que des traces et notre histoire était déjà commencée sans que je le sache. Elle est née il y a bien longtemps d'un paradigme bâtit sur l'écrit et démolit par les cris. 
Du père inexistant, les livres furent les première pierres de mon propre édifice en ce temps où nous n'avions pas la télé.
Ce qui est aujourd'hui un signe extérieur de richesse lucide, ou de snobisme, était dans le mi-temps des années cinquante un signe extérieur de pauvreté. Une honte bue  comme de l'eau courante sur le palier et pas dans les latrines au fond de la cour (déjà les toilettes sèches).
Selon Robert Crumb.
 Alors je lisais!
De tout et n'importe quoi pour justifier l'apprentissage de la lecture scolaire: les étiquettes des denrées sur la table, des bédés aux toilettes, que d'aucuns n'y voient aucune allusion laxative, c'est fondateur la bédé. Adolescent rétif, je prenais le contre pied des poètes officiels et des lectures obligatoires. Le hasard des prêts ou des cadeaux dirigeait ma construction: Reiser, Goscinny, Crumb, Stan Lee et tant d'autres qui firent de moi l'amoureux de Barbarella et des vénus hottentotes callipyges de Crumb . Hier, sans doute,  l'émergence de la source vénéneuse de mes fantasmes et aujourd'hui, la résurgence . 
Fondateur mais pas très sérieux dans la cour des grands. La bédé n'était pas encore l'art neuvième et Angoulême pas encore son festival de Cannes.
Assez naturellement vint le temps des Cocteau, Genevoix, Giono, Guitry, Bazin.
Bazin tiens justement!
A la récré sans histoires de "la veille à la télé" où s'évoquaient en conversations merveilleuses le partage entres potes, j'étais un peu isolé lorsque s'échangeait comme des images, la trouille de "Belphégor "contre la saga des "Rois maudits" (j'avais pas encore lu Druon).
Alors, lorsqu'un matin "Folcoche" déboula dans la conversation, je brandis "Vipère au poing" mon Bazin tout frais lu de la veille. Mais là: Caramba! Encore raté. La version visuelle de Pierre Cardinal ne correspondait pas à mon récit et, très vite, le cercle qui me ceignait se mit à saigner d'une hémorragie de copains s'éloignant en me traitant de fumiste. Tu vois: déjà le pouvoir des cris sur l'écrit. Pourtant ce sont ces lettres qui inspirèrent ces images, comme la romance  mère de la fiction, et ce serait moi l'usurpateur?

Et Bazin un innocent sycophante?
Il devint caduque de chercher à créer du lien par ce média désuet qu'était la lecture puisque la moindre version télévisée avec ses images prédigérées remplaçaient et devenaient LA vérité.
Je me sentais pourtant en ce temps là légitimement une manufacture d'icones nocturnes, lisant en catimini sous ma couverture à la lampe de poche, un passager clandestin de mes nuits interdites de lecture, à l'électricité volée à EDF avec la complicité de quelques piles. Pourtant j'étais durement reconduit à la frontière de mes rêves invalidés par la petite lucarne.
Jadis trahit par Bazin et aujourd'hui par Romain Gary, l'histoire se répète 50 ans plus tard sur un scénario identique où brûlent sur le bûcher des vanités les mêmes dupes.

Sans les fondations de l'amour, sans ossature donc, et comme la tour de Babel, tous ces langages firent de moi une construction bancale et vacillante, un édifice isolé, une tour de Pise au bord de la chute.  
Pardon!
Dom.

3 commentaires:

Lulu a lu a dit…

Il ne sait peut-être pas parler mais on arrive quand même à comprendre ce qu'il écrit !

dusportmaispasque a dit…

ah ouais? en me relisant je pensais: mais de quoi y cause?
Sacré Dom'

Chonchon a dit…

Excellent ! Enfin il nous raconte ! Comme c'est émouvant...

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