lundi 26 juin 2017

Street Triple

L’anglaise s’agenouille et soulève sa croupe...

Deux doigts sur l’organe sensible du levier, je retarde le freinage. De 90 à 50 Km/heure et 3 rapports rentrés à la volée, l’anglaise s’agenouille et soulève sa croupe. Fourche comprimée, le pneu avant est écrasé par la puissance du ralentissement et l’arrière perd le contact avec le bitume dans le transfert des masses. Les deux gommards fument et couinent à la limite d’adhérence et ma passagère me tombe sur les endosses. La moto glissouille amorçant un léger travers que le contre braquage du guidon oriente vers l’entrée du pif/paf. Un coup à droite, un coup à gauche, sur le coup de rein de l’accélération la roue avant hésite entre la terre et le ciel. L’arrière tortille cherchant, trouvant et mordant le goudron. 100 chevaux, avec la surface de contact équivalant à une carte de crédit, font glisser et vibrer la moto avant de retrouver l’axe de la ligne droite quand les deux roues reprennent contact avec la planète. Dans la culasse, une généreuse giclée de Super 95 arrose la chambre de combustion tandis que la cyprine 5W40 de chez Motul lubrifie les cylindres où les pistons s’en donnent à cœur joie.  De 4000 à 12000 tours/minute la vitesse passe de 50 à vilain, pas bien, voyou, attention les enfants regardent et tu dégrades l’image des motards. Le temps de se dégager du flot des bagnoles et je coupe avec l’espace libre devant, pénétrant le calme de la forêt où seuls quelques écureuils ont sursautés. Quelques micros secondes en zone interdite multipliées par le nombre de roundabout - rond point, mais comme elle est anglaise-et retour à la translation ordinaire. Depuis la loi du communiste Gayssot, ministre des transports, la vitesse est devenue un crime. Par contre, transport dans son acception poétique ne le sera jamais. Un petit 180 sans se faire chopper, il n’y a pas de quoi passer par la case prison et subir, ou profiter, de la sodomie de bienvenu qui accueille le primo délinquant
L’anglaise est une petite Street tripeul Triple trois cylindres de 675 CC, un missile sol/sol en vente libre. La fille naturelle des motos vintages qui battirent  des records sur le lac salé et bâtirent la réputation de la marque avec son modèle légendaire : la Bonneville!
J’aperçois au loin un groupe de bagnole qui va me pourrir la prochaine courbe à gauche. A 90 la moto à peine inclinée derrière les caisses, c’est zéro sensation! Je compte jusqu’à dix et je vise un trou, là-bas, au fond, où je vais pouvoir glisser ma petite moto et prendre la courbe en couchant la meule sur l’angle comme un goret.
L’anglaise ne demande que ça. De l’accélération violente, du rythme et elle aime se coucher à droite ou à gauche dans les grandes courbes et les coins de rue. J’essore la poignée droite et l’affichage digital fait un superbe doigt d’honneur à la maréchaussée. « Dans un éclat de soleil, j’ai vu passer le diable dans son landau aux lampes de cuivre ».  160, 170, 180 ce n’est plus de la conduite, pas vraiment du pilotage mais de la balistique. La moto bien serré entre les jambes et nos corps unis, fusionnant, j’imprime avec le bassin une légère flexion à droite afin de revenir dans la trajectoire puis un déhanchement plus sec, plus nerveux, à gauche dans la trajectoire idéale. Flexion, extension ça passe, Les suspensions comprimées par la vitesse et la force centrifuge, la petite Triumph passe comme une grande, sur un rail. Mais la petite nerveuse en redemande. Espace vide devant elle, elle se redresse et s’envole, orgasmique. Je n’ai rien pu faire. 180, 190, 200, je n’avais pas prévu son extase ici et maintenant et, sans rétrograder la cinq, je suis un peu juste  sur le sixième rapport. Petite cylindrée, j’avais du mal entre doute et certitude et j’ignorais que le septième était à notre portée. Heureusement, je n’avais pas encore tiré la balle en attente dans le canon de mon fusil à un coup et j’étais encore dur. 205, 210, 211, 212, reins en feu, d’une ressource sismique, salvatrice, inespéré et ultime, accroché à ma partenaire, ça passe, on arrive, on vient : 215, 220, 225. Le vent s’engouffre entre nos deux corps et je sens ma passagère s’éloigner sous sa pression.

Je coupe! Le calme apaisant, la tendresse d’après de la forêt du médoc-je-t’aime retrouve ses droits le devoir accomplit. Ne pas perdre! Ne pas LA perdre! Jamais!

Béquillée face au port du Betey, la bête refroidit dans le cliquetis métallique des organes retrouvant leurs dimensions originelles. 

lundi 22 mai 2017

Crash test

Crash test: OK ! 
120 Kms parcourus en autonomie, une lèvre fendue, quelques égratignures, la Garonne a été sympa, remuante mais sympa


Une sonnerie de téléphone, quoi de plus banal ?
Je suis dans « le pot au noir »de la Garonne, un zone sans courant entre Castelsarrasin et Saint Nicolas de-la-Grave et j’attends l’apport du Tarn quelque part à droite. A la confluence du Tarn et de la Garonne, le plan d’eau est vaste avec des bras du fleuve contournant des îles, dont la forme et l’étendue trompeuse, vue de loin et au ras des flots en kayak, semblent être autant d’itinéraires alternatifs.
Ce qui n’est pas ban
al, c’est la sonnerie de mon portable dans une poche étanche, éteint et séparé de sa batterie. Lâchant la pagaie, je décrochai. Mon interlocuteur se présenta : Bram Stoker ! Il prononça cet avertissement : « take care of yourself » et il « raccrocha ». Ces mots me furent prononcés il y a bien longtemps par une ex, prof d’anglais rentrant au bercail. C’étaient des mots d’adieu sur baisers mouillés avec le tarmac de l’aéroport de Mérignac en arrière plan. Deux portés disparus. Mary en 1992 et Bram dont je suis sans nouvelles depuis une nuit de 1897.
Soudain une haleine morbide souffla sur la surface spéculaire du lac apportant la grêle que j'identifiai par le bruit métallique qu'elle produisit sur l’alu de la pagaie et la séance d'acupuncture sur mon visage ! Un gros clapot se forma et le vent contraire inversa l’écoulement normal du fleuve. Plein ouest le soleil, rouge au couchant face à moi, décida de voiler la sienne.
Frissonnant, je me souvins que Bram Stoker était l'auteur de Dracula, le prince des ténèbres et 1897 son année de naissance
….
Crash test. St Nicolas-de-la-Grave Mai 2017

mardi 16 mai 2017

La réussite est un malentendu

L'eau e(s)t moi             
« Assied-toi au bord de la rivière et tu verras passer le corps de ton ennemi (e ?) »
Proverbe chinois

