dimanche 30 octobre 2016

Mada Money

Aventures d'un vazaha, 
chapitre 12: le peuple malgache et la valeur de l'argent
Salama !
Tout plaquer et partir vivre sur une île au soleil, beaucoup en rêvent mais peu le font. Je l'ai fait mais faut l'avouer, ce n'est pas si facile. Je me suis fait un pote français ici, un mec qui a pas mal bourlingué ces 30 dernières années, beaucoup voyagé, qui m'a dit qu'il y avait toujours un moment de doute. J'y suis.
Les malgaches croient que l'argent tombe du ciel. Je l'avais déjà dit, je n'ai pas eu de problème de vol (pour l'instant en tout cas). Pourtant je commence à comprendre comment ils fonctionnent et en fait c'est beaucoup plus vicieux, j'ai un peu l'impression d'être un PEL pour la famille, comme un investissement sur le long terme. Alors ça m'emmerde de dire ça car ils ont été super accueillant, mais pourquoi ? Je m'explique: je viens de me séparer de ma petite malgache, Nelly. Je continue à penser qu'elle n'est pas profiteuse car elle ne demande jamais rien mais je me rend compte que c'est confortable d'être avec moi. Pourtant, je vis très simplement, j'ai juste une petite cabane en bois, je ne lui fait pas de cadeaux (à part pour son anniversaire et un t shirt qui lui plaisait). Mais c'est toujours mieux que la case de ses parents. Et puis, y a toujours un petit billet pour un resto, pour une bière sur la plage, on mange varié alors que d'habitude elle se contente de riz à tous les repas, y a la moto pour les trajets au lieu du taxi brousse... Mais c'est surtout dans son comportement que c'est bizarre. Depuis que je suis là, je lui demande de se bouger le cul pour trouver du taf, car je n'ai jamais été avec une assistée et de toute façon ce n'est pas bien pour elle de ne rien faire de sa vie. Je croyais qu'elle était sage femme mais en fait elle a juste obtenu son diplôme et puis rien, jusqu'à y'a quelques jours. Car à force d'insistance, elle vient de mettre en place son petit business de canards. Ou plutôt, son frère avait besoin d'argent car il vient d'avoir un gosse. Ses parents sont ric rac et on m'a fait comprendre que ce serait bien d'aider. On te demande jamais directement de l'argent. J'ai dit oui une fois mais qu'il ne fallait pas compter sur moi pour la suite. C'est vraiment à partir de là qu'elle s'est bougée. Et encore, c'est moi qui ai financé la mise de départ. Bref, je la fait courte mais je me rend compte de plein de petites choses. Je ne pense pas qu'elle soit infidèle, elle est tout le temps avec moi, c'est déjà ça. Alors maintenant elle regrette, elle pleure. Mais quand l'amour n'est pas là, ni la confiance... C'est déjà compliqué de vivre avec quelqu'un en général alors ici, ça l'est encore plus. Mais pour éviter de vous raconter ma vie, je prend d'autres exemples sur leur façon de faire:
- Y a un cousin qui a fait un peu d'études, super cultivé et qui parle très bien français, qui bossait dans l'humanitaire. Quand on dit humanitaire normalement c'est pour aider ceux qui ont besoin. Lui se vante d'avoir trafiqué certains chiffres pour s'en mettre un peu dans les poches. C'est lui qui m'a appris certaines coutumes. Il est plutôt sympa, je l'aime bien mais on va éviter de faire des affaires ensemble hein ?! Lui m'a appris le proverbe "tsy kelly lala". Mot pour mot, ça veut dire qu'il n'y a pas de petit chemin. Le sens veut dire qu'il y a toujours un mauvais chemin. En gros, ils trouveront toujours un moyen de te niquer, ils essaieront de trouver une faille dans ton raisonnement pour te gratter un peu de pognon.
- Une cousine à Nelly qui est venue à Morondava pour le mariage que nous avons fêté en Septembre a dit avant de venir: on va aller en boîte, on va boire des bières sur la plage, on va faire la fête...quand Nelly m'a dit ça, commençant à comprendre le système, j'ai pris les devants: "qui va payer ?" Réponse: "toi". Quand elle a dit à sa cousine que je ne voulais pas payer, beh finalement on ne l'a quasiment pas vue et elle n'a pas fait la fête, elle est restée à la maison familiale pendant son séjour.
