lundi 1 juillet 2013

Jalabert, ma femme et moi.

« Ce matin t’avais un goût de menthe, me dit-elle ! »

-….. ?

Cueilli ! 
T’es là tranquillou à la terrasse dégustant l’After eight qui accompagne le petit noir « chez Fred » place du Palais de L’ombrière (fiction, bien sûr !)et tu ne vois pas, trahi par ta semence de la dernière livraison, venir le reproche, la suspicion, l'allusion au dopage.
J’ai franchi le col du Tourmalet une ou deux fois.
L’Aubisque, le Soulor, Hautacam, Iraty, Ascain, le col d’Ibardin aussi.
Jalabert et consorts en grimpent quatre parmi ceux-là  dans la journée.
La phrase me surprend en pleine ascension.
« - la prochaine fois je prendrais un mojito Tac-au-taquai-je.
Mon deuxième cerveau en pilotage automatique se cale sur la trajectoire d’hier soir et je revis la scène de la veille au ralenti : chez le glacier de la rue Sainte Catherine (toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des situations existantes serait pure coïncidence), je me vois saisissant le cornetto biscuité et sa boule de menthe/éclats de chocolat noir.
La boulette ! Plus veinard que Jaja, tombé par sondage sorti des burnes 15 ans plus tard, me voilà pris en flagrant délit de dopage dés le lendemain aux matines.
Le passé, c’est dépassé!
10 ans plus tôt l’ascension de tes sommets, mon amour, se faisait à l’enthousiasme et sans substances exogènes.
Jaja, fallait pas pisser dans cette éprouvette !
Tout comme « Queens » aurait du raccrocher après la mort de Freddie Mercury et  Iggy Pop devrait s’acheter un tee-shirt.
La voiture en dépôt à Lourdes (histoire inspirée de faits réels) je roule depuis 15 bornes avec une Jeannie Longo de passage alliée de circonstance contre le vent en relais  à toi, à moi !
A la bifurcation ma partenaire d’un jour part vers Sainte Marie de Campan tandis que je continue par Luz Ardiden. Il parait que par là c’est moins raide. Un but identique, deux itinéraires !*.
Célibataire contre le souffle d’un vent de terre, j’en « remet un ». Cliquetis de dérailleur, la chaîne descend doucement d’un pignon et repose délicatement sur le 12 dents en dessous, comme la tête de ma fillote se repose désormais un week-end sur  deux sur mon épaule au cinoche.
50**x 12 : Trop vite, trop tôt je dois réviser mon ambition pour ce faux plat malgré son faible pourcentage qui mène de Nestalas à Luz. Au pied de l’Ardiden  « mettre du gros » car le mur à la sortie de la ville me colle sur place.
A la fontaine de Barèges je refais le stock de flotte. Le passage à 5% du jardin botanique, jusqu’à l’auberge de Louison me recharge la vigueur puis les derniers lacets avec du 8 et du 9% sans répit, la chaleur et le goudron fondu me  colle aux pneus comme le doute accroche sa poisse à mon mental.
Me voilà glissant sur la paroi verticale du temps et du Tourmalet. 
(Tourmalet étymologiquement, c’est mauvais tour.)



49 ans qu’est-ce que je fous là ? D’accord j’ai retrouvé les 60 kilos*** de mes vingt ans, et les jambes ? Et la tête ? Alouette !
Justement, la tête! A vingt piges tu ne m’aurais pas fait grimper sur un vélo et encore moins sur une montagne !
Il est temps de solder les comptes avec le temps. Le temps soigne et guérit. Sans lui, impossible de grandir. C'est lui qui donne au physique à la baisse la valeur ajoutée d'un mental à la hausse. Dans ses lacets se nouent et se dénouent les rêves immatures pour devenir des projets. Quand j'ai fini de batailler contre lui, il me semble que temps donne du talent.
Les mains soudées au guidon qui louvoie en limite d’équilibre « je sens tes seins dressés comme des barricades et sur ma peau tes dents qui brodent des croissants, bleutés comme tes cernes » et ça m’aide à ne pas mettre pied à terre.
Un dernier coup de rein pour les 13% des derniers cent mètres avant la bascule et l’orgasme de « l’arrivée », la débandade de la descente.
Mais d’abord, un fragment de moi à l'intérieur de l’auberge du sommet, un sein dans chaque main, reste accroché à l'instant, le temps de savourer la double récompense d'une garbure et d'un pichet de Madiran tandis que des champions d'un jour pose pour la pièce à conviction, la preuve de leur exploit personnel.

 "Le dopage existe depuis l'antiquité. Il n’a pas été inventé par Virenque, Armstrong, Ulrich, Pantani, Ricco, Rasmussen, Vinokourof, Contador, Jalabert, Delgado, Indurain…(.désolé, il en manque dans la série des pas vu, pas pris : Anquetil, Hinault, Robic, Bahamontés, Bartali, Coppi…). Et il ne s'est pas non plus arrêté avec eux.
(Par respect pour un ami, Luis Ocaña ne figure pas dans cette liste de suspect.)

* les symboles c'est bon?Tout le monde est là?

**le 52 est resté sur les longues lignes droites des Landes, je suis passé au plateau de 50 dents et c’est bien assez pour mes petites jambes.

***mise à jour:10 ans plus tard, 59 ans donc, j'ai retrouvé mon poids de Depardieu en gardant ma taille de Mimie Mathy, ça calme, hein?

2 commentaires:

Jean-Michel Gruet a dit…

Ta délicatesse me touche, mais la seule "fréquentation illicite " que je connaisse à Luis, ce fût l'Armagnac. Certains esprits chagrins objecteront que je suis de mauvaise foi, qu'ils soit rassurés, je l'assume pleinement.

dusportmaispasque a dit…

A propos d'Armagnac, et de l'enfant du Gers Ocaña, tu sais sans doute qu'une partie de l'Armagnac "s'évapore" entre la récolte et la déclaration fiscale.
Ce phénomène s'appelle "la part des anges"chez les vignerons.
Joli, non?
Merci d'être passé.

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