Sagesse orientale : il y a un ennemi quelque part, il est mort et il va passer d’un instant à l’autre. A la nage !
Il ne serait pas un peu parano le sage chinois sur ce coup-là ?
Puis cette phrase  fit de l’écho dans mon crâne plein de questions et vide de réponses. Je sentais depuis quelques temps en effet que des forces obscures contrariaient mes projets. Un ennemi faisait parti des options, ou des prétextes. D’ailleurs il était temps de résoudre l’énigme car, des fameux projets,  il ne restait plus que des reliquats d’actions stériles.
Alors je me suis assis.
Au bord de la rivière.
En tailleur, pour faire chinois, bras tendus les mains reposant sur les genoux, paumes ouvertes vers le ciel.
Deux jours plus tard, déjà, la sagesse me vint. Avec pas mal de crampes et des énigmes: tenue d’été, tenue d’hiver, camping, pas camping?  Le  sage te refile de la sagesse mais pas des masses d’infos sur la date du prochain passage de ton ennemi(e).
Alors j’ai remonté la rivière, parce que, un cadavre, c’est un peu dépendant du courant, non ? Donc, j’étais sûr de l’intercepter tout en  gagnant un peu de temps mais au risque de rater la rencontre.
Je n’aurais pas du transgresser le conseil de mon pote Lao Tseu qui lui prône l’efficacité du  non être et du non agir. On te l’a dit mon Sergi : pas bouger, surtout ne pas bouger !
"La réussite est un malentendu" vous avez quatre heures !
2009-Dérobade, saut dans le vide je lâche tout. Compagne, boulot, piaule….Sur la route je rencontre un mec, pareil : –« qui a tout vendu pour partir – moi je n’ai rien vendu, je n’avais que mes fringues » On a rit, mais on a rit…marchés aussi ! Beaucoup ! Longtemps….
Bref, retour en ville, rencontre, ça matche, la femme de ma vie, encore ! Oui mais là, c’est pas pareil – pas fô : j’ai rencontré quelques leurres quand et parce que je n’étais qu’un mirage- qui se ressemble s’emboîte,  l’amour toujours l’amour. Un an passe. Petits boulots manuels au black – la femme de ma vie aime mon Moi. Pas pour mon avenir, j’en ai pas. Pas pour mon fric, j’en ai pas. Pas pour mon corps, chuis moyen beau. Pas pour la friponnerie, chuis en travaux, le sensoriel en chantier de toutes mes dérobades qui finissent invariablement en débandades. – Puis un jour, la femme de ma vie, donc avec son cerveau intact, me lâche un discret : t’as vu « il cherche un commercial » Pendant que le téléphone sonne chez le « il cherche un commercial » je me fais un brain storming à moi tout seul. Première sonnerie- j’ai un trou de 7 ans dans mon CV. Deuxième sonnerie - je n’ai JAMAIS vendu de menuiseries. Troisième sonnerie – j’ai 56 ans et j’arrête là mes pleurnicheries parce que, dans le camp d’en face, ça décroche. Je vends ma salade, j’ai du stock, ça déroule jusqu'à : -« envoyez moi un cv ! J’en ai pas…… ! Oh temps suspend ton vol et si t’as une idée, je prends. Pendant l’arrêt sur image dans la nanoseconde avant l’interruption du son, j’ai eu le temps de placer : « Quand pouvez me recevoir ? Je ne suis pas un pro de la recherche d’emploi mais je vous amène un CV à jour….j’enchaîne par un : demain ?  Je suis sur votre secteur ? »
Bref, quatre ans à vendre du plastique, de l’alu, un peu de bois aussi en forme de portes et de fenêtres. Pro actif comme on dit : page blanche, pas de réseau, pas de portefeuille client, pas de pub, pas de logiciel pour fabriquer des devis – on n’est pas des marchands de devis- oui mais quand même-y a pas de mais, si vous ne vendez pas d’ici trois mois je vais être obligé de me séparer d’un poseur ! - Ça veut dire : faire du chiffre pour ne pas aller en pose ou aller en pose en cherchant du chiffre. J’ai fait du chiffre ! Une petite entreprise avec une bonne notoriété, mais un téléphone muet, le triple A à la banque et une trésorerie saine pour le moment avec comme objectif de conserver le socle de compétence, l’équipe de pose, en restant au seuil de rentabilité.  J’ai stabilisé le CA, valorisé sa boite, qu’il a pu revendre à un baltringue, qui l’a mise dans le mur.

2017-Port de Bacalan, un peu de limon m’éclabousse les godasses, soleil balbutiant entre crépuscule et nuages et un rayon me transperce. Celui de la vérité, sans aucun doute. J’ai un compte à régler avec ce quartier où je n’ai cessé d’avoir honte.
Quand le père m’obligeait à porter les sous vêtements de mes nuits d’énurésie en primaire. Honte!
Quand le père m’attendait à la sortie du CM2 en bleu de travail souillé de cambouis devant une vieille voiture le capot levé. Honte!
Quand le père refusait tout les ans de payer un voyage de fin d’année avec les potes et les retours de vacances où je n’avais rien à raconter. Honte!
Quand le père hurlait sa jalousie à maman avec les voisins pour témoins du divorce devant des mioches blotties contre des murs de papiers. Honte!
Honte aussi quand le paternel, me tendit des culottes courtes  et des lunettes cassées de chez Emmaüs pour mon entrée en sixième, à l’heure des pantalons.

Aujourd’hui, c’est toujours une version divergente de la honte qui plombe ma déambulation devant cet octogénaire fatigué, sans dents sans doute d’avoir annulé une et certainement plusieurs consultations chez le dentiste pour me payer un pantalon neuf. Vacherie que d’être édenté d’avoir trop dîné de vaches enragées.


