lundi 31 mai 2010

Le pacte











Excipit.
Voilà! Il nous faut quitter ce « héros » sympathique et immature, fuyant, attribuant la responsabilité de ses actes souvent auto-destructeurs à ses boucs émissaires préférés. Dieu, le diable ou  un quelconque manipulateur aux intentions insondables.
Il serait utile et charitable de faire preuve à son égard d'un peu de compassion et lui glisser à l'oreille que la nature reste la plus forte et le hasard fait ce qu'il veut.
« il n'y a pas de récompenses ou de punitions, il n'y a que des conséquences. » 


La rue des trois conils*
Conil: lapin

La ville assoupie subit l'ondée d'avril. Des tourbillons venteux font des embruns pénétrants jusqu'aux os.
L'étrange inconnu relève le col de son Burberry's en tournant à l'angle de la Vieille Tour et arrondit les épaules sous la Porte Dijeaux. L'homme sans cou s'éloigne entre les pages d'un Léo Malet un blues de Jonas dans la tête
Dans une atmosphère de polar à 4 heures du matin, la ville déserte est un spectacle coloré par son humeur maussade. Son pas agresse le pavé humide des rues piétonnes et ses pensées aigries dérivent,excessives et hostiles à l'humanité dormante:
Le boulanger de la rue Brochon n'a plus rien
 à pétrir mais tout à décongeler. L'escroc embauchera dans deux heures. Un soupirail soupire sans autre alternative, un clodo profite de sa chaleur gratuite.
L'ersatz  de Nestor Burma pense au petit lapin blanc de tout à l'heure et à l'annonce que lui a faite Miranda:Miranda demain se marie.
Revoir Miranda fut une bonne mauvaise surprise comme en réserve la vie quand le hasard empoigne le guidon. Quand il se croisèrent,il sut dans son regard sa chance de retrouver l'amour intact qui l'avait fait fuir une première fois. Quel maître à l'étrange cohérence utilise l'alibi opportun des intersections improbable pour sa stratégie mystérieuse?
Bon , là il l'avait un peu aidé le hasard. Revenant d'un périple sportif en Espagne sur un tronçon du chemin de Compostelle en pleine restructuration affective, il s'était souvenu de Miranda comme d'une bonne adresse*. Ensuite il n'avait plus eu qu'à croiser son chemi
n sur son trajet travail. La très stable et solide Miranda n'avait ni changé de boulot ni ses habitudes piétonnes et le  "hasard" fit le reste. Miranda l'aime toujours. Miranda l'aime encore. Lui, le fuyard en peine des meurtrissures déclinantes de sa dernière dérobade. Miranda, pourtant et malgré tout, demain se marie avec un homme qui n'a pas le temps de perdre son temps. D'un sourire d'amertume pour saluer dignement ce sort décidément farceur qui lui reprends dejà cette femme  à peine retrouvée il accepta l'offrande d'un dernière nuit comme on joue une dernière carte. Pour l'heure, elle gémit. Ses cheveux font des volutes entre ses épaules et coulent sur l'oreiller. La tête dans le traversin, accroupie les genoux sur les coussins dans une posture pornographique de grenouille stéatopyge offrant, au centre de la cible, une bague intime à son doigt sans ongle au pays de Sodome sans Gomorrhe.
C'est son cadeau d'adieu. En préambule, elle ranima de sa bouche sa raideur fléchissant à l'accueil de cette nouvelle doublement douloureuse et il lui fallu deux traits de coke pour retrouver l'indispensable rigidité. Il aperçut surpris un lapin blanc tatoués au creux de ses reins avant de basculer dans le plaisir inconnu et violent.
L'inconnu soupire sur l'âme humaine en général et féminine si particulière. Il a peu de compassion pour ses compagnons de voyage, passagers du vaisseau terrestre qui abordera tout à l'heure aux rives du soleil.
Sans lui!
Il s'abrite par hasard sous l'encorbellement qui avance dans la rue Louis de Jabrun. Sous le mascaron d'une porte cochère il aperçoit intrigué, le deuxième lapin blanc!
Une bicyclette agonise dépouillée de ses roues, innocente prisonnière d'un réverbère complice d'un antivol désormais inutile. Les lampadaires perfusent la lumière vitale dans les artères de la ville exsangues de chalands en attendant le jour. Malgré les efforts des halogènes, la clarté jaunâtre fait des ronds autour des poubelles éventrées où festoient les greffiers. La cour Mably, le parvis place de la Comédie, les semelles des jumelles Weston patinent sur les dalles  luisantes comme les  pavés de jadis.
Les vitrines renvoient une image de Gene Kelly muet et triste sur le glacis entre le Régent et le Grand Théâtre. Le miroir fendu des dalles quadrillées reflète les douze muses du frontispice dessiné par Gabriel. Le ciel referme ses paupières de nuages.Cours Xavier Arnozan, un immeuble se souvient du fantôme d'Haussman. Derrière un mur, pour le meilleur ou le pire, il y a un sommier qui gémit, un ange qui soupire, un homme qui s'épanche, un arbre qui se penche sous le vent qui forcit.
La colonne des Girondins dans son dos, est un hommage aux députés du tiers état et non pas une stèle pour des milliardaires en short. Il chemine entre les statues de Montaigne et Montesquieu Elles ont la posture majestueuse, drapées dans des toges et la mine offusquée par la fiente des rats volants sur leur perruque de pierre, la miction des fêtards noctambules et les déjections canines sur leur piédestal . Elles patientent dignement entre le départ des forains de la foire aux plaisirs et l'ouverture de la brocante St Fort. Il franchit haletant et humide le portail imaginaire des colonnes rostrales.
Voilà déjà La Garonne et le troisième lapin blanc taggué sur le parapet de la pile onze du pont.
Tout à l'heure, Miranda aura la bague au doigt!
Aujourd'hui, Martin le capitaine du "Breuil", remonte à vide vers Pauillac pour charger le tronçon d'A 380 et le déposera à Langon pour un périple qui se terminera  par la route jusqu'à Toulouse. Il est en avance sur la marée. Un peu pressé, demain Martin se marrie
Troisième d'une génération de mariniers son grand-père menait les gabarres en Dordogne de Castillon à Libourne chargées de barriques de vin Clairet ou du "cassou," la pierre du Lot. Le métier, transmis par son père, avait bien failli disparaître quand les péniches remplacèrent les gabarres et les moteurs, les vieux gréements.
Il fallut la construction de l'Airbus et les aménagements du fleuve pour que la profession perdure pour quelques privilégiés avec les deux barges aménagées: "Le Breuil" et "le Brion".
C'est sa dernière rotation avant de retrouver Miranda