- un beau frère voulait qu'on aille à Belo/mer, un petit bled paradisiaque au bord de la mer à 3-4 heures de route. Je lui disais que je n'avais pas trop d'argent pour l'hôtel donc qu'on ne pouvait y rester que 2 jours (1 nuit d'hôtel). Il essaie de batailler pour 3 jours, je dis ok. Mais après réflexion, je savais que lui n'avait pas du tout de ronds. Donc je demande à Nelly de parler avec sa sœur et de demander comment ils comptent payer leur voyage. En fait, ils comptaient sur moi pour l'hôtel, les resto et même l'essence de sa bécane ! C'est moi qui finance et c'est lui qui choisi la durée des vacances. Ben voyons ... Voyage annulé. Ce qui est bizarre, c'est le même gars qui m'a filé les makis. Il ne voulait pas d'argent pour eux, alors qu'il avait voyagé 2 jours avec les risques que cela comporte, les makis étant d'une espèce protégée. J'avais donné 20 000 arias (6€) pour la forme et il était super content. Mais il essaie de me gratter... Donc toujours pareil, il ne te demande pas de l'argent directement mais c'est détourné.
- ils ne savent pas dire "ministère de l'éducation nationale", il n'y a pas de mot malgache, ils le disent en français. Par contre, il y a un mot qui existe pour ceux qui prennent de l'argent aux femmes qui sortent avec des vazahas: "joambilo". La femme sort avec un occidental donc, vieux en général. Elle a un amant malgache pour entretenir la tuyauterie, mais son malgache se fait entretenir par elle et donc avec l'argent du vazaha. Le joambilo est un peu comme un gigolo mais la source de revenu n'est pas la même. C'est toujours ceux qui ont qui paient, mais sans être au courant. Et donc il n'ont pas de mots dans leur langue pour dire des mots importants mais ils en ont pour dire des choses vicieuses.
- J'ai déjà parlé de la corruption mais des fois, ça prend un tournant différent: il est arrivé que le ministère fournisse des cahiers aux écoles. Et bien là aussi, la plupart des directeurs revendent les cahiers alors que c'est censé être gratuit. Tout le monde est au courant, les parents râlent mais payent au lieu d'acheter eux même des cahiers à leurs enfants. Ils critiquent mais participent à tout ça, car ça fait partie de leur quotidien. Je me demandait pourquoi ils acceptaient de payer, alors que moi même j'arrive à l'éviter et pourtant je suis une proie facile. En fait je comprend, c'est parce qu'ils sont tous pareils. Enfin non pas tous, mais en général ceux qui sont un peu cultivés, ils dorment pas.
Dernier exemple pour illustrer ce que je vient de dire: ici, il est de coutume de payer pour la famille de ta femme. Alors on peut dire que c'est bien car il y a une certaine solidarité. Sauf que c'est valable également pour des projets bidons. Par exemple, le père de Nelly possède une vieille bâtisse en brousse qu'il souhaite retaper pour accueillir des gens de passage lors de cérémonies, car elle est située à côté du caveau familial (ici ils appellent ça le tombeau). Bon c'est bien mignon leur truc mais perso je sais que je n'y mettrai jamais les pieds. Comme de par hasard, le père a bien expliqué la situation à la famille mais en français, histoire que je comprenne bien. Comme j'ai dit, s'il y a une maladie ou une connerie comme ça, ok pour la cotisation. Mais pour retaper une baraque qui sera vide 11 mois dans l'année, non merci. Et puis là aussi, c'est la façon de faire qui est gênante. En développant par la suite la conversation avec Nelly, je lui ai demandé si j'avais le droit, par exemple, d'acheter des cahiers pour une école. Elle m'a répondu que si je refusait d'aider la famille alors que j'aide des inconnus, ce serai mal vu. Donc si je n'ai pas assez d'argent pour offrir à des déshérités et en plus aider la famille sur des projets bidons, je dois choisir la famille pour éviter les tensions. Là encore, je n'aime pas cette façon de procéder.
Ces exemples montrent que s'ils ne sont pas vraiment voleurs, mais ils essaient toujours de gratter discrètement. J'aurai plein d'autres petits exemples... Et puis ce qui me gêne, c'est que payer n'importe quoi à n'importe qui pose des problèmes humains, de relationnel. Car tu ne sais pas s'il t'apprécie pour ta gueule ou pour ton larfeuille. Sur le mien maintenant, y a écrit "Big mother fucker" comme sur celui de Jules Winfield dans Pulp fiction...