Pour l’heure, il va falloir choisir entre deux  hontes majeures. Avoir été ou être le pleurnicheur qui aujourd’hui remplace l’optimiste épuisé.
La résilience, chez les matelassiers, c’est la capacité du produit à retrouver sa forme originelle quand le dormeur change de coté.
La résilience, chez le psy, c’est la petite fille, qui passe son bac l’année où son père taguait les murs de la cave avec sa cervelle un fusil à la main, devenue cette femme en béton à mes cotés.

Bref, retour en ville, rencontre, ça matche, la femme de ma vie…. et tu sais quoi ? Elle habite Bacalan !

A l’aube d’un nouveau jour de mai et de ma nouvelle vie, je décidais de marquer mon territoire à la manière des grands fauves dans le jardin. Sans doute avais-je au matin du doux combat cette fierté stupide de macho victorieux d’une  bataille sans ennemie. Pétrifié, j’ai failli lâcher mon arme - qui se tient très bien toute seule ceci dit-. Levant les yeux afin de ne pas vexer Coquette, très pudique, lors cette première miction matinale, au quatrième gauche, au verso du 104 rue Pascal Lafargue,  coté jardin, le logement où s’écrivit cette enfance escamotée, était là. Il y avait au balcon, sortit de la chambre trop petite qu’il devait partager avec sa sœur, le fantôme d’un marmot hirsute et malingre lorgnant avec convoitise la maison et son  jardin.
Scolarité désastreuse et honte profondément enfouies jaillirent, déterrées, vêtues des haillons de  zombi du clip de Michaël Jackson. La charogne décomposée sortant de l’humus étendait sur ma mémoire son ombre maléfique. La main décharnée broyant mon crâne et son contenu confus, j’entrais en transe, et dans la cuisine, à la recherche de la cafetière italienne cachée dans un placard inconnu. Quarante ans et des poussières de passé dans la tronche. C’est frontal !

Une âme contre une autre. J'avais payé !.....Le prix du traître social décerné par le paternel. Je suis parti bosser, la fesse encore douloureuse de son coup de pied au Q, saisissant tous les petits métiers qui m’amenèrent  du bas de l’échelle  vers des postes de maîtrise puis de cadre.  Oubliant parentèle et études et sautant allègrement par dessus l’esprit d’analyse et de synthèse indispensable pour construire un raisonnement. Autodidacte, je m’embrouillais confusément dans le sophisme et quelques aphorismes assez raccord avec des réussites intermittentes.

Puis un jour de 2016, la femme de ma vie, donc avec son cerveau intact, me lâche un discret : «  et si tu envoyais ton article au journal ? » Un article sur Vendredi 13 , l'ancien voilier d'Alain Colas abandonné contre la base sous marine. Un « Boudu sauvé des eaux » « une belle au bois dormant réveillée par un prince charmant » La belle histoire d’une résilience, en un mot.
Au comité de rédaction, j’ai rencontré des gens brillants à qui je fis subir les pesantes tournures d’élans qui se voulaient littéraires. La bienveillance de mes amis déplaçait une virgule alors qu’il fallait plus efficacement tirer la chasse sur ces étrons. S’ensuivit une orbite gravitant autour de mon nombril avec, à l’apogée d’un fallacieux succès dans la galaxie  des vendeurs de salades, la proposition de  présidence d’une association phare du quartier au périgée de mon instabilité professionnelle. Puis une nuit d’orage la lucidité me vint comme un éclair pour repartir aussitôt couverte par le tonnerre de ma vanité. Mon panégyrique sur le mécénat d’entreprise n’était qu’une première flèche en direction d’un promoteur immobilier cœur de cible de la logique nécessité d'un nouvel évergète et la présidence proposée tenait plus de la recherche d’un responsable pénal que d’un quelconque talent.  
Que l’on ne voit pas une aigreur de mauvais joueur ou une stratégie machiavélique dans cette trajectoire de choix par défaut. Simplement, j’avais du mal à sortir de ce métier où ma réussite ressemblait de plus en plus à un malentendu. J’étais devenu un rat de laboratoire. Ne croulant pas sous les propositions, je rebondissais d’une entreprise à l’autre. L’une en redressement judiciaire, trois autres en défaut de conformité avec la réglementation et la dernière proche du dépôt de bilan. Une poisse pareille indique à l’analyse un inquiétant manque de prospective, soyons objectif. Rien n’est hasard tout est conséquences.
Revenons sur l’ombre maléfique. J’étais sûr d’avoir déposé une dalle pesante sur le cadavre de cette enfance. Les jérémiades hideuses et décharnées s’immiscèrent à ma grande surprise dans une fissure de vulnérabilité. En situation d’échecs la tentation d’un statut de victime peut sembler confortable. Encore un leurre !
La réussite est un malentendu, disais-je, pourtant je reste sûr et certain de patienter dans la file d’attente pour une figuration dans « La grande bouffe » négligeant le premier rôle d’un « Dîner de cons » qui me serai destiné.
Autre malentendu, cette vue de l’esprit: je n’avais aucun compte à régler avec ce quartier. J’avais entrevu chez ma compagne discrète, sa propre résilience partie de beaucoup plus loin avec d’autres blessures et qui s’était relevée sans se cacher derrière les mauvais prétextes du malheur pour- ne pas - rater son bac. Pour ma part, il me fallait identifier cette dépouille dérivant quelque part, sur la rivière.
1967-Le petit garçon à son balcon allait à l’école à reculons ce matin là.  Hier à la récré sans histoires de "la veille à la télé" - puisqu'il n'y avait pas de télé à la maison-je fus témoin de son isolement et  des impasses de ses affabulations,  pour faire semblant d’être comme les copains.
Nous étions ce matin d’après  "Folcoche" dans les turbulences de la conversation d’hier où, légitimé par la récente lecture de "Vipère au poing", il ramenât sa fraise. Mais là: Caramba! Encore raté. La version visuelle de Pierre Cardinal ne correspondait pas à son récit. Dans  la foulée le copain Vince en rajoutât : «  hé, les gars, il a même pas la télé ! » en oubliant le n’ de la forme négative. L’absence de télé qu’il avait remarquée à l’occasion d’une invitation, devint une affaire de plus s’ajoutant aux coupes de cheveux de la mère qui économisait sur tout et surtout le coiffeur, aux voitures en panne, aux lunettes cassées et aux culottes courtes. Elle résonnât bruyamment dans le cœur faible du minot et se répandit comme une traînée de poudre dans la cour des grands. La télé était un signe de modernisme et de richesse, son absence transformait le logement en une masure insalubre et ses locataires en minables. Ce fut une autre année dans la marge et encore de la honte! Sans compter cette forfaiture de la vie qui créditait ses  affabulations de Tartarin en soustrayant sa sincérité de lecteur.  Un coup à détester Bazin. Trop injuste ! Caliméro allait avoir un boulevard devant lui.

