mercredi 13 février 2013

Variation sur solitude.


".....Je n'aimais pas ce que nous étions en train de devenir......"
Alors, comme au Far-West, j’ai tiré le premier. Mon imaginaire s’est embarqué pour Cythère à bord  d’un roman à la guimauve et, de rencontres épistolaires en rencontres tout court, j’ai touché terre sur les rives de l’adultère.
Du statut de maître de son monde j’étais devenu  l'illusionniste qui lui avait volé sept ans de vie.
Elle a repeint sa chambre tout en blanc avec un peu de vert.
« -Tu le sens le symbole, imbécile ! » me dirent en cœur toute mes voix intérieures :
Elle avait besoin de clarté, de propreté et d’un peu d’espoir. Elle sentait l’avenir à mes cotés s’emplir d’incertitudes au crépuscule de ses quarante ans et elle n’avait pas trop envie d’oublier pour encore, tout recommencer. 
Mais c’était la seule solution.
S’ensuivît une cohabitation amicale. À elle la chambre du fond, à moi la mezzanine !
Colocataire opportuniste j’attaquai la traversée du désert d’une morne plaine à la lisière du  "plat pays".
« avec la mer du nord pour dernier terrain vague
et des vaques de dunes pour arrêter les vagues »
avec l’attitude veule du traître sur le chemin de la rédemption,
avec le sombre calcul d’un pardon tacite dicté par les hormones,
avec de noirs clochers comme mats de cocagne,
avec le  ciel de mon espoir si bas « qu’un canard c’est perdu ».
Tandis que je m’aplatissais, elle prenait du relief. 

Le temps apporta une réponse tombée du ciel et l’avenir eu soudain un visage....

L'opportunité sœur du hasard fut la variable inconnue dans mon scénario original!
J'ai vu ses yeux se remettre à briller et ce n’était pas grâce à moi!
Banalité extraordinaire d'une intersection avec un autre désespéré.

Je n'ai rien dis: j'avais perdu toute crédibilité avec ma théorie du personnage de transition.  
La panique s'est installée, noctambule, excitant des réflexes primitifs d'ex propriétaire d'Elle qui savait se donner sans s'aliéner.

Puis, faisant le tri entre les blessures d'égo et d'orgueil, j'arrive invariablement à ce grand A:
J'écrivais pour elle à d'Autres et dans l'Ailleurs ce que je ne savais lui dire dans l'Ici et le Maintenant.

L'aimer se résumera désormais dans ma capacité à accepter sans rébellion qu'elle soit heureuse sans moi.

L'important n'est-il pas qu'ils brillent encore, ses yeux noisette? Fermant les miens je subis, lâche et misérable, les images impudiques du pouvoir pornographique d'une femme pour rendre un homme dépendant le temps que l'amour s'installe.


Je passe assez rapidement de l'état de colocataire à celui de loque à terre. D'avoir dupé Dieu autant que Satan il m'était devenu impossible de prier. Elle m'avait rendu heureux sept ans durant et je n'avais à lui opposer que des histoires de tube dentifrice mal rebouchés et de brosses à cheveux qui traînent, moi qui suis dégarni, qui me rendirent aigri d'être son domestique tandis qu'aujourd'hui je serais prêt à ramper pour qu'elle reste.
"- Genre : "Si tu reviens j'arrête tout"? Ironise Arnaud Stalgie.
- ça risque de donner: "casse-toi pov' con" rétorque Alex Cessif.
- Il y a peu de chance, elle ne maîtrise pas ce langage présidentiel, conclu Tom B. Dunid."

Ainsi,  l'idée de la régression m'a assez vite quittée.

Finies les nuits magiques, la porte des étoiles était bel et bien celle de la chambre du fond!

Le ciel s'est fait menaçant comme l'avenir. Souvent, quand ça craint, je sors ma meule et je fuis. Je suis parti à moto vers mes origines campagnarde. Rentrant la tête dans les épaules, je me suis glissé entre le ciel et l'horizon et j'ai quitté l'autoroute vers une départementale pour aller prendre des nouvelles de la nature.
Il me fallait le calme d'un étang et la chaleur d'un bois.

Je me souvins de ces yeux noisette qui me donnèrent envie d'être un écureuil....
"- on ne quitte pas impunément un 95 C susurre la luxure.
- ta bouche, Luc."
Dans la vraie vie on peut s'évader et revenir indemne ou intègre d'une permission de sortie mais il est impossible de se débiner.
Quoique!
Alex a remisé la moto et s'est allongé dans la noirceur de cette nuit blanche et inter-minable. A l'heure du "Midnight express", un somnambule suicidaire nommé Hank Kholer est allé marcher dans la nuit avec un solde de haine et une grosse envie de fighter un imbécile qui serait moi.
J'avançais comme un bourrin mes 58 balais bien travestis sous une casquette à visière avec mon format jockey et mon sweat à capuche finissant le dernier jour de mon âge.
Je n'ai pas vu tout de suite la Ford Mondéo blanche qui me suivait au pas. 
C'est quand elle a fait marche arrière pour me dévisager que j'ai aperçu les quatre malfrats à l'intérieur.
Quatre! Ça tombait bien, j'avais faim.
Je me suis approché en hochant du menton comme une bonne racaille. Genre De Niro dans "Taxi driver":
"-are you talking to me?" Il y avait un zombie au volant et, à l'arrière, un roumain avec des menottes entre deux mal rasés.  Le plus patibulaire a montré sa carte tricolore à travers la vitre et m'a demandé mes papiers.
Coup de bol, j’étais tombé sur des flics en civils et j’avais mes papiers. C'est comme ça que l'on a évité "la bavure".
Le ridicule ne tue pas ....encore!