Je ne vais pas vous cirer les pompes mais vous mes proches, vous avez la valeur de l'argent. Personne d'entre vous ne sont des profiteurs, tout le monde se lève le matin pour aller bosser. Ici, toujours pareils, ce sont les plus pauvres les plus vaillants, faut les voir tirer leurs charettes remplies de sacs de charbon, en plein kania. Mais dès qu'ils font un peu d'étude, ils essaient de se trouver une place de fonctionnaire pour se la couler douce (je peux vous dire que les fonctionnaires français sont des petits joueurs face aux malgaches), tout en profitant de l'argent qui "tombe" à droite à gauche.
Comme j'ai déjà dit, je suis pour le partage des richesses. Mais j'aime choisir comment je dépense mon pognon. Je préfère aider ceux qui en ont vraiment besoin plutôt que ceux qui vont me demander telle ou telle chose. Pour moi, l'argent, les cadeaux... ça ne se demande pas. Dont tout ça est un peu gonflant et j'ai préféré me séparer plutôt que de continuer à entretenir quelqu'un qui ne veut pas bouger ses fesses. En plus, moi j'aime qu'on m'aime. C'est con mais je suis comme ça. Depuis + de 15 ans, je le dit sans prétention aucune mais mes femmes étaient amoureuses de moi (Laure, Emilie, Sophie) et ça se voyait. La petite Nelly n'est vraiment pas démonstrative et ça commençait à me gonfler. Comprenant un peu le raisonnement du malgache moyen, je commençait à me poser des questions et ça c'est pas bon. Alors on reste en bon terme, je pense que je vais continuer à la voir de temps en temps car j'aime pas être seul. Et ici je n'ai vraiment personne, même le fameux pote vazaha se casse dans quelques jours pour aller bosser un peu et ramener de la caillasse.
J'ai pensé à revenir en France mais retrouver sa grisaille et sa répression, non merci, j'en ai vraiment pas envie. Donc je vais tout faire pour trouver un intérêt à revenir ici l'année prochaine. J'ai encore mes projets pro et je compte vraiment monter mon truc car c'est facile ici, mais je vais investir plus petit que prévu pour l'instant. Et je vais me trouver une autre activité que mon asso actuelle, car ça aussi c'était bidon. Je pensai aider, j'ai fourni du taf (heureusement pas grand chose, quelques pages de blabla), mais finalement ils n'ont même pas utilisé ce que j'ai fait. Pourquoi me gardaient ils ?... D'ailleurs là aussi ça sentait le cul: c'est eux qui m'ont fait mon papier pour obtenir mon visa mais quand je suis rentré à Mada en juillet, ils m'ont dit que ce serait bien de lâcher un billet pour la signature du papelard... Mais bien sûr. Et la marmotte elle met le chocolat...dans ton cul ! J'ai pas payé, là encore fallait le dire avant. Puis faut être gonflé alors que j'ai fourni du taf. Et pour finir, le gars pour qui je bossait était un beau frère aussi. Bref, je suis déjà en contact avec une autre asso, j'espère que ça m'occupera et surtout que ce sera plus sérieux.
Donc voilà, je suis un peu calmé sur mon engouement initial mais je veux y croire, il y a tellement de choses à faire ici. Et je reste persuadé qu'il y a des gens biens. Désolé de ne pas faire beaucoup d'humour, la situation ne s'y prête pas, j'espère ne pas vous gonfler avec mes états d'âme. Mais j'essaie toujours d'expliquer de la manière la plus objective qui soit ce que représente de tout quitter, de partir vivre dans un pays aussi différent. Fallait bien qu'il y ai du négatif ! En tout cas, je commence à comprendre pourquoi les magaches restent entre eux, les vazaha entre eux. C'est dommage mais c'est comme ça. Moi qui ai toujours était très entourés par de vrais amis, j'avoue que ça risque d'être difficile. Finalement, ce sera peut être ça le plus dur ... Alors on s'accroche, on repart de 0, on profite des 3 mois qui restent et on verra bien ! Inch Allah !