En 1967 Il y a bien aussi ce futur président de la régie de quartier, camarade de classe, scolaire mais pas sociale, jouant dans la réserve de l’épicerie de la rue Arago, en attendant la fermeture qui pourrait jouer le Vince d’aujourd’hui et dénoncer l’illégitime chômeur de maintenant candidat post pénultième à sa succession

Après tout, il y a peu de chance que le fils de l’épicier reconnaisse le fils du soudeur attendant la fermeture dans la voiture que sa mère quémande en l’absence de témoins, les provisions à crédit  pour le repas du soir, histoire de bouffer un truc en attendant la paye.


- Quand j'évoque le souvenir du père  de Hervé A. je pense à "L'auvergnat" de Brassens -

Il me faut  vous remercier, cher lecteur, d’avoir consacré quelques minutes à ce personnage dans le ventre mou de l’anonymat.  Je vous propose Madame, Monsieur d’en finir avec cette quête inutile d'un(e) ennemi(e) désormais inoffensif/ve qui me fait courir depuis des années…

Refusant l’immobilisme de Lao Tseu, j’avais donc remonté la rivière jusqu’au partage des eaux, au seuil de Naurouze sans rencontrer le cadavre de cet ennemi personnel promis par le sage. Sans doute avais-je raté ces retrouvailles en conséquence d’un bref assoupissement- un chemin blanc mystérieux gravi dans un rayon de lune où je vis "passer le diable dans son landau aux lampes de cuivre" - .Parvenu à la source, les eaux de la fontaine de la Grave, située sur la ligne de faîte entre le versant océanique et le versant méditerranéen, se divisent en deux ruisseaux coulant l'un vers la Garonne, l'autre vers l'Aude. J'optais pour notre chère Garonne  et repris conventionnellement le chemin dans le sens du courant, comme tout le monde.

…Et de boire le calice jusqu’à la lie :

J’ai laissé un court instant la parole à Nicolas Bouvier qui dit mieux que moi que le carrosse était une vieille Saxo et que le rayon de lune éclairait un visage ravi de diablesse au regard humide tandis que je relevais mon pantalon. Je repris le droit chemin, plus bas à Saint Nicolas de la Grave à la confluence du Tarn et de la Garonne où des braseros, au loin vers Moissac, réchauffaient les rangs de pruniers pour défendre les bourgeons et mes instincts primaires contre les gelées tardives.

Désormais convaincu d’avoir fait le bon choix, je couru à perdre haleine de longues années le long de la rivière complétant le fleuve s’achevant dans la mer, et c’est bien avant l’estuaire, là, au port de Bacalan, qu’enfin je le vis.
Méconnaissable !

Le Mascaret l’avait drossé contre l’enrochement du Pont de Pierre et déposé un peu moisi plus au nord, dans les roseaux contre un carrelet. Sans cela, durant mon détour du droit chemin, il aurait poursuivi sa route vers l’océan et nous n’aurions pas été présentés.



Cette course, qui ne trouvait sa justification que dans la valeur que l’on accorde à la curiosité et à la fécondité des actions stériles, arrivait à terme comme une lente gestation.

Un tatouage sur le torse "Vanitas, vanitatum"et  "omnia vanitas" dans le dos était un bon indice. Le médaillon à son cou gravé à mon nom me permit d’identifier infailliblement…….


….le corps de mon pire ennemi, sa majesté Moi !

vendredi 12 mai 2017

Retour à Morondava

En voila un qui a tout compris.
En résumé, tu commences à piger les mystère de l'âme dés que tu aimes. Un pays, une femme, un homme....une voiture....- heu non pas une voiture - et là ta vie décolle:
"Le vazaha 2017-1
Ah ca y est, retour à Madagascar ! Que c'est bon ! En fait, la France, c'est comme l'amour. Tu crois que tu n'aimera jamais comme la première, parce que t'es habitué. Jusqu'au jour ou tu fais LA rencontre et tu t'aperçois qu'en fait tu n'aimais pas vraiment. C'est un peu le sentiment que j'ai avec la France. Et ces derniers mois ne m'ont pas fait retomber amoureux de mon pays ... J'ai discuté avec un comorien dans l'avion, qui vit en France : apparemment, j'ai bien compris la problématique de ces pays là. Développement dans un prochain épisode, on va reprendre doucement.
Bref, content d'être là.
Mais quand même, 2 précisions:
-Tout d'abord, désolé pour tous ceux que je n'ai pas vus ou pas assez. Mais entre les problèmes de moral, les problèmes de santé, les problèmes de fric et les problèmes de temps (travaux), c'était un peu compliqué.
-Et désolé d'avoir envoyé chier certains, tout simplement parce que j'étais à la bourre dans mes travaux. Et merci à ce petit élan de générosité des derniers jours pour me filer un coup de patte 👍
Je l'ai souvent dit et je le répète : quel kiff d'ouvrir ses volets TOUS les jours sur un grand ciel bleu. Jusqu'à la fin de l'année, je vais avoir quoi, 2/3 jours de grisaille. En France j'ai toujours bien vécu et été bien accompagné. Par contre cette météo, je ne l'ai jamais eue. Alors voilà, content d'être ici.
Petite anecdote pour finir. Arrivant à 2:00 du mat et ayant un vol à 6:00 pour Morondava, je n'ai pas voulu prendre une chambre d'hôtel pour quelques heures. Je comptais donc dormir à l'aéroport. Je me suis avancé pour me mettre dans un endroit tranquille, j'ai vu de la lumière, j'ai frappé. C'est le gars de l'entretien qui m'a ouvert, j'ai demandé si je pouvais me reposer là avec mes bagages. Et finalement j'ai passé la nuit à discuter avec lui. Le gars il bosse 24h non stop, puis 24h de repos, comme ça toute l'année, pour 180000 ar par mois (50€ environ). Un pote à notre cher président. Et il vient bosser à vélo, 45 min par jour, sur une piste sable/caillou ... en plus, il avait une crevaison lente, il se ballade avec sa pompe et regonfle régulièrement. Retour à la réalité malgache. Et moi je l'empêche de faire sa sieste. Alors on est allé boire un café. 70 cts pour 2 cafés et 2 mokaris (beignet à base de riz). Ca aussi c'est la vie malgache !
Voilà les amis. A bientôt pour de nouvelles aventures. C'est reparti mon kiki ! Bises"
Voila c'était David 1er, le fiston international, l’aîné.
Bisous, fils

