samedi 31 mars 2012

L'antre de la déesse.


Deux ans déjà et je n'ai toujours pas résolu le mystère du frigo qui se remplit et des poubelles qui se vident toutes seules. Je passe à coté d'un évier ou d'une corbeille rempli de vaisselle ou de linge, miraculeusement vidés quelques instants plus tard. Pas de doute: je vis dans l'antre de la déesse.
 Au risque de ternir un doux rêve, je me permets de signaler qu’il ne s’agit pas d’une déesse mais d’une petite fée vulgairement appelée : Fée du logis et cousine éloignée de la célèbre Vesta romaine(fata de la loggia).
Avantage : contrairement aux déesses, elles ne réclament pas d’offrandes sacrificielles (tout au plus imposent-elles des petites conditions pour contrer la malédiction du samedi  qui frappa Mélusine) et n’ont pas fait vœux de chasteté, telles les Vestales!
« Belles à nulle autre pareille, et qui plus est enchanteresses ! À qui d'autre peut mieux rêver le rêveur de rêves qui n'a que le rêve pour aimer et être aimé au-dessus de ses moyens ? Qui d'autre pour lui entrouvrir l'or des aventures, des serments d'immortalité, accomplir ses espérances d'enfance lorsqu'il se voulait chevalier, chasseur de dragon, amant pour toujours d'une fée belle à nulle autre pareille ? » 
Dixit Pierre Dubois, fondateur de l’elficologie.
Les déesses et autres princesses n’ont plus qu’à aller se rhabiller…

dimanche 25 mars 2012

Une minute de silence!

Des certitudes qui vacillent, des vérités sans vraisemblance qui font une semaine de valeurs perdues pleine de raisons d'aller retrouver les petits oiseaux et  tourner les gambettes sur un VTT en quête des tables de la loi.
J’ai localisé la cache du coté de la Pimpine: en lisière d’un bois vers Sadirac (33) au fond d'une caverne à l'haleine fétide était la source de l'effort s'abreuvant du maelström de l'énergie noire.

Tu vas voir que le petit saigneur des anus va nous la mettre bien profond entre les deux tours. J'ai rencontré une vieille Terrot, la vérité, la colère, l'échec, une MV Agusta, une charogne, un écureuil, des vioques parfumées dissimulant l'odeur de cadavre et pas un seul raton laveur.  
50 bornes plus tard, j'avais fourré un buisson ardent, retrouvé mes repères et les tables de la loi mais trop tard: ces cons-là avaient fondu leurs bijoux dans le creuset des urnes en échange d'un veau d'or à crédit sur cinq ans.
Autour de l'arche de l'alliance posée sur un catafalque, livides, tremblants, ils étaient rassemblés aux pieds de leur chef de pacotille psalmodiant des prières pour oublier leur peur. La toute menue Pimpine, rivière du sud-ouest s'éloigne vers La Tresne, passe l'étang des sources et se défenestre dans la Garonne.Un corbeau noir plane vers le couchant.
Jamais une minute de silence ne fit autant de vacarme
! 







dimanche 11 mars 2012

Submarino.


Submarino est un film de Thomas Vinterberg.


Confidentiel, le film ! 
Vu dans les petites salles d’art & d’essais et passé inaperçu, moins optimiste qu’ « Intouchable »

La scène d’ouverture :

« Nick allume une cigarette. Il a ...quoi? 10,12 ans? Il a aussi et surtout un bébé dans les bras.

Un nourrisson. Deux gamins livrés à eux même où le plus grand s’occupe des plus petits. Déterminisme causal et accord tacite. La mère rentre parfois pour distribuer des tournioles, finir les fonds de bouteilles et s'endormir dans sa pisse et son vomi.

Nick détenteur de l'autorité est à peine plus âgé que son cadet. Souvent, les deux frangins volent la nourriture dans les épiceries, fument les clopes et boivent le Vermouth de la"maman".
Pas grave: ça permet de déconsigner les bouteilles vides pour acheter du lait en poudre. Nick et son frère cherchent un prénom dans l'annuaire et baptisent le bébé : Martin !

La nuit de trop.

