lundi 13 février 2017

Kramer contre Kramer

Quand papa devint papy
......Gare St Charles 11 h 42 Marseille, l’africaine.
Ici, " Alice au pays des merveilles" se dit: " Fatima chez Tati " et on se parfume à la rascasse du coté du vieux port.
Ça y est ! En face de lui, notre Dame de La Garde, entre les deux, la ville et bientôt son bébé des Champs Elysées. 
Et le bébé d‘après, 800 Kms au sud et 20 ans plus tard
Il anticipe et chiale. Ce sera fait. 
Le temps comme un élastique se contracte brutalement et lui pète à la gueule.
C'était un dimanche vingt ans plus tôt.Il revoit son bébé, un an au compteur, la maman d'aujourd'hui, 
Il se remémore la cassure, la séparation, quand la saison des amours est devenue la saison des déchirures. Chaque action "d'adultes" encouragera les réactions, l'escalade, la démesure, les dégâts et l’on oubli l’origine du mal, comme les vendettas corses de Mérimé, alimentées par le principe puéril du: "C'est pas moi qui ai commencé". Némésis, déesse de rancune, se nourrie et grandie de chaque réaction défensive provoquant des dommages collatéraux et sans doute  irréversibles, 
l'enfant subissant des colères qui ne lui sont pas destinées.  Cette période maudite où l'on déplace les enfants comme des meubles.  
La joie de se retrouver, père et fille un week-end sur deux, suivie de cette détresse poisseuse et presque immédiate de se quitter chaque dimanche soir, à la voir disparaître quelques fringues empilées dans son sac à dos et un doudou qui dépasse. 
Ambivalence des sentiments, quand les parents cessèrent de s'aimer, il cessèrent de se détester.


Allez balles neuves: ils ne vont plus tarder!
Un Mac Do a envahit de son odeur de friture l’esplanade éponyme. Tant pis pour la rascasse.
Je prend la pose en haut des escaliers, la ville à mes pieds. Magnifique Instant cinétique où tout prends mouvement ! On n'a pas deux fois l’occasion de faire une première impression!
Dommage ! 
[Ils arrivent derrière lui du parking plus fastoche mais moins majestueux.] 
Et merde, je re-chiale. De voir mon petit bout avec vingt piges de mieux et son double contre son sein!
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Façades taguées, bariolées comme un visage trop maquillé, pas pire que les déjections canines parisiennes, linges aux fenêtres comme à Naples, Tunis ou Barcelone, ce sud là transpire la vie, sent la liberté juste avant l’anarchie et respire l'humanité préambule exotique du Maghreb, sur la route du nid familial. 
Samedi, roller avec "la fillote" vers le vieux port:
-"Papa, vè la sardine lance-t-elle!
- peuchère, 2 euro le kilo ! Combien je t'en mets, pitchoune? Saisit l'opportuniste sardinière, c’est ton père? Il est jeune! Il est marié? Mitraille-t-elle, comme s’il j'étais absent.
- célibataire pour la semaine rétorque-je pas rebuté par sa taille égale à sa carrure.Je raque et m’enfuit pourtant de cette femme carrée, de sa moustache et de ses verres de lunettes en tessons de bouteille, ma fille dans une main et les sardines dans l’autre. [.....]
Natation et jogging aux calanques de Méjean, avec Matéo, tonique bambin de quatre ans (et demi, c’est important pour vite grandir et intervenir avec ses supers pouvoirs dans ce monde injuste des adultes). Faudra revenir pour la chasse à la cagole. Dimanche, le Rhône, généreux, leur passe La Camargue avec l’aide des Barcarins aux Salin de Giraud. Là c'est Daytona beach sur Rhône: on roule sur la plage jusqu'au bout du sable et du jour.4x4 et motos, cabriolets et quads; Barbecue et liberté, naturisme et bronzette... ...............................................................................
Déjà le départ.
Ça piquote dans la région des sinus.
"- Tu me donneras une photo de ta face pour mon fond d’écran? demande-t-elle émue dans une tentative de briser le cycle de l'émotion des dimanche soir.
- prends en une de Georges Clooney, c’est moi avec des cheveux!
- What else!"conclue-t-elle en référence à monsieur sex-machine (à café.)
Elle aura toujours le dernier (bon) mot!