lundi 8 mai 2017

Rencontre du III ème type


Grimper sur la balance me semblais l’audace ultime
« - Quand as-tu renoncé ? » me dit-elle alors que je ne lui demandais non pas des lettres mais simplement un nombre à deux chiffres inférieur à 70
A quelques heures de là, dans la nuit bien installée, je m’enlisais dans un chemin de traverse cherchant un raccourci que jamais ne trouvais.
Soudain l’électronique de la bagnole se mit à bégayer, m’abreuvant de messages d’alerte confirmant l’urgence de passer au stand.
passage au stand
Moteur calé il me fut impossible de relancer le moulin quand le toit ouvrant s’actionnât sans que je n’intervienne.
Connaissant mon David Vincent sur le bout du doigt, j’eus juste le temps de saisir ma liste de course dans la boite à gants tandis que le rayon bleu m’emportait vers la soucoupe.
Bonnard, me dis-je au bout du rouleau, cette rencontre du troisième type me convenais puisque j’avais déjà fait celle de Lilith, la première femen.
Mes lectures m’avaient largement préparées à l’abduction et j’allais enfin constater s’ils étaient vraiment extra ces terrestres.
Pendant l’élévation je rajoutais vite fait une révision complète chez Volvo à ma play list déjà établie qui contenait mes vœux:
- Un député en bon état
- Du Lindt 99% et ma place au port de Bacalan à vie
- Les épaules de Tony Estanguet en prévision de ma descente en kayak de la Garonne de Toulouse à Bordeaux
- Un Cobia Challenger 98 et son pick-up Chevrolet pour la mise à l’eau
- Un cerveau à haut débit
- Etc
Sur le billard, des machines mystérieuses s’occupaient de moi, et ça j’adore, mais l’anesthésie avait interrompue ma requête du téléchargement de l’intégralité de la bibliothèque d’Alexandrie, la combine pour bâtir des pyramides et des châteaux en Espagne
A la réception des travaux et de retour à la bagnole "yé n’avé pas tchangééé" mais j’avais in the pocket :
- Une bon pour une vidange gratuite chez Norauto
- Un bulletin de vote
- Un bon d’achat chez Leclerc et 50 € en liquide
- Un abonnement chez Freeness
- Un ticket de loto
- Du poisson, beaucoup de poisson
- Des désirs tout neufs
Mystère, éloigne toi, va, ne me souille plus de tes indignes promesses!

lundi 27 mars 2017

Insomnie(s)

Le maillon faible du sommeil a craqué ! Le maillon « où suis-je ? »
Bacalan, une chambre, des draps, un lit et
Eve prés de moi. Tutti bene: il est 4 heures du mat et je me lève pour aller pisser. Pourtant, parce que c'est moi qui rêve, la seconde d’avant, j’étais en 1492 et 1266 Kms plus au sud, en Andalousie
Il était temps de s’arracher de ce cauchemar: le bourreau de Torquemada allumait le bûcher, Eve à mes cotés sur le poteau voisin. Tu parles d’un projet : purifiés par le feu dans la salle d’attente de la vérité !
Mais on n’avait rien lâché au Grand Inquisiteur dans sa quête de la Manzana.
La pomme !
La dernière connerie d’Eve ! 

Bon, j’y avais gagné, grâce à elle(s)*, le libre arbitre, la connaissance et la liberté de penser mais, en échange il me fallait bosser plus pour gagner moins et « on » lui promettait d’accoucher dans la douleur au cas où…
Avant de se retrouver ligotés sur ce barbeuk, on s’était fait la belle, à Cadix, et un distributeur Mannix ou Durex aurait bien fait notre affaire quand, dans cette quête, on s’était fait choppé. Sans doute sur dénonciation du concierge de "l’hôtel des voyageurs et des amants furtifs réunis" à la solde de l’opus Dèi. Simplissime et efficace, l’ordre des templiers, service communication, avait fait de la transgression de ma croqueuse de pomme, la culpabilité, son thème de campagne de recrutement. Ça marchait fort et nous seuls étions la divergence, la désobéissance, l’objection, l’insoumission à éliminer!

Nous, on est les gentils, entiendos ?
"Cuando otros hombres sigan ciegamente la verdad, recuerda : nada es verdad
Cuando otros hombres estan limitandos per la morala o la lei, recuerda : todo esta permitido
Trabajamos en la oscuridad para servir a la luz"
La lumière verte du radio réveil indique 22 avril 2017 / H : 4.37.
Ici, Eve croque ma pomme deux fois par semaine, le gars qui se sape chez Emmaus à 2 € se prépare à voter, dégoûté et courbé, terrorisé par l’inconfort de l’insoumission, pour des gonzes qui se fringue gratis avec de la gueille (guenille en bacalanais) à treize boules.
Le parti des traîtres discrédité par le quinquennat et la panique des ralliements de fin de règne, restaient les républicains et les patriotes qui se tenaient dans les sondages. Dans l’épaisseur du trait de la compromission et du cerveau des indécis, le pire d’une ultime soumission est encore possible.
"Ne gaspille pas tes larmes pour eux" m’avait lâchée Eve en larmes que j’avais « oublié »menottée sur le bûcher dans ma fuite.
Afin que l’Eve d’avant engendre l’élEve d’ici, dans cette version de la vérité, il me faut repartir "au charbon" la sauver du charbon, là-bas, en 1492.
Le radio réveil ne sonnera pas avant deux heures : chuis large!
Allez, j’y retourne parce qu’ici, pour le libre arbitre, c’est pas gagné !
Sous l’effet de surprise de ma dérobade, et surtout de mon retour sur le barbecue bûcher,j’ai pu distribuer quelques mandales au grand con avec sa cagoule pour lui faire lâcher ses allumettes. Devant la reine très catholique Isabelle De Castille sur son trône et Alexandre II d’Aragon sur sa chaise percée, j’ai sectionné, grâce au coupe boulon que j’avais pris avant de partir dans le garage à vélo, les chaines de ma complice-de-vie-que-j’ai-pour-tuer-le-temps-qui-passe-et-ne-reviens-pas et nous voilà partit, volant de toit en toi*, dévalant sur les tentures, dégringolant les escaliers sur nos montures puis chevauchant dans le soleil d’Andalousie qui poudroie avec les sbires de Torquemada à nos trousses.
Et c’est bien le diable si je ne me " fait " pas la belle de Cadix tchique, tchique aïe, aïe