Bises

vendredi 21 octobre 2016

La moto à Mada

Des nouvelles du fiston vazaha à Madagascar
"Pour bouger les fesses de ma petite malgache, je l'ai incitée à faire un peu de business. Pour ça, son idée a été d'acheter des canards en brousse pour les revendre 2 fois plus cher aux restaurants en ville (c'est la règle, c'est normal et ça fonctionne donc, bonne idée). Elle a fait le voyage une 1ère fois seule et j'ai proposé de faire le suivant avec elle, il me fallait un peu d'aventure. 
Donc ça commence par 40 bornes de routes goudronnée, puis 120 de piste. Et beh c'est du sport, on a mis pratiquement 5h30 ! 
Bon pour ma défense, je ne suis pas vraiment sûr du kilométrage, je dirai plutôt 150. Le problème c'est que mon compteur est déjà mort, le leur est soit débranché, soit faux (quand ils roulent à au moins 50 km/h, le compteur indique 10...) et y a pas de bornage en piste. Bref, on va pas faire la tapette, faut se l'avouer, je n'ai pas été très rapide.
Mais d'abord le cross, c'est perso, sans le sac de patate à l'arrière ! Elle est mignonne la petite mais dans le sable, ça m'allège l'avant et sur les bosses, elle me comprime plus les suspates qu'autre chose. Et aussi, elle n'indique pas la bonne direction: j'étais sur un petit cours d'eau quand elle m'a dit "à droite, non à gauche, attend je sais pas !". Résultat: planté. Vous verrez la vidéo à mon retour vers la civilisation, pas assez de réseau ici. 
En tout cas, ce n'est pas pour rien que les pistards utilisent un road book. Et si c'est macho de dire que la passagère n'est pas la bienvenue, j'assume en disant que la moto ça se partage mais pour y prendre un max de plaisir, désolé mais c'est solo.
Donc la piste malgache, c'est du sable, de la terre, du mélange des deux, avec des cailloux, des ornières, des trous, des fourmilières énormes, des buissons biens secs qui te gratouillent les jambes même à travers le jean.... Le pire c'est le sable. Je pensai m'y être habitué chez moi mais là c'est autre chose: super fin, même les 4x4 n'y laisse qu'une trace à peine plus large qu'une roue de vélo. Tu n'as qu'une seule trajectoire possible avec un gros tas au milieu qui t'empêche de prendre l'autre saignée en cas d'obstacle. Et si tu veux éviter un buisson ou une branche d'arbre qui risque de te fouetter la gueule, tu ripes dès que tu es en dehors de la voie, tu pars en guidonnage et c'est super dur à rattraper. En gros, j'ai couché la moto 2 fois quasi à l'arrêt et pris une petite gamelle, sans gravité heureusement (ni pour nous, ni pour la moto). En fait, c'est assez frustrant de ne pas trouver le mode d'emploi. Et puis, comme excuse, la passagère n'aide pas. Alors tant pis pour elle, des fois elle descendait de la meule et là ça allait bien mieux. Une fois que j'étais en piste plus roulante, je réfléchissais à comment passer ces putains de portions de sable. J'ai révisé mes cours dans ma tête et m'est venue la solution: le regard. Ben voui, c'est con, mais c'est la base en moto. Il y a tellement de pièges sur cette putain de piste que j'ai pris la mauvaise habitude de regarder 5 mètres devant mes roues. Mais en moto, cross ou piste, faut élargir le regard. Et effectivement c'est efficace sur le sable, j'ai passé un peu mieux les dernières portions. Je me suis rappelé à mon bon souvenir que la moto, ce n'est pas que du gros gaz et des cojonès, faut être technique quand même un peu. Et puis de toute façon, je n'ai plus les couilles de mes 20 piges, alors faut réfléchir un peu avant d'attaquer.
Aussi il faut de l'équipement. Bon j'ai mis le casque (minimum obligatoire), le jean et les baskets. Mais il aurait fallu des gants, des bottes et au moins une dorsale au cas où. Un masque aussi c'est bien. Je n'ai plus de lunettes de soleil, à part les "Ran Bei" contrefaçon "officielle" de Ray Ban qui déforment plus la piste qu'autre chose. Avec le masque, c'est comme au ski quand il y a du brouillard, tu vois mieux les imperfections qu'avec tes propres yeux. Là je n'avais que mes lunettes de vue classique et avec le soleil, j'en ai chié !