jeudi 9 février 2017

Déménagement


Le pitch :
Quand la mer monte faut s’arracher vite fait.
Impudique et vaincue, la Villa Rose est nue.
Ecorchée des tableaux, dépouillée de ses tentures, vidée de ses meubles, dévalisée de ses livres partis dans les malles et ses murs égratignés. 
Demain, état des lieux, il faudra la pomponner pour les nouveaux proprios.
Pour l’heure qui vient dans le soir qui tombe, la cheminée cuit quelques magrets et les déménageurs d’occasions ont la dalle en pente. Un Cahors, vin de cailloux noir comme de l’encre rabote les gosiers. Colorant les canines il fait des mines de vampires à chacun de nos rires que n'arrange pas la lueur des flammèches. Cet après-midi, il y avait de l’enthousiasme à chaque mouvement de meubles et une activité de ruche pour déshabiller la reine, souveraine déchue d’avoir trop été envahie, trop dévastée par le fleuve comme un amant fougueux et imprévisible. Jacky* a fait un nœud de chaise pour accoupler deux échelles avec un bout tandis que j’écartais les branches du tilleul avec un bambou. David, équilibriste un peu kamikaze à cheval sur les barreaux assurait les attaches cependant qu’Alphonse et Phill défenestraient les armoires, les faisaient glisser sur les échelles et que Marco ralentissait la descente.
Sous les regards affolés ou admiratifs des filles les garçons jouent au portefaix une machine à laver sur l’épaule, un frigo sous le bras, et un lave vaisselle dans la poche comme des Gulliver au pays de l’hyperbole. David est préposé au chargement et je me suis taillé un beau succès en découvrant le marche pieds escamotable bien planqué sous la caisse du camion de loc. De la cour des petits à la cour des grands, rien n’a vraiment changé, on s’agite encore et toujours pour un sourire de filles.
La Villa Rose tient son nom de cette habitude qu'elle avait de retenir le dernier rayon de soleil rosissant de tout son crépi quant l’astre au couchant s’allongeait sur elle. La petite commune n’a pas les finances et pas non plus d’évergète pour ériger une digue décente. A l'équinoxe, rien n’entamera la vigueur de l’eau de là.
Le batardeau débordé laissera passer le Roméo de la Villa Rose. Les aloses et les lamproies viendront se marrer en regardant par les fenêtres les âmes nouvelles des Capulet des lieux. Le mimosa d’aujourd’hui magnifique et doré n’était qu’un arbuste quand, nomade de l’affect, je n’avais pas encore déposé mon baluchon dans cette vie là rose.
Impudique et vaincue par la Garonne qui monte la Villa Rose est humide…..
* les prénoms ont été changés

dimanche 5 février 2017

De l’intérêt d’avoir un animal de compagnie (!?)


Au pays de la communication conjugale, je peux tout entendre une fois franchie la frontière de la fondue de poireaux de la brasserie le "Voltigeur" juste avant les-courgettes-craquantes/tomates-confites.
Dans le camp d'en face, chez Ronronnette, ma chatte/tigresse, l’anesthésie culinaire agit aussi puisqu’el

le met une sourdine à sa coutumière envie de sortir à l’occasion quelques cadavres des placards augmentée de son goût pour me mordre les mollets.
Pas pour longtemps!
Devant l'immeuble Cap Science Alain* s'étire.
M'approchant de lui, je lâche à ma compagne que je n'ai revu Alain depuis pfttttt....points de suspension.
"-Alain qui?"me demande-telle
Deux choses que j'ignore: le temps passé sans lui et le nom de "l'ami"
Deux marqueurs évidents de, je cite: "mon désintérêt pour les gens et mon incapacité d'écoute" comme elle dit et, de là, les guillemets autour du mot "ami".
Mouais, c'est vrai que l'Ami Alain, au hasard de nos rencontres sportives, n'a pas souvent l'occasion d'en placer une et apparemment il n'est pas le seul.
Je me penche vers Elliott-le-chien puisque nous sommes en permission de sortie resto-promenade sur les quais de Bordeaux (c'est à mon pote Elliott que je dois d'être l'aimant de sa maîtresse et que je lis souvent dans ses yeux la réponse aux énigmes féminines).
« -T’as remarqué, me dit Elliott, il n’y a pas cette fois chez Alain la micro-expression de panique de celui qui cherche une issue de secours lorsqu'il t'aperçoit? ».
Je me marre : je comprends, avec le recul et grâce à la psychologie canine, les embarras d’Alain, lui à pieds, moi à roller, dans ses tentatives de sprint pour échapper à mes monologues tout à sa politesse sociale limitée par la gentillesse de sa vitesse de pointe.
De griffes en ronron, le miracle de la féline accrochée à mon épaule change le regard d’Alain sur moi. Il m’identifie comme un animal social oubliant l’emmerdeur que je fus et qu'il fuit d'ordinaire et me démontre une attention particulière.
Mais pas que : je lui découvre un strabisme inconnu lorsqu’il me cause. Suivant l'azimut de son regard, je comprends assez vite qu'il est la victime du sourire et des yeux pétillants de ma compagne toute en sobriété, sûre de sa silhouette et de ses proportions qui la dispensent d’artifices vestimentaires ou cosmétiques.
Avec le privilège du mâle élu par l’amante religieuse qui me dévore lentement, j’observe, savoure et découvre l’éloquence d'Alain à l’adresse de notre duo, amusé en souvenir de son mutisme quand il me supposait en solo, puisque en dehors du sport nous ne savons rien de nous (tiens, il ne m’écoutait pas non plus ?). Qu'avons-nous à savoir, nous mâles autistes et sportifs de surcroît,à part le solde des kilomètres d'un marathon, le rythme du cardio et la VMA / VO2 maxi?
De l'échange,il apprend la nature de mon métier et je découvre le sien.
Par le jeu du billard à trois bandes et les rappels au silence de ma duettiste à chacune de mes interruptions (j’aime bien les versions courtes quand ce n’est pas moi qui cause), nous découvrons les voies transversales où nos intérêts convergent comme un poisson rencontre un hameçon.
Nous échangeons nos cartes et des promesses de collaboration.

* le prénom a été changé

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