jeudi 9 février 2017

Déménagement


Le pitch :
Quand la mer monte faut s’arracher vite fait.
Impudique et vaincue, la Villa Rose est nue.
Ecorchée des tableaux, dépouillée de ses tentures, vidée de ses meubles, dévalisée de ses livres partis dans les malles et ses murs égratignés. 
Demain, état des lieux, il faudra la pomponner pour les nouveaux proprios.
Pour l’heure qui vient dans le soir qui tombe, la cheminée cuit quelques magrets et les déménageurs d’occasions ont la dalle en pente. Un Cahors, vin de cailloux noir comme de l’encre rabote les gosiers. Colorant les canines il fait des mines de vampires à chacun de nos rires que n'arrange pas la lueur des flammèches. Cet après-midi, il y avait de l’enthousiasme à chaque mouvement de meubles et une activité de ruche pour déshabiller la reine, souveraine déchue d’avoir trop été envahie, trop dévastée par le fleuve comme un amant fougueux et imprévisible. Jacky* a fait un nœud de chaise pour accoupler deux échelles avec un bout tandis que j’écartais les branches du tilleul avec un bambou. David, équilibriste un peu kamikaze à cheval sur les barreaux assurait les attaches cependant qu’Alphonse et Phill défenestraient les armoires, les faisaient glisser sur les échelles et que Marco ralentissait la descente.
Sous les regards affolés ou admiratifs des filles les garçons jouent au portefaix une machine à laver sur l’épaule, un frigo sous le bras, et un lave vaisselle dans la poche comme des Gulliver au pays de l’hyperbole. David est préposé au chargement et je me suis taillé un beau succès en découvrant le marche pieds escamotable bien planqué sous la caisse du camion de loc. De la cour des petits à la cour des grands, rien n’a vraiment changé, on s’agite encore et toujours pour un sourire de filles.
La Villa Rose tient son nom de cette habitude qu'elle avait de retenir le dernier rayon de soleil rosissant de tout son crépi quant l’astre au couchant s’allongeait sur elle. La petite commune n’a pas les finances et pas non plus d’évergète pour ériger une digue décente. A l'équinoxe, rien n’entamera la vigueur de l’eau de là.
Le batardeau débordé laissera passer le Roméo de la Villa Rose. Les aloses et les lamproies viendront se marrer en regardant par les fenêtres les âmes nouvelles des Capulet des lieux. Le mimosa d’aujourd’hui magnifique et doré n’était qu’un arbuste quand, nomade de l’affect, je n’avais pas encore déposé mon baluchon dans cette vie là rose.
Impudique et vaincue par la Garonne qui monte la Villa Rose est humide…..
* les prénoms ont été changés

3 commentaires:

Célestine ☆ a dit…

Si je comprends bien, les nouveaux proprios vont avoir besoin de scaphandres... ;-)
Et comment s'appellera la prochaine ? la maison bleue accrochée à la colline ?
¸¸.•*¨*• ☆

Serge Pradoux a dit…

Une maison sur les hauteurs vers le coteau avec vue sur les méandres de la Garonne, pas rancunière

Célestine ☆ a dit…

:-)

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