La gestion du parcours est importante aussi. Normalement, on fait de la reconnaissance, on regarde une carte avant de partir, mais là ce n'est pas possible. Alors dernier recours, pêche aux infos mais là c'est encore une autre histoire, j'ai été très mal informé: le chauffeur de 4x4 me dit qu'il fait le chemin en 3h00 max alors qu'il a mis 5h30 ce blaireau, sans panne ni aucun imprévu. On l'a attendu et lorsqu'il arrive, pour lui tout va bien, grand sourire... En même temps, j'aurai dû m'en douter, ici quand il est 10:35, ils disent 11h moins... Moins 5, moins le 1/4, moins 25, ils ne connaissent pas. C'est comme le kilométrage, ils ne savent pas être précis. En me renseignant auprès de la belle famille, ils me disent qu'ils font ça en 2h30. Sauf que même si je n'ai pas roulé très vite, c'est impossible. Mais je n'ai su ça qu'en arrivant, qu'ils avaient dit ça pour m'encourager... N'importe quoi! Je pense surtout qu'ils ne m'en croyaient pas capable, ils avaient tous un petit sourire en coin quand j'ai dit que j'allais le faire. Aurait dû me méfier. Donc une fois sur la route, à une petite pause banane/café/clope dans le seul petit village disponible, je demande à la miss qui me dit "c'est bon, on a fait la moitié du chemin". Sauf qu'on n’était même pas au tiers. Quand je lui demande pourquoi elle m'a dit ça, elle me répond que c'est parce que d'habitude, ils s'arrêtent là pour manger... Sauf que quand tu détaille, elle te dit qu'en camion elle met 2h pour arriver là + 5h pour arriver à destination... Je l'ai regardée, elle m'a regardé, je l'ai regardée...bref, ne pas faire confiance à un malgache pour évaluer une distance ! En tout cas, je pensais pouvoir gérer le parcours sans problème, alors j'ai bien roulé dès le début, pas à l'attaque mais régulier. Sauf que 3 heures prévues en étant large qui se transforment en 5, c'est pas du tout pareil. En fait, ça m'a fait penser au canoë sur la Vézère, version parcours sur 2 jours. Au début t'es content, tu fais le con, tu fumes, tu bois. Arrivée la nuit, tu fais la fête autour du feu jusqu'à pas d'heure. Mais le lendemain, t'as l'impression de faire 2000 bornes! Moi encore ça allait, j'étais avec mon Fanou qui est comme Obélix, si tu rames, tu le ralentis. Mais je repensais au bateau vapeur de l'équipe, avec mes Chacha et Poulpy: pour te repérer, faut compter les ponts. Alors après chaque virage, ils espéraient voir un pont, sauf que la plupart du temps il y avait de graaandes lignes droites https://www.facebook.com/images/emoji.php/v5/fd0/1/16/1f602.png😂. Bref, cette petite session, c'était un peu pareil, à la fin j'étais raide. Mauvaise gestion de la distance.
Ah oui, dernière chose, avant de partir, toujours penser à bien réviser la meule. Ca c'est impératif donc je l'avais fait et ça m'a bien sauver la mise, notamment la vérification et tension du tambour arrière, j'avais oublié comment le pilotage cross différait du pilotage route. Un petit coup de frein arrière pour corriger une trajectoire, quand la poussière t'empêche d'utiliser l'avant, c'est très appréciable ! Ca se fait aussi avec une routière mais là c'est beaucoup plus fréquent. Et puis dédicace d'ailleurs à ma petite chinoise 150 cc, elle a assurée. Redémarrage 1/4 de pet après des pauses ou la petite chute, moteur qui chauffe mais qui ne bronche pas... Elle a des défauts cette petite, de finition surtout. Mais le petit cœur, le moulbiffe, il est là ! Faut toujours respecter sa cavalière, surtout quand elle le mérite.
Donc pour résumer, une virée en bécane c'est : révision mécanique, repérage du parcours, équipement. On se sort les doigts du cul, 1ère en bas, gaz à droite et ENJOY !!!