Alcool, cigarettes et sono à fond. Pour ne pas entendre les pleurs. Seuls, les « grands » fêtent l’absence de la "maman" et le "baptême" du frangin dans cette solitude aux airs de liberté.

Au matin, Martin, le bébé, est mort ! »

La mort subite du nourrisson, ça s'appelle.

Moi, j'opte plutôt pour la mort subtile du bébé qui reprend ses billes, pas client de cette vie qui démarre mal.


Bienvenu dans "Submarino" de Thomas Vinterberg déjà remarqué pour "Festen", un règlement de compte familial.


"Submarino"n'est pas un documentaire sur la vie des sous mariniers, c'est la vie qui touche le fond. Celle des enfants qui grandissent sans s'élever. Les mal embarqués qui ne feront jamais surface. Une enfance en apnée pour des vies qui s'essouffleront.Un soir d'optimisme et de frigo plein, les deux frangins signent un pacte d’un Z comme Zorro. Bien vu : le lendemain est l’instant de l’ultime déchirure et celui de leur dispersion par les services sociaux.

Du poil au menton et vingt ans plus tard, Nick pousse de la fonte et descend des bières. Il sort quelquefois de sa piaule à la demande de Sofie pour un petit câlin. Sofie est mère sans enfant. Ou presque: les services sociaux lui transmettent les dessins et les lettres gribouillées mais pas l'enfant qu'ils lui ont retiré. 
La nuit on voit Nick sortir de son foyer pour stationner devant une cabine téléphonique. Il tape sur le clavier un numéro tiré d'un bout de papier froissé. Il tire rarement le bon numéro! Il tape aussi du poing sur la machine sourde à ses appels au secours.

Quand tu as passé ton enfance de foyer en famille d'accueil, abandonné par une "mère" alcoolique avec un frère dans la nature et l'autre dans un petit cercueil blanc, t'as le droit d'en vouloir un peu à la vie. Nick se brise la main qu'il faudra amputer, mais pas de suite. Plus tard quand il sera en prison. Pour le moment, il va morfler un peu et se soignera à la gnôle de Sofie qui a beaucoup de culpabilité à distiller.
Pas grave: cette main l'innocentera d'un crime qu'il s'est attribué pour sauver la mise à Yvan.

Yvan, c'est le frère d'Ana qui  n'est plus qu’un tatouage d'une vie antérieure sur cette main nécrosée.
Ana s'est arrachée assez vite de la vie en compagnie de cet enfant hébergé dans un corps d'athlète qui s'éveille en sueur perdu au fond des nuits de fièvre, de cris et de larmes.

Elle avorte de Nick, de son mal-être et de l'embryon qu'elle porte.

Nick ramasse Yvan sur le trottoir. Après tout, n’est-il pas son ancrage dans cette éphémère et insaisissable normalité familiale et le perdant lui aussi d’un mauvais tirage à la loterie génétique ?

Car Ivan est obèse et physiquement difficile à caser auprès des copines. Plein d'affection, il a pourtant un souci avec les filles: il les étrangle quand elles crient.
Dans le genre "l'ami de mon amant est mon amant" Sofie est une exception qui  ne crie pas quand Yvan la touche. Discret et consentant, Nick se retire quand l'Obaise retire le O avec Sofie.
Pas d’bol : cette fois Sofie a dû crier puisque Ivan l'a étranglé. Alors, puisque Nick n'a d'autres cadeaux que sa liberté à offrir au souvenir d’Ana et pas beaucoup d’appétit pour son existence, il endosse le crime d'Yvan et se retrouve dans une cage encore plus petite que sa vie.

Pas grave: il y retrouve enfin dans la cour de promenade, son frère cadet. Perdu de vue, devenu père, célibataire, toxico, dealer maladroit. Au placard pour toute l'enfance de ce fils qu’il appela….Martin. Martin! Comme le petit frère mort le jour de son baptême.

« Nick:

- c'est toi frérot?

Il y a des barreaux de prison bien solide entre les deux frères et de l'amour intact et costaud.

- oui!

- il y a longtemps que tu es là?

- trois semaines.

- maman est morte!

- je m'en fous!