* t'en veux des symboles?

dimanche 19 mars 2017

Aprés j'arrête

Riverain de la piste d’accélération je peste, comme tous les vendredi soir, contre les motos bruyantes. Ces cons là, dés qu’ils achètent une meule et le déguisement de Mad Max qui va avec, bricolent leur échappement pour faire un « beau bruit ». Pour moi un beau bruit c’est Mozart ou Rachmaninov. Delpech, à la rigueur…
Et puis je me souvins du printemps 76 bien avant d’être un vieux con
Fuite (éloge de la…)

Le flic me fait signe de me ranger sur le bas coté et revient sur la départementale pour intercepter d’autres bécanes sans un regard sur ma plaque d’immatriculation. Ce n’est pas pour la vitesse : on roule à la queue leu leu depuis Nogaro.
« -qu’est-ce qu’il veut ?demandés-je au dernier de la file
- ben chais pas, y m’a dit d’attendre. Y a en déjà un dans l’estafette. »
Je pige assez vite que les pandores sont là pour faire un peu de maille. J’observe le manège de mon flicard : au fur et à mesure qu’un client descend de la fourgonnette, il refait le stock pour son collègue. Des pros ! Formés au partage des taches : tandis que l’un choisit à l’oreille et à l’œil une possible infraction, l’autre crevard fait le tour des bécanes espérant le tirage gagnant d’un cligno ou d’un rétro manquant avec le numéro joker d’une plaque d’immat’ non conforme ou d’un pneu lisse avec option défaut d’assurance. Puis il remonte dans sa camionnette pour taper les PV à deux doigts sur son Olympia.
Et c’est long !
Ça me gave de rester à attendre dans la file des moutons à tondre, le casque sur la tronche.
Pas inutile :
 A l’époque pas mal de motards d’opérettes roulait au dessus de leur moyens souvent sans assurance avec des trapanelles de petites cylindrées et en ruine, mais en principe on ne les voyait que rarement au-delà des 20 bornes de chez papa/maman. Ici on est sur le retour d’un Grand prix 750 à Nogaro au fin fond du Gers.
Pas inutile, mais un peu longuet.

Je comprends vite qu’il m’a casté au son caverneux de mon échappement libre comme l’air mais, tout à sa tache de chien de berger rassemblant des brebis, il ne s’occupe plus du troupeau. Toujours verrouiller ses acquis bordel, toujours !
Putain, que c’est long !
Et puis me vins l’image du film de José Giovanni sortit un an plus tôt où l’on voyait Delon sur sa 750 H1 s’arracher d’un barrage de CRS sur la roue arrière.
La 7 et ½ Kawa, t’avais du mal du mal à lui garder la roue avant au sol sur les trois premier rapports et elle n’avait pas de démarreur électrique. Point mort en bas, 5 vitesses en haut, c’était chaud pour démarrer le bouzin au kick, embrayer et se casser avant que la maréchaussée ne soit alertée par le bruit du moteur. Dans « Le Gitan » c’était Rémy Julienne qui avait assuré le coup pour le compte d’Alain Delon.
Il était temps de fuir
Ma quatre pattes aussi faisait du raffut mais j’avais LE démarreur électrique, moi. Moteur coupé, calant la Honda contre ma hanche, pied droit sur le cale pied, gauche au sol, j’enclenchais la première. Discrétos j’enfilais mes gants et repliais la béquille latérale. J’attendis que le perdreau remonte dans son burlingue mobile et soit bien calé sur sa banquette au fond de l’estaf’ derrière sa machine à distribuer les prunes en m’assurant que son complice, de dos à quelques mètres en retrait, soit persuadé de notre docilité.
Action ! En amazone sur une fesse, d’un coup de démarreur le quatre cylindres se mit à rugir, j’embrayais et partis en équilibre avec un peu de gite à droite pour compenser les deux jambes groupées à gauche. Tandis que je me hissais sur les cales pieds pour enfourcher ma monture, j’étais déjà à 90 Km/h avant de retrouver mon assise, enjambant la selle, réservoir bien serré aux genoux et la tête planquée derrière les instruments du tableau de bord. Seconde 120, 160 à fond de trois au badin 14 secondes plus tard. J’eus le temps de voir au ralenti le gendarme assis relever la tête et le gendarme debout tourner la sienne dans les rétros qui vibraient. En fond d’écran sur la visière de l’intégral rabattue par le vent, un vieux refermait ses volets en avance sur le soleil couchant. Des passants étirés en ligne de fuite, des platanes alignés comme dans un code barre et la chevauchée des Walkyrie jouée par les orgues de Staline des quatre pots d’échappement en guise de bande son, histoire de se sortir du village à l’arrache.
Retour à Bordeaux en solo évitant les motos en convoi par les chemins de traverse au cas où…
Parce que dans six mois je serai papa de mon premier né et va falloir arrêter les conneries

lundi 13 février 2017

Kramer contre Kramer

Quand papa devint papy
......Gare St Charles 11 h 42 Marseille, l’africaine.
Ici, " Alice au pays des merveilles" se dit: " Fatima chez Tati " et on se parfume à la rascasse du coté du vieux port.
Ça y est ! En face de lui, notre Dame de La Garde, entre les deux, la ville et bientôt son bébé des Champs Elysées. 
Et le bébé d‘après, 800 Kms au sud et 20 ans plus tard
Il anticipe et chiale. Ce sera fait. 
Le temps comme un élastique se contracte brutalement et lui pète à la gueule.
C'était un dimanche vingt ans plus tôt.Il revoit son bébé, un an au compteur, la maman d'aujourd'hui, 
Il se remémore la cassure, la séparation, quand la saison des amours est devenue la saison des déchirures. Chaque action "d'adultes" encouragera les réactions, l'escalade, la démesure, les dégâts et l’on oubli l’origine du mal, comme les vendettas corses de Mérimé, alimentées par le principe puéril du: "C'est pas moi qui ai commencé". Némésis, déesse de rancune, se nourrie et grandie de chaque réaction défensive provoquant des dommages collatéraux et sans doute  irréversibles, 
l'enfant subissant des colères qui ne lui sont pas destinées.  Cette période maudite où l'on déplace les enfants comme des meubles.  
La joie de se retrouver, père et fille un week-end sur deux, suivie de cette détresse poisseuse et presque immédiate de se quitter chaque dimanche soir, à la voir disparaître quelques fringues empilées dans son sac à dos et un doudou qui dépasse. 
Ambivalence des sentiments, quand les parents cessèrent de s'aimer, il cessèrent de se détester.