Voilà, ce petit parcours m'a inspiré, je voulais partager ça avec vous. C'est un peu technique, ça va peut être gonfler les non initiés. Mais faire de la piste à Mada, ça fait partie du folklore, que ce soit en 4x4 ou en bécane, faut le faire. J'en connais quelques uns qui se seraient éclatés avec moi. Même si j'ai quelques courbatures aujourd'hui, je ne regrette pas et je pense que je le referai (à commencer par le voyage retour). Ici ou ailleurs, je reste un motard, car la moto procure vraiment des plaisirs intenses, autant physiquement que moralement. Bien sûr, il y a plein d'autres plaisirs dans la vie. Mais ma virée me confirme que la moto reste dans ma "top list". Au passage, merci ma mère d'avoir fait de la moto jusqu'à 7 mois de grossesse. Et surtout merci mon père d'avoir rendu ça possible, tu nous a transmis le virus https://www.facebook.com/images/emoji.php/v5/f57/1/16/1f609.png😉
La bise

mardi 18 octobre 2016

Fokonolona! Justice alternative.

Les remords d'Oreste
Aventures d'un vazaha, chapitre 11: fokonolona
Ola la compagnie ! Ça fait longtemps que je ne vous ai pas écrit, alors c'est reparti pour un tour.

Bon après la prostition, je voulais parler du "fokonolona", la justice du peuple. En fait, la police ou la gendarmerie malgache ne peuvent rien faire contre les bandits de grands chemins. Le plus souvent, il s'agit soit des "dahalos", soit des étrangers qui font commerce de chair humaine (prostitution sur mineure ou vol d'organes). Pour la 1ère catégorie, les forces de l'ordre sont souvent moins bien armées et moins bien payées que leurs clients. Certains flics vont même jusqu'à vendre leurs armes en "sous marin", lesquelles se retrouvent dans les mains des dits dahalos. En gros, ils se font tirer dessus par leurs propres armes. C'est triste mais c'est la pauvreté qui veux ça. En plus, comme ils sont mal payés, ils sont plus vulnérables et surtout moins motivés que leurs agresseurs.
Pour la 2eme catégorie, nos compatriotes occidentaux, je résume en un mot: corruption. L'argent achète tout, justice, gendarmerie et police et tous, juges, avocats, témoins.....

Alors il se met en place des espèces de milices, constituées de paysans souvent armés de fusils et dont la source d'information est fournie par le bouche à oreille, tout simplement. C'est donc ça qu'on appelle le fokonolona. 


Je l'avais déjà dit, les malgaches parlent beaucoup et de tout. Il y a eu un cas à Morondava ou apparemment, un groupe de personnes a été pris la main dans le sac, en train carrément de kidnapper des enfants. Oui oui, vous avez bien lus. Mais le "lot" kidnappé n'était pas pour eux, ils ont dénoncé le gérant vazaha d'un hôtel en bord de mer. Alors quand on me raconte ça, je dit que c'est un peu facile de dénoncer quelqu'un sans en apporter la preuve. Mais comme de par hasard, le vazaha en question a disparu, laissant du jour au lendemain son domaine (et il est beau) à la merci de celui qui veut se servir. S'il n'était pas coupable, il aurait pu s'acheter sa protection le temps que l'enquête le déculpabilise. Je pense que sa fuite parle d'elle même. D'autant plus qu'on a jamais vu le peuple rentrer dans une gendarmerie pour chopper le gars dans sa cellule. C'est s'il est relâché qu'il doit faire gaffe à ses fesses, ce qui s'est passés à Nosy be. Petit rappel de cette histoire: un enfant de 7 ans retrouvé mort et découpé dans l'eau, les vazahas et le malgache (car on ne le dit pas à la tv mais il y avait aussi un malgache avec eux) qui ont été vu avec lui avant sa mort, dénoncés par le fokonolona, enfermés en prison puis relâchés dans l'après midi alors que toutes les preuves les accablaient. Ils ont été chopés par le peuple puis brûlés vifs sur la plage. C'est clair que c'est radical, qu'ils méritaient un procès. Mais pourquoi ont ils été relâchés si vite ? Pourquoi la police n'a pas informée la population d'un éventuel alibi, sachant ce qui allait se passer ? Beaucoup de questions en suspens dont on aura jamais la réponse.
Je me répète mais en général quand il y a ce genre d'histoire ici, on n'accuse pas sans preuve.
