vendredi 21 septembre 2012

Il mostro!



Isabeli Fontana par Steve Mac Curry pour Pirelli.
Au prétexte d’aller vérifier l’hygrométrie d’une petite culotte me voilà mûr pour commettre une dernière forfaiture.
28 juin 10h- notre premier rendez-vous.
Listant toutes les bonnes raisons de ne pas y aller je me suis rendu vent contraire à ce premier rendez-vous fébrile et vaincu. 
Un genou à terre j’avais renoncé à elle et à toutes les autres. Formaté sur l’amour dure trois ans j’avais fui la petite dernière tant je n'aimais pas ce que nous étions en train de devenir. 
Jouant la passion contre la raison, sur la simple promesse de sa robe rouge vue sur la petite annonce. Je n’ai pas été déçu et notre léger flirt m’a laissé un goût délicieux de reviens-y !
J'imaginais, puisque je franchissais souvent la porte des étoiles, que nous devenions une histoire de tenon et de mortaise et afin de ne pas subir un jour la débandade, j'organisais la dérobade dans la confusion entre courage et inconscience, prétention et ambition avec cette constance et ce talent à me fabriquer des souvenirs poisseux. Il était temps de fuir avant qu’elle ne démasque l’illusionniste que j'apercevais dans ma glace le matin.
Elle est différente : quand l’ex rugissait, celle-ci ronronne.  La puissance de l’ancienne m’allongeait les bras du haut de sa jeunesse quand celle –ci me donne des coups de pieds au cul malgré ses heures de vol.
Pourtant l’envie de sentir  à nouveau« du vent dans mes mollets »me tenaillait. Sans doute émasculé par le monde des feux rouges et des frigos à remplir, ma sédition se bornait à passer quelquefois à l’orange et à mordre les bandes blanches. J’étais devenu un rebelle monocouille roulant à 55 au lieu de 50. Une forteresse vide!
Juillet : J’ai cédé à un autre rendez-vous où j’ai froissé sa robe noire. Le chasseur ignorait qu'il n'était qu'une proie.
Je sais pourtant qu’encore il y aura des murs entre elle et moi! Me défiant de la confusion qui ne peut discerner entre le désir et la simple curiosité et ne pas brûler de l’un pour satisfaire l’autre. Je me suis tant fourvoyé grâce ou à cause des vampires psycho affectifs promptes à me sucer une sève dont je n'étais pas avare!
J’ai bossé pour oublier puis rempli les heures vacantes pour ne pas me laisser submerger. Elle revenait dés que je cédai au sommeil vulnérable et abruti par l’effort.
La réponse est venue de la sagesse d’un vieil homme.
Aragon. Espagne.
D’étranges déjections minérales, que les gens d’ici appellent Cairns, m’avait orienté vers un village abandonné. Seule l’église dont les pierres étaient encore vivantes encourageait à la visite. Le golem était là !
Enfin là, mais pas tout à fait terminé : autour de lui un petit homme chauve et binoclard dans la soixantaine s’affairait virevoltant, charriant deux rubis pour les yeux, un rocher pour la tête et des membres de pierres prélevées sur l’église, tout à sa tache de donner vie au super héros invulnérable qui devait protéger son village et son peuple des pogroms de Franco. J’apercevais dans la pénombre sur son tee-shirt porté à l’envers l’étiquette cousue par sa maman du temps où on marquait le linge avant d’envoyer son marmot en colo. Son nom était lisible : Alex Cessif.
Le sage, le mythique Alex Cessif !
J’avais quelques questions à lui soumettre : qui, que, quoi, donc, où, pourquoi et comment ? Et il n’allait pas s’en sortir avec des parce que!
M’adressant à lui je lui explique mes tourments : "Maître, me voilà au sommet de la pyramide de Maslow, que dois-faire?"
« Soit que par égale puissance
L’affection, et le désir
Débattent de la jouissance
Du bien, dont se veulent saisir:
Si tu veux  leur droit choisir,
Tu  trouveras  sans fiction,
Que le désir en tout plaisir
Suivra toujours l’affection*. »me dit-il !
Mais encore ? Insistais-je perplexe.
« Il te faut rendre bien explicite le fait que tu choisi ta compagne et que tu tombes ou pas éperdument amoureux à cause ou par la grâce  d’une constellation de caractéristiques et d’attributs qui lui sont propres et spécifiques, et pas en fonction de ce qui manque ou fait carence chez les autres. J’insiste sur ce fait, sans aucunement exclure la possibilité que certaines de ces qualités puissent être attribuées à l’âge, qu’elles soient les fruits de la maturité. Bon maintenant, au sujet de ces femmes de ton âge, je peux énumérer quelques déviances urbaines: l’attachement quasi-nombriliste à leur groupe, la conformité sociale, le carriérisme débridé et cru, l’avarice émotionnelle… Mais, au delà du décryptage, ce qui t’a détournée le plus abruptement de ces femmes, c’est indubitablement leur façon de traiter la sexualité du couple. Simplement dit, tu n’as jamais trouvé la moindre harmonie  avec une femme proche de ton âge. J’ai même l’impression qu’elles ne s’intéressent pas autant qu’elles voudraient bien le laisser croire à la sexualité dans toute sa profondeur mais juste à la séduction*. »
Putain, il est en forme l’Alex. Il a l’air de bien me connaître en plus parce que plaire sans séduire, je connaissais cette constante du peuple fendu, mais  là il me faut un décodeur:
M’approchant du Golem pas encore animé je glisse une carte Sim*, tape mon code PIN et j’attends : il se redressa et ses deux rubis se mirent à briller "laisse tomber ce vieux con, j’t’la fais courte : une seule a la sagesse et la jeunesse, elle est italienne, fonce mais vas-y mollo!" 