17 commentaires:

Célestine a dit…

Jouissif et jubilatoire.
Quelques grands moments dans une histoire ben ordinaère, comme dit Charlebois.
Mais finalement, ce que je préfère c'est
"J'écrivais pour elle à d'Autres et dans l'Ailleurs ce que je ne savais lui dire dans l'Ici et le Maintenant." ou le leurre originel...
Quoique j'hésite avec "loque à terre"et "on ne quitte pas impunément un 95 C"
Ça sent le vécu!

dusportmaispasque a dit…

"le leurre originel" c'est excellent!

Sable a dit…

J'aime bien le titre ( et le texte aussi bien sûr !) j'ai pensé à " Variations Goldberg " pour la musique, même atmosphère ... mélancolie nostalgie solitude.
Du fin fond de mon sac, j'ai ressorti mon célèbre p'tit carnet magique et je t'ai trouvé trois phrases :
" Il est peu de plaies morales que la solitude ne guérisse " - Balzac - ( plus facile à dire qu'à vivre !)
" Une chute profonde mène souvent vers le plus grand bonheur " - Shakespeare - ( à condition de ne pas se tuer en tombant ! )
et celle-ci, ma préférée : " la solitude est très belle … quand on a près de soi quelqu'un à qui le dire " - Gustabo Becquer - ( connais pas, mais l'a d'l'humour le gars ça devrait te plaire ! )
Et puis t'as raison Alex, j'ai testé, le ridicule ne tue pas.

dusportmaispasque a dit…

N'oublions pas que c'est une fiction. Tout au plus un exercice d'écriture vu par ici:
http://celestinetroussecotte.blogspot.fr/2013/02/rupture.html
Merci pour ce catalogue détaillé des phrases prêtes à l'emploi.
Alex me chante dans l'oreillette " La solitude ça n'existe pas" version Lèo Ferré.

sable a dit…

- oui oui oui j'avais vu, toute la blogosphère en parle. Moi en guise d'exercice d'écriture, je fais parler les tables, chacun son trip ! ! !
- de rien le service est gratuit( quand t'en reveux y en re n'a !)
- Tout à fait d'accord avec Léo Ferré, ( encore un grand plombeur de soirée celui-là, mais génial ) sinon ça se saurait !
allez à tantôt !

Célestine a dit…

Merci!moi aussi, c'est un peu du vécu...

Célestine a dit…

Tout la blogosphère en parle? c'est pas un peu exagéré, ça?

sable a dit…

chais pas !

dusportmaispasque a dit…

@ Célestine: cette pique semble m'être adressé:
c'est moi qui en parle*
je suis loin de représenter la blogosphère*
toute la blogosphère en parle* .
Yve* est une amie qui abuse de l’hyperbole et manie l'ironie à mes dépends,cela donne en conclusion ce gentil syllogisme.
*prémisse majeure.
*prémisse mineure,
*conclusion.(j'ai bon , maîtresse?)
*fleur jaune, comme le rire.

Yve - Sable a dit…

Alex : C'est vrai je manie l'ironie j'en use et abuse, c'est une seconde nature chez moi. En revanche je ne l'utilise jamais à des fins méchantes ... et je vais de ce pas rassurer Célestine.
Tu ne représentes pas toute la blogosphère mais tu en es quand même un spécimen ... hors norme ! et voilà ça recommence !!!
Amitiés

Yve - Sable a dit…

Célestine : j'ai un humour à deux balles, Alex te le confirmera, il est habitué c'est un jeu, l'ironie entre nous !
Rassure-toi je ne cherche pas à blesser qui que ce soit et si je l'ai fait, j'en suis désolée.
Amicalement
Yve

Célestine a dit…

"et je vais de ce pas rassurer Célestine."
Moi, un homme qui parle en alexandrins n'a pas besoin de me rassurer...
D'ailleurs, je n'étais pas inquiète.
En revanche, je réalise que "sable du temps" est un homme, et que depuis le début, je crois parler à une femme. Désolée.Enfin, je veux dire, de m'être trompée.

Célestine a dit…

Yve est "une" amie?...ouh là, ça devient compliqué...
Bon j'avais donc bon concernant Sable du temps...mais je n'ai pas bon du tout sur la réponse que je lui ai faite...

Ah oui, fleur jaune...mais dans les mots croisés ça s'écrit Ive.

Sinon pour le syllogisme, c'est parfait. 20 sur 20

rideau, j'ai sommeil!

Célestine a dit…

Bon non, je me suis trompée. Sable du temps est une femme...qui s'appelle Yve.

Sable a dit…

Après rapide examen du personnage, je confirme : je suis bien une dame ! ! !

Carole a dit…

Salut !
j'adore cette phrase "L'aimer se résumera désormais dans ma capacité à accepter sans rébellion qu'elle soit heureuse sans moi." : la seule vraie preuve d'amour en fait... la possession est toujours une cause de rupture à plus ou moins long terme.



Sinon "le colocataire qui devient loque à terre" : héhé génial !

PS : Je suis allée faire un tour dans la rubrique "voisins voisines" à droite. Il y a un truc bizarre : le CaroleMiettes est crée par un blogueur qui a ouvert une quantité impressionnante de blogs sans aucun contenu.. t'as vu ça ?

dusportmaispasque a dit…

Bonjour Carole
Je l'ai linké il y a longtemps pensant qu'il s'agissait de toi.

je le retire si tu veux.

Jette un coup d'oeil ici, y a du sport: http://sabledutemps.canalblog.com/archives/2013/02/18/26450550.html#c54278843

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