Perso je suis contre la peine de mort car en général il y a toujours la présomption d'innocence. Et puis je préfère que ce genre d'enculés passent la fin de leurs jours en prison, castrés et avec des sodommites. Mais là au moins c'est réglé, pas d'histoire de remise de peine pour soi disant "bonne conduite". Et puis, faut savoir que la population se renseigne avant de faire ce genre de chose, et je peux vous dire qu'ils sont très bien renseignés. Moi même je connais des choses vérifiables et vérifiées qui se passent ici. Donc je ne pense pas que les brûlés de Nosy Be (par exemple) soient totalement innocents. Et même si je ne suis pas totalement d'accord avec la façon de faire, au moins ils n'ont pas pu s'enfuir grâce à la corruption ... On peut dire que c'est barbare, il faut que ce soit juste. Dernièrement j'ai mis des commentaires sur Facebook a propos de Bertrand Cantat qui s'affichait avec ce qui paraissait être sa compagne actuelle. De voir un gars comme lui, qui a défoncé la gueule de sa femme a coup de lattes jusqu'à la tuer, aussi hystérique eut elle été, libre au bout de 4 ans, je me dit que la justice a des fois du mal à être efficace. En gros, des malgaches qui brulent des violeurs/déchiqueteurs d'enfants sont considérés comme des sauvages, mais en France un homme qui a tué sa femme a coup de taloches peut continuer à prendre du pognon tranquille... Alors après tout, j'opte pour la barbarie.
Et puis pour moi, qu'un mec comme Nelson Mandela pardonne à ses détracteurs, je l'admire. Que d'autres pardonnent (en général des femmes en plus) à un gars comme Cantat, je les méprise. Et on peut me tenir un discours pseudo bouddhiste et moralisateur sur le pardon, j'assume totalement. Pour moi le pardon, ça se mérite.
Pour revenir au fokonolona, il ne s'applique donc pas qu'aux vazahas, pas d'histoire de racisme là dedans. Pour les dahalos, quand il y a des attaques armées, des photos sont prises et affichées dans les rues. A la manière d'un bon "Sergio Leone", les criminels sont placardés et un numéro est indiqué pour toute personne qui pourrait donner des informations pour localiser le ou les gars. Et quand les flics n'y vont pas, ce sont les paysans qui se regroupent et vont essayer de les chopper eux même. Et quand ils en chope un, oui c'est barbare, ils le défonce comme ils peuvent. Alors les bons ne gagnent pas toujours, mais ça a le mérite de faire fuir les méchants et les habitants gagnent leur tranquillité pendant quelques temps.
Pour finir sur le fait qu'il y est des assassinats de français: depuis que je suis là, je n'ai pas ressenti de racisme anti blanc. Mais pourtant je peux vous dire qu'il y aurai de quoi. Je suis sûr qu'un arabe en France est moins bien regardé, aussi gentil soit il, qu'un français irrespectueux et baiseurs de gamine à Madagascar. Alors il ne faut vraiment pas croire que le Fokonolona soit mal orienté.
Il y a quelques jours, on a entendu des coups de fusils dans la nuit. Donc là c'est pas comme à Salleboeuf de simples chasseurs. Encore une fois, le fokonolona. En fait, un bar s'est fait braqué, les voisins sont sortis et ont tirés à coup de fusil sur les agresseurs. Alors quand tu entend ça, c'est sûr que ce n'est pas trop rassurant. Mais faut l'admettre, les voleurs se sont barrés et je pense (j'espère) que nous avons gagné quelques mois de tranquillité. Et même si ça peut paraître violent de savoir qu'un bar se fait braqué, je rappelle qu'une bijouterie s'est faite braquée en plein jour à Bordeaux il y a 2-3 ans, a côté de la place des Grands Hommes. J'étais pas loin quand c'est arrivé, une de mes clientes était mitoyenne de la bijouterie (Prévôt, rue Franklin). Même en France, la Police ne peut être aussi efficace. Et encore, je ne parle pas des camions de livraisons qui font ce qu'ils veulent le 14 juillet...
Voilà, encore une fois, c'est ça Madagascar. On s'adapte, on essaie d'y prendre le meilleur et on se tiens à carreau. En tout cas moi je ne me prendrai un coup de rondin dans la face pour m'être tapé une gamine, ça n'en vaut vraiment pas la peine. Et puis, c'est dans les vieux pots.......
Atchao

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