Ce matin à 10h elle sera à moi et tant pis pour sa robe jaune. Le banquier me fait quelques difficultés pour me lâcher la somme en cash, l’assureur me congratule en m’assurant de son assurance et la  préfecture m’assure qu’elle porte désormais mon nom.
Dans le flot moutonnier de la translation ordinaire calé à 130km /h ma nouvelle complice Ducati 600 Mostro de douze ans d’âge ronronne entre mes jambes sur l’autoroute.
Alternative de plastique et de fer à la chair et au sang.
Une Ferrari joueuse me talonne entre Bordeaux et Saint André de Cubzac.  J’ai envie de bourrasque ! Malgré toutes mes bonnes résolutions mais assez mal armé avec mon petit bicylindre nous flirtons à quatre dans la zone interdite. Mon ex, une Fazer de 98 chevaux, rugissait en prenant 14000 tr/mn. Qu’importe, rien ne vaut le présent. Même si  l’actuelle  en a plein les pistons à 7000 RPM, j’aime ces coups de pieds au cul qu’elle me délivre dans la force de son ronronnement feutré. Puis,  le pilote de la Ferrari programme l’hyper vitesse sur une trajectoire exempte d’astéroïdes. La matière devient de la lumière, j’assiste, impuissant,  à la disparition du Millénium Falcon dans un vortex secoué par ses turbulences et aspiré dans son maelström de vent quelques instants.
Bourg/Gironde,Gauriac, Roque de Thau, Bayon,Lansac, Plassac, Blaye, la route de la corniche convient bien mieux à ma petite cylindrée  qui reprend son souffle dans le cocon rassurant de la vitesse légale.
Il reste quelques heures au jour et quelques jours à l’été. L’estuaire en contrebas me tend son miroir argenté et limoneux.
De l’autre coté, le manque, l’absence, les ténèbres et la peur. »

Alex Cessif. "Mémoires d'un fuyard, schizophrène et plus si affinités"
à Bacalan le 21 Septembre 2012.
*Pernette du Guillet.Au temps joli de Pernette l'affection signifiait la douleur, la peine, le chagrin....le manque, l'absence, les ténèbres, la peur....de l'autre coté.
* dans la légende Le Golem est d’argile et échappe à son créateur par un parchemin glissé dans sa bouche. Le mien est en pierre pour la solidité et la carte Sim remplace le parchemin.
* source: les carnets d'Ysengrimus.(en lien dans les favoris)

mercredi 19 septembre 2012

Il est temps....

....d'enfin payer"ce que le jour doit à la nuit!

jeudi 13 septembre 2012

En suivant les cairns.