- tu as été un bon grand frère, tu as fait ce que tu as pu.

- qu'est-ce que tu dis?

- j'ai un fils: Martin.

- tu es un bon père?

- j'ai fais ce que j'ai pu.

- qu'est-ce que tu dis?

- je m'arrête là, Nick! »

Les portes claquent. La promenade est terminée. La parenthèse entre les frères aussi.

Les barreaux plus costauds que la fraternité, Nick ne pourra empêcher le suicide de son cadet.

Comme il était impossible d'étrangler Sofie d'une seule main, l'amputé sort de prison et retrouve la liberté, direction : l’enterrement de son frère.

Et Zorro dans tout ça? Le justicier juste à temps réunira la famille.

On retrouve Martin, néo orphelin à temps plein, qui a une solution pour retrouver papa: La lettre pliée en quatre dans sa poche léguée par son père: la dernière de l'alphabet.

Voilà pourquoi Nick fera la connaissance de Martin, son neveu pendu dans l'église au dessus du cercueil de son papa, un Z dans la poche.

Ce Zorro, quand même, c'est vraiment un sacré  justicier!


"- Cela ne se fait pas de raconter la fin d'un film!

- ce n'est pas la vraie fin!

C'est la mienne pour éviter un "Submarino II !"

Touché, coulé. L'image et le son aussi froid qu'une lame de rasoir viennent de te trancher l’optimisme.

Linéaire, sans rupture de rythme, le film démarre haut dans l'abscisse et ne retombe jamais avant le générique de fin et toi tu oublieras de râler parce que tu ne trouves pas de place pour garer ta bagnole, passque là mon gars, y a du malheur!


mercredi 7 mars 2012

"On écrit pour en finir avec soi-même.
 C’est comme si on se noyait en criant : « Regarde maman, je nage ! »
Ceux qui hurlent à l’authenticité se jettent du quinzième étage en faisant le saut de l’ange : « Voyez,  je ne suis que moi ! »
Quant à prétendre écrire sans vouloir qu’on vous lise, tenir un journal intime par exemple [ou un blog], c’est pousser jusqu’au ridicule le rêve d’être à la fois le lecteur et l’auteur." 
Daniel  Pennac. « Le dictateur et le hamac ».

samedi 3 mars 2012

Zone.

Un mot sur Bacalan, ancien quartier mal famé, nouvellement nommé: "Bordeaux maritime" en prévision des futurs projets immobiliers.
Promesses de réhabilitation (ah, la sémantique!) pour ce quartier coupable d'abandonite aiguë et condamné à muter: Marina de luxe, Cité du vin, résidences cossues. Pour l'heure friche industrielle peuplée de lambeaux humains, décatis, vieillards, souffreteux où se croisent,rue Achard vers la forme de radoub dévastée, jeunes artistes en gestation dans le ventre mou de l’art et vieux chômeurs, anciens dockers ou métallos, courbés, las et contraints du port jadis prospère. La nuit tombée, les livreurs de pizza viennent dans la zone de non-droits sous escorte et, les jours de paiement du RSA, le bureau de poste ressemble à fort Knox. Les convoyeurs de fonds livrent aussi la bouffe à la banque alimentaire et aux restos du cœur, le holster en folie, armés comme des porte-avions. De nuit et l’hiver le tram ne traverse plus le pont du pertuis. Entre les bassins à flot des noctambules gerbent un mauvais vin, s’empêtrent dans leur vomi et titubent, et trébuchent, et roulent sur des bouteilles vides. Issu de la "Dame de Shanghai" ou de"L'I Boat" ce peuple des orques de Tolkien difformes parfois choit dans sa gangue sur le platin de l’estran. La marée montante et vigoureuse en extrait certains parfois de la vase que l'on retrouvent vers Cambes et dans la page des faits divers. Des formes sans ombres traversent des rues sans réverbères, en toute « discrétion »négocient une barrette se réchauffant au soleil d’une bagnole immolée. Impécunieux, décadent, j’y habite et y suis à l'aise: ainsi que le colonel Kurtz: "j'aime l'odeur du napalm au petit matin". 
Apocalypse Now, c'est ici et maintenant!






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