lundi 23 avril 2018

Col d'Iraty

A Luis
     La descente du col d'Iraty, c'était bras tendus sur le guidon là bas très loin de mes petites mains avec les manettes de freins aux bouts des doigts. A plat ventre et assis derrière la selle réglée au point bas, le cuissard à deux centimètres de la roue arrière, je sentais les impacts des gravillons sur le Q à travers la peau de chamois. Le pneu pratiquement dans le sillon fessier noircissait de gomme et entamait le tissu. 
     
     Les lacets, où les motards s'empilaient à la queue leu leu derrière les bagnoles, s’enchaînaient à plein badin tandis qu'à la montée, une heure dans le passé, je mettais pieds à terre, trop juste en cuisses, en vigueur et mal secondé par mon 42x19 inapte à la montagne. Accroché à ce vélo devenu un projectile aux freins inefficaces et dans l'obligation de dépasser ce cortège figé, la voiture qui montait et celle qui descendait m'ont laissé une petite place entre leur rétros en serrant les épaules comme en sortant de ma mère 64 ans plus tôt. Les patins fondaient sur des jantes rougies et je me disais que j’aurais dû resserrer cette fourche qui reculait d'un centimètre vers le cadre sur le freinage pour passer de 90 Km/Heures à ... putain chuis trop vite pour ce gauche qui se referme. 
      J'ai remis du gros (braquet : 50x11) dans la ligne droite de Saint Jean le Vieux où il n'y avait rien de beau à part moi et l'église et j'ai dû freiner sous le radar pédagogique qui m'annonçait un petit 55 chrono. Nous étions dans la plaine et j'étais vidé. Les cheveux, que je n'avais plus, dressés sur mon crâne sans casque, je suis parvenu vivant, en lambeaux et terrorisé à Donibane Garazi . 
Songeant que la pierre d'ici ne méritait pas que je mette entre elle et mon crâne vide un bout de plastique avec la prétention d'éviter la sanction d'un coup de boule je commandais une bière et un gâteau basque. Quelques caudalies parfumées à la cerise noire et au houblon plus tard, de nouveau chevauchant, j'avais les guibolles tremblantes dans le faux plat à 6% évitant l'herri barnea d'Iroulèguy. Un branleur de 15 ans en VTT et un cyclard fin comme une ablette m'ont humilié et laissé sur place collé au goudron bataillant avec mon dérailleur tout à gauche tortillant de la hanche en danseuse sur des pédales de plus en plus lourdes. 
      Restait plus qu'à rejoindre Banka via Saint Etienne de Baïgorry à allure modeste pour la dernière douche de mes 64 piges et 1 journée bien remplie.

jeudi 12 avril 2018

Facebook, l'ami de mes deux ... cerises

Une seule est à l'abri. Celle qui fait un pas de côté

Tu as trouvé un compagnon de route ou une compagne de voyage et tu musardes sur ce sentier de la communication au fur et à mesure de tes connections aléatoires.
A ton rythme, tu t’informes de ta position dans la commune ôtée et de la progression de tes copains de randonnée. Il y a des détours, des embranchements, des intersections, des parallèles, des rapprochements, des rencontres.
Parfois des surprises venues du partage, une pétition signée, signe extérieur d’une communauté d’idées et de sensibilité identique, la participation à une collecte, une chanson oubliée, la petite musique du renoncement, des traces et des empreintes. Te voilà renseigné, rassuré sur ton identité et ton instinct grégaire remonte en température.
Il est temps pour la contre image d’entrer en scène.
C’est le buisson ardent au départ qui finit par t’égratigner à l’arrivée.
Bien sûr, tu peux endurcir ta carapace, entrer dans la défiance et ne plus jamais lâcher prise. Dans ce nouvel épiderme de pachyderme tu perdras la sensibilité. Tu ne frissonneras plus sous la caresse du vent, tu ne frémiras plus aux odeurs de jasmin, tu ne murmureras plus à l’oreille des étalons et tu pleureras quand reviendra, une dernière fois, le temps des cerises.
Car le temps des cerises jamais ne lâche prise