Allez balles neuves: ils ne vont plus tarder!
Un Mac Do a envahit de son odeur de friture l’esplanade éponyme. Tant pis pour la rascasse.
Je prend la pose en haut des escaliers, la ville à mes pieds. Magnifique Instant cinétique où tout prends mouvement ! On n'a pas deux fois l’occasion de faire une première impression!
Dommage ! 
[Ils arrivent derrière lui du parking plus fastoche mais moins majestueux.] 
Et merde, je re-chiale. De voir mon petit bout avec vingt piges de mieux et son double contre son sein!
......................................................................................
Façades taguées, bariolées comme un visage trop maquillé, pas pire que les déjections canines parisiennes, linges aux fenêtres comme à Naples, Tunis ou Barcelone, ce sud là transpire la vie, sent la liberté juste avant l’anarchie et respire l'humanité préambule exotique du Maghreb, sur la route du nid familial. 
Samedi, roller avec "la fillote" vers le vieux port:
-"Papa, vè la sardine lance-t-elle!
- peuchère, 2 euro le kilo ! Combien je t'en mets, pitchoune? Saisit l'opportuniste sardinière, c’est ton père? Il est jeune! Il est marié? Mitraille-t-elle, comme s’il j'étais absent.
- célibataire pour la semaine rétorque-je pas rebuté par sa taille égale à sa carrure.Je raque et m’enfuit pourtant de cette femme carrée, de sa moustache et de ses verres de lunettes en tessons de bouteille, ma fille dans une main et les sardines dans l’autre. [.....]
Natation et jogging aux calanques de Méjean, avec Matéo, tonique bambin de quatre ans (et demi, c’est important pour vite grandir et intervenir avec ses supers pouvoirs dans ce monde injuste des adultes). Faudra revenir pour la chasse à la cagole. Dimanche, le Rhône, généreux, leur passe La Camargue avec l’aide des Barcarins aux Salin de Giraud. Là c'est Daytona beach sur Rhône: on roule sur la plage jusqu'au bout du sable et du jour.4x4 et motos, cabriolets et quads; Barbecue et liberté, naturisme et bronzette... ...............................................................................
Déjà le départ.
Ça piquote dans la région des sinus.
"- Tu me donneras une photo de ta face pour mon fond d’écran? demande-t-elle émue dans une tentative de briser le cycle de l'émotion des dimanche soir.
- prends en une de Georges Clooney, c’est moi avec des cheveux!
- What else!"conclue-t-elle en référence à monsieur sex-machine (à café.)
Elle aura toujours le dernier (bon) mot!

jeudi 9 février 2017

Déménagement


Le pitch :
Quand la mer monte faut s’arracher vite fait.
Impudique et vaincue, la Villa Rose est nue.
Ecorchée des tableaux, dépouillée de ses tentures, vidée de ses meubles, dévalisée de ses livres partis dans les malles et ses murs égratignés. 
Demain, état des lieux, il faudra la pomponner pour les nouveaux proprios.
Pour l’heure qui vient dans le soir qui tombe, la cheminée cuit quelques magrets et les déménageurs d’occasions ont la dalle en pente. Un Cahors, vin de cailloux noir comme de l’encre rabote les gosiers. Colorant les canines il fait des mines de vampires à chacun de nos rires que n'arrange pas la lueur des flammèches. Cet après-midi, il y avait de l’enthousiasme à chaque mouvement de meubles et une activité de ruche pour déshabiller la reine, souveraine déchue d’avoir trop été envahie, trop dévastée par le fleuve comme un amant fougueux et imprévisible. Jacky* a fait un nœud de chaise pour accoupler deux échelles avec un bout tandis que j’écartais les branches du tilleul avec un bambou. David, équilibriste un peu kamikaze à cheval sur les barreaux assurait les attaches cependant qu’Alphonse et Phill défenestraient les armoires, les faisaient glisser sur les échelles et que Marco ralentissait la descente.
Sous les regards affolés ou admiratifs des filles les garçons jouent au portefaix une machine à laver sur l’épaule, un frigo sous le bras, et un lave vaisselle dans la poche comme des Gulliver au pays de l’hyperbole. David est préposé au chargement et je me suis taillé un beau succès en découvrant le marche pieds escamotable bien planqué sous la caisse du camion de loc. De la cour des petits à la cour des grands, rien n’a vraiment changé, on s’agite encore et toujours pour un sourire de filles.
La Villa Rose tient son nom de cette habitude qu'elle avait de retenir le dernier rayon de soleil rosissant de tout son crépi quant l’astre au couchant s’allongeait sur elle. La petite commune n’a pas les finances et pas non plus d’évergète pour ériger une digue décente. A l'équinoxe, rien n’entamera la vigueur de l’eau de là.
Le batardeau débordé laissera passer le Roméo de la Villa Rose. Les aloses et les lamproies viendront se marrer en regardant par les fenêtres les âmes nouvelles des Capulet des lieux. Le mimosa d’aujourd’hui magnifique et doré n’était qu’un arbuste quand, nomade de l’affect, je n’avais pas encore déposé mon baluchon dans cette vie là rose.
Impudique et vaincue par la Garonne qui monte la Villa Rose est humide…..
* les prénoms ont été changés

dimanche 5 février 2017

De l’intérêt d’avoir un animal de compagnie (!?)