J'aime la montagne autant que j'aime les sommets et les abîmes.
 Ici, comme dans toutes les montagnes, la distance se mesure en heures car le temps a vaincu cet espace où un rêveur debout va plus loin qu’un sceptique assis.  
Les cairns: signalétique ou processus biologique naturel d'un être de pierre?
A pieds : En allant à la rencontre d’un village abandonné nous avons vu, non pas l’ours, mais l’éléphant sculpté par la nature s’inspirant de Dali conforme à la photo en première page du menu de l'albergue de Pierre. Nous nous sommes laissé guider par les cairns, ces crottes de pierre, déposées ça et là par le Golem, qui nous menèrent vers le repaire du monstre biblique : Bagouestè (Bagueste). Comme la créature mythique, le village a échappé à ses créateurs : il est désormais rendu aux cailloux. Seule l’église, dont les pierres sont encore vivantes, résistera encore aux outrages de deux ou trois hivers. 
L’éléphant de Pierre.
A vélo : A l’attaque des montées impossibles vers des sommets panoramiques le VTT titube sur les pierres glissantes comme un vélo ivre de liberté. Il faut de grosses cuisses et un gros mental pour pédaler avec un soleil de plomb sur les épaules tel un passager clandestin. A avaler les grimpettes et dévaler les pentes dans un four, l’énergie fond entre pech et combe comme du fromage sur une pizza. Pourtant, au bout de l’effort et du chemin, l’intello à fesses molles et le préretraité aux muscles oubliés retrouveront le petit garçon enthousiaste qu’ils furent, du bonheur plein le regard. A moins que ce ne soit le vent de la montagne qui leur mouille le coin de l’œil.
Dans le canyon : Si, il y a de l’eau au pays de la soif ! Elle se planque au fond du canyon. Il faut « mouiller la chemise », dévaler la sente et sauter dans le vide pour la mériter. Les phobiques de l’eau, les angoissés du vide et les claustrophobes passeront, étonnés par leur propre « courage », dans des siphons en apnée (1 seconde) grâce à la patience et la gentillesse de Ep qui semble connaitre par leur nom chaque galet du canyon. Et surtout, le canyoning est l’opportunité de voir les dessous de la montagne en faisant la planche dans des vasques naturelles porté par ce sculpteur fantastique qui n’a pas pris un seul jour de RTT pendant dix mille ans : le Rio Vero. Dans la lumière des camaïeux d’émeraude et de topaze, d’ocre et de pourpre on peut admirer sans modération le travail inlassable et millénaire de l’eau sur la roche, du liquide sur le solide, du temps sur la matière, de la volonté sur l’entêtement. Rio Véro ! Véro, comme vérité ?
A table : L’imagination du cuisto règne : ici la Paëlla est Aragonaise. C'est-à-dire sans fruits de mer ni volaille, remplacés par du lapinou et des escargots. Cela prouve qu’il pleut parfois en Aragon et que les cagouilles sont plus faciles à attraper que les  poulets par cette chaleur. Parfois, après le gaspacho, c’est un agneau de lait qui se déguste à pleine dent comme Obélix en bonne compagnie d’un crumble aux pommes maison sur lequel glisse un Pacharàn de 2 ans d’âge (quand celui du commerce plafonne à trois mois).
Hasta pronto !
A Arcusa le 23 Aout 2012.
P.S : Fenêtres ouvertes le vent d’Aragon et les mots du poète éponyme caressent le marcheur repus: « Ce qu’il faut de sanglots pour la moindre chanson». Palme d’or de son effort, le film de la journée défile sur l’écran des paupières du randonneur fatigué.
Parce qu’un rêveur endormi ira toujours plus loin qu’un sceptique allongé."

mercredi 12 septembre 2012

Ceci (N') est (Pas) une recette!


Les photos sont
Axoa basque.

Ragoût de veau traditionnel du pays basque du canton d’Espelette qui s’accompagne presque toujours de pommes de terre sautées.Très facile. Préparation : 15 mn. Cuisson : 30 mn. Pour 6 personnes :1 kg à 1,2 kg de veau dans l’épaule, 2 oignons,200 gr de jambon de pays avec du gras,2 gousses d’ail, 6 piments verts doux ou piments d’Anglet,Piment d’Espelette en poudre,Sel