vendredi 6 avril 2018

La tentation de la rencontre


Pour ces deux "fragments du discours amoureux" il est temps de se découvrir. C’est dans l’aube de la reconnaissance qu’ils verrouillent l’enclos ouvert il y a peu. Tout a déjà été écrit sur l’amour et ils ont gardé la mémoire des combats, la saveur des victoires, l’amertume des défaites. Ils sont là avec l’envie de poser un genou à terre dans une tranchée où au dessus passe la mitraille.
Le vent halète par rafale, le souffle devient saccadé comme une respiration. Le sol tremble, vibrant sous la chevauchée. Elle compte les jets dans sa gorge. Ce n’est pas  une cavalcade, c’est un barrage qui cède et un torrent sur sa langue. " Ô temps suspends ton vol et vous, heures propices, suspendez votre cours laissez moi savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours" Il s’écoule encore un peu en elle dans la sérénité d’une rivière qu’elle goûte. Sortie de génuflexion, la vie peut reprendre son cours dans les méandres de l’agréable à l’utile, de l’utile à l’agréable.
Dans la rue, checker  les abords pour ne pas croiser un  curieux, reprendre sa défroque de cœur sec dans un corps présentable.
Une famille décomposée, loin. Des proches lassés, des compagnes laissées. Parties sans se retourner. La vie passant, les cadavres s’amoncellent. Des amis, des amours, des emmerdes, des valises, des passeports. Certaines dépouilles se redressent pour un autre ailleurs, passent la frontière du chacun sa vie. 
En salle de réunion, les balles sifflent à ses oreilles, un roquet lui mord les mollets. Des paroles inutiles percutent des écrits vains en abscisses désordonnées. Dans cette brume électrique, elle pense que ça fait beaucoup de jeux de mots pourris et à la "secousse" de tout à l’heure. Son sourire est un paratonnerre dans l’orage et Zeus au paperboard range ses éclairs. "Je te remercie déjà de tout ce danger" et de la force que tu me donnes. Courir, avancer, fuir, re-joindre, atteindre ! Un abri. Tout va bien à bord. Le dernier amour en date est le meilleur gilet pare-balles. L’ultime est toujours high tech. Quand tu aimes à quinze, vingt ou trente ans, tu ne sais toujours rien de l’amour. Au passage à gué d’une décennie on a encore pieds, mais dans la canopée, l’arborescence s’incline vers l’oasis des racines.
Elle sourit. De l’utile à l’agréable. De la houle qu’il avait cédée, la vague n’atteindra pas la dune et sur la gorge abandonnée, la mer efface lentement les mots d’amour. Dans la diversion de l’égarement, ils savaient que  les amygdales sont stériles et l’aventure féconde.

lundi 2 avril 2018

Parfois la vague n'atteint pas la dune ...