Au pays de la communication conjugale, je peux tout entendre une fois franchie la frontière de la fondue de poireaux de la brasserie le "Voltigeur" juste avant les-courgettes-craquantes/tomates-confites.
Dans le camp d'en face, chez Ronronnette, ma chatte/tigresse, l’anesthésie culinaire agit aussi puisqu’el

le met une sourdine à sa coutumière envie de sortir à l’occasion quelques cadavres des placards augmentée de son goût pour me mordre les mollets.
Pas pour longtemps!
Devant l'immeuble Cap Science Alain* s'étire.
M'approchant de lui, je lâche à ma compagne que je n'ai revu Alain depuis pfttttt....points de suspension.
"-Alain qui?"me demande-telle
Deux choses que j'ignore: le temps passé sans lui et le nom de "l'ami"
Deux marqueurs évidents de, je cite: "mon désintérêt pour les gens et mon incapacité d'écoute" comme elle dit et, de là, les guillemets autour du mot "ami".
Mouais, c'est vrai que l'Ami Alain, au hasard de nos rencontres sportives, n'a pas souvent l'occasion d'en placer une et apparemment il n'est pas le seul.
Je me penche vers Elliott-le-chien puisque nous sommes en permission de sortie resto-promenade sur les quais de Bordeaux (c'est à mon pote Elliott que je dois d'être l'aimant de sa maîtresse et que je lis souvent dans ses yeux la réponse aux énigmes féminines).
« -T’as remarqué, me dit Elliott, il n’y a pas cette fois chez Alain la micro-expression de panique de celui qui cherche une issue de secours lorsqu'il t'aperçoit? ».
Je me marre : je comprends, avec le recul et grâce à la psychologie canine, les embarras d’Alain, lui à pieds, moi à roller, dans ses tentatives de sprint pour échapper à mes monologues tout à sa politesse sociale limitée par la gentillesse de sa vitesse de pointe.
De griffes en ronron, le miracle de la féline accrochée à mon épaule change le regard d’Alain sur moi. Il m’identifie comme un animal social oubliant l’emmerdeur que je fus et qu'il fuit d'ordinaire et me démontre une attention particulière.
Mais pas que : je lui découvre un strabisme inconnu lorsqu’il me cause. Suivant l'azimut de son regard, je comprends assez vite qu'il est la victime du sourire et des yeux pétillants de ma compagne toute en sobriété, sûre de sa silhouette et de ses proportions qui la dispensent d’artifices vestimentaires ou cosmétiques.
Avec le privilège du mâle élu par l’amante religieuse qui me dévore lentement, j’observe, savoure et découvre l’éloquence d'Alain à l’adresse de notre duo, amusé en souvenir de son mutisme quand il me supposait en solo, puisque en dehors du sport nous ne savons rien de nous (tiens, il ne m’écoutait pas non plus ?). Qu'avons-nous à savoir, nous mâles autistes et sportifs de surcroît,à part le solde des kilomètres d'un marathon, le rythme du cardio et la VMA / VO2 maxi?
De l'échange,il apprend la nature de mon métier et je découvre le sien.
Par le jeu du billard à trois bandes et les rappels au silence de ma duettiste à chacune de mes interruptions (j’aime bien les versions courtes quand ce n’est pas moi qui cause), nous découvrons les voies transversales où nos intérêts convergent comme un poisson rencontre un hameçon.
Nous échangeons nos cartes et des promesses de collaboration.

* le prénom a été changé

dimanche 29 janvier 2017

Enfance & partage

Vers midi, j'ai pris une heure de route sur le temps et l'envie qu'il me reste pour aller à Montcuq voir le géniteur détenteur des morceaux, de mon nombril et des morsures, à la poursuite d'une caduque quête identitaire histoire de comparer nos fardeaux.
D'un seul de ses regards, j'ai su mon désir de ne pas troubler sa quiétude de dépositaire amnésique.
Je n'ai pas voulu faire revivre, sous prétexte de mon seul bien-être, à ce vieil homme un passé qu'il veut sans doute oublier.
J'ai laissé les questions au vestiaire des rancœurs pour ne pas que ce tout à l'égo ne devienne un tout à l'égout et me suis régalé de cette soupe de bien, venue de dessus le poêle à bois "Godin", de ces patates qui ont pris le temps de cuire lentement et de cette barbaque d'origine inconnue tant elle est méconnaissable "de braise et de caramel" qu'il dit : moi j'appelle ça de la cramure d'oignons.
Alors, au lieu de regarder derrière, j'ai observé mon futur de dans vingt ans à travers ce visage édenté toujours vivace malgré ses 70 années de labeur d'ouvrier entamées dés huit ans comme garçon de ferme, dormant quelques heures par nuit dans le lit cage d'un grenier sans chauffage,
Dans les misères antérieures du siècle d'avant, il y avait des tragédies banales et rurales où le fruit des amours ancillaires devenait à son tour domestique à bon compte. Le bâtard grandissait sans pain blanc mais avec un quignon et un oignon pour salaire.
A bout de démarche comme un saumon remonte le courant, j'ai suivi le fil de mairie en hôtels de villes de ces eaux saumâtres pour conclure que je suis issu de cette hérédité là.
Sa vie se terminant aujourd'hui, encore vert, en aventures de cavaliers et, sans doute l'ai-je déjà rejoint dans la cavalcade peut-être, chevauchant une moto et, plus surement, dans la calvitie.
Contrairement à la maison de poupée de "chez ma sœur", il y a ici des licols et des selles enchevêtrés, des couteaux à la lame longue comme l'avant bras, des outils sur la table et, au sol, la bouffe des canassons dans des sacs de céréales ou de flocons de maïs, des cuirs lustrés dans l'odeur du suif sur des tréteaux, des vareuses suspendues à des clous en guise de patères.
Beaucoup de place pour les chevaux et un peu pour des images d'enfants, des dessins d'arbres sans racines, des maisons sans fenêtres et des créatures dentues punaisés sommairement aux murs qui disent sa souffrance et son remord.
L'été, il me souvient d'un canasson à la porte d'entrée et qui parfois pénètre dans la pièce vers le sac de pain dur, des poules et du coq, de l'œuf que l'on va chercher au cul de la poule, des tomates qui saignent sur la planche à découper.
J'oublie encore et aussi ses colères rustiques du temps des jours de paye aprés les grandes grèves.
Je crois que j'ai repris de la soupe.
Nous avons fait rouler des bottes de foin dans le hangar à coté des chevaux.
Deux sont mort cette année, reste une haridelle, avec un pedigree de pur sang quand même, et deux anglo-arabe bon pied bon œil.
Nous sommes rentrés boire en guise de café une sorte de champoreau de Daudet tiré de la débelloire de Giono qui nous attendait sur la fonte du poêle puisqu'il n'y avait plus d'absynthe.
Et j'ai repris de la soupe.
Et mes griefs.

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