Le piéton libertin songe aux instants de l'existence, parfois chanson dont on n’écrit pas les paroles, pas plus que la musique.
Ou comme tantôt, opéra, chef d'orchestre Miranda.
A elle la maîtrise du livret, et de la partition.

Nulle décision pour la naissance et si peu sur le cour de la vie, les maladies, les joies, les rencontres, les voyages pas toujours sages. Le hasard, ou un lapin blanc, s'est chargé de sa destiné et s'est joué de ses apparentes actions le leurrant sur leurs incidences factices. Parfois quelques réussites éphémères l'ont enflé d'importance.
Trop de chansonnettes, si peu d'opéra, des jours sans chansons, des nuits sans musique!
Le grand final, lui, se décide par la manière et le moment. Le royaume faste de certitudes contre un domaine étriqué de l'aléatoire.
Il n'a pas envie d' humer une autre parfum, de savourer une autre liqueur que la cyprine de Miranda. De connaître un autre plaisir vulgaire, commun et faire de ce premier, le dernier, l'unique absolu.
Il se penche. Le garde corps offense sa poitrine. Il regarde au loin l'estuaire vers Pauillac et plus loin vers l'embouchure. Un vent marin lui  apporte l'embrun véritable, de sel et d'iode.
Le touriste de Sodome est fasciné par le maelström en dessous comme par la spirale sans fin d'un hypnotiseur. Il subodore le léviathan qui l'attend. un peu frimeur il s'impose un dernier saut de l'ange comme les plongeurs d'Acapulco.

Martin aborde l'arche aménagée entre les piles dix et douze du pont de Pierre.  L' hélice mue par les 1100 ch du diesel tribord, contrarie les tourbillons. L'électronique compense le couple de renversement qui "tire" à bâbord. L'étrave apparaît à l'amont sous la pile du pont lorsque la poupe s'engage sous l'arche en aval.
Dans cette phase délicate pour un marin d'eaux douces, Martin concentre sa vision sur l'antenne, une pointe érigée à la proue comme un viseur.
Il voit un ange sans ailes et sans auréole, poitrine offerte, bras écartés, s'embrocher sur son fanal puis il perçoit un bruit immonde accompagnant le geyser rouge qui jaillit du torse déchiré et se termine en gargouillis.

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