Mais c'est...Bien sûr: une lumière qui s'allume, une vérité qui jaillit au bout d'une nuit blanche. Ou dix ans de tunnel.Tu fais ce que tu veux, moi c'est un marathon ou un petit effort physique: Les neurotransmetteurs agissent, les synapses font leur boulot, les neurones font connaissances et tu comprends tout à coup la simplicité des choses et des gens.
Nous avons tous dans notre recueil d'aphorisme ( le florilège pour les musiques, le spicilège pour les maximes) personnel, des phrases toutes faites, pensées par un autre et qui nous vont comme un gant. Ce mot plutôt qu'un autre et tu te dis qu'un cerveau prestigieux et célèbre à suivi le même cheminement que toi. C'est troublant de penser à Sénèque, quelques siècles plus tard et de se dire que le grand homme a raison:"Les grandes douleurs sont muettes!"Bon, Sénèque ne devait pas bricoler, parce qu' un coup de marteau sur les doigts, en général tu t'exprimes.C'est notre révérenciel commun tous ces proverbes, notre patrimoine collectif, l'héritage dont personne ne se dispute le partage. La pièce parfois égarées du puzzle de nos vies émiettées par qui, un deuil qui, un divorce qui, une faillite.Les plus connus:"C'est la matière qui crée le vase, pourtant c'est le vide qui l'emplit.""Découvre la force du non être, l'efficacité du non agir."Lao tseu, le tao te king"pose toi au bord de la rivière, tu verras passer le corps de ton ennemi."Confucius.Le rubik cube de la pensée orientale. Tu le manipule dans tous les sens et tu finis toujours par lui trouver du sens. La maturité venu, une nouvelle signification se fait jour.Chacun y va de son interprétation.La pensée orientale, c'est la passivité (apparente) que l'on a du mal à adapter à notre système. Pourtant, l'action- réaction est contre productive en ceci qu'elle mobilise de l'énergie et nous a fait passer du lance-pierre à la bombe atomique. Sans compter que "l'agresseur"compte sur l'énergie de ta réaction pour renforcer la sienne et justifier ses horreurs. On se perd. On ne distingue plus la vengeance de la justice.Alors? Esquiver les nuisibles et agir sans subir! On n' est pas bien là, tous les deux au bord de la rivière?Toutefois il faut se méfier des phrases redondantes des va-t-en guerre qui récupèrent notre jeunesse et notre enthousiasme:"aqui se queda la clara..." Ici est la vérité. La chanson écrite pour El commandante Che Guevarra. On a vu la suite. Le loser romantique s'est fait piquer l'affaire par Fidel Castré le mal nommé, et Staline et Mao nous ont bien baladé. Je continue pourtant à porter ma bachouse à l'envers et je crois que la photo du moustachu à l'étoile sur fond rouge traîne encore dans ma cave.Revenons à Sénèque et les Tite live, Pline l'ancien et le jeune. Je n'achète que des livres désuets au hasard des rencontres sur les étals des bouquinistes et j'avais distraitement joint à mes achats un bouquin blanc, sans trop de page qui tenais bien en mains, (je suis un tactile j'effeuille, je feuillette...) Arrivé à la maison..... le bouquin était...... en latin. Moi, en latin j'ai: "Alea jacta es";je pratique le "carpe diem", un peu de: "Rosaris, rosé, rosam"grâce à Brel; Modus grâce à Renault et cunilingus grâce soit rendue à quelques amies. Un peu léger pour lire Tite Live en V.O. Cette digression pour dire que la frime ne paie pas et si tu laisses orgueilleusement dans ta bibliothèque ce genre de book, tu t'exposes à tomber sur un érudit qui risque de te faire passer pour un baltringue auprès de tes amis. Sans compter que "la sagesse de Sénèque n'empêcha pas la folie de Néron "La quête identitaire est un chantier inutile comme le point d'interrogation formé par les nuages dans le ciel. Sa réalité est dispersée par le vent: Nous savons dès le début qui nous sommes.Cela ne correspond pas forcément à ce qu'ont prévu à notre place nos géniteurs. Puisqu'il faut être celle, celui qu'ils ne sont pas. Nous devons réussir là où il ont échoué. Alors il nous faut désapprendre nos vies. Quelle perte de temps: "Les mots savent de nous ce que nous ignorons d'eux"René Char." Cultive tes défauts car c'est vraiment toi"Jean Cocteau. Valable, aussi maispasque, pour l'identité sexuelle que la société voudrait réduire à une histoire d'entre jambes pour ses besoins démographiques.
Bon ça c'est fait!
La partie immergée de l'iceberg maintenant et j'arrête
"Qui dort dîne!" Dicton populaire, pas de problème tout le monde connaît: tu n'as rien à croquer un bon sommeil et passe la faim, remise à plus tard.Ben non! C'est pension complète. L'aubergiste exige que l'on prenne un repas en plus de la chambre pour ses raisons mercantiles. Pas grave, s'agissant de tavernes, mais cela prouve qu'il faut se méfier des mots et de ceux qui les utilisent à leur profit.Parfois c'est une chanson qui traîne dans la tête comme des acouphènes. De la "variette" avec des vers inattendus, que l'on a entendus sans y prêter attention.Et soudain, elle a la beauté d' une étoile filante qui s'allume dans la nuit.Officiant comme un phare.
"Le jour s'est levé,sur une étrange idée"
Créer un blog, retrouver le monde et son Chari-vari.
"C'était un matin comme ce matin là...Il y a une éternité, il y a un siècle, il y a un an aujourd'hui je suis très loin de ce matin d'automne...Je pense encore à toi [qui] es-tu? Où es-tu? Est-ce que j'existe encore pour toi.Je regarde cette vague qui n'atteindra jamais la dune.Comme elle je m'étend sur le sable et recule. Je me souviens des marées hautes, du soleil et du bonheur qui passaient sur la mer...Il y a une éternité, il y a un siècle, il y a un an."Une étrange idée!
Merci Jean Louis Aubert. Merci Jo Dassin! (peut-être un peu déformé pour les besoins du jour)

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