-Interlude- (la recette suit)
Axoa & Saut à l'élastique.
Il n'y a que des bonnes raisons d'aller au Pays Basque, le pays de la force, des hommes cubes (1.60m[au garrot]X1.60m [aux épaules]), du surf et de la montagne. J'y passe pour la course à pieds: Les 20 Km d'Ossès ou les 30 d'Espelette, le Marathon du Vignemale, la Montée de la Rhune du coté d'Ascain et la traversée de la baie ( à la nage) à St Jean de Luz, du coté du mois d'Aout . Dans un autre genre, la tombe de Luis Mariano, la maison natale de Georges Guéthary, la propriété de Ravel à Ciboure. Et l'Axoa!
St Jean de Luz.Natation et triathlon.
Pour me remettre de cette eaux salée ingurgitée involontairement pendant les 1.8 Km de la traversée de la baie, nous dinons d'Axoa dans ce petit resto, derriére la digue, pas trés loin de la maison de l'infante devenue musée et de l'église où fut marié Louis quatorziéme avec Mademoiselle (plus pour longtemps) Marie-Thérèse d'Espagne (anecdote en passant:La porte permettant le passage du monarque à la grosse tête fut murée pour, dit-on, que personne ne passe aprés LUI). La salle de pierres pourpres et blanches, de poutres apparentes est faite de recoins minuscules et sombres. Dans l'intimité dansante des bougies tes yeux humides et brillants me disent-"qu'est-ce que t'attends?"Trop tard: nos deux nains, Alice & Ben, arrivent et nous donnent les dernières nouvelles de mon ainé grâce à leur portable:
-"David saute du pont!!!"
C'est ça les enfants, laconique, concis mais inquiétant! 
Pas de panique: d'abord, c'est demain et, il ne s'agit pas de suicide, mais de Bugee Jump.
Le lendemain, le G.P.S nous tire par l'oreille jusqu'à Luz St Sauveur et nous dit:
-" vous zêtes zarrivés!". 
En effet: un attroupement sur le pont annonce le spectacle. David est là avec ses potes. 
Germain Gauche le préposé au harnais , maladroit et distrait (tu vas voir) arnache les candidats au saut de la mort et retire quelques brins de l'élastique pas encore fixé au pont pour adapter le fil de la future araignée, le précèdent sauteur (Fanou) pèse le double du poid de ma crevette. Afin de distraire son appréhension, je parle bouffe:
-"T'as mangé?"
-oui, une Axoa!"
Et il saute!
A-t-il entendu les derniers(!) mots de Germain-le-distrait?
-"ATTENDS! j' t'ai pas fixé"(à suivre)
-entracte-
Recette :
Vous coupez la viande en petits dés de 1 cm de côté au maximum.Vous pelez et émincez finement les oignons.Vous coupez le jambon en tous petits dés, en réservant les dés de gras à part.Vous faites chauffer une poêle épaisse sur feu modéré,Vous y faites fondre le gras de jambon, puis vous y jetez les oignons et les dés de jambon, vous les faites revenir puis vous ajoutez la viande et les gousses d’ail pelées et écrasées.Vous faites rissoler 10 mn en remuant souvent.Au bout de ce temps vous ajoutez les piments verts équeutés, épépinés et coupés en fines lanières.Vous mélangez pendant quelques minutes, vous couvrez et vous terminez la cuisson à l’étouffée pendant 20 mn environ.Vous assaisonnez en fin de cuisson seulement avec une pointe de piment d’Espelette et du sel.Vin d'accompagnement: Un Irouléguy local du Domaine Arretxea, rouge évidemment!
(suite et fin)
Bien sûr qu'il a entendu! 
Debout sur le parapet, au dessus de 90 mètres de vide, le ruisseau semble être un serpent allongé dans la fente du vallon et les arbres les plus élancés chatouillent à peine le bas-ventre de l'arche en agitant leur cime sous le souffle du vent. Il a sauté comme à la piscine, tête la première et a gerbé de trouille son repas en entendant le dernier(?!) mot aux perspectives funestes. 
Son corps aspiré par le gouffre se réduit à vu d'oeil. 
Il dépassé son vomi en détaillant la recette a peine décomposée, appréciant une ultime fois le rouge tomate et la teinte des pommes sautées encore dorées mais plus très croustillantes. 
Le ruisseau se jette à son visage déformé par la vitesse et la terreur. 
Un fil de salive étiré par l'accélération violente de l' interminable chute finale le relit encore à son rejet gastrique. Il ne remplacera pas le caoutchouc prévu pour le rappel chez les vivants tout là haut qui le regardent tomber. Le temps s'est arrêté, son corps aussi, une fraction de seconde.Le fouet, à ses pieds attaché, claque et se tend. Quelques mètres en dessous, l'eau affleure à peine les roches et les cailloux du torrent, puis il remonte façon balle de jokari. Germain-distraitmaispasque- est aussi farceur: Le fil est bien relié au pont! Alors le miraculé se met à rebondir comme un yoyo vivant. Sa trajectoire finit par croiser et venir à la rencontre de l'ex-Axoa. Et l'Axoa, c'est bien connu, c'est encore meilleur réchauffé.
http://www.luz.org/web/FR_Office_de_Tourisme/117-saut-a-l-elastique.php
The force be with you, tu m'as fait peur, Dadou!

mercredi 5 septembre 2012

Canyon

Quand j'ai vu la taille des rochers en équilibre depuis 10000ans et celle de nos casques, je me suis fait un peu de souçaï.
Jusque là tout va bien!
Va falloir sauter!









J'avais un envie mystérieuse de savoir d'où venaient ces étranges rampants sortant des viscères de la montagne. Maintenant je sais!

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