vendredi 6 avril 2018

La tentation de la rencontre


Pour ces deux "fragments du discours amoureux" il est temps de se découvrir. C’est dans l’aube de la reconnaissance qu’ils verrouillent l’enclos ouvert il y a peu. Tout a déjà été écrit sur l’amour et ils ont gardé la mémoire des combats, la saveur des victoires, l’amertume des défaites. Ils sont là avec l’envie de poser un genou à terre dans une tranchée où au dessus passe la mitraille.
Le vent halète par rafale, le souffle devient saccadé comme une respiration. Le sol tremble, vibrant sous la chevauchée. Elle compte les jets dans sa gorge. Ce n’est pas  une cavalcade, c’est un barrage qui cède et un torrent sur sa langue. " Ô temps suspends ton vol et vous, heures propices, suspendez votre cours laissez moi savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours" Il s’écoule encore un peu en elle dans la sérénité d’une rivière qu’elle goûte. Sortie de génuflexion, la vie peut reprendre son cours dans les méandres de l’agréable à l’utile, de l’utile à l’agréable.
Dans la rue, checker  les abords pour ne pas croiser un  curieux, reprendre sa défroque de cœur sec dans un corps présentable.
Une famille décomposée, loin. Des proches lassés, des compagnes laissées. Parties sans se retourner. La vie passant, les cadavres s’amoncellent. Des amis, des amours, des emmerdes, des valises, des passeports. Certaines dépouilles se redressent pour un autre ailleurs, passent la frontière du chacun sa vie. 
En salle de réunion, les balles sifflent à ses oreilles, un roquet lui mord les mollets. Des paroles inutiles percutent des écrits vains en abscisses désordonnées. Dans cette brume électrique, elle pense que ça fait beaucoup de jeux de mots pourris et à la "secousse" de tout à l’heure. Son sourire est un paratonnerre dans l’orage et Zeus au paperboard range ses éclairs. "Je te remercie déjà de tout ce danger" et de la force que tu me donnes. Courir, avancer, fuir, re-joindre, atteindre ! Un abri. Tout va bien à bord. Le dernier amour en date est le meilleur gilet pare-balles. L’ultime est toujours high tech. Quand tu aimes à quinze, vingt ou trente ans, tu ne sais toujours rien de l’amour. Au passage à gué d’une décennie on a encore pieds, mais dans la canopée, l’arborescence s’incline vers l’oasis des racines.
Elle sourit. De l’utile à l’agréable. De la houle qu’il avait cédée, la vague n’atteindra pas la dune et sur la gorge abandonnée, la mer efface lentement les mots d’amour. Dans la diversion de l’égarement, ils savaient que  les amygdales sont stériles et l’aventure féconde.

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